‹ Derniers mâelangesChapitre 151 sur 208 · M. Foucher de Careil · texte numérisé non relu

M. Foucher de Careil

premier essai fut heureux. En 1868, des paysans du Pérjgord, persuadés que les nobles et les prêtres voulaient rétablir la dîme et d'autres droits féodaux, prirent le premier noble qui leur tomba et le brûlèrent vif. — « Il est si vrai (ju*on veut rétablir la dîme, disent à présent les rouges, que les Péri gourdins ont brûlé un nommé Monéis, chef du pafti. » Argumenîez contre cela! L'affiche de M. Foucher de Careil pourra servir au même raisonnement. — Voyez ce noble, cet ancien préfet. Il promet d'empêcher le rétablissement de la dîme, donc on y songe 1 Etant préfet de l'empereur, il a saisi la trame.

Voilà ce qui nous rend M. de Careil très précieux. Nous voudrions, puisqu'il croit à la conjuration de rétablir la dîme, que, profitant de ses loisirs et de ses connaissances, il nous fît un petit traité de ce terrible usage. Le sujet ne manque pas d'actualité; certainement son traité aurait quelque chance d'être lu.

Il dirait l'origine de la dîme. Elle paraît aussi ancienne que l'homme, puisque Abel et Caïn l'ont payée. Il la suivrait dans tous les temps, dans tous les pays, dans toutes les législations, puisqu'on la voit partout et que l'homme la paye partout, soit à Dieu, comme Abel, soit ati diable comme Caïn. II en décrirait l'injustice, les abus, les tortures, surtout lorsqu'il est question de la payer à Dieu (on pourrait prouver qu'Abel en est mort); — car payée au diable, quoiqtie plus coûteuse, elle est manifestement un plaisir. Il raconterait comment la dîme a été heureusement abolie, ou plutôt heureusement transformée aux jours les plus radieux de notre histoire, au milieu de quelles fêtes et avec quels profits, et quelles fêtes et quels profits ne cessent de suivre la transformation. Il terminerait par un détail des moyens de l'abolir ou de la transformer toujours plus; car en vérité quelque chose est encore payé à Dieu, et tout n'est pas payé au diable. Il indiquerait ce qu'il faut faire pour extirper l'abus du tribut divin et compléter l'avantage du tri-

but diabolique. Nous répétons que ce serait un livre très intéressant et 'qui pourrait même faire un député ou un sénateur. Il n'y a pas de sujet sur lequel un homme de loisir puisse plus aisément écrivailler, plilosophailler, politiquailler.

On pourrait le traiter de deux manières : l'une plus sincère, Talutre plus marchande; l'une plus au profit de la société, l'autre plus au profit de la république. La première requérerait une âme plus hardie et vaudrait peut-être une mort plus tranquille; l'autre offrirait plus de chances pour être député. On peut choisir, selon qu'on se sent plus de goût pour Abel ou plus de pente vers Caïn. Les opinions sur la dîme ont commencé à se diviser là. Depuis lors, on paye, cela est inévitable, payer étant l'attribut le plus certain de la nature humaine; mais la façon diffère. Les uns conservent la façon d'Abel, façon primitive; les autres prennent la façon de Caïn, l'homme fort, révolutionnaire et novateur.

Abel savait, comme son père, que Dieu, créateur ancien et actuel du monde et de l'homme, possède un droit sans cesse renouvelé sur sa création, entretenue avec un soin visible et perpétuel; il se disait, comme son père, que l'homme ne peut sans ingratitude et sans folie traiter d'égal avec Dieu, ni se dispenser de reconnaître cette propriété de Dieu et sa propre dépendance par quelque humble tribut tiré des choses dont l'usage lui est laissé. Partant de ces principes, l'homme créé de Dieu, se reconnut locataire sur la terre de Dieu et voulut payer son loyer. Il aVait d'autant plus raison que Dieu s'associait au travail de l'homme pour rendre la terre féconde et y participait comme fournisseur des semences, distributeur du sîoleil et de la pluie et gardien de la force des bras. L'innovation de Caïn, méprisant ces considérations qui sans doute gênaient son fier esprit, fut d'abord de payer moins, ensuite d'espacer davantage les termes, enfin de ne plus payer du tout. On imagine bien qu'il trouva cent raisons d'agir ainsi. La principale fut sans doute de se faire

honneur dans le monde en constatant sa liberté, par laquelle il gardait pour lui-même oe que l'on croyait devoir offrir à Dieu. Il y acquit de proche en proche le hean tempérament et les belles actions que l'on connaît; il tua son frère et fut errant et tremblant sur la terre.

Les imitateurs d'Abel se tinrent au vieux principe et payèrent fidèlement. Ce principe, observé par Abra ham et Jacob devint loi formelle. La loi nouvelle le prit de la loi ancienne. Charlemagne le régularisa comme avait fait Moïse; la puissance ecclésiastique et la puissance séculière le firent respecter, les législations particulières le maintiennent, d'accord avec la législation générale de l'Eglise. En somme, la dîme est reconnue par la loi naturelle, la loi divine, les lois canoniques, les lois civiles et la pratique des peuples, depuis Adam jusqu'à nos jours. Antiquité et autorités respectables, qui laissent tout au moins supposer qu'elle serait bien quelque chose de salutaire. Tant de siècles et tant d'hommes n'ont pu se tromper tout à fait et maintenir la dîme pour le seul plaisir de vexer le paysan. Il faudrait se rappeler que la dîme fut presque le seul impôt dont la propriété foncière, en France, ait été grevée dans les périodes heureuses de notre histoire. Il était léger, si on le compare aux charges qui frappent aujourd'hui les produits agricoles, commerciaux, industriels, les propriétés mobilières, les animaux et les véhicules de luxe, les personnes et jusqu'à l'air que l'on respire. La dîme excédait à peine ce que prennent aujourd'hui les meuniers comme frais de mouture. Moyennant le concours de la propriété ecclésiastique, elle suffisait à trois budgets, celui des cultes, celui de l'instruction publique, celui des pauvres.

La race de Caïn, logiquement fidèle de son côté, a fini par déclarer que Dieu n'était pas créateur, n'était pas propriétaire, n'était pas vivant, n'avait jamais vécu; que, par conséquent elle ne lui devait rien. Non seulement elle ne paya pas la dîme, mais elle

défendit de la payer. On ne la paye plus. Dieu est évincé comme propriétaire officiel. C'est là que nous en sommes.

Toutefois, la question n'est pas encore finie comme les caïnites le voudraient. Ils appellent apparemment rétablissement de la dîme le souvenir qu'en gardent ceux qui l'ont payée sans amertume et qui conservent l'habitude de la payer volontairement. Ces caïnites ne peuvent avoir d'autre prétexte, puisque personne ne leur parle d'autre chose et ne témoigne d'aucune façon qu'il puisse être seulement question d'autre chose. Mais ce souvenir est de trop pour leur fierté, ils prétendent l'interdire. Ne laissons pas reprendre l'habitude de considérer Dieu comme ayant un droit de propriété quelconque; qu'on ne se souvienne même pas de lui avoir fait cette concession ! Par conséquent, plus de budget des cultes, plus de traitement du clergé, plus d'édifices religieux, plus de vases sacrés, plus de signes extérieurs d'une reconnaissance quelconque de cet être chimérique. Tout cela, c'est une dîme déguisée! Abolissons la dîme, qui implique l'existence de Dieu. Voilà le mot.

Il est certain que si Dieu existe, il est propriétaire de la terre, de l'homme et de tout, et que le but de la Révolution est manqué.

Il reste évidemment des abelistes, selon lesquels rien n'est moins clair que la déchéance de Dieu ni plus clair que la brutalité et la folie de leurs cousins les caïnites. A leur avis, Dieu ne laisse pas de faire encore beaucoup d'actes de propriétaire. Il envoie fréquemment des huissiers très impératifs qui réclament ses arrérages, mettent les récalcitrants à la porte, saisissent le fonds et le distribuent comme bon leur semble ou comme il leur est ordonné. D'où viennent, disent-ils, les volcans, les inondations, les sécheresses, les phylloxéras, les banqueroutes, les révolutions, les guerres, en Un mot le diable et son train ? Toutes ces choses emportent volontiers plus qu'on n'a économisé

et semblent Dieu nous faire un commandement de payer la dîme.

Qui sait, ajoutent ces arriérés, qui sait si la dîme, lorsqu'on la payait fidèlement à qui de droit, ne rendait pas quelque chose ? Mais on sait que la dîme payée à tous ces huissiers ou au diable, qui peut-être est encore un huissier, ne rend rien du tout. Du temps de la dîme, il y avait moins de cabarets, plus d'écoles et meilleures, plus d'ordre dans les villages, moins de théâtres dans les villes, moins de révolutions, moins de Prussiens ; les élections coûtaient moins cher. Voilà un candidat qui a dépensé peut-être deux cent mille francs pour être député, et encore il n'est pas député. Des électeurs à qui on a fait boire deux cent mille francs devaient laisser beaucoup de leur conscience au fond du ^erre. Ce n'est pas une bonne économie. ^ Enfin la dîme est abolie, elle' est remplacée par l'impôt et par les huissiers divers dont nous avons parlé; nous ne savons ce que nous y gagnons. Pourtant, puisque cela va tout de même, par la miséricorde de Dieu; puisque nous avons trouvé une jambe postiche pour remplacer la bonne jambe que nous a coupée notre frère Caïn; puisque Dieu, nié officiellement comme propriétaire, veut bien dédaigner cette injure, et, se montrant toujours père, consent à nous faire voir aussi qu'il garde sa propriété et continue de l'entretenir de semences, de soleil et de pluie, n'en parlons plus. Mais restons-en là en attendant que cette maladie de Caïn nous permette de devenir plus sages. D'ici là nous ferons ce que nous pourrons. Nous payerons la dîme comme nous avons coutume, sans demander qu'on la paye avec nous. Nous payerons pour deux, pour trois, s'il le faut, et davantage s'il est possible. Nous tâcherons de fournir assez de prêtres, de bâtir assez d'églises, de brûler assez d'encens, de nourrir assez de pauvres. Nous serons économes sur la dîme du diable pour augmenter la dîme de Dieu.

Cet arrangement nous paraît acceptable; nous serions contents de savoir si M. Foucher de Careil, le

grand abolissear de la dîme, l'admet ainsi, pratiquée par nous seuls, pauvres chrétiens, et s'il veut bien nous laisser vivre à cette condition.

6 juillet 1875.

A propos d'une affiche électorale de M. Foucher de Careil q'ui promettait à ses électeurs de combattre le rétablissement de la dîme, nous avons jeté [un coup d'œil sur cette institution aussi vieille que le monde. Nous avons trouvé que la dîme n'était pas détruite, mais iseulement transformée; que l'homme la paye toujours, soit à ses devoirs, soit à ses passions, soit à Dieu, soit au diable, soit comme Abel, soit comme Caïn; que la façon d'Abel, étant légale et régulière, plaît moins, mais que si la façon de Caïn paraît plus agréable, elle est cependant plus dure; que quand Dieu reçoit moins, le diable a la permission de prendre davantage, et qu'en somme il faut toujours payer. Après quelques considérations sur les avantages de la dîme régulière, nous ajoutions que personne aujourd'hui ne la demande ni ne songe à la payer de cette manière, et que le « rétablissement » de la, dîme » est simplement une machine politique pour faciliter le jeu de la machine à couper le cou des nobles et des prêtres. C'est le commun sentiment. Déjà sous l'empire, cette question absurde, inventée par quelques scélérats cachés, a suscité les redoutables émeutes des Charentes contre le clergé, et procuré l'assassinat de M. de Moneïs, J^rûlé vif par des paysans du Périgord.

Là-dessus, naturellement, le Rappel nous accuse de réclamer le rétablissement de la dîme. Il cite en preuve lun passage de notre article où nous disons

que Dieu ne renonce pas à ses droits de propriétaire du monde et de l'homme, q^uoique les savants de notre âge le déclarent déchu, et que tant de fléaux tombant sur nous ressemblent bien à des huissiers qui viendraient de sa part nous faire commandement de payer la dîme. Il paraît que cela est scandaleux et mérite d'être brûlé vif, comme le pauvre M. de Moneïs. Quelques amis du Rappel tournent avec lui a'utour die cette idée. Ils ne le disent pas tout net; sans craindre Dieu, ils craignent un peu les sergents; mais le peuple entend à demi-mot.

N'importe! Quitte à être brûlé, nous tenons à l'image et nous trouvons qu'elle est juste. D'ailleurs, nous ne voyons pas pourquoi nous n'aurions pas le droit de réclamer le rétablissement de la dîme, lorsque le Rappel et tant d'autres travaillent sans gêne au rétablissement des assignats et de beaucoup d'autres institutions républicaines favorables au bon placement des économies que l'on peut faire sous le régime répubhcain. C'est un exercice tout naturel de la liberté de la presse. Si la dîme nous plaît,^ pourquoi ne le dirions-nous pas? Faut-il, pour que nous puissions le dire, qu'elle plaise encore à Tra^aldabas et aux autres?

Eh bien, elle leur plaît! Nous les voyons justement à l'heure qu'il est se faire tous collecteurs de dîmes et se piquer d'émulation pour aVoir l'honneur d'en recueillir davantage. M. Saint-Genest se distingue dans ce pique-nique, où Tragaldabas se laisse distancer. Ils sont généralement très beaux, très prodigues du bien d'autrui, et ne cessent lun peu de presser la foule que pour faire remarquer qu'ils se fendent au delà du possible et chacun (comparativement) plus que pas un autre. Il n'est pas jusqu'à ces joyeux du Charivari qui ne fassent remarquer que leurs cinq cents ïrancs, fi^uits de leurs sueurs, valent plus que les vingt mille francs du Pape ou du comte de Chambord. C'est 'une dîme cela! Ils disent que ce n'est pas une dîme, que c'est une souscription volontaire. Volon-

taire? il faudrait voir. Mais, soit! Volontaire ou non, il faut la payer aujourd'hui, et vous la payez. Je crois qti'il y aura du coulage; il y en aura devant les hommes et devant Dieu. Il faudra bien des ficelles, bien des bals, bien des spectacles, bien des guets-apens, bien des contraintes; il en faut toujours beaucoup pour vous tirer ces dîmes prétendues volontaires. Pourtant Vous payerez la dîme. Vous soutiendrez ainsi vos frères malheureux. Qui vous dit que nous voulions aiutre chose et par d'autres moyens?

Vous payez cette dîme parce qu'une puissance quelconque, l'humanité, l'opinion, le bel air, le malheur, tout ce que vous voudrez, vous en fait le commandement. Qui nous empêche de la payer aussi, et d'en payer encore et plus régulièrement une autre, par tous ces motifs et par le commandement exprès de Dieu?

Il nous plaît de reconnaître à Dieu un droit sur tout ce que nous possédons, sur tout ce que nous acquérons et sur tout ce que nous sommes. Il a fixé ce droit au décime, nous le donnons. Quel mal y a-t-il à cela? Et quand même Tragaldabas y trouverait un mal, que nous importe l'opinion de Tragaldabas? Il est fort, il nous brûlera? Qu'il nous' brûle, s'il le peut! Nous tâcherons d'échapper s'il essaye, et de l'envoyer au bagne. Il restera toujours quelqu'un pour faire cette bonne œuvre qui réussit quelquefois et quelque temps, et nous continuerons de payer la dîrne avec ceux qui penseront comme nous. C'est simple comme bonjour.

Nous attestons que dans l'état présent de la France et du monde, nous ne pensons pas être beaucoup qui résolument se fassent un pareil honneur, et qui même soient dignes de se l'entendre proposer. Assurément, Tragaldabas n'est pas du tout de ceux-là. Il ne s'entend qu'à prélever une dîme à son profit sur les pauvres gens qui se plaisent aux ineptes propos et aux mauvais vers; et quantité d'autres qui ne, s'en souj)çonnent pas, ne valent, sous ce rapport, guère mieux que lui. Mais enfin Tragaldabas et ses congénères ne composent pas encore tout le genre humain. Il reste

un noyau de gens qui aiment et craignent Dieu. Ce sont ceux-là qui, sans attendre qu'on leur propose de rétablir la dîme, l'ont rétablie, en effet, ou plutôt n'ont pas cessé de la payer. Lorsqu'ils seront assez nombreux, dans mille ,ans, ou dans cinquante ans, ou demain, on ne rétablira pas la dîme, elle sera rétablie, et avec elle la propriété à' qui elle est nécessaire, et, alors, il ne restera guère d'indigents.

C'est une grande chose d'être nécessaire à la propriété, parce qu'il n'y a que la propriété dîmée, c'està-dire tributaire volontaire de Dieu, qui sache nourrir et entretenir les pauvres. Pourquoi cela? Pour des raisons qtie Tragaldabas ne peut comprendre.

L'Italie vient d'abolir la dîme. Du temps de la dîme, la propriété foncière payait au fisc, dans l'Etat du Pape, un pour mille; elle paye aujourd'hui vingt-cinq pour cent, et le peuple affamé demande qu'on en finisse. C'est lui qui paye tout, ot on ne lui paye plus rien.

Sans nous expliquer davantage, voici notre système économique; il n'est pas compliqué. Partant du principe d'Abel, nous considérons Dieu comme premier possesseur de tout, et nous lui payons au moins le droit de propriété q^'il réclame, dix pour cent. Cela fait, nous nous considérons comme copropriétaires, et nous pensons qu'en bon propriétaire et en bon associé, Dieu aura soin de la chose commune. Il doit s'intéresser à nos affaires puisqu'elles sont les siennes, et qu'il a son droit qui bénéficie de la bonne fortune, et qui participe à la mauvaise. Cela réglé, , nous Vivons tranquillement au milieu de la mer humaine, où nous savons que nous ne resterons pas toujours. Si Dieu se ruine, c'est par sa volonté. Il nous doit alors quelque chose de l'inaltérable contentement avec lequel il contemple tout ce qui est conforme à sa Volonté. Nous, ne sommes pas tenus à la dîme lorsqu'il n'y a rien. Fiat voluntas tua ! Ce système paraît simple, nous le savons. Tragaldabas a le sien. Nous conseillons pourtant d'essayer du nôtre.

8 juillet 1875.

Le Rappel revient à la dîme, mais en s 'efforçant totijours de n'y rien entendre. Il nous accuse encore de vouloir la rétablir. Ce n'est pas cela. Nous ne voulons ni la rétablir pour nous ni l'abolir pour lui. Pour nous, elle est rétablie. Pour lui, elle n'est pas abolie et ne le sera jamais. Nous continuons de payer la dîme à Dieu, i] contin:ue et oontinuera de la payer au diable. Puisqu'il y a deux dîmes, ou plutôt deux manières de la payer, ce partage est fort clair et fort simple, et depuis longtemps lui et nous avons choisi. Quelquefois, comme en cette circonstance, il semble payer aVec nous; il obéit au commandement, il apporte ses liards à la dîme de Dieu; car c'est bien de celle-là qtu'il s'agit à l'heure qu'il est. Nous ne l'empêchons pas, nous le louoins même de remplir ce devoir, et nous souhaitons ("q^ue Dieu lui en sache gré : cela vient, à son insu, d'un fond chrétien qui s'obstine en lui, et dont peu d'hommes savent absolument se défaire. Il dira que ses intentions sont autres. Hélas! c'est probable. Mais à qtioi bon disputer là-dessus? Il paye, cela suffit. Comme nous Voulons bien qu'il paye de notre côté et presqîue de notre manière, il nous permettra de ^ayer encore lorsqu'il sera las, et de verser toujours à nos décimatelirs, jamais aux siens. Voilà la question de la dîme bâclée, du moins provisoirement. A chaque jotir suffit sa peine.

Il reste un autre point à régler qui n'est pas plus difficile.

Le Rappel a laissé passer des propos qui tendraient à nous faire brûler vifs par les paysans de la Dordogne ou par les paysans de Paris, comme voulant rétablir la dîme. Nous pensons qu'il est maintenant éclairé là-

dessus. Nous avons eu le chagrin de lui attester que nous ne faisons ni à lui ni au pays l'honneur 'de proposer absolument rien qui aille de oe côté-là. Lorsque notis avons parlé de la dîme, nous avons seulement Votilu abuser un peu de la liberté de la presse en remployant, contre son usage, à louer une chose louable et qtie toute la France présentement pratique avec un zèle merVieillefux ; nous ne ferons pas le dessein stupide de mettre tous nos contemporains à ce régime et de leur faire faire Un bien régulier. Nous savons que la seule régularité généralement possible est celle de la dîme payée au diable. Nous laissons aux gens d'esprit oe prod^t de 89. Qu'ils en jouissent, qu'ils s'en abreuvent, qu'ils en aient des indigestions!

iMais ils doivent, à leur tour, nous laisser payer notre dîme par stircroît, comme nous l'avons fait jusqu'ici. Nous avons eu tort de dire au Rappel que notis essayerions de faire mettre au bagne ceux qui entreprendraient de s'y opposer par les moyens dont on a fusé envers M. de Moneïs, et plus récemment envers quelques pauvres églises de Paris. C'est un pe^u vif peut-être, mais on ne peut guère se tirer du gril à meilleur marché. C'est vif aussi d'être brûlé vif, et il semble assez naturel que l'on cherche à mitiger les incendiaires. Si le Rappel connaît nn autre moyen, il le fera prendre. Tout ce que nons demandons, c'est qu'on ne nous brûle pas et qti'on nous laisse payer la dîme, puisque nous avons cette manie.

Autre chose encore, pour terminer notre petit compte avec le Rappel. Il M déplaît que nous l'appelions Tragaldahas. Il y a vingt-cinq ans, dit-il, que cette plaisanterie est d'émodée. C'est ainsi que jadis on appelait Victor Hugo Ruy Blas; cela ne se dit plus. A la bonne heure ! et nous tâcherons de ne plus le dire. Nolis protestons cependant qu'en adoptant cette vieille formule nous n'avons pas voulu dire que M. Vacq'uerie fût la même chose que M. Hugo. Nous faisons des différences, et il y en a. Ce qfui a pu nous

mettre stir la pente de ce Tragàldahas, c'est que nous en possédons une édition nouvelle, très magnifique, à nous envoyée par Téditeur de la chose, sans doute pour q'ue nous en parlions. L'édition est de 1875, c'est tout frais. La couverture crie à tue-tête :

Page 1