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M. BUFFET D'APRES UN AMI IMPARTIAL

12 avril 1875.

Un ancien député, autrefois notre ami politique, maintenant séparé de nous sur plusieurs points de conduite, mais qui ne nous a pas retiré son amitié, nous envoie une appréciation de M. Buffet que nous trouvons bonne à reproduire. Notre jugement sur cet homme politique serait plus sévère, ou du moins plus aigu. On a pu trouver q;u'il l'était trop. S'il y a eu de l'excès, nous voulons bien en rabattre, surtout si cette modération dans les formes nous rapproche de la vérité. Nous voudrions des hommes de principes, fermes dans leurs desseins, fussent-ils contraires à nos vues, et non pas de ces esprits mous ou seulement peints en fer, qui, au fond, cherchent toujours le plus facile, qu'ils croient l'unique possible, et finissent vite par se laisser imposer le plus dangereux, prétendant l'éviter et quelquefois même le choisir. A vrai dire nous avons bien peur que M. Buffet ne soit très honnêtement de cette trempe, d'abord résistante mais bientôt vaincue, qui, depuis cent ans, nous a entraînés dans tant de mauvais pas. Ces hommes-là attendent d'avoir des remords avant d'avoir des repentirs. Ils sont droits et pleins d'eux-mêmes. Lorsqu'ils se repentent, ils ne sont plus bons à rien.

Voici le portrait de M. Buffet. Il est d'un ami impartial et mérite d'être lu. L. V.

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« Si le duc de Magenta règne, M. Buffet gouverne et doit gouverner, puisqu'il est le principal éditeur responsable du 24 mai et du 25 février. Recherchons quel degré de confiance et d'espoir son gouvernement peut nous apporter.

« M. Buffet est un parlementaire catholique libéral, ce qui ne l'empêche pas d'être un autoritaire de penchant et d'habitude. Il ne veut appartenir qu'au devoir, au bien et à la vérité; on ne le verra participer à aucun acte qu'il croira répréhensible; qui le connaît ne doute ni de sa droiture, ni de sa probité. Un homme de cette trempe est incapable de bassesses pour s'élever et descend du pouvoir la tête haute et les mains nettes.

« Dédaignant les réclames et la popularité, froid, morose, austère, il prétend résister aux passions des partis et des foules. On lui trouve des ressemblances avec son collègue M. Dufa'ure; ni l'un ni l'autre ne cherchent à plaire, mais tous les deux veulent commander. Leur talent oratoire est du même genre: une diction pénible et sans aménité, mais de la clarté, de la force et de l'autorité.

« M. Buffet a été longtemps rapproché de M. Thiers, toutefois sans accepter la direction du révolutionnaire sceptique. Le nouveau chef du conseil estime que l'on ne gouverne, sous un régime parlementaire, qu'en tenant toujours sa démission à la main; aussi ises trois ministères antérieurs ont-ils été courts. Il est d'ailleurs un collègue incommode, parce qu'il discute opiniâtrement, en essayant de faire prévaloir son opinion et sa volonté.

« Si la conscience, le travail et la probité suffisaient à sa position, M. Buffet répondrait à toutes les exigences; mais ces qualités sont insuffisantes dans un pays qui a perdu les traditions gouvernementales, le respect du pouvoir, et qui change de lois fondamentales comme de modes. Il faudrait à la France un pouvoir stable, basé sur des principes siirs; et nous sommes dotés d'un régime essentiellement instable

et faible. L'école libérale catholique, à laquelle M. Buffet appartient, manque de principes: elle se croit habile parce qu'elle varie d'expédients et de tactique, selon les circonstances, et ne lutte jamais de front contre vent et marée; mais, à force de louvoyer, on perd de vue le but, la défense sociale, et on est emporté loin de lui par les courants. Les politiques de cette école excellent aussi à rechercher minutieusement les petits côtés, les détails secondaires des lois et des mesures soumises à leur examen: de là plus de partage que d'action, beaucoup d'hésitations et peu de résolutions nettes.

« Pour échapper aux défauts de son école M. Buffet devrait être entouré de conservateurs résolus, ef il est le membre le plus conservateur de son ministère. Le gouvernement lui a été infligé par une majorité d'accident, composée de trois partis irréconciliables, qui ont voté ensemble en haine de l'empire, et qui tiraillent maintenant le pouvoir en sens opposés. Comment gDuverner dans ces conditions ? Le ministère f era-t-il voter la loi électorale indispensable? Cela n'est pas certain. S'il penche à gauche dans les élections, il heurtera la masse des conservateurs et faillira au devoir social; s'il tourne à droite, la majorité de ses fondateurs l'attaqueront en l'accusant de trahir la république. Ni l'embarras n'est faible ni la difficulté mince.

« Nous sommes donc encore réduits à vivre au jour le jour, avec une faible dose de confiance et de sécurité, quand il en faudrait beaiucoup pour soutenir l'industrie affaissée, pour relever nos finances écra- ^sées.

« Après le 25 février, nous ne pouvions espérer mieux que le ministère actuel : là se borne la justice que nous lui rendrons; nous ne dirons rien de plus rassurant à son bénéfice, quoiq^ue nous ne contestions ni la valeur relative ni les intentions droites du vice-président du conseil. »

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