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MONSEIGNEUR BASTIDE

6 avril.

Mgr G. Bastide, chanoine de la basiliq'ue de Sainte- Marie-Majeure, qui laisse tant de regrets, était d'Ornans, dans le Doubs, contemporain du peintre Courbet et son ami d'école et de jeunesse; mais malgré cette amitié formée en naissant et d'ailleurs bientôt rompue, on peut dire que peu d'hommes se ressemblèrent moins. Bastide se crut fait pour plaider. En 'un sens, c'était bien sa vocation, mais non pas comme il pensait. Ayant terminé ses études de droit à Paris, soit qu'il eût conservé la foi, soit qu'il l'ait retrouvée, il voulut être prêtre et vint à Rome, dans le petit poste de chapelain de Saint-Louis des Français. Là sa vie commence, et l'on pourrait dire s'achève. Tout de suite il sentit qu'il ne quitterait plus Rome et qu'il avait au cœur !un amour iqu'il ne pourrait briser ; l'amour de Rome, le plus voisin de l'amour de Dieju, presque aussi jdoux, presque aussi fort, également immortel, car ni Rome ni l'amour de Rome ne cessent avec la vie. Que de cœurs Ronie a rendus heureux autant qu'on peut l'être ici-bas et nourris d'une plénitude déjà inénarrable I Bastide entra dans cette ivresse dès le premier jour, et elle ne finit pas. L'infinie beauté qui le ravit alussitôt lui parut toujours nouvelle, toujoiurs plus grande, il en fut toujours plus

charmé. Aucune vie n'est préservée du désenchantement des choses humaines, celles qui tiennent plus fortement le triste cœur humain, les ambitions, les amours, les amitiés, la beauté même ont leurs fatigues. Mais les choses de Rome touchent a^ux choses divines. Rome est un péristyle du Ciel. La tristesse de Rome, si profonde, si inconsolable et en même temps si chère à tous les cœurs dignes de la sentir, n'a rien q^ui ressemble à l'ennui vulgaire qui vient ailleurs venger la beauté absente ou méconnue ; elle n'est qu'une jnunense aspiration vers le beau éternel trop pressenti et trop attendu. Heare'ax ceux qui n'échappent pas à la pointe cruelle et vivifiante de ce désir ! Bastide la sentait, la redoutait et la chérissait. Elle était un des éléments de sa joie perpétuellement renouvelée et invincible. Il admirait Rome tout entière, dans toute son éternité. Il en connaissait tous les recoins, tous les monuments, toutes les pierres, tous les usages, tous les visages, toutes les cérémonies, toute l'histoire, il s'y plaisait toujours et partout.

Cette tendresse, cet attachement souverain, cette inextinguible flanime, jointe à son extrême et cordiale obligeance pour ses compatriotes, lui avaient fait 'un caractère et une sorte de situation à part. Il était le cicérone le plus attachant et le plus recherché de Rome. Le rôle avait ses côtés onéreux ; il les acceptait de bon cœur ou plutôt il ne les voyait pas. On tombait sur lui de toutes les provinces, et souvent l'étranger s'ajoutait à cette multitude. Il était toujours prêt, avec une santé de fer, une bonne humeur intarissable et un esprit charmant. On le voyait dans les éghses, dans les musées, au Vatican chez le Pape et chez Raphaël, au Colysée avec les martyrs, dans la campagne avec le Poussin, suivi de pèlerins souvent en grand nombre à qui il parlait de Rome, du Pape et de Dieu. Parfois il conduisait des soldats, et leur faisait ainsi le catéchisme. Du reste, il faisait le catéchisme toujours, et aussi bien à ses chers trou-

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