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Le R. P. Olivaint

Lafond était assez jeune pour faire encore un Magicien. Les pauvres n'auront rien perdu; M. Lafond sera leur protecteur *au ciel, et ses enfants, fidèles à ses recommandations et à ses généreux exemples, restent sur la terre.

2 août 1875.

Quelque vigneron croyant avoir eu des idées sur le phylloxéra, a fait tomber dans nos mains un écrit qu'il en a dressé, et, par hasard, nous venons de le lire. Nous étions déjà bien convaincu que nous Jie guéririons pas la vigne; nous sommes maintenant bien convaincti que ce vigneron ne la guérira pas, et il est bien convaincu lui-même que la vigne ne sera guérie ni par les ,a;utres vignerons, dont il raconte les expérienoes, ni par les académiciens, dont il célèbre d'ailleurs la forte chimie. Tout cela ne prouverait pas un défaut de bon sens. Néanmoins il ne laisse pas d'indiquer aussi son remède, tout en demandant que l'on continue de chercher le bocal introavé qui renferme le bon. En attendant, il se déclare contraire à r « arrachement ». Sa raison est assez spécieuse : Tuer, dit-il, n'est pas guérir. Si vous tuez le malade, que ferez-voUs du remède quand vous l'aurez découvert? Sans doute! répondent quel(jues médecins; mais si nous ne découvrons pas le remède, le malade sera toujours tué, et les frais diminués d'autant. Raison spécieuse aussi et de grand usage ! Toutefois notre vigneron tient à son système.

Il va criant : N'arrachez pas, guérissez ! C'est l'axiome d'un dentiste moderne. Je ne sais s'il fait école et si les dents cariées guérissent pansées ou limées, ou rasées. Guérissez est bientôt dit. Arrachez est bien vite fait. Je vois qu'il y a foison de dentistes et qu'ils vivent tous de la multitude des dents gâtées, des dents arrachées et des dents postiches.

Dans les bouches, dans les vignes et dans la politique, que de f oints noirs, que de phylloxéras! Beaucoup de gens vivent des remèdes proposés pour les détruire, mais aucun phylloxéra n'en meurt pour tout de bon. Quand l'un s'en va, survient un autre, lequel en vaut deux. Voilà ce qui déconcerte l'espérance publique, sinon la science et les savants. Ceux-ci tiennent bon. Bah! bah! disent-ils, nous en viendrons à bout! J'observe ici que le monde est bien plus sévère pour Dieu que pour les savants. A force de railleries, de mépris, de systèmes, et, à ce qu'ils disent, de trouvailles, ceux-ci ont presque démoli celuilà; ils veulent le détruire tout à fait, et ils pensent même que la besogne est très avancée. Ils ont des télescopes qui ne le voient pas dans le ciel, des piocTies qui prétendent le chercher en vain dans les entrailles de la terre, des scalpels qui le démontrent absent du corps humain, des fioles d'encre qui le dissolvent totalement dans la pensée. Où est-il? nulle part! Evidemment ce qui n'est nulle part n'est pas. Donc, ii n'a jamais été. Il n'y a pas d'immortel ou l'immortel est mort. Il n'a rien fait, ou il a tout très mal fait, ou il a passé l'immortalité à quelque autre. Et pourquoi cet autre ne serait-il pas l'homme? A nous de débrouiller tout cela. Nous y viendrons.

Çà, messieurs les chevaux, payez-nous de nos peines.

C'est très bien; le monde dit: Topel et paye les savants. Mais pendant ce temps-là, les vignes meurent et les phylloxéras se multiplient. On en voit de toutes sortes, ils attaquent toutes sortes de choses.

Phylloxéras des arbres qtii perdent leurs fe ailles, leur taille et leur longévité; phylloxéras des eaux, qui tantôt sortent de leurs lits, tantôt perdent leurs poissons; des ponts qui semblent n'être plus construits pour durer, des maisons qui tombent, des hommes qui raccourcissent, des femmes qui se gâtent, des mœurs gui se dépravent, etc., sans parler des phylloxéras politiques sans nombre, plus ou moins lents, tous mortels. Et les savants, dont on ne parle pas, me paraissent être aussi un phylloxéra particulièrement laid, ennuyeux, venimeux et désastreux. En vérité, ce siècle des conquêtes de 89 a l'air d'être le siècle des phylloxéras ! J'ajoute cette réflexion à celles de mon auteur.

Rabelais, célébrant les gloires de l'âge qui vit son livre, remarque qu'il a produit la merveille de l'imprimerie, mais aussi, « comme à contrefil, cette abominable invention de l'artillerie. » Le même âge a produit encore le protestantisme, et un autre mal très connu aux annonces des journaux, qui s'est rapidement implanté et qui a fait la fortune d'une quantité de guérisseurs. Maître François n'observe pas que toutes ces inventions et importations ont entre elles un lien de famille assez apparent et se propagent l'une l'autre. Son livre lui-même (qu'on appelait le Livre, comme la Bible, pour montrer son excellence) était un livre protestant. Les « beuveurs très illustres » et autres personnages « très prétieulx » à qui il l'a dédié, étaient et devaient être partisans de la foi nouvelle, dont l'un des apôtres, Ulric de Hutten, mourut du mal nouveau. Assurément, l'artillerie tua moins d'hommes et fit moins de ravages ! A considérer toutes ces nouveautés ensemble, on ne se sent pas de l'avis du dentiste cité plus haut; on serait plutôt tenté de crier : « Ne guérissez pas, arrachez ! » C'est ce que l'Eglise n'a cessé de crier aux malades. Mais il fatit entendre les cris qu'ils poussent dans cette école joyeuse et malsaine de Rabelais, lorsque l'Eglise leur ouvre cet avis salutaire. A bas! à mort! à l'eau! On

se croirait à l'Assemblée un jour de M. Du Temple. L'Eglise letir répond : « Alors donc, vous ne voulez pas guérir? »

De même qu'aux choses diverses qui faisaient la gloire du temps de Rabelais, nous trouvons quelques caractères id'une commune origine et beaucoup de traits d'une commune action entre nos divers phylloxéras. De nos jours on a aussi inventé une artillerie, une imprimerie, an protestantisme, et tien de ce que Rabelais etut le bonheur de voir et de connaître n'est mort ni n'a dégénéré, saJuf le style de ses enfants. Dans ce siècle béni, le phylloxéra scientifique était florissant; en cherchant un peu, on y trouverait un phylloxéra' de la vigne. Pour que la ressemblance soit complète, Rabelais vit naître un remède. Il s'éleva un grand maître d'école qu'il n'aima point et qui détruisit quantité de phylloxéras. C'était Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jésus. On a entendu parler de lui. Cet homme superbe exi-ete encore, et son œuvre est debout. Quant à moi, c'est sur lui que je compterais, non pour détruire nos phylloxéras, je crois qu'ils dureront aussi longtemps que le péché originel, mais pour en diminuer le nombre et les ravages. Je parle aussi du phylloxéra de la vigne, qui est le plus « palpitant d'actualité » et celui que beaucoup de gens trouvent le plus sérieux. « Veillez sur vos vignes ! » C'est le premier et le dernier cri du vigneron. Je suis bien aise de lui dire que ce cri a déjà été poussé, il y ;a quatre mille ans, par quelqu'un qui savait que la vigne peut être attaquée et qui parut avoir connu le moyen curatif.

Mais il faut prendre les choses d'un peu loin. Lo mal est ancien dans la vigne et dans l'humanité. Si on me lapide dès les premiers mots, il est clair que je ne pourrai rien dire. Qu'on prenne la peine de m'écouter, et si l'on veut ensuite chercher du côté négligé que je vais montrer, on pourra trouver quelque chose. Naturellement j'aurai soin de ne dire rien de nouveau.

4 août 1875.

Il n'y a guère de vigneron qui ne connaisse encore, au moins de nom, Moïse, et qui n'ait entendu parler de sa loi, base à peine ébréchée des lois françaises et htimaines. D'aucun côté, dans aucun parti, sauf peut-être au temps de Raoul Rigault, pendant la période communale, comme dit le Rappel, on ne conteste bien sérieusement que Moïse fut un très grand homme, et même, sous (quelque point de rue qu'on le considère, le plus grand qui ait jamais vécu. Nous autres chrétiens, nous le croyons inspiré de Dieu; nous disons qu'il a fait des miracles "plus solennels d'une certaine manière que ceux Ide Jésus-Christ. Les savants d'à présent ne veulent point de miracles ; mais ces savants eux-mêmes, des hauteurs de l'Institut aux dernières profondeurs du Rappel, Yung, Buchner, Sarcey, Tragaldabas et ses compères, le cocher de fiacre et le marchand de vin, se font un devjoir de reconnaître q;ue Moïse etit « des moyens ». Il fut grand homme de lettres, puisqu'il fit un livre dont les éditions se succèdent en toutes les langues, et une loi qui subsiste après quatre mille ans; grand physicien, puisqu'il sut passer la mer à pied sec, suivi d'un peuple entier; grand général, puisqu'il entreprit à quatre-vingts ans une campagne de quarante ans, la termina, toute sa première armée étant morte, (moins deux hommes), par la création d'une seconde armée qui défit en peu de temps des peuples incomparablement plus forts et s'empara de leur pays, comme il l'avait annoncé. Ce sont des faits jusqu'à présent bien établis, qui démontrent des ressources d'esprit extraordinaires; et peu de militaires, y compris M. de Moltke et Gambetta lui-même qui fut général en chef et qui est législateur

des nouvelles couches, oseraient promettre d'en faire autant.

Moïse a fait d'antres choses moins dignes de remarque. Il fut très bon chimiste, témoin la manne et le changement des eatix amères en eaux douces ; très bon médecin, témoin le serpent d'airain et d'antres guérisons; très bon hygiéniste, ayant sli, après tant de fatigues, ne mourir qu'à six-vingt ans et conserver jnsqu'à la dernière heure sa vue, ses dents, ses chevetix et son esprit. Il fut en outre un poète distingué; toutes les langues du monde récitent une orientale de sa. façon qui ne déparerait nullement les œuvres de M. Hugo l'immense. La belle ode! Quelle rapidité! quel mouvement! quelles fortes et simples imagesi! Moïse l'improvisa sortant des miirs de la mer rouge séparée en deux par son art prodigieux et refaite soudain pour noyer Pharaon, ses gens, ses chevaux et ses chars. Sur ces flots vainqueurs pour lui, qui s'en allaient roulant une armée, il jeta sa poésie comme un linceul immortel. Après quatre mille ans le chant de Moïse flotte toujours sur l'abîme, et le monde entier le sait par cœur. Maître homme, en vérité !

Eh bien! ce maître homme qui nous dit comment les Pharaons périssent, nous dit aussi comment pourrissent les raisins, et comment ils peuvent guérir. On sait le jour où il a dit cela, longtemps avant que la vigne ne fût malade. Nous avons le texte : « Dans le désert, près de la mer Rouge, à l'Occident, entre Pharan-Tophel et Catachryse, en la quarantième année depuis la sortie de la terre d'Egypte, le dixième mois, le premier jour de la lune. Moïse parla à tous les fils d'Israël sur toUt ce que le Seigneur lui avait prescrit pour eux. » Le moment était solennel, Moïso venait de gagner sa dernière bataille. Il avait détruit les Amorrhéens et leur roi, et Og, roi de Basan, et son peuple, et il savait qu'il allait mourir et qu'Israël allait entrer.

Ce dernier discours devint un livre, celui qu'on appelle Deutéronome, ou seconde loi. Car Moïse gou-

veraait absolument, étant l'organe de la divinité, et ne faisant que ce que Dieu lui avait prescrit; mais en même temps il assemblait souvent le peuple et lui rendait raison de tout fidèlement au rebours de beaucoup de gouvernements que les hommes ont faits depuis, qui rassemblent aussi le peuple et qui même le consultent, mais qui ne lui rendent compte fidèlement de rien. Ici, résumant sa vie et ses œuvres depuis la sortie d'Egypte, il fit en quelque sorte son testament. A,ux préceptes déjà donnés, il en ajoute d'autres qui ne sont pas d'une médiocre conséquence. Les politiques d'à présent ne lisent plus guère le Deutéronome. Ils ont tort; on trouve là quantité de recettes préventives ou curatives contre quantité de phylloxéras. Nous voudrions nous y arrêter, mais il faut aller à celui qui intéresse les vignerons.

Au chapitre 38, il le décrit en peu de mots, mais qui font assez connaître sa nature indestructible, du moins par les moyens chimiques dont se préoccupe exclusivement l'Académie, « l'état présent de la science » ne permettant pas de supposer qu'il y en ait d'autres :

« Tu planteras lune vigne, tu la laboureras, mais » tu ne boiras pas de vin et tu n'en recueilleras rien, » parce qu'elle sera ravagée par les vers (1) ».

Voilà. Plante, cultive, tu ne porteras pas de raisin à ton pressoir! Il y a quelques mois, j'avais l'honneur de visiter une vigne du Médoc, belle comme la dot d'une juive. On m'ouvrit le pressoir plein de vin nouveau : il y en avait déjà de vendu pour un million oU deux. Je pus ensuite contempler le caveau magnifique où mûrissent des fioles déjà dignes de la table du maître; on l'évalue à dix-sept cent mille francs. Cette année, on ne sait ce que rendra la belle vigne, et l'année suivante il faudra peut-être l'arracher. Telle est la traduction en chiffres français et vignerons, pour une seule bourse et pour un seul coin.

1. Vineam plantabis, etfodies : et vinum non bibes, nec colliges ex ea quippiam : quoniam vastabitur vermibus. (Deuter. XXVII, V, 39.)

de ces mots de Moïse : Tastabitur vermibus. C'est sensible!

En prédisant cet infaillible ver, précédé, entouré et suivi de beaucoup d'autres, infaillibles aussi. Moïse en indiq^ue la cause, unique et toujours la même : c'est la transgression des ordonnances de Dieu, et particulièrement le refus ou l'oubli du culte qu'il veut qu'on lui rende. Tout est là. Quand le culte est oublié, on oublie le reste; quand ce devoir est refusé, tout devoir cesse bientôt d'être rempli. Dieu attend, avertit, s'irrite de n'être point écouté. Tout allait bien, tout va mal. L'âme humaine se gâte, la terre languit. On invoque les faux dieux pour en obtenir les biens qu'on ne veut plus demander au Dieu véritable, par la seule raison que lui seul est Dieu. On a recours à la chimie, à la physique. La chimie et la physique que l'on croit des découvertes, deviennent des noms nouveaux de Baal. Pour rendre à la terre la vie et la fécondité, dit-on, il ne faut que des engrais, du drainage et des poisons; la physique et la chimie nous les donneront amplement! Dernièrement Un professeur d'agriculture l'a dit : Ni processions ni prières : drainez 1 On draine, on fume; finalement, il faut arracher la vigne, mais cette opération ne la guérit pas.

Ce qui guérit l'âme, et par suite le bon sens troublé de l'homme, et par suite encore, la vigne et toute la terre, c'est le retour à Dieu, maître de tout, et l'obéissance à ses lois très saintes et très sages, qui sont en définitive les lois suprêmes de la vie et de la mort. Puisque la constitution de mon pays et la machine de Gutenberg, par la grâce de Dieu, me permettent de le dire avec Moïse, avec l'Ecriture, avec l'histoire, avec le sens intime .de l'humanité encore munie d'un reste de raison, je brave gaillardement les huées de l'Institut et de Tragaldabas, et je le dis

Franchement, ces illustres de l'académie, des lettres et de la rue, physiciens, chimiciens, politiciens, théoriciens de tout ordre et parnassiens de tout grade, incapables d'ailleurs de guérir un sarment, ni un cer-

veau, ni un peuple attaqué du ver, peuvent être d'aimables garçons. Mais je les trouve un peu sots de croire que les lois de Dieu ne se tiennent pas entre elles, comme se tiennent entre elles les erretirs des hommes; qtie les rapports ne sont pas intimes entre tout ce qui est de l'ordre du bien, comme ils sont intimes entre totit ce q'ui est de l'ordre du mal, et qu'il petit enfin exister dans ces deux ordres des lacunes et des solutions de continuité, comme il en existe entre l'un et l'autre. Il n'y a de complètement séparés que le bien et le mal. Dieti même, en se réservant d'attirer le mal ati bien, ne peut le faire que par une loi qui émane de lui, comme toute chose, et qui n'est pleinement conntie et maniée que par lui. Le mal de itii-même ne sait pas franchir l'incommensurable barrière, et ne satira ni ne voudra jamais produire aucun bien, parce qu'il ne saura ni ne voudra jamais aller a Dieu. Dans l'ordre moral et, par oonséq'uen,t, dans l'ordre naturel, il n'enfantera que des illusions, d'où résultera bientôt un mal pire que celui qu'il a paru maîtriser. Et c'est ainsi, pour revenir à notre sujet, que la chimie et la physique pures ne guériront point le phylloxéra de la vigne, ni aucune science pure aucun autre phylloxéra, parce qu'aucune science n'ayant de théologie n'a assez de sens. Toute science pure, c'est-à-dire éliminant Dieu et se tenant isolée de Dieu, est incomplète, c'est-à-dire corrompue, et va au mal. Chaque découverte qu'elle fait dans cette voie est un pas qui l'éloigné davantage et l'enfonce plus avant dans l'abîme. « Dieu est l'arôme qui empêche la science de se corrompre. »

« Quoi, une physique, une chimie, des mathématiques chrétiennes! » L'ont-ils assez crié ces jours-ci encore, et avec a^ssez de jactance et d'orgueil? Oui, sans doute^ puisque Dieu est le christianisme, et que la chimie, la physiqlue et .les mathématiques, que vous ne connaissez pas et qUe vous avez oubliées depuis Babel, sont faites pour vous affermir dans la con-

naissance de Dieu et dans le respect de la loi de Dieu. Il fatit une chimie, une physique, des mathématiques chrétiennes, et encore une morale, une littérature, une histoire chrétiennes potir vous aider à retrouver Dieu, potir vous enseigner les vertus de son nom, pour vous réapprendre la prière, puisque sans cela, âmes, biens et corps, votis périssez éternellement.

A l'heure qu'il est, il vous faut des miracles. Les miracles sont nécessaires aux vignerons comme à vous, et à vous comme aux vignerons. Vous avez besoin dxi miracle autant qu'Israël, qui mourait dans le désert et qui ne pouvait vivre que dans la terre promise, mais ne devait vivre dans la terre promise qu'autant qu'il obéirait aux lois de Dieu. — Autrement, dit Moïse, et après lui toute la Bible, toute l'histoire et toute la philosophie, « la nielle détruira tous tes arbres, le prodtdt de tes champs. L'étranger établi a^uprès de toi montera, montera; mais toi, tu descendras toXijours plus bas (1). »

Le miracle est entre les mains de Dieu. Il serait absurde que Dieu ne fît point de miracles, et il est contre nature, il est absurde qu'un peuple refuse d'honorer Dieu. La nature est bouleversée de ce crime et en punit l'insolence. Dieu a aussi sa chimie et sa physique, plus savantes que les nôtres. Il s'en sert dans ces 'occasions. La prière s'élevant du cœur d'un peuple pénitent rétablit l'atmosphère, et la vigne et la terre sont guéries avec l'âme du peuple. C'est ce que Moïse enseignait à Israël, qui l'a éprouvé maintes fois. Les savants disent que non et que Moïse s'est trompé ; mais qu'en savent-ils, et pourquoi le nom de Jésus- Christ, devant qui tout genou plie au Ciel/'sur la terre et dans les enfers, serait-il impuissant à guérir le phylloxéra?

Pour moi, qui n'ai ni un sarment de vigne, ni une branche d'arbre, ni un pouce de terre, et de qui la maision n'est pas plus solide que les pierres de nos

1. Ch. XXVIII, 42-43. Traduction de M, Giguet, d'après les Septante.

forteresses, mais qui ai une âme malade, je sais que Jésus-Christ peut la guérir, et j'en use. Je conseille ce remède aUx viticulteurs chagrinés par le ver.

Voilà mon secret contre le phylloxéra. Ce n'est pas moi qui l'ai trouvé, et je ne demande pas le prix de cent mille francs.

17 septembre 1875.

La science et les journaux sont assez en train de rire des idées de la Bible sur la vigne et le phylloxéra. Ils trouvent que ce Moïse, ce Jérémie, ces autres docteurs tant vantés étaient de pauvres hommes, qui seraient très embarrassés dti gouvernement d'une de nos fermes-écoles. Moïse surtout les surprend. L'opéra de Rossini, par lequel seul la plupart d'entre eux connaissaient ce législateur, l'avait présenté sous un meilleur jour : ils étaient disposés à le croire moins chargé de rêveries du moyen âge.

Au milieu de ces risées, il n'y a point de savant ni d'académie oli de société savante, surtout dans les pays vinicoles, qui ne s'embesogne de chercher l'antidote dti phylloxéra, toujours introuvé. Sauf Moïse et la Bible, ils questionnent tout, rien ne répond. Hélas ! le phylloxéra ne cesse pas de marcher, mais les savants, dans leur juste ennui, ne laissent pas de lui lancer des brochures. Généralement elles se vendent bien. Quant au fond, c'est toujours à peu- près la même chose. Les auteurs menacent le phylloxéra de l'exterminer avant peU; point de remède.

Nous faisons collection de ces petits papiers, et nous les lisons avec un triste intérêt. Nous trouvons, dans ^n journal 'de province, la mention de l'un des plus récents, dont l'aiiteur est « le savant processeur ^u

» cours de chimie à la Faculté de Bordeaux. » Cette brochure, dit le journal, a été faite avec beaucoup de soin. Elle examine d'abord le caractère de la maladie, la description du phylloxéra, ses moyens de propagation, son origine. L'auteur ensuite passe en revue les divers traitements. Il reconnaît le puceron comme cause du mal, et enfin « voici ses conclusions. » Ecoutons les conclusions; c'est le dernier mot de la science :

« Prévenir, détruire le phylloxéra, autant qu'il

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