DERNIERS M0MEN
que Bertholet écrivît au Directoire sur la bonne tenue de nos hôpitaux et les soins que je prodiguais aux blessés ; donnez, j'aime mieux prendre vos pilules."
26 Février.
4 heures p. m. — L'Empereur, qui était assez bien depuis le 21, retombe tout à coup. — Toux sèche. — ^Vomissement. — Chaleur d'entrailles. — Agitation générale. — Anxiété. — Sentiment d'ardeur presque insupportable, accompagnée de soif ardente.
27 Février.
1 heure a. m. — ^L'Empereur est encore moins bien qu'hier j la toux est devenue plus violente, et les nausées pénibles n'ont cessé jusqu'à sept heures du matin. Je prescris des boissons rafraîchissantes et sédatives, des lavemens caïmans, anodins, et un pédiluve qui produit un bon effet. Napoléon n'a pris de toute la journée que trois petites soupes, deux œufs frais, un peu de crème et un verre de clairet étendu de beaucoup d'eau ; il dort quatre heures de suite, et reste dans son
appartement dont les croisées sont hermétiquement fermées. Vers le soir, cependant, il change et de chambre et de lit.
8 heures p. m. — Deux cuillerées d*émulsion anodine calment un peu la toux. Pilule tonique.
UEmpereur se trouve mieux; ses souvenirs se réveillent ; il parle avec complaisance des braves qui coururent sa fortune et assurèrent les succès de son début Steingel était bouillant, infatigable, cherchait les Autrichiens comme les médailles, et ne laissait pas un taillis, un décombre qu'il ne Teut fouillé, visité. Mireur ! c'était l'homme des dangers, des . avant-postes ; son sommeil était inquiet si l'ennemi né se trouvait en face. * Cafiarelli, tout aussi brave, ne 3e battait cependant que par nécessité ; il aimait la gloire, mais plus encore les bornâmes : la guerre n'était pour liii qu'un moyen d'arriver à la p^x. Passant ensuite à des officiers d'un grade moins élevé, Napoléon loua le courage de l'un, la capacité de l'autre, et. s'arrêta long-tçmps sur deux braves .dont il déplora vivement la perte, Sulkowski et Guibert. Le pren^ier était un Polonais plein d'audace» de savoir, de capa* cité. Il avait été r4veiller Kosciusko, lui
avait porté les instructions du comité de salut public ; il connaissait le génie, parlait toutes les langues de TEurope, aucun obstacle ne Farrètaît. Le second, plus souple, plus mesuré, plus adroit, mettait dans ses négociations la subtilité d*un diplomate. On peut en juger par le rapport qui suit :
Au Caire, Novembre 1798.
Le 2, à la pointe du jour, je partis d'Aboukir pour me rendre à bord de la iSotte Anglaise. Un seul vaisseau était mouillé à la pointe; c*était le Swiftsure, commandé par M. Hàllowell. Une chaloupe vint au-devant de moi. Je lui demandai si le vaisseau commandé par M. le Commodore Hood était dans ces parages. On me répondit que non ; qu'il croisait devant Alexandrie ; que M.
Hàllowell me priait cependant de me rendre à bord du Swiftsure.
M. Hàllowell me reçut froidement, surtout lorsqu'il me vit accompagné d'un Turc. Je lui exposai avec simplicité le sujet de ma mission auprès de M. Hood : il me répondit que Hassan Bey ne recevrait pas le Turc, qu'ainsi ma démarche était inutile.^ — Vous me permettrez cependant, Monsieur, de me
rendre à bord de M. Hood.-^Il me répondit qu'il avait quelque chose de très-intéressant à lui communiquer; qu'on voyait à peine le ZealauSj mais qu'on venait de lui faire le signal d'approche. Il me proposa d'attendre à son bord. Nous nous rendrons ensemble, me dit^il, auprès de l'amiral.*— Il fit apporter le déjeuner, nous nous mîmes à table: peu à peu il devint plus aimable. Le hasard lui fit rappeler d'anciens rapports avec ma famille. J'eus avec lui une conversation, qui, de ma part, fut souvent interrompue par des saillies, simples et sans afibctation. Nous nous entretenions de la situation politique de TEurope. Il me dit, avec Pair de la vérité, qu'il y avait plus de sept semaines qu'ils n'avaient reçu de nouvelles, qu'ils en attendaient tous les jours* Il me parla avec assurance des dispositions hostiles de la Turquie. " — Les nouvelles, lui dis-je, que le général reçoit souvent de Constantinople par terre, ne s'accordent pas avec ce que vous dites. — ^Le général reçoit souvent des nouvelles de Constantinople ? — Oui. — Il sourit, mais parut surpris. — Cependant vous ne pouvez douter que le Pacha de Rhodes ne soit devant Alexandrie par les ordres de son gouvernement. — ^J'allais répondre. Il conti-
6 DERNIERS MOMEKS
nua. — Nous étions à Rhodes, lorsqu'il fut forcé de venir. — Forcé ? Je souriais. — Oui, par les ordres de la Sublime Fprte.^— Je nlnsistai pas. Il me montra ensuite votre lettre au citoyen Tallejfrand, que vous avez chargé de rendre compte des événemens d'Egypte au Grand- Seigneur, de donner le détail du combat d'Aboukir, et de dire qu'il nous reste vingtdeux vaisseaux dans la Méditerranée.: Il scruta avec ironie le nombre de ceux que nous y avons encore, et ajouta : — M. de Talleyrand n'est point arrivé à Constantinople ; et puis il ny aurait plus trouvé vos bons amis, le Grand Visir et le Reis Effendi. Ils ont été déposés et chassés. — Il s'arrêta. Je feignis de n'avoir pas fait attention. Il me parla de Tescadre Russe commandée par T Amiral OkzkofT.
— Où est-elle ? lui demandai-je. — A l'entrée du golfe de Venise. Elle attaquera bientôt vos îles. — Nous ne pouvons croire à l'existence de Pescadre Russe dans la Méditerranée* Vous devriez, dans l'intérêt xle la coalition^ lui conseiller de se montrer, la faire paraître. — Mais, répondit M. Hallowell d'un air presque piqué, vous avez déjà vu deux de ses frégates ; si elle ne tient pas des forces pluç considérables dans ces ea^x, c'est que cela n'entre
pas dans son système d'opérations. — La conversation tomba sur quelques-uns des officiers de notre marine, sur le Contre-amiral Villeneuve. — N'avez-vous pas pris quelques-uns des quatre bâtimens qui raccompagnaient?
— ^Non. U Heureux^ qui a été séparé par un coup de vent, a eu lé bonheur de nous échapper, et d'entrer à Corfou. Le reste est à Malte. — Et la Justice? — Sans doute aussi. — J*ai un cousin à son bord. S*il eut été votre prisonnier, je vous aurais demandé la permission de lui faire passer quelques fonds. Il appartient à une famille riche.— Mais, attendez, repritil maladroitement ; je me le rappelle, à présent, la Justice I elle a coulé à fond. Donnezmois le nom de vôtre parent. Je donnai sans balancer, un nom en 1 air. M. Hallowell me parla aussi d'une lettre interceptée, qui venait de Toulon, et vous était adressée. Elle annonçait le départ d'un convoi ; il doit mettre à la voile dès que les Anglais ne croiseront plus devant le port. Mais Nelson est là.
Il m'assura que quelques-unes de vos dépêches avaient été interceptées par les Turcs ; et prétendit qu'Ibrahim Aga n'était qu'un domestique déguisé, que Hassan Bey Tavait dit. — Le Général Bonaparte, lui répondis-je.
n*envoie sous pavillon parlementaire que des hommes revêtus d'un caractère public ; Ibrahim Aga est connu, et faisait partie de la suite du Pacha de Constantinople.
Je lui parlai de leurs relations avec les Arabes. Je lui appris que les Cheiks d'Edkou et d*£lfini étaient fusillés. J'ajoutai que vous saviez parfaitement que Tintendant d'Ibrahim était passé de leur bord en Syrie. H soutint avec la plus grande affectation que ce fait était faux, et que la flotte n'avait point de relations avec les Arabes ; je recueillis presque aussitôt des preuves du contraire.
Il me parla de la jonction de cinquante mille Grecs. Je n'eus garde de le détromper. Je lui dis qu'en effet ils s'étaient réunis à nous, et se formaient en troupes.
Alors arriva Hassan Bey. Il était suivi d'un Turc qui, dévoué aux Anglais, parait joindre l'âme la plus féroce au caractère d'ennemi mortel des Français.
M. Hallowell parut étonné de la présence du Bey. Nous continuâmes de nous promener en causant. Mohamed s'approcha d'Hassan, attendit quelques minutes, et, nous interrompant tout à coup, tira £ia lettre de sa poche, et me demanda s'il fallait la remettre. M.
Hallowell surpris s'arrêta et fixa le Bey. — Non, repondis-je à Mohamed^ vous ne la remettrez qu'en présence de M. le Commodore Hood. Vous voyez, Monsieur, dis-je à M, Hallowell, qu'il ne dépend que de la volonté de M. Hood que Hassan la reçoive. H me demanda la permission de sortir^ et appela le Bey. Je n'avais pas l'air de faire attention à ce qui se passait.
Hassan Bey revint, me parla de la guerre que la Sublime Porte nous a déclarée, et me dit que l'Angleterre et la Russie allaient conjointement nous attaquer. Je lui dis en Italien : Pensez- vous que la Porte s unisse jamais à la Russie, son ennemie naturelle et qui ne cherche qu'à s'agrandir à ses dépens ? Je lui répétai que vous aviez de fréquentes correspondances, par la Syrie, avec Constantinople, et que le Grand Seigneur ne l'ignorait pas. Le Turc qui l'accompagne me dit alors, avec l'accent de la férocité, qu'à Rhodes cent quarante-six Français avaient été chargés de fers^ et que cette mesure avait été suivie dans tous les pachalics. — Elle sera un jour désavouée par le Grand Seigneur. Au reste, igoutai-je, qu'Hassan Bey sache qu'en Egypte la religion est respectée, les mosquées consacrées, les Arabes repoussés. Qu'il lise la procla.
ination du Divan^ et il reconnaîtra dans les Français les alliés de la Sublime Porte. — Je lui remis alors une proclamation ; mais il la prit sans la lire.
M. Hallowell me proposa de parcourir spn vaisseau* J'acceptai ; un émigré Français, employé comme pilote, m'aborda dans la première batterie, parut vivement regretter son pays, et me demanda s'il était vrai que cinquante mille Grecs se fussent réunis à nous, n ajouta, mais plus bas, que les Arabes qui se rendaient à bord tous les jours, faisaient mille contes absurdes, qu'on commençait à ne plus les croire, et qu'on n'en était pas content* Il me dit qu'il y avait onze prisonniers Français à bord. Je témoignai le désir de les voir, ce sont des soldats de la 4^ légère. Je leur demandai s'ils étaient bien. — Nous n'avons qu'une demi-ration, me répondirent-ils— Un officier s'avança précipitamment et me dit : — L'équipage lui-même n'a que la demi-ration, je vous assure. — Je le crois, Monsieur, lui répliquai-je, nous partageons toujours avec nos prisonniers.
Le vaisseau du Commodore Hood était encore très-loin. M. Hallowell fît servir à dîner. Il avait pins de laisser-aller, il me parla dé la pe^ix, de l'ambition de notre gouvernement.
D£ NAPOLioN. 11
et finit par ces mots ; c'est vous qui ne voulez pas la paix. Je lui rappelai, quoique assez légèrement, que, vainqueurs . des puissances continentales^ c'était cependant toujours nous qui Tavions offerte j que dernièrement encore maître de la Styrie» de la Carniole, et de la Carinthie, vous fîtes envers le Prince Charles une démarche pleine de loyauté et de franchise, en lui écrivant cette lettre que je lui recitai toute entière :
" Monsieur le Général en Chef,, les braves militaires font la guerre, et désirent la paix. Cette guerre ne dure-t-elle pas depuis six ans ? Avons-nous tué assez de monde et fait assez de maux à la triste humanité ? Elle réclame de tous côtés. L'Europe, qui avait pris les armes contre la république Française, les a posées. Votre nation reste seule,, et cependant le sang va couler plus que jamais.
Cette sixième campagne s'annonce par des présages sinistres ; qu'elle qu'en soit l'issue, nous tuerons de part et d'autre quelques milliers d'hommes^ et il faudra bien que l'on finisse par s'entendre, puisque tout a un terme, même les passions haineuses.
Le Directoire Exécutif de la république Française avait fait connaître à S. M. l'Empe-
12 DERNIERS MOlfENS
reur le désir de mettre fin à la guerre qui désole les deux peuples. L'intervention de la cour de Londres s'y est opposée. N*y a-t-il donc aucun espoir de nous entendre ; et fautil^ pour les intérêts et les passions d'une nation étrangère aux maux de la guerre^ que nous continuions à nous entr'égorger ? Vous, Monsieur le Général en Chef, qui, par votre naissance, approchez si près du trône, êtes au-dessus de toutes les petites passions qui animent souvent les ministres et les gouvernemens, êtes-vous décidé à mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité entière et de vrai sauveur de F Allemagne? Ne croyez pas, monsieur le Général eh Chef, que j'entende par -là qu'il ne soit pas possible de la sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que les chances de la guerre vous deviennent favorables, TAUemagne n'en sera pas moins ravagée. Quant à moi. Monsieur le Général en Chef, si l'ouverture que j'iaî l'honneur de vous faire peut sauver la vie à un seul homme, je m'estimerai plus fier de la couronne civique que je me trouverai avoir méritée, que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires." — Eh bien, soit ! dit M. Hal-
lowell sur lequel cette lettre avait fait effet: A une paix honorable pour, les deux natwns!
A cinq heures nous nous embarquâmes, MM. Hallowell, Hassan Bey et moi, pour nous rendre à bord de M. Hood. Nous y arrivâmes à huit heures du soir. Il me reçut plus froidement encore que ne l'avait fait d'abord M.Hallowell -, il me fit entrer, sortit, et causa longtemps avec ce Capitaine et le Bey. H rentra.
Je lui dis: Vous savez, M. le Commodore, le sujet de ma mission près de vous.— Oui ; mais Hassan Bey ne recevra pas la lettre de M. Bonaparte.-Cependant il l'eût reçue ce matin, si vous l'aviez permis. — (J'appuyai fortement sur ce mot.)— Eh bien 1 que ce Turc la présente, il la recevra on né la recevra pas, il est parfaitement libre.— Mohamed la présenta. Hassan Bey la reçut et l'ouvrit. L'interprète Anglais s'approcha ; ils la lurent, sourirent ironiquement à diverses reprises ; M. Hood affectait aussi de rire.— J'ai été très-étonné, me dit-il, du Turc que le Général m'a envoyés sous le pavillon parlementaire Turc. .Vous doutez donc de la déclaration de guerre que vous a faite la Porte ? Eh bien, je vous donne ma parole d'honneur qtfeUe est réelle. Et M. Bonaparte, que fait-il?— H
lé DERNIERS MOMENS
est parti pour Suez^ après avoir reçu un courrier de cette ville ; il a conclu un traité d'alliance avec les Arabes du Mont Sinaï et les Princes du Mont Liban. J'avais déjà parlé légèrement de l'arrivée a Suez de vaisseaux et de bâtimens de transports à quelques officiers.
Je demandai ensuite à M. Hood s*il y avait long-temps qu'il n'avait reçu de nouvelles d'Europe. — Depuis plus de sept semaines; j*en attends tous les jours ; je m'impresserai de faire passer les journaux à M. Bonaparte. Le Général Manscourt m'a fait demander ses lettres par un parlementaire très-aimable, ajouta-t-il en riant. Je transmettrai celles qui seront indifférentes, je vous en donne ma parole. Je ferai même passer un mot en France ou en Italie. — Oh ! vous êtes bien bon, repris-je précipitamment ; c'est inutile. Depuis le commencement de Septembre, tous les cinq ou six jours il part un bâtiment pour France. Déjà plusieurs officiers et aides de camp du Général en Chef ont été expédiés. — Oui! assurément; vous devez en avoir pris beaucoup. Avez-vous pris le frère du Général Bonaparte ? — Comment, le frère de M. Bonaparte ? — Oui. n est parti d'Alexandrie il y
a vingt-cinq ou trente jours. — Il parut ne pas le croire : je le lui confirmai. — Au surplus il n'échappera pas aux croisières supérieures. — Il me demanda ensuite si j'étais venu d*Aboukir, et si j'ignorais la lettre que lui avait écrite l'Adjudant Général DescaUes. Il me la communiqua. Elle pouvait être mieux.
Mon intention, continua M. Hood, est de me conduire envers vous comme votre nation se conduira envers nous. Vous voyez que j'eusse pu ne pas vous recevoir. Je suis même étonné que M. Hallowell vous ait permis de vous rendre ^ son bord venant d'Aboukîr. — Je lui répondis que j'étais parti de Rosette, mais que la barre du Nil étant trop forte, j'avais été obligé de venir par Aboukir. Qu'au reste il pouvait être dangereux pour nous que des parlementaires pénétrassent dans un fort, et dans un poste dont ils pourraient reconnaître la position, tandis qu'il n'était de nulle conséquence pour eux qu'un parlementaire vînt de tel ou tel point, se rendît à tel ou tel bord. — En vous envoyant des lettres, reprit M. Hood, je ne suivrai pas l'exemple de votre gouverne-
16 DERNIERS MOMSNS
ment qui vient d'ordonner que toutes les let« très adressée à des Anglais, et prises sur quelque bâtiment que ce soit, soient portées en France. Vous faites la guerre comme on ne la fit jamais ; nous la ferons comme vous ; nous vous imiterons, de quelque manière que vous agissiez.— > Je crois, monsieur le Commodore, lui ai-je répondu, que sur ce point nos deux gouvernemens n'ont rien à se reprocher; quant au Général Bonaparte sa manière de faire la guerre a toujours été franche, loyale, et réglée par l'humanité.
Je lui racontai alors les attentions que vous eûtes pour le Maréchal Wurmser au siège de Mantoue; que vous lui aviez envoyé toutes sortes de rafraîchissemens pour ses malades, générosité qui avait fort étonné le vieux Maréchal. Je lui parlai de l'humanité avec laquelle les deux nations belligérantes avaient mutuellement traité leurs prisonniers.
J'ajoutai que je savais que votre intention était de fournir aux Anglais les choses qui leur seraient agréables, et qui pourraient leur manquer. M. Hood parut surpris de cette politesse, remercia, et me dit qu'il ne manquait de rien.
Je continuai en lui disant que vous dési-
DE NAPOLBOK. 17
riez que ïe premier parlementaire qu'il enverrait fût addressé à Rosette — Mais, dit-il, en m'interrompant, il me parait plus simple de l'envoyer à Alexandrie. — Le général désire que vous ayez la complaisance de le faire venir à Rosette j les ordres sont donnés pour que de là il soit conduit au Caire. Dans ce cas, le général désire que vous choisissiez quelqu'un qui soit intelligent et qui ait votre confiance. — Eh bîenl soit, je suivrai cette marche.
Je saisis cette occasion pour offiîr à un ministre protestant qui venait de témoigner un vif désir de voir les Pframîdes, de venir avec moi. Je lui dis que je le ramènerais.
Dans ce moment l'interprète Anglais s*ap* procha de M» Hood, lui traduisît votre lettre à Hassan Bey. Le commodore feignit de rire aux éclats. L'interprète revint à moi, et me dit : Hassan Bey a pris un brick Français, et a mis féquipage aux fers. Il ne le rendra pas, et en usera de même avec tout ce qui appartient à la nation Française. — Mohamed étant porteur de la lettre, lui répondîs-je, c'est à lui que doit s'adresser la réponse. — Hassan Béy n'en fera ni verbalement ni par écrit. — M. Hallowell m'avertit que le canot
TOMr II. c
18 DERKIERS MOMENS
était prêt. Je pris congé de M. Hood qaî me chargea de vous faire ses complimens.
Dans la traversée, M. Hallowell me dit: — Vous devez avoir eu un combat près du Caire, il y a trois jours. — Avec qui ? lui repondis-je j Mourad vient d'être battu par le Général Desaix. — Je le sais^ mais vous verrez. Il ajouta qu'un Turc que j'avais vu à bord de M. Hood était un envoyé du grand seigneur* Il était chargé de distribuer des présens et de prendre avec l'amiral de grandes mesures.
M. Hood ne m'en a pas parlé : cela n'a pas même l'apparence de la vérité.
En général, malgré les amitiés ostensibles et affectées qu'ils s'efforçaient de faire au vieux pacha de Rhodes et à sa suite, les An* glais ne m'ont pas paru sympathiser avec eux ; je les cr<HS surtovit très-mécontents des Arabes. M. Hallowell me disait qu'un jour Hassan Bey lui avait témoigné combien il était étonné de voir les communications sociales des parlementaires Français et Anglais i chez eux de pareils envoyés courraient risque de perdre la vie. M. Hallowell ne put s'empêcher de lui répondre : nous ne sommées pas des barbares.
Nous arrivâmes à bord du Swiftsure à mi-
nuit. Il était dangereux de partir à cette heure à cause des canots de ronde. «Tacceptai un lit que M. Hallowell me fit tendre dans sa chambre. Je le quittai le lendemain matin.
Un officier me dit que l'Amiral Nelson était attendu. Je demandai ce qui en était, à M.
Hallowell qui m'affirma le contraire. Ce qu'a dit le premier parut une indiscrétion.
Vous avez jugé, mon général, de l'effet qu'a produit le dernier parlementaire du Général Manscourt ; vous savez encore qu'il se disposait à y en envoyer un nouveau. Le dernier eut, à ce qu'il parait^ un mouvement de vivacité avec M. Hood. Cest sur de tels hommes qu'on juge de la nation et de l'esprit de l'armée.
Je ne puis vous dissimuler aussi que l'officier de marine qui m'accompagnait m'a forcé vingt fois de rougir pour lui, et qu'embarrassé souvent, j'ai dû m effi^rcer de réparer ses indiscrétions.
Je dois aussi vous dire, mon général, que l'armement de la division, qui s^effectue avec activité, n'est déjà plus un àecret. Alexandrie doit fixer vos regards et votre attention.^
^ DERNIERS MOMBKS
Les Anglais paraissent trop bien instruits de
ce qui s*y passe.
Salut et respect. Guibert.
28 Février.
9 heures a. m. — L'Empereur a passé une assez bonne nuit^ il est mieux qu'hier. Il s*est levé au point du jour, et quoique extrê* mement faible» il fait une promenade en calèche.
l** Mars.
10 heures a. m. — La nuit; & été tranquille^, néanmoins la prostration des forces continue» çt la digestion est extrêmement pénible. Napoléon sort en calèche; mais rien ne peut dissiper la profonde tristesse où il est plongé*
9 heures p. m, — Tçux très-sèçhe et fatigante.— Nausées suivies de vomissement.
2 Mars.
9 heures a. m. — UEmpereur a fort bien passé la nuit ; il sort deux fois en ç^dèche ; il se trouve assez bien, et se plaît à revenir sui? une foule de détails^ de circoustances qui peignaient la, tendresse ^u'il portait à ]M(ariç,-i Louise. — " Ses couchas furent excessivement
pénibles, et, je puis le dire, c'est en grande partie à mes soins qu'elle doit la vie. — Je re* posais dans un cabinet voisin ; Dubois accourut et me fit part du danger. H était effrayé ; Fen&nt se présentait mal, il ne savait où donner la tête. Je le rassurai ; je lui demandai s'il n'avait jamais rien vu de semblable dans les accôuchemens qu'il avait faits. — Ouï, sûrement ; mais une fois sur mille. N'est-il pas affi*eux pour moi que ce cas si extraordinaire jBoit précisément celui qui a lieu pour l'impératrice. — £h bien ! oubliez la dignité et * traitez la comme une bdutiquière de la rue Saint- Denis : c'e3t tout ce que je vous demande. — Mais puis-je apposer les fers ? Si de nouveaux accidens arrivent, lequel dois-je sauver? la mère ou l'enfant ? — La mère j c'est son droit. Je me rendis auprès d'elle } je la calmai^ je la soutins; elle fut délivrée; Tenfant prit vie. Le malheureux !" Napoléon s'arrêta j je respectai son silence, et me retirai.
3 Mars.
8 heures a. m. — L'Empereur se promène à deux reprises en calèche ; il mange peu et sans appétit. — Toux sèche et fréquente.
Sf DERNISRS MOM£NS
4 Mars.
9 heures a. m. — La prostration des forces augmente. Napoléon essaie deux fois de monter en calèche, mais il est obligé bientôt de se mettre au lit : il mange pourtant, mais peu et avec encore moins d^appétit qu'hier.
2 heures p. m. — II prend deux pilules toni* ques. La conversation s^est ouverte sur les beaux-arts* Un des interlocuteurs faisait assez peu dé cas de la musique, et ne s'en cachait pas. *' Vous avez tort, lui a dit TEmpereur ; c*est de tous les arts libéraux celui qui a le plus dlnfluence sur les passions, celui que le législateur doit le plus encourager. Une cantate bien faite touche, attendrit, et produit plus d'effet qu'un ouvrage de morale qui convainc la raison, nous laisse froids et n'altère pas la plus l^ère de nos habitudes.
5 Mars.
8 heures a. Htf.-^L'empereur a passé la nuit assez tranquillement, quoiqu'il n'ait presque point dormi. Il sort^ s'en trouve bien, prend deux pilules, et remonte en calèche sur les
trois heures de Taprès-midi. Il n'a presque ^ point mangé ; il est livide» ne présente plus que l'aspect d'un cadavre.
6 Mars.
6 heures a. m. — La nuit a été assez bonne.
Kapoléon prend au peu de soupe. L'abattement est extrême.
9 heures a. m. — Pilules toniques.^L'Empereur témoigne sur le soir l'envie de manger. On lui sert deux côtelettes d'agneau ; il me les fait goûter, me demande si elles sont nutritives; de digestion facile, et quand il ma adressé toutes les questions dMsàge, il y goûte, et les laisse là. ^^ Que vous en semble, docteur ? n'est-ce pas une bataille perdue ? — Gagnée, sire, pour peu que votre majesté le veuille? — Comment cela? des remèdes? — Mais.. . — Mais chacun se bat avec ses armes ; c'est bien. Docteur, j'aime votre ténacité. Votre majesté est donc d'intelligence avec la latitude ?— Encore mieux ! crainte ou conviction, qu^importe, pourvu que le malade se drogue ?— Cependant.. . . — Eh bien, quoi ? la santé si je lea prends, la mort si je les refuse. — Je ne m'abuse plus, la vie m'échappe, je le sens ;
f* DSRMIM8 MOMENS
c*e8t pour cela que je renonce aux médicumens : je veux mourir de maladie. Entendez-vous ?"
7 Mars.
9 heures a* m* — ^La nuit a été fort inquiète : ce n*est que vers la pointe du jour que TËmpereur goûte un peu de repos. Il est moins faible que les Jours précédens. Il était debout, négligé, je le priai de prendre soin de lui* même : il se mit à sa toilette. ^* Quand j^étais Napoléon, me dit-il d*un ton pénétré, je la faisais promptement et avec plaisir; mais aujourd'hui, qu'ai-je à faire d'être bien ou mal ? Cela me coûte d'ailleurs plus de fatigue que je n*en éprouvais à disposer un plan de campagne. Allons, cependant^" et il se fit la barbe, mais par temps, par intervalles; il fut obligé de se reprendre bien des fois. Il acheva enfin, se mit au lit, et n'en sortit pas de la matinée.
1 heure p. m. — ^L'Empereur éprouve des envies de manger ; il demande de l'agneau rôti, des pommes-de-terre frites, du café;, il j touche à peinci et se trouve néanmoins agité. •^Douleur dans le bas-ventre. — Rots fréquens et fétides.
0fi H AH^LfiOH. 25
8 Mars.
10 heures a. m. — La nuit a été assez bonne ; cependant la prostration des forces continue, et le malaise devient général. UEmpereur se plaint d'une douleur profonde qui se fait sentir dans rhypocondre gauche, sur le côté gauche de la poitrine, et s'étend jusqu'à Tépaule. — Bas-ventre tendu, météorisé. — Grande inappétence ; pouls petit et rare. — Promenade en calèche. — Pilules toniques.
4 heures p. m. — L'Empereur rend le peu de
nourriture qu'il a pris.
9 Mars.
4 heures a. m. — L'Empereur a passé une nuit assez tranquille ; l'emploi des frictions étbérées, et l'application de linges chauds, ont dissipé la douleur qui s'était manifestée au côté gauche. Rots fréquens et insipides.
10 Mars.
9 heures a^bi* — ^L'Empereur a passé une nuit fort i^tée* Il n'a pu fermer l'œil ; il est extrêmement faible, néanmoins il «e trouve asiseE bien. *-- Filttlet» toniques. --^ Napoléon tenait
26 DERNIEM HOMEN8
un paquet de journaux à la main ; je craignais la fatigue, je lui en fis l'observation.-— " Non, Docteur, c'est un scène de gaieté ; j'en suis au dévouement du Roi de Naples pour le régime constitutionnel. Tous ces légitimes sont d'une bénignité que rien n'égale.
Tenez^ lisez r on ne dit pas mieux." Je parcourus la pièce. Napoléon reprit : ** Ce Mojccaronaio voulait aussi me donner le change, venir à Rome, et nous susciter une guerre de religion ; je pénétrai sa manœuvre, je lui notifiai qu'il eût à rester dans ses états ; il se le tint pour dit. Mais les prédicans, les madones allaient d'autant mieux; les sept communes couraient aux armes, il devenait urgent d'arrêter la croisade. Sévir ? la légende est déjà assez volumineuse ; je ne me souciais pas d'envoyer ces mutins au ciel, je les fis prêcher. Je chargeai Joubert de cette afiàire.
Exigez, lui dis-je, de l'évêque de Vicence qu'il envoie des missionnaires dans ce pays-là pour leur prêcher tranquillité, obéissance, sous peine de l'enfer. Faites venir chez vous les missionnaires ; donnez leur quinze louis à chacun, et promettez-leur-en davantage au retour. Vous verrez que tout sera bientôt .calmé. En effet, dès que les hommes de Dieu
DK NAPOLEON. S7
furent aux prises^ la population étonnée, inceitaîne, ne se soucia plus de guerroyer.'*
11 Mars.
10 heures a. m. — La nuit a été moins mauvaise, Napoléon se trouve mieux^ son humeur est moins sombre, son pouls plus naturel. Le bas-ventre même parait être dans un meilleur état. L'appétit se fait sentir^ la digestion s'opère. L'Empereur reste sur pied treize heures de suite. — Pilules toniques. — Promenade en calèche.
12 Mars.
10 heures a. m. -—L'Empereur s*est moins bien porté sur la fin de la journée. — ^Promenade accoutumée. — ^Pilules toniques.
Milady HoUand avait fait un envoi de livres dans lesquels se trouvait une cassette renfer» mant un buste en plâtre, dont la tête était couverte de divisions, de chifires qui se rapportaient au système craniologique de.Gall:
'^ Voilà, Docteur, qui est de votre domaine; prenez, étudiez cela, vous m'en rendrez compte. Je serais bien aise de savoir ce que dirait Gall s'il me tâtait la tête." Je me mis à
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i*€euvre ; mais les divisions étaient inexactes, les chiffj'es mal placés } je ne les avais pas rétablis que Napoléon me fit appeler. J'allai, je le trouvai, au milieu d'un amas de volumes épars, qui lisait Polybe. Il ne me dit rien d^abord, continua de parcourir Touvrage qu'il avait dans les mains, le jeta, vint à moi, me regarda fixement, et me prenant par les oreilles : ** £h bien ! dottoracdo di Capo Corso, vous avez vu la casette ? -^ Oui, Sire. — Médité le système de Gall? — A peu près.
—Saisi? — ^Je le crois. — Vous êtes à même d'en rendre compte ? — Votre Majesté en jugera. — ^De connaître mes goûts d'apprécier mes facultés en palpant ma tête ? — £t même 'Sans la toucher. (Il se mit à rire.) — ^Vous êtes àu courant ?— ^Oui, Sire. — Eh bien, nous en causerons plus tard, quand nous n'aurons rien de mieux à faire. C'est un pis aller qui en vaut un autre } on s'amuse quelquefois à considérer jusq'où peut liller la sottise/* Il se promefnait, fit un tour et reprit : '^ Que pen* ^t Mascagni de ces rêveries Germaniques ?
Allons, franehraient, comme si vous vous entreteniez avec un de vos confrèresd — ^Masr eàgni aimait beaucoup la manière dont Gall ^t Sparzheim développent et rendent sensi-
DE NAPOLioV. €$
bles lés diverses parties dé la cervelle ; il avait lui-même adopté cette méthode; il la jugesut éminemment propre à feire bien con* naître ce viscère intéressant. Quant à la prétention de juger sur les protubérances, des vices^ des goûts, et des vertus des hommes^ il la régardait comme une fable ingénieuse qui pouvait séduire les gens du monde, et ne sou-tenait pas l'examen de Tanatomiste. — ^Voilà un homme sage ; un homme qui sait apprécier le mérite d'une conception, lisoler du faux dont la surcharge le charlatanisme: je regrette de ne Favoir pas connu. Corvis^rt était grand partisan de Gall ; il le vantait, le pro^ t^éait, fit rinimaginable pour le pousser jus* qu'à moi ; mais il n'y avait pas sympathie entré nous. Lavater^ Cagliostro^ Mesmer n'ont jamais été mon fait ; j'éprouvais je ne sais quelle espèce d^aversion pour evit, je n'avais garde d'admettre celui qui les cont!? Qiiait parnd nous. Tous ces messieurs soirt adroits, parlent bien^ exploitent ce besoin du merveilleux qu'éprouve le commun des hommes, et donnent l'apparence du vrai aux théories les fbas fausses. La nature ne se trahit pas. par ses formes extérieures. EHe cache» elle ne Uvre pa^i ses secrète. Voùloif
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saisir, pénétrer là hommes par des indices aussi légers est d'une dupe ou d'un imposteur, ce qu'est au reste toute cette tourbe a inspi^rations merveilleuses, qui pullule au sein des grandes capitales. Le seul moyen de connaître ses semblables est de les voir, de les hanter, de les soumettre à des épreuves. II faut les étudier long-temps, si on ne veut pas se méprendre. Il faut les juger par leurs actions ; encore cette règle n'est- elle pas iuj&il-* lible, et a-t*elle besoin de se restreindre au moment oh ils agissent, car nous n'obéissons presque jamais à notre caractère, nous cédons au transport, nous sommes emportés par la passion, voilà ce que c'est que les vices et les vertus, la perversité et l'héroïsme.
Telle est mon opinion, tel a été long-temps mon guide. Ce n'est pas que je prétende ex dure l'influence du naturel et de l'éducation, je pense au contraire qu'elle est immense; mais hors de là tout est système, tout est sottise."
13 Mars.
9 heures a. M.-*-La nuit a été mauvaises- Prostration des forces.*— Inappétencc—^Flatuosités dans l'estomac et le tube digestif «~
DS MAPOLBON. St
Pouls petit et nerveux. — Anxiété générale. — Physionomie terreuse. — Le malade a pris fort peu de nourriture, et il est resté presque tout le jour au lit.
7 heures r. m. — Les journaux d'Europe sont arrivés. L'Empereur passe la nuit à les par-courir.
14 Mars.
10 heures a. m. — L'Empereur lit encore, il se lève, continue sa lecture, et ne veut écouter aucun consdl à cet égard.
11 heures a. m. — L'Empereur parait extrêmement fatigué, sa physionomie exprime l'abattement,^ ses yeux sont enfoncés, livides, presque éteints. Il a pris très-peu de nourritare pendant la journée ; sur le soir il monte en calèche, fait un tour de promenade, ren-* tre, m'adresse quelques questions sur son état, et se met à parcourir les journaux. Il aperçoit au nombre des défenseurs dé l'indépendance Italienne un personage qui ne lui revient pas. — " J'ai ' quelque idée de cet homme ; le connaissez-vous ? — Oui, Sire ; c'est un des marquis de Pavie, un des bra* vaches qui se laissèrent enlever par Giorno.
•^Quel est ce Giorno? que me racontez-vous
là ?--«-Une de ces conspirations obscures dont te souvenir vous est échappé. Les partisans de r Autriche avaient repris courage ; ils par-* couraient le Lodero, travaillaient, échaufikient le peuple, et le poussaient à la révolte. La noblesse crut le moment propice ; elle disposait de la garde nationale, elle la mit en insurrection. La Cisalpine était sans troupes. ; un homme courut faire face à Forage ; il se pré- 3$nte chez le gouverneur, s^eutend^ se concerte avec Iui> et mande les chefs de la rébdlion. 11 est indigni des excès de quelques révolutionnaires ; il veut sévir, faire un exepi* ple: c*est pour cela qu'il les a convoqués.
Cette sévérité les. charme ; ils applaudissent» pronaettent d'être sans pitié, lorsque Giorno^ c^nt les voitures arrivent» arrête Taréopage» et Teulève sans que ni conjuré ni complice essaie d'opposer la moindre résistance. Tel est ***. Voilà un aperçu de ses antécédeais»» la mesure de son courage.''
L'Empereur ne répoaaidit rien ; il se mita parler de Venise» de laYnanière dont elle avait fini. Je sentis l*aUiisio&>j*écoutai. Venise, Bialgré rinaurrection des états de Terre ferme,, conservait encore des ressources inçaJcula-^ bles) elle, était à même de résister. Letemps^
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pouvait d'ailleurs amener d'autres combinaisons politiques, et laisser aux nobles le pouvoir dont ils s'étaient emparés. Ils ne surent pas s'élever au-dessus des menaces, des privations; ils cédèrent lâchement à la crainte; ils ne songèrent qu'à feindre et à trahir. Ils se flattèrent que nous serions dupes de leurs artifices^ qu'ils nous joueraient avec des mots^ et qu'une révolution illusoire suffirait pour nous calmer. Le grand conseil imagina, en conséquence, de se démettre de son pouvoir et de promettre la démocratie. Autant valait la proclamer. Il s'en aperçut ; mais Topinion avait marché; il ne pouvait revenir sur ses pas, il eut recours à- l'anarchie. Il lance des bandes d'Esclavons dans les rues ; il les guide, les échauffe ; mais les citoyens coqrent aux armes; et le coup est manqué. Que faire ? quel parti prendre ? paralyser le peuple, lui donner un chef vieilli^ sans énergie, qui soit hors d'état d'utiliser les moyens : on nomme Salembeni. Malheureusement ce vieillard était encore plein de feu ! il choisit, rassemble des hommes éprouvés, s'empare des postes principaux, et dissipe les pillards ; ils reviennent à la charge, et essaient de surprendre le