JUIN
Date.
Matin.
Midi.
Remarques.
Fahrenheit.
Fahrenheit.
Pluie et brouillard.
Id.
Pluie légère.
Id.
Id.
A. M. Pluie légère.
Pluie l^ère.
Pluie et vent.
Pluie, vent et brouillard.
A. M. pluie, vent et
[brouillard.
Vent. — Temps gêné-
[ralement beau.
Suite du mois de JUIN.
Date.
Matin.
Midi.
Remarques.
Fahrenheit.
Fahrenheit.
Vent. Pluie.
Pluie légère.
Beau temps.
Pluie et beau temps al- ' Pluie. Qternativement,
Id.
Brouillard, vent*
Pluie et vent.
SI
Pluie et vent.
Pluie, vent et brouillard.
Vent, mais beau temps.
Beau temps et vent.
Pluie— P.M. pluie etvent.
Pluie et vent.
Id.
Pluie légère.
Id. brouillard.
Id. Id.
Encore pis ! vos observations sont mal faites. Impossible. On n'y pourrait tenir ; l'homme le plus robuste y succomberait.
— Sans Tii^fluence du climat? sans maladie héréditaire? — Toujours même cheval.de bataille, comme si l'Angleterre n'avait qu'à
DE NAPQLEON. 117
compter les gouttes d'eau qui tombent ici.
L*état météorologique de Sainte-Hélène. . . . — Lui était connu. Beatson Tétudiait depuis 1811 ; ce savant communiquait avec l'Amirauté; il correspondait avec la Société Royale ; on savait tout^ et c'est parce qu'on savait qu'on a choisi. — Comment!
vous prétendez? — Que votre aristocratie est tout-à-fait morale» qu'elle ne poursuit ses ennemis ni par le fer ni par le poison, qu'elle leur donne dd^l'air ; elle fait par réflexion ce que les autres font par emportement. Cinq ans à discuter, à consommer la perte d'un homme, cette constance fait frémir; n'appartient qu'à vous."
19 ^vril.
La nuit est assez tranquille ; le malade n'éprouve pas de vomissement, et demande des pommes-de-terre frites. Il se trouve un peu mieux, mange plus qu'hier, et prend avec plaisir un potage au vermicelle qu'il ne rejette pas. Le pouls, petit, déprimé et pourtant régulier, donne soixante-seize pulsations par minute ; la chaleur est na-
118 DERNIERS MOMCNS
turelle, la peau ni trop humide ni trop sèche^ et la physionomie animée*
2 heures p. m. — L'Empereur se lève, et s'assied dans son fauteuil; il est de bonne humeur, se trouve beaucoup mieux qu'à l'ordinaire, et demande qu'on lui fasse la lecture.
Comme le Généhd Montholon se réjouit de cette améiioratioD^ et que moi-même^ sans pourtant reprendre d'espoir, je me laisse aller, je ne sais pourquoi^ au même sentiment, il se met à nous sourire avec douceur, et nous dit : ^* Vous ne vous trompez-pas, mes amis, je vais mieux aujourd'hui : mais je n'en sens pas moins que ma fin approche. Quand je serai mort, chacun de vous aura la douce consolation de retourner en Eun^. Vous renrerrez, les uns vos parens, les autres vos amis, et moi je retrouverai mes braves aux. Champs £lysées. Oui, continua-t-il en haussant la voix, Kléber, Desaix, Bessières, Duroc, Key, Murât, Massena, Berthier, tous vien^ dront à ma rencontre ; ils me parleront de
ce que nous avons fait ensemble. Je leur conterai les derniers évënemens de ma vie* En me voyant, ils redeviendront tous fous d'enthousiasme et de gloire. Nous causerons de nos guerres avec les Scipion, les Annibal^ les César^ les Frédéric. Il y aura plaisir à cela ! . . . . A moins, ajouta-t-il en riant, qu'on n*ait peur là-bas de voir tant de guerriers ensemble." Amott survint; rSmpereur s'arrêta, et le reçut de la manière la plus aimable; il l'entretint quelque temps, et lui adressa des questions très-ju^ dicienses siu: sa maladie. Il lui dit que presque toujours en se levant il éprouvait une sensation douloureuse, une chaleur brûlante dans l'estomap, qui ne manquait jamais de lui causer des nausées et des vomissemens : puis, abandonnant t<Hit à coup la suite naturelle de la conversation, il passe à sa situation actuelle, en s'adressant toujours au Docteur Amott: et prenant un ton plus animé, plus solennel : ^^ C'en est lait. Docteur; le coup est porté, je touche à ma fin, je vais rendre mon cadavre à la terre. Approchez, Bertrand ; traduise:^ à Monsieur ce que vous aUez en^
tendre: c'est une suite d'outrages dignes de la main qui me les prodigua ; rendez tout, n'omettez pas un mot. .
'^ J'étais venu m'asseoir auk foyers du peuple Britannique; je demandais une loyale hospitalité, et contre tout ce qu'il y a de droits sur la terre, on me répondit par • des fers. J'eusse reçu un autre accueil d'Alexandre ; l'Empereur François m'eût traité avec égard ; le Roi de Prusse même eût été plus généreux. Mais il appartenait à l'Angleterre de surprendre, d'entraîner les Ëois, et de donner au monde le spectacle inouï de quatre grandes puissances s'acharnarit sur un seul homme. C'est votre ministère qui a choisi cet afireux rocher; où se consomme en moins de trois années la vie des Européens, pour y achever la mienne par un assassinat. Et comment m'avez-vous traité depuis que je suis exilé sur cet écueil ? Il n'y a pas une indignité, pas une horreur dont vous ne vous soyez fait une joie de m'abreuver. Les plus simples communications de famille, celles même qu'on n'a jamais interdites à personne, vous me les avez refusées. Vous n'avez
kissé arriver jusqu'à moi aucune nouvelle, aucun papier d'Europe; ma femme, mon fils même n'ont plus vécu pour moi ; vous m'avez tenu six ans dans la torture du secret. — Dans cette île inhospitalière, vous m'avez donné pour demeure l'endroit le moins fait pour être habité, celui où le climat meurtrier du tropique se fait le plus sentir. Il m'a fallu me renfermer entre quatre cloisons, dans un air malsain, moi qui parcourais à cheval toute l'Eurppel Vous m'avez assassiné longuement, en détail, avec préméditation, et T * * *.*.Hudson a été l'exécuteur des hautes-œuvres de vos ministres."— L'Empereur continua encore quelque temps avec la même chaleur, et termina par ces mots: " Vous finirez comme la superbe république de Venise, et moi, mourant sur cet afi&eux rocher, privé des miens et manquant de tout, je lègue l'opprobre et l'horreur de ma mort à. la. famille régnante d'Angleterre."
4 heures p. m. — L'Empereur se sent mal à son aise, les forces lui manquent, il tombe
1S2 DERMIJBE8 MOMXNS
dans un espèce d'évanouissement Cependsat il se trouve un peu mieux «ur le soir.
A huit heures il prend qudique nourriture sans éprouver de vomissement, et dort jubk qu'à onze heures et demie ; alors il s'éveille brusquement, et se trouve inondé d'une sueur froide visqueuse. Le bas-ventre est tendu, une chaleur brûlante se âtit sentir dana tous les viscères que contient cette 08/nté; le gosier est sec, brûlant, le ma^ lade est dévoré par un soif ardente, cepen* dant il éprouvé une grande difficulté à avaler les liquides, et témoigne une espèce d'aversion pour Peau froide.-— Le pouls, nerveux, fréquent, variable donne quatre^ vingts, quatre-vingt-dix, cent pulsations par minute.
20 Jvril.
Les accidens qui avaient eu lieu dans la journée ont duré jusqu'à trois heures après minuit ; le malade a pris alors quelque nourriture, et s'est trouvé un peu mieux.
Le pouls toujours petit, mais plus régulier qu'auparavant, donne soixante-seize puisa-
tions par minute ; la chaleur paraît natu^ relie. ~- Lavement. ^ Le maladie est assez tranquille pendant la soirée, toutefois il se plaint d*une sensation douloureuse et d'une chaleur insupportable à restomac, de nau-» sées qui Tincommodent ;. s'il ne vomit paS| c'est qu'il s'abstinent du plus léger mouve'* n^nt. Il deàiande, suivant sa coutume, qu\>n lui fasse la lecture, et s'endort presK que aussitât. On la continue, parce qu'on ne l'interrompt d'habitude que quand â Pordonne. Use réveille, et s'enquiert/de quoi il a'agit. — ** Des prêtres, lui répond-on, et des entraves qu^ils vous ont suscitées ; l'auteur les dépeint comme des hommes in-^ quiets^ haineux, însensibles^^ aux hienikits. •^—11 extravague. • C'est la classe d'hommes qui mia le moins coâté. Ils étaient tous contre moi ; je leur permis de mettre des
bas violet^^ ils furent tous pour moi. .
21 Avril.
L'Empereur n'a presque pas dormi, cependant il est un peu mieux qu'hier ; il a pris à quatre heures de la nourriture san&
124 DKKMUftS MOMENS
prouver de vomissement, et aa point da jour il s*est trouvé assez de forces pour se lever, et passer trois heures partie à dicter et partie à écrire. Ce travail n*a d*abord été suivi d*aucun inconvénient ; mais vers les neuf heures le vomissement s^est déclaré; Napoléon a rendu une partie des alimens qu*il avait pris, et a été fort incommodé le reste de la journée. A une heure et demie il mande Vignali. — '* Savez-vous, abbé, ce que c^est qu*une chambre ardente?
—Oui, Sire. — En avez-voùs desservi? — Aucune. — Eh bien, vous desservirez la mienne/' Ilientre à cet égard dans les plus grand détails, et donne au prêtre de longues instructions. Sa figure était animée, convulsive; je suivais avec inquiétude les contractions qu'elle éprouvait, lorsqu'il surprit sur la mienne je ne sais quel mouvement qui lui déplut. ** Vous êtes au-dessus de ces faiblesses; mais que voulez- vous?
Je ne suis ni philosophe ni médecin. Je crois à Dieu, je suis de la religion de mon père : n'est pas athée qui veut." Puis revenant au prêtre : *' Je suis né dans la religion catholique, je veux remplir les devoirs qu'elle impose, et recevoir les secours
qu'elle administre. Vous direz tous les jours la messe dans la chapelle voisine^ et vousi^exposere:^ le saint-sacrement pendant les quarante heures. Quand je serai mort»
vous placerez votre autel à ma tête, dans la chambre ardente; vous continuerez à célébrer la messe^ vous ferez toutes les cérémonies d'usage, vous ne cesserez que lorsque je serai en terre.** L'abbé se retira ; je restai seul. Napoléon me reprit sur ma prétendue incrédulité. ^^ Pouvezvous la pousser à ce point ? Pouvez-vous ne pas croire à Dieu ? Car enfin tout proclame son existence, et puis les plus grands esprits Pont cru. — Mais, sire, je ne la révoquai jamais en doute. Je suivais les pulsations de la fièvre, votre majesté a cru trouver dans mes traits une expression qu'ils n'avaient pas. — ^Vous êtes médecin^ Docteur," me répondit^il en riant. " Ces gens^ là, ajouta-t-il à demi- voix, ne brassent que de la matière ; ils ne croiront jamais rien."
3 heures p. m. — Sensation douloureuse, insupportable dans Pintérieur du bas-ventre. — Pesanteur d^ tête. — Froid général. —
126 DERNIERS HOMENS
Extrême prostration de* forces. -^Somno* leDce.-~Pouls irrégulier et£él>riie> siHxantequinze à quatre-vingts pfulsaticMis par .minute. — Respiration pénible. — Oppression à l'estomac. — Renvois fréquens et insipides.
6 heures p. m. — Les symptômes que je viens de décrire s'adoucissent peu à peu^ L'Empereur demande des alimens^ dont il rend une. partie à sept heures, il dort sans
interruption pendant toute la soirée.
22 Avril.
L'Empereur a passé une bonne nuit, le pouls est à peu près le même qu'hier matin.
8 heures a. m. — L'Empereur est triste, de mauvaise humeur; il se plaint d'une Violente douleur à l'estomac, et d'un sentiment d'oppression, de suffocation qui l'ac^ compagne. Il veut manger: mais il éprouve bientôt de fortes nausées, et rejette la nourriture qu'il vient de prendre, avec «ne partie de celle d'hier. Cependant il se trouve généralement mieux, et passe la journée
DB NAPOLBOH. 127
moitié éveillé, et moitié endormi* — Il ne prend pas d*alimens.— Lavement.— Le pouls»
devenu plus fkible> varie de quatre-vingt-»
quatre k quatre-vingt-dix pulsations par minute. Le malade consent à prendre la potion suivante :
Magnesftx sulphatis 3 vj. Solve in aquœ purae octa.
Adde infiis. gentianae composîtœ ^ vj^ et tinct. compositas ejusclem J fi. F. mîxtura, cujus sumat cochtearia tr}a aimpla subînde.
S heures p. m. — ^Vomissement de substances alimentaires mal digérées, et mêlées à beaucoup de glaires.
4 heurtas p. m. — Napoléon prend une petite soiipe au bouillon, un œuf au jus, de Foseille^, et peu de temps après, du faisan à la purée.
5 heures p. m. — Il éprouve une exacerbation de ûèvre^ croit se sentir plus de force qu*à l'ordinaire, est d'une extrême loquacité. " Vous me l'aviez annoncé. Docteur, c'est là, oui c'est là que gît la maladie. Je