DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XY
rée et généreuse. De pareils spectacles, il faut en convenir, étaient bien propres à exciter de nobles cœurs et à leur donner la nausée des basses intrigues. Si Ton veut connaître lé duc de La Rochefoucauld-Liancourt, sa vie est partout, son souvenir revit dans de nombreuses institutions de bienfaisance. Ce fut lui qui, grâce à cette même charge de grandmaître de la garde-robe, pénétrant de nuit jusqu'à Louis XYI, le faisant réveiller pour lui apprendre la prise de la Bastille, et lui entendant dire comme première parole : C'est une révolte! lui répondit: Non^ sire^ c'est une révolution! Tel est rhomme qui, jeune et condamné par les devoirs de sa charge à subir le spectacle des derniers moments de Louis XY, eut ridée de nous en faire profiter. Ami de M. de Choiseul, ennemi du ministère d'Aiguillon et de la maîtresse favorite, il eût pu dire aux approches du danger, comme Saint-Simon à la nouvelle de la mort de Monseigneur : « La joie néanmoins perçoit à travers les réflexions momentanées de religion et d'humanité par lesquelles j'essayois de me rappeler. » A nos yeux comme aux siens, est-il besoin d'en avertir? de pareils récits et les turpitudes mômes où ils font passer ont un sens sérieux: la nécessité et la légitimité de 89 sont au bout, comme une conséquence irrécusable. La scène où Ton réveille Louis XYI est le contre-coup fatal de celles où, quinze ans auparavant, on suivait la fin honteuse de Louis XY. L'enseignement historique ressort avec toute sa gravité. C'est dans' cette conviction qu'en livrant ces pages au public, nous sommes assuré de ne manquer en rien ni à la mémoire ni à la pensée de celui qui les a écrites.
Nous reproduisons la copie qui est entre nos mains, sans chercher à y apporter même la correction, ni^ à plus forte raison, Télégance. M. Lacretelle, qui fut attaché au duc de Liancourt comme secrétaire intime pendant les premières années de la Révolution, a raconté, dans un intéressant chapitre de ses Dix années d'éjpreuoes, comment on vivait à, Liancourt, en cette sorte de paradis terrestre, et quelles oc*^
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cupations rurales» bienfaisantes ou littéraires y variaient les heures : « Après de laborieuses recherches, écrit M. Lacretelle, après avoir dépouillé une vaste et touchante correspondance, il (le duc deLiancourt) rédigeait ses Mémoires (i), les soumettait à ma critique, à ma révision. Tavoue que ce fut d*abord pour moi une torture que de chercher des embeUissements à un travail tout uni, mais parfaitement conforme au sujet. Mon style me paraissait à moi-même trop ambitieux et trop fleuri. Je voyais bien que Tauteur en portait tout bas le même jugement. Il me dit un jour : Ma prose fait tache dansla vôtre. Ce compliment plus ou moins sincère fut pour moi un avertissement d'user avec réserve de mon métier de polisseur. Plus j'y mis de discrétion et d'économie , et mieux nous nous entendîmes. » Nous ne nous sommes pas même cru en droit de nous permettre ce soin si sobre; à part un ou deux endroits où la copie était évidemment fautive, nous en avons respecté tout le négligé. Cette copie provient de celle que possède la bibliothèque de l'Arsenal, et qui, perdue dans la masse des papiers de M. de Paulmy, a été récemment retrouvée par M. Varin.
15 février 1846.