‹ Derniers mâelangesChapitre 170 sur 208 · MADAME HONESTA · texte numérisé non relu

MADAME HONESTA

ne Ta pas même battu. Voilà la vraie raison, elle suffit : La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Nous n'objectons rien, il n'y a rien à objecter. Pendant qu'elle :s'en va au caveau des vieilles lunes, à tout hasard, pour faire notre métier de folliculaire, qui ne permet pas qu'on enterre une reine sans laisser tomber un mot sur sa fosse, célébrons ses vertus. Nous serons peut-être les premiers.

« Je lui ai connu des agréments et des qualités », dit Joubert en parlant de sa défunte, qu'il avait épousée pour avoir un lit et de la soupe. Il ajoute : « les qualités sont restées », laissant supposer que les « agréments » ont eu leur ordinaire destin, qui est de disparaître. 11 avait eu de cette dame le lit et la soupe désirés, et un fils insignifiant, lequel pourtant ne fut pas homme de lettres. Un homme froid et équitable peut dire de la Chambre qui s'en va ces mots équitables et froids qui furent dits de Mme Joubert.

Elle n"*était pas mal née, ne fut pas ce qu'on peut appeler méchante, et se montra suffisamment entendue aux affaires de son ménage particulier. Elle améliora son douaire et soigna ses petits domaines privés. Toutes les Chambres ont cette pente, qu'on n'ose plus appeler un défaut. Elle fit du bien à l'un et à l'autre parmi ses parents pauvres, dont elle était fournie,^ Dieu sait! Autre trait commun de toutes les Chambres passées et futures. Elle prit sur le bien public le bien particulier qu'elle faisait : troisième caractère de famille. Les Chambres ont toujours fait ainsi, ainsi elles ne cesseront de faire. Il faut avouer aussi qu'on les met dans une grande tentation; elles sont pauvres, elles ont des milliards à remuer, tout le monde les sollicite; elles sont faibles. Fragilité, dit Shakespeare, c'est le nom de la femme ! — Tu veux quelque chose, pauvre gueux (elle parle à l'électeur) : prends ce petit lopin! Beaucoup de petits lopins finissent par faire Un gros lopin. Pris en détail, le suffrage

universel coûte beauooup à nourrir. Cependant le gaspillage ne fut pas le plus mauvais côté de la défunte ; elle se modéra tant qu'elle put. En revanche, le côté des grandes affaires ne fut pas son côté brillant. Elle fut prudente, prudente, prudente! Il est vrai que la situation était délicate. Piotir y faire face, la Chambre fut en tout et partout insignifiante, en quoi elle se trouva singulièrement favorisée par son talent. Personne n'est forcé d'avoir du génie, mais elle abusa peutêtre de la permission de n'en avoir pas. Elle parut toute sa viç abuser aussi de la faculté de n'avoir pas de principes. Ceci est plus grave. On doit avoir des principes; mais peut-être qu'elle n'en avait pas. Les mauvais exemples ne lui ont pas manqfué. N'oublions pas que M. Tliiers fut son tuteur et son guide, et qu'elle le changea trop tard.

En somme, elle crut en Dieu, elle alla à la messe, et se conduisit honnêtement. N'en demandez pas beaucoup plus, ce ne serait pas à la mode.

Le sujet devient brûlant; je tranche. La Chambre de 1871 fut Madame Honesta. Lafontaine n'aimait pas beaucoup ces sortes de personnes, il le dit. Mais après l'avoir dit il se ravise

N'a pas pourtant une Honesta qui veut !

Si bien qu'on pourra trouver pire et que peutêtre elle sera regrettée. J'ai fini.

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