‹ Derniers portraits littérairesChapitre 37 sur 60 · RÉCEPTION DE M. VITET · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DE M. VITET

A L'ACADÉMIE FRAHÇAISE.

Ce n'était pas seulement le souvenir si vif de la dernière séance et de ses piquantes péripéties qui avait attiré cette fois une aflluence plus considérable encore, s'il se peut, sous la coupole désormais trop étroite de l'Institut : le sujet luimême était bien lait pour exciter une curiosité si empressée, et il l'a justifiée complètement. A M. Soumet, à l'un des poètes les plus féconds et les plus brillants, placé aux confins de Tancienne et de la moderne école, succédait M. Vitet, l'un des écrivains qui ont le plus contribué comme critiques à l'organisation et au développement des idées nouvelles dans la sphère des arts, un de ceux qui avaient le plus travaillé à mettre en valeur la forme dramatique de l'histoire et à la dégager des voiles de l'antique Melpomène; homme politique des plus distingués, il se trouvait en présence d'un homme d'État chargé de le recevoir sur un terrain purement littéraire. L'illustre président du 13 avril avait ainsi à parler de la question romantique et de Lesueur, et l'auteur des Barricades devait aborder ce qui assurément y ressemble le moins, la dernière tragédie de Clytemnestre. Ce sont là de ces mélanges agréablement tempérés comme les désire et comme au besoin les combinerait le genre académique, dont le triomphe, pour

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une bonne part, se compose toujours de ia difilculté vaincue. Elle Ta été, cette fois, de la manière la plus heureuse, ot

* d'autant mieux que la solution en a été toute pacifique. C'était

• là une difficulté de plus dans la disposition d'un public en éveil, qui n'aime rien tant qu'à voir la politesse relevée de malice, et qui s'accoutumerait volontiers à en aller chercher des exemples à l'Académie, sauf à doubler la dose et à faire l'étonné en sortant. Mais ce môme public, s'il aime un grain ou deux de malice, goûte encore plus la diversité; et pour lui, l'accord, quand il est juste, peut aussi avoir son piquant.

Le discours de M. Vitet a été large, brillant, facile, d'une ordonnance lumineuse; les parties en sont aisément liées, et le toi^t semble disposé de telle sorte que Tair et le jour y circulent. L'orateur a été ample, ce qui p'est pas la même chose que d'être Ipng; sous l'élégance de l'expression et le nombre de la période, il a fait entrer toutes les pensées essentielles, et la bonne grâce de la louange n'a mis obstacle dî^is sa bouche à aucune réserve sérieuse. Empêché par les lois mêmes de la célébration et de la transformation ajcadémique de serrer son sujet de trop près, l'ayant toujours en présence, mais à distance, il s'est élevé sans en sortir. Il a rassemblé et distribué ses remarques critiques par considérations générales, il les a laissées planer en quelque sorte. Dans son morceau sujr l'influence méridionale, sur la sonorité harmonieuse et un peu vaine de la langue et de la mélopée des troubadours, dans les hautes questions qii'il a posées sur les conditions d'une véritable et vivante épopée, dans sa définition brillante et presque ilalteuse du peintre exclusif et dix coloriste, il s'est montré un juge supérieur jusqu'au sein du panégyrique, et en même temps la plus religieuse amitié n'a pas eu un moment à se plaindre ; car s'il a eu le soin de maintenir et comme de suspendre ses critiques à l'état de théorie, il ^ mis le nom à chacun de SCS éloges.

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