PASSAGE CHOISEUL, 2 3-3 I
Dimanche, 28 septembre 1884.
Cher zMonsieur,
F vene\ pas mercredi, vous ne me trouverez pas encore che\ moi, car je ne serai réinstallé à cAuteuil que la semaine suivante. Je voudrais bien vous faire des compliments de vos Songes, en effet je trouve la trilogie de ces deux jeunesses séparées, avec leur contact et leur soudure dans la troisième partie, je la trouve une très jolie imagination, mais il n'aurait pas fallu faire la troisième partie toute en paysages, il aurait été besoin avant tout d'une psychologie de ces deux âmes et de
ces deux corps mêles — et ça manque. Tuis, vraiment, cher monsieur, vous aime^ trop l'obscurité, la nuit dans le style, et il y a pour moi, oui pour moi, nombre de phrases tout à fait indéchiffrables. Votre bouquin, save^-vôus, me fait l'effet du livre du Dante quand j'ai commence à apprendre l'italien, je comprenais /'Enfer, je ne saisissais que très médiocrement le Purgatoire, et le Paradis restait pour mon intellect du pur cunéiforme, — eh bien, en vous lisant, lincompréhension monte et grandit de Jacques à Licette et de Licette à Ensemble. Et cependant par-ci et parlà, et même très souvent, il y a de délicates définitions de sentiments et de choses que la copie est rebelle à rendre : des victoires de la prose sur l'invisible, sur l'impalpable.
zMes amitiés,