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LES CURÉS BATISSEURS D'EGLISES

2 juillet 1875.

M. le curé de Béruges, du diocèse de Poitiers, entreprend la reconstruction de son église, abattue le 21 janvier 1872 par un étrange coup de foudre. Ilypensait déjà, mais il aVait encore quelque chose, un pauvre édifice, étroit et lézardé, vieux de six cents ans. Ce coup de foudre, qui ne lui laissait plus rien, l'a déterminé.

Toute ressource lui manque. A peine possède-t-il la première pierre et le premier sou. Toutefois, son évêque l'a béni, et la nouvelle église sera consacrée au Sacré-Cœtir. On peut faire quelque chose avec la bénédiction de l'évèqXie de Poitiers et l'assistance du Sacré-Cœtir. Il est à l'œuvre, c'est-à-dire- en quête. Certes, le paluVre curé se prépare de longs et amers ennuis. Que de démarches 1 que de rebuts 1 Des curés qui ont une école à organiser, un hospice à compléter, tine église à bâtir, on ne voit que cela. Les meilleurs chrétiens, accablés de demandes, attendris un peu, mais très fatigués de donner ou de n'avoir plus à donner, reçoivent mal tous ces quêteurs et souvent leur font sentir qu'ils sont importuns. Mais pourtant il fatit bien que l'église soit bâtie! Le quêteur le pense sans cesse, le qtiêté finit par en convenir plus ou moins. Cherchez et vous trouverez, demandez et il vous sera donné. Ainsi se bâtissent les églises. Dieu le veut ! que ce mot a troublé de bonnes gens.

pressés les tins de ne rien faire, les autres de dormira S'il est enîiiluyeux de bâtir tant d'églises, on est bien aise pourtant, quand l'église est bâtie, d'en avoir fourni sa part. En somme il y avait là des gens qtii ne pouvaient pas assez facilement aller à la messe, et 'q'ui maintenant y vont. Cela est plus doux à penser qu'il n'a été fâcheux d'avoir eu à fournir une petite pierre. Quel dommage, quand on aurait ainsi distribué en petits morceaux la pierre de sa propre tombe ? Serait-on moins riche alors pour n'avoir pas laissé de quoi s''offrir ce petit monument, qui sera tout ce que l'on peut posséder en ce monde dès qu'on ne l'habitera plus. Quand on veut raisonner, on a bientôt fait de Voir qUe ce quêteur indiscret, je parle de ce pauvre curé qui n'a point d'église, ne vous fait pas tant de mal en venant vous demander une misérable pièce d'argent, et que plutôt il vient de la part de Dieu dont la miséricorde veut vous alléger d'un fardeau. Etes-vous sûr de ne pas faire plus mauvais usage de l'argent que Vous êtes tenté de refuser? Qui vous assure que cette pierre de la tombe dont il vous demande de faire une pierre d'église, ne serait pas trop lourde à vos ossements? Et quand vous auriez rêvé une pyramide, est-ce que ce bon prêtre, en réalité, ne vous oblige pas et ne sert pas mieux votre gloire en vous offrant un clocher?

On ne prie pas beaucoup dans les cimetières pour les morts décorés d'une pyramide; mais ni les morts, ni les vivants, ni Dieu, n'oublient ceux qui ont bâti le clocher. Ceux-là sont à l'abri de l'expropriation' et du temps; ils ont Un titre imprescriptible : Seigneur, fai aimé la beauté de votre maison et le lieu où réside votre gloire.

Ne renvoyez pas les bâtisseurs d'église; si vous les avez renvoyés, rappelez-les. Ils élèvent les monuments expiatoires dont notre époque a besoin, ceux qui protégeront le plus notre mémoire et seront le plus sûr abri de nos enfants.

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