LE CHEMIN DE CEOIX DE LA SAINTE VIERGE
vaJl qu'il lui a fallu pour s'emparer d'un si vaste domaine, et résoudre avec cette précision et cette simplicité les problèmes sans nombre de l'ignorance et de la mauvaise foi joints à ceux de l'esprit et du cœur.
Le livre que no as donne aujourd'hui M. Alex, de Saint-Albin révèle le secret de la qualité dominante de ses autres travaux. Ce qui leur donne cette clarté, et, pour mieux dire, cette probité de raison si agréable à ceux qui l'écoutent, est moins l'effet d'un esprit naturellement modéré et bienveillant et d'une étude scrupuleuse que d'une connaissance expérimentale de la religion. Il y a mille choses essentielles que n'apprennent ni la modération de l'âme et de l'humeur, ni la lecture des livres, ni la plus prudente défiance des journaux, ni la droiture du cœur et de l'esprit. Des écrivains de mérite et qui ont toutes les qualités désirables moins celles-là, ne savent rien, ou du moins ne savent pas assez. Avec la meilleure volonté du monde, ils se trompent, ils ignorent. Pour connaître les hommes et leurs affaires, leur histoire ne suffit pas, leurs paroles ne rendent point compte de leurs pensées. Ils ne connaissent ni leur histoire, ni leurs pensées, ni les mobiles les plus puissants et l'aboutissement fatal de leurs œuvres, tant qu'ils ne savent ni ce qu'ils pensent, ni ce qu'ils doivent penser sur Dieu; et l'écrivain qui les considère, s'il partage leur ignorance, partage aussi leur aveuglement, selon le point de vue erroné où il se place pour juger ces victimes ou ces possédés d'erreur. Que l'erreur soit la même ou qu'elle soit contraire, c'est toujours l'erreur, et le juge n'est toujours qu'un délinquant, souvent plus coupable. M. de Saint-Albin, chrétien éprouvé, voit clair et parle juste. La vérité lui donne son secours parce qu'elle a tout son amour et tout son respect.
En nous envoyant le Chemin de la Croix, il nous dit que ce petit livre est le fruit de huit années de méditations. Il se trompe en cela ; ses méditations remontent plus haut que l'époque où il a formé le plan et arrêté le dessein de son ouvrage.
Elles le guidaient depuis longtemps lorsqu'il en a écrit le premier mot; elles sont le flambeau de toute une vie où les épreuves n'ont pas manqué. La foi seule donne ce qu'il faut de patience et de fermeté, de lumière et d'espérance, pour soutenir Je publiciste catholique dans sa lutte perpétuelle contre l'esprit de l'époque. Il n'y a nul moyen de résister autrement à un combat qui n'est qu'une suite de défaites, ec qui humainement ne promet aucun des avantages de l'activité, pas même l'espérance lointaine du repos. Dans ce métier, il n'y a pas de gloire, pas de triomphe, pas de fortune à prétendre ici-bas. Il est peu de plus rude chemin pour aller à la tombe. C'est une grande route, peuplée de passants hostiles, et une solitude sans silence, un couvent ;sans cellule, un atelier sans relâche et souvent sans amis, car plusieurs mêmes, de ceux qui vous ont accompagné, longtemps avant la fin se lassent, se -fâchent et vous laissent :
Chez des amis vivants je me suis vu mourir.
Il faut étudier constamment, mais l'étude est constamment brisée; il faut «produire toujours, mais l'a production toujours hâtée n'arrive jamais à la perfection où elle pourrait prétendre. Terrible vie, en vérité 1 Elle a cependant sa paix, mais non comme le monde la donne. Sa paix consiste tout entière dans la grâce de la vocation.
L'exemple de M. de Saint-Albin nous montre combien cette grâce est forte et combien cette paix peut être profonde. Ce livre, conçu et écrit au milie'u des tracas de la vie de journaliste^ n'est autre chose qu'une étude de la douleur et cette étude de la douleur n'a que l'accent de la prière et le sentiment de la paix et de la bénédiction. Sans parler des sujets habituels de ses pensées, l'auteur ne les jperd pas de vue yxn instant. Il fait le chemin de la croix en compagnie de la sainte Vierge, modèle inénarrable de toute perfection, de toute résignation