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LES QUERELLES DE M. SAINT-GENEST

3 juillet 1875.

M. Saint-Genest a l'honneur, en ce moment, d'être en querelle a\^ec trois hommes de peu, trois députés qui se nomment MM. de Franclieu, de Lorgeril let Du Temple. Il les traite de haut; c'est son droit. Ils sont très honnêtes gens sans doute, estimés dans leur pays et, à tout prendre, fort honorés partout. L'élection d'aucun d'eux n'a été entachée d'aucune protestation. On n'a pas parlé de brigues, ni de marchés, ni de journaux, ni de pots de vin. Ils n'ont point fait de folles et lâches promesses, ils n'avaient point de honteuse et turbulente popularité. Les électeurs les ont pris comme gens de leur contrée dont ils connaissaient la vie, l'aptitude et les mœurs : M. de Franclieu et M. de LorgeriJ, paysans lettrés, à la charrue; M. Du Temple, capitaine de frégate, sur son vaisseau, où il rentrait après un petit congé qu'il avait pris pour faire, en volontaire, la guerre contre les Prussiens. En outre, ils ont de l'âge et ne passent point pour des écerVelés, sauf aux yeux de M. de Villemessant, qui ne les aime pas et qui n'entend pas qu'on les aime dans son Figaro. Mais que valent leur âge, leur honorabilité, leurs services, leurs titres et leur mandat, comparés aux titres, droits et mandat de M. Saint-Genest?

Député ide M. de Villemessant, M. Saint-Genest a tous les droits de M. de Villemessant, qtii a tous les droits de la presse. Cela seul suffirait pour le distinguer de ses trois misérables adversaires, simples députés" du simple peuple. Le peuple souverain met les journalistes, surtout ceux qui lui plaisent, fort audessus de ses députés et de lui-même. Un député, ce n'est que la reine; un journaliste, cela peut être Mme Du Barry, ou l'ami Bonneau, ou le fou du roi. De plus, avec les droits que lui confère la délégation de M. de Villemessant, M. Saint-Genest a ses titres propres. Il est Français, fl est journaliste, il a par sa naissance le droit de surveiller les députés ordinaires, de les morigéner, de se moquer d'eux tous les jours tant qu'il lui plaît, comme il lui plaît. Il n'a pas besoin de demander la parole, il ne craint pas le rappel à l'ordre, ni que la parole lui soit ôtée. Ce n'est le droit qlie de son seul président et souverain, M. de Villemessant, dont l'agrément lui suffit. Appuyé sur M. de Villemessant, M. Saint-Genest se sent invincible, condition bien supérieure à celle d'un vulgaire opinant. Que l'on dise tout ce que l'on voudra; si M. de Villemessant daigne sourire, les dieux sont contents. Ainsi notre inimitable Molière ne s'inquiétait de rien, lorsqu'il avait fait rire le plus grand roi du monde.

Telle est l'incomparable puissance du journaliste lorsqu'il paye, et l'incomparable crédit du simple rédacteur lorsqu'il plaît. M. Saint-Genest a conscience de la grande chose qu'il est de par la constitution et de par le goût de M. de Villemessant. Que peuvent avoir de plus que lui par ailleurs les trois députés? Ils sont honorables, lui aussi; lettrés, et lui donc! MM. de Lorgeril et Franclieu ont leur charrue? N'a-t-il pas son encre bien plus féconde et plus savante? M. Du Temple est marin, est-ce que M. Saint-Genest n'a pas navigué en Suisse et en Itaiie? De plus, M. Saint-Genest porte aussi l'épée, il est cavalier en chambre. Quant à sa popularité, aucun ne l'égale, et si ces petits messieurs sont députés, il est député de ses

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