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LA GIBERNE " CONSTITUTIONNELLE DE TOUT FRANÇAIS

peindre. Moyennant quoi, il aura force reliefs ^de toutes les façons et un grand bureau de tabac pour que la fin de sa vie ressemble au soir d'un beau jour. Nous ne méconnaissons point la douceur et l'utilité de cette vocation de journaliste; mais il y en a d'autres.

Tout Français naît, ayant au dos une giberne dans laquelle se trouvent deux bâtons : celui de maréchal et celui 'de journaliste, l'un pour casser certaines choses, l'autre jpour en casser certaines autres; et ces deux sortes de choses sont à peu près toutes les choses qui existent, y compris les bâtons de maréchaux en tous genres et les bâtons de journalistes en tous bois. Tous ces bâtons sont légitimes, tous peuvent être cassés et casser tout. Pouvoir tout casser, c'est la loi de 89. Les Français en ont peut-être de plus sage, mais, assurément, ils n'en ont point de plus chère. L'ordre français, depuis 89, est essentiellement une licence radicale tempérée par un despotisme radical. On l'a maintenu, depuis un siècle, par le moyen de cette heureuse giberne aux deux bâtons, conférée à tout Français qui vient au monde. Dès lors, à quoi bon réclamer contre le Français qui tire de sa giberne ou l'un ou l'autre bâton et contre l'usage qu'il en fait? Est-ce gue vous ne voulez pas qu'il ouvre sa giberne? Est-ce que vous ne voulez pas qu'il se serve de son bâton comme il l'entendra, bien entendu sauf le bon plaisir des lois régnantes, mais en sous-entendant le droit de casser les lois, comme le bâton des lois (qui est un bâton de maréchal) a le droit de lui casser la tête?

Vous avez aussi votre bâton de journaliste, vous autres officieux; vous en faites différents usages, plus utiles à vous-mêmes qu'aux autres. C'est votre droit. La loi ne vous défend de l'employer ni en manche de chasse-mouche, ni en bâtons de chaise à porteurs, ni à d'autres fins domestiques; mais elle n'exi'ge pas davantage qu'on en fasse uniquement ces sortes d'emploi. Nous, il nous plaît de l'utiliser pour le service public en différentes façons, toutes légales et surtout,

suivant notre conscience, toutes justes. A nos risques et périls, nous le faisons manoeuvrer contre ceux-ci et contre ceux-là, pour la protection des uns et des autres. C'est un sifflet, c'est une hallebarde, c'est une branche verte et flexible, c'est aussi une épée, c'est parfois un clairon, c'est toujours la liberté. Qu'avezvous à dire? Tel est notre goût. Pour nous, il n'y a point de bureau de tabac. Au contraire, nous payons. Maintes- fois nous avons payé assez cher le plaisir de renverser une idole, ou tout au moins de lui casser le nez.

Un officieux contemple un visage officiel. Il l'admire et agite ses cassolettes. Qu'il est donc beau! qu'il est donc frais! quel port, quel sourire, quelle éloquence, quelle démarche souple et aisée! que nous sommes heureux dans nos malheurs d'avoir un tel maître! etc., etc. L'officieux use de la liberté. Mais l'officiel nous apparaît sous d'autres aspects. Il a des défauts d'origine, d'esprit et d'allure, que la flatterie officieuse rend plus choquants et plus périlleux. Il nous semble qu'un coup de sifflet dégonflerait ce puissant, et même pourrait lui apprendre à se corriger et peut-être dégarnir sa cour. Notre liberté à son tour prend la parole... Qu'y a-t-il de plus constitutionnel? Il est singulier que le Français, si libéral, nous force à lui apprendre ce jeu régulier de nos belles institutions.

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