LE R. P. FREYD ET LE SÉMINAIRE FRANÇAIS DE ROME
i 9 mars 1875.
Rien ne pouvait faire prévoir la nouvelle douloureuse de la mort du R. P. Freyd. Sans être d'une constit'ution très robuste, il avait cependant une santé qui ne donnait aucune inq'uiétude à ses nombreux amis. A Rome, il jouissait d'une grande considération, il était vénéré, aimé de tçus ceux q;ui le connaissaient, et il le méritait. C'était l'homme de Dieu, ayant au cœur une foi ardente, un amour pour l'Eglise et pour le Saint- Siège qui semblaient croître avec les années, apportant à la charge difficile qu'il remplissait à Rome les qualités sérieuses et aimables tout à la fois, qui lui gagnaient tous les cœurs. Le séminaire français à Rome! — Pendant un mois et plus, en novembre et décembre derniers, nous avons été de ses hôtes et nous pouvons attester qu'on ne peut trouver un toit qui abrite autant de sainteté, de science, de vertu, de gravité et d'amabilité. C'est à quelques pas de la Minerve, une grande et belle maison où fut autrefois un couvent de Clarisses. L'Eglise est neuve, elle est bâtie sur le modèle de Notre-Dame des Victoires de Paris; au-dessus du maître-autel de marbre, on vient d'ériger la statue de Notre-Dame de Lourdes, don généreux du Saint-Père au séminaire français. 11 y a là des élèves de tous les diocèses de France; les uns, prêtres déjà et de talents éprouvés, viennent à Rome,
à cette source intarissable et immaculée de la science saine, chercher l'achèvement de leurs études théologiques et conquérir au prix de veilles prolongées le grade et le titre de docteur.
Les autres suivent pas à pas tous les degrés de l'enseignement théologique qui est donné avec une supériorité incontestable par les Pères jésuites du collège germanique. Formés pendant des années dans cette retraite qui porte si dignement le nom et le drapeau de la France catholique, ces jeunes lévites y trouvent tout ce qui fait le prêtre solide, instruit, pieux et dévoué. Mais aussi il faut avoir vu de près les directeurs de cette maison pour comprendre ce que valent pour former ces cœurs et éclairer ces intelligences, ces prêtres, religieux par vocation, apportant à leurs fonctions un zèle et un dévouement qui ne se lassent pas et qui se donnent à tous.
Le R. P. Freyd venait d'Alsace; il fut vicaire à la cathédrale de Strasbourg. Entré dans la congrégat^n du R. P. Liberman qui a laissé de si pieux souvenirs et une si haute rép utation chez les Alsaciens, il fut distingué par ses supérieurs et envoyé à Rome pour y diriger le séminaire qui était confié aux PP. du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie. Entre ses mains, l'établissement a pris les proportions qui en font un séminaire modèle entre tous.
Au prix de quels efforts le supérieur releva-t-il des bâtiments qui tombaient en ruines, pour leur donner la forme et les vastes proportions qu'ils ont aujourd'hui, ceux-là seuls le savent qui ont partagé avec le P. Freyd les sollicitudes et les travaux d'une telle organisation. Souvent, à bout de ressources, ne sachant à quelle porte frapper, il s'en allait à quelque souterrain célèbre de la ville sainte porter ses prières et ses alarmes. La Providence lui était secourable, et toujours elle pourvut d'une façon extraordinaire aux besoins les plus pressants de l'entreprise. Mais aussi quelle foi et quelle piété le P. Freyd apportait dans toutes ses actions, dans ses moindres démar-
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ches! Que sa vie était édifiaate, mortifiée, austère mêmel Son visage étkit le miroir de son âme, qui vivait dans le silence et la gravité de son union avec Dieu! Mais que de bonté, que de douceur il laissait paraître quand le supérieur parlait à ses enfants du séminaire ou qu'il s'entretenait doucement avec les hôtes qui lui arrivaient chaque jour! Toujours dérangé et distrait par mille affaires, il ne cessait de garder le recueillement intérieur, et sa vie s'est écoulée tout entière sous l'œil de Dieu.
Le Saint-Père avait distingué le supérieur du séminaire français, il l'accueillait avec une faveur marquée, et il aimait à l'entretenir. Consulteur de plusieurs congrégations romaines, membre d'une foule d'œuvres pies, le P. Freyd était considéré, écouté; on le chargeait de l'examen d'affaires difficiles, pour lesquelles son jugement était requis et reçu avec respect. A Rome, il était postulateur de la cause du vénérable Liberman, dont la sainteté ne pouvait avoir un plus digne interprète. Il était en même temps le bienveillant intermédiaire d'une foule dé prélats et de prêtres qui trouvaient chez lui l'accueil le plus obligeant et le plus empressé.
C'est au séminaire français que descendent d'ordinaire les évêques de France qui arrivent à Rome. Ils y trouvent le vivre et le couvert dans une maison qui a la langue et les habitudes de la patrie et des attentions pleines d'empressement et de délicatesse.
Le P. Freyd savait se faire tout à tous et mettre au service de ses hôtes une bienveillance qui ne se lassait jamais. Dieu l'a trouvé mûr pour le ciel, et il l'a mis au repos éternel. Le séminaire français est dans la désolation et le deuil : il perd le meilleur des pères et un saint. Les nombreux amis qui révéraient le P. Freyd et s'honoraient de son amitié, évêques et prêtres, et tant d'autres, s'associent à la perte immense que viennent de faire, avec le séminaire français, la congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, et aussi l'Eglise catholique tout entière.