SERA POSSIBLE DE LE FAIRE
» Préserver, conserver, améliorer la vigne par tous les moyens dont on pourra disposer.
» Prix : 1 franc. »
Voilà le résultat des méditations d'un professeur éminent, appointé par l'Etat. La chose est publiée à grand renfort de cymbales.
Si, après deux années de travail, un clérical avait accouché de conclusions pareilles, quelles chaudes gorgées 1 M. Sarcey lui-même trouverait de l'esprit; il avouerait que Moïse ne s'est pas encore montré capable d'une simplicité qui approche de celle-là.
Pour revenir au sérieux, qui ne manque pas dans cette question, puisqu'il s'agit d'une ruine imminente et terrible, la vigne malade est abandonnée des médecins. Il nous semble que c'est le cas d'appeler le prêtre et de faire ce qu'il dira.
Pour moi, si j'avais une vigne, je consulterais Moïse et je lui obéirais. Je ne m'écarterais de ses prescriptions qu'avec la permission et l'agrément de celui qui est assis dans la chaire de Moïse. Je prierais, je ferais des neuvaines de prières; je laisserais le soufre et les eaUx composées et je répandrais de l'eau bénite, qui coûte moins cher, et qui part dé meilleure source, l'humilité du cœur; et j'ajouterais d'abondantes aumônes, parce que c'est l'aumône qui enrichit, ou, œ qui vaut mieux encore, qui enseigne à subir d'un cœur content la ruine et la pauvreté.
Beaucoup de savants et quantité de journaux préconisent d'atitres moyens. Ils pensent, dans cette circonstance, qu'il serait plus expédient de piller et de fermer les églises, de chasser oti de tuer les jésuites et de persécuter les prêtres. Ils peuvent en essayer, ce n'est pas moi qui suis capable de les empêcher; mais je crois peu à l'efficacité de ces remèdes pour détruire le phylloxéra, et je penche à croire que oe n'est pas l'incendie, le sang clérical, l'enterrement civil, ni l'encre bourbeuse des savants, ni le rire bourbeux des journalistes qui régénéreront la vigne.