LE (C JOURNAL DU LOIRET )) ET LA BÉNÉDICTION DU PAPE
veut servir en donnant à croire qu'il répète leurs propos familiers.
Voici l'article. Nous le reproduisons à cause de l'intérêt qui s'attache à tout ce qui vient d'Orléans :
« M. Louis Veuillot, en reprenant pour le service de VUnivers sa tapageuse épée de gladiateur ultramontain, nous annonce qu'il a demandé la bénédiction du Saint-Père : pieuse précaution, qu'il a jugée nécessaire à son insolente bravoure avant d'insulter tel ou tel catholique ou de frapper tel ou tel évêque. Et nous devons annoncer à notre tour que cette bénédiction, M. Louis Veuillot l'a reçue : oui, il l'a reçue. Heureux batailleur! Toutes les blessures qu'il va faire d'estoc et de taille, à droite et à gauche, parmi les fidèles et les infidèles, les voilà donc qui deviennent sacrées d'avance : il peut maintenant, en bon chrétien, avec sa lame noire, trempée on ne sait dans quelle boue, se ruer sur M. de Falloux ou M. de Broglie, ou même encore sur cette grande ombre de Berryer qu'il allait assaillir jusque dans l'agonie : il a la bénédiction du Saint-Père! Le Saint-Père daigne lui écrire : « Comme vos efforts et vos forces, cher fils, sont fidè- « lement appliqués à la propagation du bien, vous ne « devez pas vous étonner d'être dans la tribulation.»
« Il paraît que M. Louis Veuillot, en criant si fort atitotir de l'autel qu'il en a écarté maint honnête homme, a fait du bien parmi nous ! Il paraît que M. Louis Veuillot, en ferraillant dans l'Eglise et aux portes de l'Eglise contre les catholiques qui ne croyaient pas en lui, a « propagé le bien » dans notre société I Le Bref dit cela. Il dit aussi que M. Louis Veuillot, au milieu de nos erreurs et de nos débats, se « tient < en prières auprès du Trône de celui à qui les paro- « les des humbles et les sacrifices des éprouvés arri- « vent sûrement. »
« Nous n'aurions jamais soupçonné que M. Louis Veuillot eût ainsi l'attitude d'un pacifique, et que ce lutteur fût si tranquille, si béat dans la méditation et
Toraison. Sans connaître les secrets de sa piété, nous aurions cru plutôt que ses prières doivent ressembler à celles de Montluc, celles qu'il entremêlait d'ordres ou de souhaits pour la pendaison des hérétiques. Aussi, le bref, n'étant pas un dogme, nous nous permettrons de garder à M. Louis Veuillot la même estime que précédemment; et dussions nous encourir la rage, sainte ou non, de ce belliqueux, nous regretterons la bénédiction qui vient de tomber sur lui. »
Pour encourir notre « rage », il faudrait au moins que le rédacteur anonyme du Journal du Loiret nous eût dit son nom. Quel sujet de rage imagine-t-il contre tm aboiement parti de der-rière un mur, ou contre un rédacteur du Loiret qui nous reproche d'avoir reçu une bénédiction du Pape? Tout rédacteur du Siècle ou du Rappel en peut faire autant, et la bénédiction du Pape n'en vaut pas moins. Mais parlons raison.
Si ce monsieur anonyme du Loiret pense que ce n'est rien d'écrire dans un journal et qu'on le peut faire sans bénédiction,- tel n'est pas notre avis. Nous croyons qu'en ce métier il est bon d'avoir quelque forme de mission, de recevoir quelque forme d'approbation et de conseil et, en un mot, de ne pas tout prendre sur soi. Nous nous félicitons, quant à nous, d'avoir demandé la bénédiction du Pape et de l'avoir obtenue plusieurs fois. C'est à quoi nous attribuons le bonheur de notre persévérance depuis trente ans. Dans une ^occasion récente, nous lavons reçu aussi ses paternelles réprimandes, et nous avons essayé d'y conformer notre langage,. Quel mal le rédacteur du Loiret voit-il à cela? Aucun, sans doute. Mais celui qui donne les réprimandes peut donner les bénédictions, et qui reçoit les unes peut recevoir les autres.
Si les bénédictions du Pape étaient indifférentes, les réprimandes le seraient aussi. Mais alors, que pourrait dire ML le rédacteur du Loiret, et à quel titre demanderait-il que nous fissions la moindre attention aux réprimandes et aux bénédictions de M. de Fal-