ALBERTUS PRINCEPS DE BROGLIE
On voudra bien remarquer que cette leçon est la même que nous avons primitivement donnée, sauf la saltation épigraphique et le barbarisme affreux et immense qui s'est inexplicablement fourré dans les premières copies; barbarisme, hélas! que M. Lagrange a le remords de n'avoir pas trouvé invraisemblable.
Maintenant donc il est bien prouvé que le château de la Roche-en-Brenil contient une chapelle, que cette chapelle contient un marbre, que ce marbre contient une inscription, que cette inscription contient une phrase, et que cette phrase, Fro Ecclesia libéra in patria libéra, ne signifie pas : L'Eglise libre et la patrie libre.
Et il est prouvé aussi que M. Lagtange, qui a écrit deux articles de fortes dimensions pour prouver que nous avions inventé la chapelle, le marbre, Tinscription, la phrase, le sens et toute l'histoire, n'a rien prouvé du tout, pas même l'orthodoxie de son français et la discrétion ou la subtilité de son esprit.
Nous concluons que M. l'abbé Lagrange aurait aussi bien fait de se taire et de laisser l'inscription passer à la postérité sans son assistance. Quel besoin aura la postérité de savoir que M. l'abbé Lagrange a fait enfant de chœur à la messe du pacte de la Roche en- Brenil ?
Pour nous, du moins, les écritures de M. Lagrange sont finies. Il est incompétent, il se tient mal, il s'al-longe trop; nous ne le recevrons plus. Sur ce sujet, les seuls témoins idoines sont les trois survivantSi du pacte; et aussi longtemps q^u'ils garderont le silence, aucune déposilion à décharge ne peut mériter qu'on l'écoute. Il n'y a rien d'effacé, rien d'altéré.
Et si quelqu'un vient nous apporter quelque éloge de quelque livre de M. l'abbé Lagrange, nous ne refuserons pas l'article pour cela; mais d'abord nous ouvrirons le livre (1).
1. La polémique sur l'inscription de la Roche en-Brenil se ponisuivit pendant une partie du mois,de juin, par des lettres et des notes, Mais Louis Veuillot, absent de Paris, n'y prit plus part.
M. PIGGON LE NIÇARD SEPARATISTE
.25 avril 1874.
M. Piccon, le séparatiste, est l'objet d'une réprobation générale. Personne ne parle pour lui, et l'on ne citerait pas même un juste qui paraisse inspirer plus d'horreur. Assurément nous ne voulons point défendre M. Piccon. Il faut respecter ce beau mouvement d'aversion contre l'apostasie. Un homme qui aspire à cesser d'être Français! Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que peut-être il n'est pas bien certain que M: Piccon aspire! Il est avocat et Niçard, et l'on croit savoir que jadis, étant déjà Niçard et déjà avocat, il aspira à n'être plus italien.
Il y a un papier de Garibaldi où cet homme antique raconte que Nice doit être mise à part, et reprise pour devenir un jour la capitale, non pas de l'Italie, non pas de la France, mais du monde, soit parce qu'elle est Nice, soit parce qu'elle a donné naissance à Oaribaldi. L'Europe a ouï parler d'un polisson de conquérant nommé Astolph, si nous avons bonne mémoire, qui décréta que Rome, où il avait passé et où il décidait de rester, prendrait nous ne savons quel nom et serait désormais la capitale de la Gothie. C'est peut-être là le fond de M. Piccon. Pourquoi u'auraitil pas rêvé que les Niçards, qui ont produit Garibaldi et Piccon, doivent enfin devenir maîtres de la
Si DERNIERS MÉLANGES
terre? Nous vivons, comme le roi Astolph, dans un temps où ces idées ne sont pas inimaginables. Le monde est à prendre. Puisque Jésus-Christ ne l'a plus, qui empêche le premier venu d'avancer la main? Il y a beaucoup de compétiteurs, mais il n'y aura qu'un maître. Tous ont le même droit. Pourquoi pas Garibaldi, pourquoi pas Bismarck, pourquoi pas Piccon? Nice aux Niçards, aux Niçards le monde, le monde à Piccon !
D'ailleurs, Piccon est avocat.
Sauf que Piccon a le tort, pour le moment, de n'être que M. Piccon et d'aspirer à n'être plus Français, nous ne voyons pas trop ce qu'on peut lui reprocher. Son discours n'a rien de contraire à la morale actuelle. Il est Niçard, ce monsieur, il a bien le droit, comme un autre, d'affranchir sa patrie! Il veut la donner à l'Italie, mais pour arriver à la rendre à elle-même. Toutes les raisons du monde sont vaines, en logique et en droit nouveau, contre cette raison suprême, récemment appliquée par tant de grands politiques. On a trahi l'Italie pour la France, on trahit la France pour l'Italie; il sera toujours légitime de retrahir l'Italie pour Nice. Tout le monde a l'air d'oublier que nous faisons une morale nouvelle, où les faits accomplis ne constituent pas des droits acquis, ni les droits acquis des droits définitifs. Il n'y a pas de droits définitifs, messieurs! et ceci, Piccon le sait bien. Pour ce maître niçard, il n'y aura de droit définitif que quand le Niçard sera maître du monde.
Séparatiste! Voilà une belle trouvaille et un bel argument. Est-ce que le droit des nationalités, si parfaitement en vogue l'année passée et aujourd'hui encore, n'est pas par excellence le droit de la séparation ? Vous êtes tous depuis longtemps des séparatistes. Vous avez invoqué le droit de vous séparer de Jésus-Christ et de la famille chrétienne, vous l'avez conquis, vous l'avez acquis; les autres séparations devaient suivre. L'heure en est venue; vous opérez, vous négociez, vous brocantez des séparations. L!a séparation est l'es-