L'IMPERATRICE D'AUTRICHE INSULTÉE A YVETOT
Clermont, 20 août 1875.
J'ai lu dans VUnivers q\ie Sa Majesté l'impératrico d'Autriche a été insultée par quelques chevaliers du haillon roUge que paraît contenir l'arrondissement d'Yvetot. Je vois aussi que V Agence Havas et la République française nient le fait, ce qui me semble en constater l'exactitude et la physionomie. J'espère q^ue vous aurez d'autres détails. Cette nouvelle est intéressante. Elle révèle l'existence d'une école Floquet agrandie et perfectionnée. Vous n'avez pas oublié le coup de génie de M. FloqUet. L'empereur de Russie s'était engagé sans défiance dans le Palais de justice; M. FloqUet s'embusqua sur son passage et glapit quelque propos républicain. C'est de là que vient sa gloire. Deux années après, le roi de Prusse, allié du czar, vint visiter Paris, accompagné de quelques hommes et de leurs caporaux. La Banque de France lui paya son voyage, mais il n'osa pousser jusqu'au Palais de justice, craignant d'y rencontrer Floquet. Ces grands exemples ne se perdent pas au sein d'un peuple généreux. Si FloqUet, en 1870, fut lui-même un peu faible et parut médiocrement jaloux d'aller voir le roi de Prusse aux Champs-Elysées, voilà ces braves de l'arrondissement d'Yvetot qui s'aventurent pour prouver à l'impé-
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ratrice d'Autriche que la France est encore la grande nation qxii sut se défaire de Marie- Antoinette. Parisiens ou provinciaux, ils peuvent se vanter d'avoir distancé M. Floqtiet.
Ces sortes de bêtes échappées se montrent quelquefois dans nos villes; elles n'avaient pas encore effrayé les campagnes. Nous avons quelque désir qu'on ne les laisse pas s'y répandre, et il nous plairait beaucoup qti'une chasse vigoureuse amenât promptement devant la police correctionnelle les sauvages que la suite de l'impératrice doit regretter d'avoir laissé fuir. Nous présumons qu'ils ont fui, comme c'est assez leur usage, puisqu'ils ne sont pas encore sous les verrous. A ce propos, il me semble que M. le sous-préfet d'Yvetot ressent bien médiocrement l'offense infligée aux cantons qu'il régit et à l'hospitalité française. Votre correspondant ne nous apprend pas que ce magistrat soit mort de colère ou de honte, ni qu'il se soit précipité aux pieds de l'illustre dame pour demander pardon au nom de la république. Est-ce qu'il se figure que nous allons être une république où l'on outragera les reines, et où les sous-préfets ne seront tenus à la politesse qu'envers Mme la baillive et Mme l'élue? Nous Yoyons que M. le sous-préfet, restant bien tranquillement dans sa sous-préfecture, s'est contenté d'enjoindre là MM. les maires de prendre des mesures pour que de pareils faits ne se renouvellent pas. A notre avis, c'est peu, et il faudrait au moins pouvoir écrire à l'empereur d'Autriche que M. le sous-préfet n'a pas cru pouvoir se déranger parce que la souspréfecture avait des invités ce jour-là.
Nous croyons que M. le ministre de l'intérieur aura été plus diligent. Selon nous, il est urgent de happer les auteurs de ce délit, de les faire punir et de présenter des excuses qui paraissent valables. La France entière se sentira mal à l'aise de penser que d&s goujats quelconques peuvent rêver de se distinguer par n'importe quelle polissonnerie, mettre leur idée à exécution, outrager une personne royale, et se trou-
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ver quittes de tout, du momerit qu'ils ont eu assez de présence d'esprit ou assez de jambes pour échapper au châtiment immédiat qui leur était dû. C'est bien le moins qu'ils paraissent en public et qu'on leur tire fortement les oreilles.
Dans l'intérêt des délinqtiants eux-mêmes, non moins q!ue dans l'intérêt de la liberté, le gouvernement doit prendre à cœur d'accomplir cette opération de justice. L'intérêt du commerce aussi nous commande de rester au rang des nations civilisées. Veillons à l'éd'ucation publique. Il est convenu que la liberté est, entre autres choses, une excellente maîtresse d'école. Mais il faut lui adjoindre cette sousmaîtresse, non moins excellente, qu'on appelle la discipline. La Bépuhlique française ne cesse de le dire. Sans la discipline, la liberté n'élève q!ue des libertins. Mauvais écoliers, obstinés par nature à mériter le fouet, et merveilleusement propres à l'obtenir tôt ou tard. C'est le sort ordinaire des enfants gâtés d'être battus. La discipline, écartée de leur éducation, reprend dans la vie ces mauvais drôles, déplorablement habitués à croire que les verges sont abolies. Il n'est pas ati pouvoir de l'homme d'abolir les verges. La science Baillère pense autrement, mais ce n'est pas la setile idée de la science Baillère qui soit fausse de tout point. Un homme naît, une verge est plantée. Comment cette fameuse science Baillère n'a-t-elle pas remarqué un fait si antique, si constant, et par quel aveuglement peut-elle se persuader que cette verge est plantée pour ne servir à rien? Fils de Dieu ou fils du singe, l'homme a besoin de ce tuteur végétal plus que la vigne et le haricot n'ont besoin de l'échalas. La verge négligée grandit avec le coquin naissant dont elle pourrait changer le caractère. Il devient homme, elle devient arbre. On a voulu les séparer, ils sauront se joindre, et ce qui n'eût été qu'une rencontre deviendra un attachement. Béfléchissez bien, vous surtout, nobles fils du singe, que oe phénomène intéresse particulièrement. La verge est vivante! Vai-
nement elle est trop grosse pour fouetter l'homme et l'homme est trop grand et trop auguste pour être fouetté. Ensemble la verge et l'homme ont été plantés, ensemble ils ont grandi, ensemble ils finiront. Le libertin, devenu incorrigible, a échappé à la verge, mais la verge se fait potence; elle le saisit, elle l'emporte, il est pendu, et l'homme ne séparera pas ce que Dieu a uni.