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ULTIMES RÉMINISCENCES DES PREMIERS ANS

%YjS~m$our le lymphatisme de l'enfant à sa m "t^T septième année, le médecin a conseillé 6Q^7(?^, une station d'été à Luchon. Jacques part avec son précepteur. Comme il est heureux sur la ligne du Midi dans le coupé loué pour eux deux seuls ! par les glaces , il voit ce paysage si nouveau de landes, de pins, de bruyères. Il aime

cet air chaud, ce ton un peu rissolé des verdures, des fougères surtout. Le coupé est dans le sens arrière. L'enfant regarde défiler cette nature qui envoie des bouffées résineuses; pas de terres labourées, c'est sauvage et cela plaît à voir. Le vilain wagon même en face ne gêne pas trop, Jacques en suit la trépidation un peu oscillante, il écoute ce bruit du train qui l'emporte plus loin encore.

A Tarbes, au fond de l'horizon a apparu un monde de blancheurs hautes, confondues, masses qui par endroits s'éclairent. Cela semblait moins appartenir à la terre que dépendre du ciel.

La station thermale lui semble imposante avec ses colonnes. Promenoir où circulent les malades et les autres, où il aime à se frôler à ce monde comme il faut, si varié; moments d'attente, où cependant tout ce qu'on voit est plein d'inattendu. Et justement parce que tous ceux qui passent là et tout ce qui s'y passe n'est que de si peu de durée, cette brièveté ajoute un charme; Jacques garde un regret à ce qu'il a saisi à peine.

Un chien, boule-dogue jaune à mufle noir, lui

a fait envie, caprice exalté; il a écrit à son père avec des supplications. Il se sent défaillir de chagrin de ne pouvoir le prendre, l'emmener. Ah ! mon Dieu, quel malheur... mille francs ! mais n'est-elle pas juste cette somme pour un si beau chien de race ! comme il avait l'air fort et calme et bon. Il y avait du protecteur, du grand ami dans ce chien pour le petit garçon. A coup sûr, on se serait très bien entendu ensemble et tout de suite, il l'avait bien éprouvé dans la façon un peu fière à ce chien d'accueillir ses caresses.

Une fillette plus grande que lui, dans les treize ans, grassouillette, faisant des manières, il a mal joué avec elle, et là se dessinaient ses antipathies non moins exclusives que ses sympathies. Le précepteur causait avec le père. Jacques eût aimé que cette fillette, qui avait par son âge déjà une importance — ces treize ans étaient considérables pour lui, — fût selon son goût, car enfin son regret de n'avoir pas de plaisir auprès de celle-là révélait au petit garçon un désir d'avoir une récréation avec une petite personne en jupe.

Et les excursions à la cascade d'Enfer, à Bos-

sost. Grimper au troisième, au dernier pont de la cascade, plonger de là dans la large vallée, dans cet air de montagne où il lui semble prendre une nouvelle vision de tout et où il se sent léger et gai et transporté. A Bossost être en Espagne, avoir Franchi la frontière, entendre une messe où la sonnette est remplacée par une crécelle, voir un petit fleuve rapide que l'on nomme encore la Garonne mais qui ne lui paraît plus le même tout à fait qu'en France, enfin les costumes des soldats et aussi des gens... De cette façon voyageuse, ses idées s'étendent.

Le retour est presque triste : oh ! revenir sur ses pas... A Luchon, il avait oublié la vie monotone du château dans ce fond de campagne assez près de Paris, il aimait le soir devant les cafés sous les tentes les harpistes, les chanteurs pyrénéens. Adieu tout ce beau mois! le château renfoncé entre les vilains coteaux se remontrait dans le tout proche lendemain. Et voilà qu'à Toulouse le précepteur et lui sont indisposés; on s'est arrêté à l'hôtel des trois Empereurs d'où il gardera le souvenir, dans la chambre, d'un flacon de

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verre taillé empli à demi d'un liquide jaunâtre. Il y a mis sa langue; non, ce n'est plus le goût de la fleur d'oranger, pourtant dans cette âcreté restait quelque chose de presque agréablement vieux, pareil à l'apparence intérieurement un peu cristallisée du flacon. Il l'a manié, regardé longtemps.

A un coin peu éclairé du petit salon Louis XVI du château, le portrait du cardinal de Rohan, dans le costume de seigneur prélat, et par son air vain et doucereux, s'infiltrait en l'esprit de l'enfant, lui inspirait une indéfinissable défiance, un peu malveillante, de ce prêtre riche qu'il sentait faux, qu'il ne sentait guère prêtre. Des apparences presque de marquis poudré de la cour du temps; mais un cardinal avec des airs de marquis, n'était-ce pas contradictoire, risibler... et cette peinture infirmait en l'enfant le respect pour la hiérarchie. Il se renseigna d'ailleurs vite sur le cardinalat, son institution si tardive, toute de politique à la cour des papes. Et ce portrait agaçait l'enfant tout en arrêtant son regard au passage. Forme hybride de

prince -évêque, au fond ni l'un ni l'autre, type énervé de la fin d'un temps, d'un culte peut-être, et qui, loin de saillir avec la distinction du rang, s'affadissait dans l'idée de Jacques. Pourtant il y revenait comme à un personnage, à un type en somme disparu et assez inconcevablement se rattachant à la demeure sévère.

Puis, il n'entendait jamais parler de ceux qui avaient habité là autrefois. Les parents ne s'intéressaient donc pas au passé de leur château ? Le père cependant semblait fier de son domaine. On l'avait acheté à d'ordinaires propriétaires, fermiers enrichis, Jacques n'avait pas entendu dire autre chose, sinon que le cardinal d'Amboise l'avait acheté des constructeurs eux-mêmes et que les Rohan au siècle dernier l'habitèrent. Et de cette stérilité de renseignements Jacques ne concluait qu'un point clair : de l'inconnu, bien du possible enfin dans cette maison. Dans le présent même se glissait ainsi il ne savait quoi d'inexplicable.

Quelque chose qui lui plaisait, parce que sans doute il y allait peu et assez vite toujours, quelque

chose de bien près pourtant de la chambre d'étude, c'était le bout tournant en angle du long corridor. Là-bas, une fois qu'on avait tourné, on n'était plus vu. Une grande fenêtre donnait sur les fossés, un peu de la pelouse, plutôt sur une touffe d'arbres, du dehors cette fenêtre se rencognait contre une des tours principales; plus loin, cette dernière partie du corridor aboutissait à une pièce polygonale servant irrégulièrement de bûcher, les murs se dégradant, leurs pierres jaunes sans plus de mortier, paraissaient à l'enfant moins communs dans leur abandon.

Et encore, dans l'escalier tournant qui donnait sur l'ancienne salle des gardes — maintenant simple salle de billard, il y avait dans un renfoncement à mi-mur une fenêtre dormante, oblongue; une traverse en bois coupait la vitre à son milieu. Quand l'enfant passait par l'escalier sombre, il ralentissait, s'arrêtait, rien qu'un moment, près ou même devant cette baie, derrière laquelle régnait le silence d'un étroit petit couloir où l'on n'allait jamais et éclairé d'une sorte de lucarne s'ouvrant à peu près en face la fenêtre dormante. Ce cou-

loir menait à l'intérieur d'une tourelle, à une pièce circulaire, vide. Certes, l'enfant avait pu y aller des fois, mais cette pièce pas employée le préoccupait en quelque sorte de son sens perdu. De la fenêtre dormante, l'humble couloir ainsi observé prenait un isolement, se reculait, l'escalier luimême se troublait sous ce jour singulièrement nu et indéterminé tombant de la lucarne de là derrière le couloir et à travers la fenêtre. Combien cette vitre qui ne s'ouvrait pas se faisait, derrière elle, inviteuse !... Il semblait presque à Jacques qu'il ne connaissait pas ce couloir carrelé, cela devenait dans sa contemplation muette, agrandissante comme une fuite immobile de secret passage. Il savait pourtant que la petite porte basse de ce court couloir donnait sur le corridor, à son tournant. Mais celle-ci était quasi dissimulée, elle aussi pleine d'incertitudes; elle voulait avoir l'air de faire partie du mur. Tout de même entre elle et le haut mur restait une mince ligne anguleuse de démarcation, indice d'un par-delà que l'enfant convoite, qu'il n'ose.

Et il s'intriguait intellectuellement, en une ingénue subtilité, du grand-père maternel venant rarement à la campagne. L'administrateur au chemin de fer de l'Est venait, dans le parc de sa fille, aspirer des fraîcheurs, et sans guère parler. iMais il en disait assez pour contredire les instincts d'agronome du père, sans non plus se ranger du côté du précepteur. Lui blâmait qu'un étranger fût le maître de l'enfant, il n'admettait pas l'étude d'autres langues, les vivantes, au détriment du français, celle-ci avec la latine devant tout primer. Sa complexe nature un peu recluse, à échappées bilieuses, jugeait manquer de souplesses, de dextérités ce type selon lui engourdi, peut-être même moins indéchiffrable que vide, d'homme blond, de germain. Il avait, le grand-père, une façon à lui à demi-narquoise, à demi-interrogative, de commencer des fables, que Jacques préférait qu'il continuât. Au fond, les romans de Walter Scott, racontés par le précepteur, plaisaient davantage à l'imagination du petit. Pourtant la

façon de parler du grand-père avait une élégance, de l'imprévu, des brièvetés, Jacques le sentait bien, et l'aïeul se marquait dans sa vision avec sa face glabre assez creusée, sa taille petite mais fine en une lenteur peut-être plus voulue que réelle, avec sa bouche aux coins un peu renfrognés et renfermant des observations, et ses yeux pensifs se faisant presque distraits si on les voulait fixer. Sa bienveillance envers Jacques semblait de celles qui délicatement se récusent.

Son père! comme il le voit toujours dans son costume de chasse en velours gris passé. L'enfant touchait les boutons — un jockey sur un cheval lancé, cette course folle en arrêt n'avait pas beaucoup de sens, mais enfin il regardait pensant à son poney qu'il montait si à l'aise. Il flairait le carnier où reviendraient les belles perdrix grises et rouges, qu'il se désolerait de voir tuées et dont il aimait à caresser la plume soyeuse et molle. Mais le papa n'était pas studieux, la lecture ne l'intéressait guère, il aimait à faire les choses

promptement. Jacques, lui, se sentait plus long devant elles, il les éprouvait diverses ou alors ennuyeuses.

Un maître de musique venu quelquefois à la campagne, il se le rappelle un petit homme coquet, blond, les favoris légers, l'air tout jeune malgré sa tête chauve, il portait un pantalon clair, c'était un blond gentil mais qui n'imposait pas comme le précepteur...

Et ensuite chez une maîtresse de musique où il allait prendre des leçons rue des Saints-Pères, il se retrouve une matinée, cette grosse dame se sentait mal en train, le cœur et l'estomac barbouillés, à cinq heures on avait guillotiné le médecin La Pommerais convaincu d'empoisonnement, le crime d'un homme comme il faut et même distingué semblait inouï, on ne le pouvait croire, et puis le crime avait été perpétré sans qu'il y parût, sans grossièreté, pas malproprement, l'exécution du médecin à tout prendre était peut-être exorbitante. Jacques s'hallucinait vaguement de la

manière dont était tombée la tête de ce monsieur.

Malgré ces essais d'apprendre le piano, il s'obstinait à s'énerver, en des pleurnicheries, du rabâchage des airs. Le précepteur, d'une musicale susceptibilité d'oreille, conseilla de cesser les leçons.

Quand il revenait de Paris, des soirs d'hiver, avant surtout qu'il commençât à y aller une fois la semaine régulièrement pour des répétitions chez un professeur du lycée Bonaparte, ces soirs, après avoir quitté le train à Meulan, dans le coupé Jacques avait des sensations indiscernablement mêlées d'agréable et de pénible. La voiture filait vite ou allait au pas aux montées ou encore avait des cahots à des endroits pierreux, et c'étaient, entre ou le long des plaines non trop unies, des massifs d'arbres, des murs de propriétés privées : l'enfant regardait à travers la glace dans l'obscurité un peu comme si cela chaque fois était nouveau pour lui, même les soirs d'été devant les

effacements des crépuscules avec lesquels il se sentait languir. Et ces choses entrevues au passage lui disaient par cela même plus que la même campagne, les pareilles verdures auprès de la maison qu'il habitait. C'étaient donc ces endroits avant d'arriver, endroits qu'on ne distinguait plus à ces heures et où en réalité il n'avait jamais rien remarqué de spécial, qui devenaient une distraction presque épeurante par leur différence supposée. Le long d'un mur touffu derrière d'arbres qui le dominent pas sûrement tranquilles, le chemin tournait brusquement, le mur continuait en suivant la courbe quelques moments du chemin, et dans l'âme de l'enfant couvaient des perplexités en une accordance bizarre avec les inégalités, les péripéties de la route. Il y avait aussi un pont négligé, le chemin devenu resserré; on passait par un hameau, certaines végétations grêles risquaient de battre au carreau de la portière. Puis, parmi les plaines un peu montantes, c'étaient des regrets de cet endroit tout à l'heure anxieux , maintenant trop vite traversé. C'était charmeur au bout du compte, et cela valait mieux que la monotonie

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autour du château. Celui-ci cependant avait une singularité d'isolement dans le parc et comme en dehors du village.

Les premiers beaux soirs de printemps, dans une allée pas trop droite, il écoutait son père siffler des trilles aux rossignols, et les lilas et de l'autre côté la prairie répandaient une haleine fraîchement douce.

Du saut-de-loup devant la brèche à claire-voie, non juste au bout, un peu à gauche de la grande allée, ou, si Jacques prenait la clé de l'une des deux portes aux bouts opposés dans le haut du parc, de l'une d'elles franchie ou simplement ouverte, la vision de la campagne s'en allant au loin... L'autre porte donnait sur le chemin du joli bois des Roches, bois trop parcouru par l'enfant, horizon sans plus guère de surprises. De la porte au contraire, où Jacques sortait peu vers Téméricourt, les lointains, aperçus chaque fois un peu

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comme par hasard, semblaient plus curieux, ils se mariaient indéfiniment au ciel, aux nuages. Le ciel tout là-bas, sur les labours, sur les cimes pointues des peupliers, sur des groupes d'arbres arrondis, se courbait, arrêtait et n'arrêtait pas la vue. Et certain vent molli apportait le son des cloches de Téméricourt caché par les plis des champs, ces sons, vague voix des airs, mouraient au cœur de Jacques.

Dans la même direction, à l'extrême horizon deviné, se trouvait Averne. Bien qu'il y eût été deux ou trois fois, il se le figurait un endroit pour ainsi dire uniquement de religieuses. Les premières qu'il eût jamais vues étaient venues de ce grand village au château en une visite brève. Les sœurs, leurs maisons, il les resongeait dans une blancheur assez raide et calme. Tout Averne devait en tenir.

Ce que dans le parc il aimait le plus, c'étaient certains bruissements, certains chuchotements venant des feuilles des marronniers, des tilleuls,

sans doute aussi des nuages. C'était alors comme si la partie la plus en dedans de lui-même et qui lui échappait se mouvait parmi eux dans le vent, en quelque sorte s'y dérobait revenante. Et puis avec les nuages, ce n'était plus désert, plus fixe dans le grand ciel.

Monsieur S..., gros et malgré cela alerte et dont la voix, quand il s'adressait un moment à Jacques, se faisait flûtée, c'était très curieux et surtout l'enfant dès les premières visites ne douta plus que le monsieur était au fond moins aimable encore que bienveillant pour lui et si simplement, sans en avoir l'air. Jacques aimait cette façon de ne pas le gêner dans ses timidités, cette façon particulière de le faire valoir subitement en non pas l'interrogeant brusquement mais en l'introduisant dans la conversation à propos, puis tout naturellement, sans qu'il s'en rendit presque compte, de continuer un moment comme en un aparté ni tout bas ni trop haut. Oui, exquise allure de ce monsieur avec lui et qui faisait dire aux parents : vous savez,

vous avez fait sa conquête; il demande toujours pourquoi vous ne venez pas plus souvent... C'est que le monsieur avocat à Paris y avait nombre d'affaires; aussi ne restait-il qu'un jour ou deux tout au plus et à longs intervalles. Cet honnête et éloquent homme, l'enfant lui sentait sous sa forme énorme sans lourdeur une distinction intime et une réserve par dessous les gestes d'ailleurs tout de franchise. Cet homme que l'enfant voyait en somme si peu faisait naître en lui le regret, bien qu'il le comprît inutile, des occasions devant très vraisemblablement toujours manquer de se rencontrer autrement; toujours l'avocat venait demandé par le père pour des questions encore en litige des affaires d'autrefois, et l'avocat semblait très délicatement vouloir ne pas franchir cette limite mais rester sur ce terrain neutre. Pourtant ses manières revenaient à Jacques; il les sentait favorables à lui, et toujours comme si le monsieur avocat se cachait d'être ou de pouvoir être un ami. Enfin et par-dessus tout peut-être celui-ci le susceptibilisait par des insinuations, çà et là dans la causerie, sur des problèmes de la pensée, en lesquels

l'enfant se perdait ensuite à réfléchir. Cela créait, laissait en lui une impression de sympathie contenue, différée. On s'entendrait, on se retrouverait plus tard... Comment? où?... Tout cela, Jacques le percevait confusément, avec une foi. Et ces sentiments gardés, lui mettant une dilection aux yeux et une grâce discrète et heureuse quand il regardait le monsieur ou se faufilait à ses côtés, initiaient l'enfant au monde de l'âme, suscitaient en lui, confirmaient des pressentiments sur la nécessité de l'attente, sur les difficultés du bonheur. Peu d'années après, lorsqu'il apprit la mort de l'avocat avant la vieillesse survenue, il ne s'étonna pas.

Il y avait les trois inséparables, appelés ainsi parce qu'ils ne venaient jamais qu'ensemble.

L'architecte, l'enfant se le disait ni méchant ni bonhomme, avec sa grosse tête sans empâtement des traits; il était toujours en mouvement sans exactement d'agitation, portait un chapeau de castor rond en rapport avec sa tête. Parole coulant

sans flexions, toujours proposant quelque partie, bien d'un homme qui ne pouvait guère plus s'asseoir que réfléchir. Il était comme sans figure à lui, et ainsi on ne L'aimait ni le détestait.

L'homme d'affaires, au timbre de voix sans résonance et comme coupant de côté et un peu moqueur, à l'œil d'une vivacité glissante, au visage étroit, à la physionomie superficiellement accommodante, était envers Jacques volontiers et rapidement caresseur. Quoiqu'il ne déplût pas à l'enfant, qui aimait bien ces caresses non insistées, l'enfant sentait que celui-là, pour flatter avec une mesure son père, n'était pas un ami véritable.

Le chef d'institution de la rue de Courcelles à Paris, chez qui avait été le précepteur indiqué par lui aux parents alors que l'allemand s'en était allé en Ecosse dans une famille, ce monsieur à la barbe noire lustrée que Jacques ne trouvait pas du tout belle, malgré que visiblement l'autre posât pour cet appendice de son mat visage, ce monsieur, pas maigre ni raide précisément, gardait un mutisme, quelque fausse solennité, il dégageait on ne savait quoi de réglé et d'obscur. Quoiqu'il parût ne

s'occuper nullement de l'enfant, il le mettait assez mal à l'aise.

Mais, parmi les deux autres, que pouvait bien faire l'instituteur, si différent d'eux? D'ailleurs, aucun de ces hommes ne semblait tenir sérieusement à l'autre, et cependant ils avaient un air de gens s'associant un peu en dessous.

Et encore avec d'autres personnes venant au château et que Jacques comprenait, sous l'apparence du savoir-vivre, sans cordialité, il avait peu d'enjouement.

Un monsieur anglais avec ses deux filles et dont la femme chétive ne fut jamais visible, — on disait qu'il vivait séparé d'elle, — ce monsieur aux pans d'habit toujours comme près de partir, pareils à de fausses et vilaines ailes, ne se détachait pas de son costume dans l'imagination de l'enfant; un rougeaud en somme celui-là, ci peau fade sous sa rougeur, à accent ridicule, — le précepteur, étranger lui aussi, n'avait pour ainsi dire pas d'accent et en tout cas nullement risible. —

à favoris pas naturels, à la personne gesticulante un peu en pantomime, et mêlée à des suppositions de faiblesse dans l'idée de Jacques, puisqu'il se laissait ostensiblement mener par ses deux filles. Et Jacques ne s'expliquait pas comment alors cet homme pouvait, à ce que l'on disait, se faire craindre de sa femme, être dur pour elle. Les deux filles, si opposées, ne le maniaient-elles pas, lui, tout à leur fantaisie! L'une malingre, n'ayant plus guère d'âge déjà, quoique à peine dans les trente ans, d'un visage défait dont on ne savait s'il devait faire plaindre la personne ou en dégoûter; et cette voix comme morte, dune égalité désespérante... Pourtant on disait que la mère était bien encore et, quoique toute malade, non sans séduction pour un mari. Etait-ce donc croyable avec une telle fille?... et de cette mère point vue Jacques concevait une pitié curieuse... Mais l'autre fille n'était-elle pas vraiment en un sens plus déplaisante que sa sœur aînée? Celle-là, avec ses ongles rongés, sa peau pleine, se prélassait fainéante, gourmande surtout, et elle ne manquait pas l'occasion de plaisanter son père, elle avait

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des façons de camarade de lui donner des leçons. La femme d'un notaire de Paris et sa fille de plus de vingt ans paraissaient à l'enfant trop coquettes. Sans doute leurs toilettes étaient élégantes etleurs manières avaient une hauteur; elles devaient vivre beaucoup dans le monde ces dames, cependant Jacques hésitait sur le fond réel de ces manières, elles ne lui semblaient pas de vraies dames, comme lui concevait une vraie dame dans sa petite cervelle. Trop de frou-frou dans leurs robes, dans leurs airs, cela le déconcertait, et en même temps il les regardait, les observait. La mère n'avait pas l'air maman du tout, elle ne s'occupait pas de sa fille qui de son côté profitait de cette indifférence, jeune fille qu'on eût pu prendre pour une jeune femme presque hardie. Et la mère et la fille du notaire moins prétentieux qu'elles sous son vernis glissant, ces deux femmes, telles un peu que deux sœurs rivalisant tacitement, rehaussaient encore dans l'âme de Jacques sa mère. Dans ses poses de tête elle avait de l'oblique cette femme du notaire, et, comme quelqu'un qui aurait envie de bien

d'autres choses, elle laissait presque entendre qu'elle venait au château par grâce, l'enfant du moins lisait cette idée dans toute son allure, qu'elle fut à l'intérieur ou dans les promenades traînantes par le parc, promenades où Jacques sentait que les robes seules passaient, sans entrain d'abandon de celles qui les portaient, et puis enfin ces toilettes de ces deux femmes lui éclataient telles qu'un luxe un peu menteur. La jeune fille quelquefois, mais quelques instants seulement, se rapprochait de Jacques, pourtant il restait toujours un peu un genre de condescendance, c'était aussi comme si cela ne devait guère se faire de se parler un petit garçon et une grande demoiselle, et en même temps il voyait dans ses yeux comme savants de bien des choses et évasifs qu'elle aurait pu lui en raconter long sur les amusements de la vie, amusements multiples ignorés de Jacques. Non qu'il fût désireux de les savoir, mais c'est la demoiselle élégante, bien proportionnée, assez pâle, discrète de paroles mais non pas d'attitudes, qui l'intriguait. Elle disait peu de mots, et son intonation avait une fraîcheur artificielle, ses

gestes avaient comme des intentions doubles, triples, toutes façons qui prouvaient à l'enfant une demoiselle tissue de choses un moment apparaissantes, vite reprises. Et elle n'avait pas mine de se déplaire à ce jeu, qui lui semblait familier. Malgré cela, ses yeux marquaient une inquiétude dans leur clarté grise.

Une autre dame avec sa fille venait moins rarement. La mère avec ses anglaises, un air s'inspirant à certains moments, se montrait pas mal pédante, un peu une fausse poétesse; elle avait publié un volume de vers point célèbre, mais malgré que ce semblant de poésie séduisît plutôt l'enfant, il sentait bien, — et il le regrettait, — que ce n'était là sans doute qu'un semblant. Jacques eût souhaité lui aussi versifier, et, n'y arrivant pas, il admirait ce talent chez cette dame. Il n'évitait donc pas les entretiens de ces dames avenantes, même empressées. La fille était plus vive, brune, trop brune, certes pas chiffonnée comme la fille du notaire, mais moins séduisante ; ses façons sans grâce étaient dégagées, sans être aimable elle plaisait ainsi. Cependant il y avait

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dans sa voix quelque chose de maniéré, et ce ton de ses paroles voulant être poétiques à l'instar de la mère intimidait presque Jacques. Et justement il ne la concevait pas cette jeune fille de dix-sept ans, pour le reste assez enfant et pas du tout poseuse, il ne la concevait pas sans ce ton qui, le choquant toujours, l'empêchait de goûter à son gré les avantages, la société de la jeune personne. S'écoutait-elle donc, n'était-elle pas vraie dans ses imaginations?... Son extérieur non élancé ni délicat ne concordait non plus avec son singulier débit de jeune poétesse. Il restera dans la mémoire de Jacques après des années la vision, confuse à peine, d'une après-dînée dans une allée du parc, vers la fin de l'été, après-dînée assise dans l'herbe, où les paroles entrejetées de ces deux femmes ne s'harmonièrent point franchement avec l'entour; l'air s'emplissant de bourdonnements à des secondes, les mouvements pour un peu insensibles des branches la mère et la fille les ont gâtés par leurs phrases habiles.

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Une chose tout importante pour l'enfant et sans qu'il y mît de la manie, c'étaient ses costumes. Les quitter pour de nouveaux l'ennuyait, le gênait. Il n'aurait pu supporter une blouse longue. Les étoffes préférées et de beaucoup étaient celles qui cèdent au toucher, celles aux couleurs pas voyantes. S'occupant de lui pendant le lavage et l'habillage, le reste de la journée il n'y pensait plus. Mais il fallait que sa cravate fût gentiment nouée, s'il n'y parvenait pas il recourait à sa mère ou même à la femme de chambre, quoiqu'il lui plût mieux de s'arranger tout seul. Et dans la journée il repassait la main derrière la tête sur son col, instinctivement comme pour le baisser et combattre une tendance à l'engoncement lui venant de son père au cou encore plus court. Son vêtement donc faisait partie de luimême, peu à peu prenait de lui, et il semblait à Jacques laisser quelque chose de soi lorsque, non seulement définitivement, mais même chaque soir, il le quittait. Cela dans une sorte de pudeur

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naturelle, inconsciente; il ne se serait pas conçu inhabillé. Jusqu'à certains plis auxquels il s'habituait, jusqu'aux endroits au besoin un peu râpés dont il était loin d'avoir honte; mais pas de taches, non plus que des pâtés dans ses cahiers, non plus que des éraflures énervantes à ses mains propres.

Avoir affaire aux domestiques lui coûtait. Et jamais il ne s'adressait à eux hautainement, rudement; il les évitait plutôt. En son dégoût d'eux, il y avait des degrés : la cuisinière avait plus de peine toujours à son fourneau, le valet de chambre au contraire sentait l'oisiveté, la femme de chambre volontiers minaudière voulait faire celle qui ne sert pas. Les domestiques, de temps en temps on les changeait et en vain. Dans les premiers temps de son mariage, la mère de Jacques avait eu une confiance exagérée dans sa femme de chambre, puis, indignement volée, des préventions lui vinrent contre toutes autres chambrières; à présent elle vérifiait dans les armoires.

Au château, le train de service était donc assez mal assuré, mais en réalité les gens n'avaient trop à faire, ils ne se montraient insupportables. Et le précepteur, au gré des parents et des serviteurs, représentait en une placide influence la concorde, il était celui qu'on fait intervenir et qui aplanit les difficultés.

Une allemande, qui n'est pas restée plus de quelques mois, fille entre femme de chambre et bonne à tout faire, Jacques ne l'a pas oubliée: grande, point trop forte, assez fraîche, de beaux cheveux blonds fournis et mal peignés, naturellement s'arrangeant dans un désordre. Et le précepteur avait, semblait-il, avec elle en lui répondant, car il ne lui parlait guère le premier et elle-même lui adressait peu la parole, enfin il avait avec elle dans ses réponses un air douteusement complaisant. Façons d'un homme qui retrouve quelqu'un de sa patrie, mais ne veut afficher d'amabilité. L'enfant sentait, sous ces façons de politesse presque aussitôt lassée du maître, une indifférence envers sa compatriote d'ailleurs très convenable. Elle restait à sa place.

elle avait aussi un sans-façon sans tapage qui plaisait à Jacques.

Un soir on était parti, les parents et l'enfant, pour Paris, afin de se rendre de là à la propriété du notaire, près de Sceaux. Le précepteur était resté. A Meulan, on est monté dans un wagon de première aux trois places inoccupées. Dans le mouvement de l'express, à cette heure de nuit, sous la clarté jaune et vacillante de la lampe, ces hommes, des messieurs, presque tous à barbes sombres, à chapeaux haute-forme, ne parlant pas — comme si c'était concerté entre eux — ou alors par monosyllabes et à rares intervalles, préoccupaient l'enfant. Évidemment ils renfermaient en eux des choses. Ils devaient venir du Havre, de la limite delà terre que la mer baigne... Et le bruit du train roulant monotone et sourd, une grande heure, entretenait, creusait, amplifiait dans les yeux, les oreilles, la cervelle un peu peureusement chercheuse de Jacques cette immobilité presque muettement vague des cinq messieurs.

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— Au Grand-Hôtel, à Paris, où on a couché, c'a été un va-et-vient. Ces corridors se ramifiant pareils et la porte de la chambre d'une difficulté moins amusante qu'ennuyeuse à retrouver parmi tant d'autres à la seule différence banale et réglementaire de leurs numéros, ces corridors, ces portes uniformes ont ôté à l'enfant le charme de la surprise de cette nombreuse circulation de gens, de lumières sur les boulevards et du personnel de l'hôtel rapidement actif avec des pas étouffés. Les toutes tendres années de son enfance à Paris dans un bel appartement rue des Pyramides, puis dans un logement moins gai rue Ménars, lui repassent, cette nuit d'hôtel, dans la mémoire, telles qu'un premier songe un peu inquiet, un peu trouble, mais cher, réapparu. Paris, c'est bien pour Jacques la grande ville agitée mais naturellement et toujours et sans heurts. Dans cette agitation plutôt en surface de la grande ville, il ne se déplaît pas, il y garderait une rêverie peutêtre simplement plus active que dans le parc du château sous les nuages. Le lendemain de cette nuit au Grand-Hôtel, les parents, déshabitués de

Paris, gênés d'eux-mêmes dans ce tumulte, la mère n'aimant trop à se déplacer, reprirent le chemin de leur campagne, l'enfant point malheureux de si tôt rentrer dans la compagnie du maître.

La chambre du précepteur donnait dans la chambre d'étude, tapissée de bleu-tendre, par une petite porte en face du lit de l'enfant. De sorte qu'il ne se sentit jamais physiquement seul, la nuit. Mais, si le maître venait à ronfler, c'était chez Jacques une terreur, aussi cependant une rassurance. Au petit veilleur sous ses couvertures il semblait que ce long et gros homme choquait la nuit, plus profonde mais si noire sans lune, avec elle plus vaste et secrète encore. Quelquefois, quand donnait la lune, Jacques avait bien envie de se lever, de s'aller coller aux vitres de la grande fenêtre, en une inexprimable attente se perdant à travers l'atmosphère de poudre vers l'incommensurable ciel. Comme ça n'était plus du tout la même Nature que dans le jour! c'était comme un monde qu'on n'aurait pas pu toucher... L'eau

des fossés se renfonçait avec des lueurs qui coulaient. Tout se mêlait en des silejnces que l'enfant percevait diaphanes. Il respirait, le petit, allégé quoique craintif, et sans remuer guère. C'était partout comme une âme affaiblie et qu'il ne fallait pas déranger. Mais encore une fois Jacques ne se levait ainsi que rarement. D'habitude, sans sortir de ses couvertures, il se tournait de côté vers la fenêtre, il regardait de biais au dehors, s'égarant bientôt dans la blancheur bleuâtre tremblante d'étoiles — qu'il eût les yeux encore ouverts ou qu'il continuât dans le rensommeillement ce rêve des choses sous le minuit.

Que les heures contenaient donc de différences! le matin dès l'éveil les minutes filaient, c'étaient des allégresses. La terre sous la rosée, sous le mol et lent envolement des vapeurs, achevait de se renouveler. Dans la journée, c'étaient des précisions pour ainsi dire obtuses. Au soir, Jacques n'aurait pu se dire à lui-même tout bas ses regrets inconnus.

En une animosité contre le sec ou le lourd, intuitivement il allait aux choses fines et tendres. Les chiens de chasse de son père lui déplaisaient par leur air coureur qui s'affole. Il préférait l'indolence fuyante du chat noir. Ses oiseaux, dans la chambre d'étude, sautillaient de bâton en bâton, ils mangeaient à peu près toujours, s'aiguisaient le bec, leurs cui-cui étaient perçants, ce n'étaient que des écervelés. La bête qu'il eût le mieux aimée, bien qu'il les sentit toutes un peu restreintes, c'était le phoque vu dans la toute enfance sur une plage normande ; l'animal flottait dans un bassin, y plongeait, reparaissait avec ses yeux bons et sa peau façonnée par l'onde. Et surtout certaines formes d'insectes, certains rampements lui répugnaient. Les pattes de l'araignée ventrue lui semblaient s'agriffer hideuses fragilement, il s'en reculait avec effroi mais n'aurait pas eu moins horreur de l'écraser. Ce qui vraiment conformait l'âme de Jacques, c'étaient les sveltes tiges d'une beauté ambiguë, le miroir près de se

brouiller, mouvant des eaux, les étendues enfin qui s'indéiimitent en des variations et s'indistinguent. Mais pourquoi, se demandait l'enfant des fois, ne participait-on pas, les parents, le précepteur, à la ■^\ vie la nuit de la Nature?... tout alors était tombé dans un sommeil de mort au château. Personne ne parlait jamais de ce que lui éprouvait peutêtre plus réellement sous la lumière argentine.

Dissemblables se marquaient en lui les influences originaires. Sa figure, d'abord plutôt ronde comme son père, s'était allongée prenant la coupe de celle de sa mère; quelques-unes de ses dents étaient longues comme à elle ; cependant il trouvait les cheveux noirs bouclés de son père si jolis. Mais, tandis que ce dernier était de taille moyenne et que la maman, grande, avait de l'embonpoint, lui seul était mince. A ses mains d'une longueur étroite, pareilles assez à celles de ses parents, il ne savait quoi dans le bout de ses doigts aux ongles d'un pâle rose ressemblait à ceux de son grand-père. Puis, parfois

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déjà il se surprenait — plus souvent plus tard — certain accoudement, certaine voix ou sourire demi-mécontent, demi-résigné, pareil identiquement à tel accoudement, telle voix ou sourire de sa mère, comme si c'était elle qui agissait, revenait en lui et que pendant ces mêmes airs il devenait elle. Et ainsi son âme se sentait partagée, et elle se prolongeait nébuleuse en avant des parents, de l'aïeul. Bien en lui Jacques gardait un culte moins aux ancêtres ignorés qu'à Dieu, sorte d'idée mère.

Les soirs d'hiver, dans l'ancienne salle des gardes dont il ne restait plus que sur la cheminée des réductions de chevaliers en chêne et où le billard tenait le milieu, le père et le précepteur et aussi l'enfant qui ne voulait trop qu'on lui rende des points jouaient des parties en vingt-quatre. Le maître lent et grave en une égalité d'humeur, le père lui-même pris bientôt d'un rien de lassitude et alors se dirigeant vers la table au piquet dans un coin de la pièce. La mère se reposait se

taisant dans un fauteuil, à demi veillante. Jacques comprenait s'atténuer les oppositions, les feintes. Paix des heures tardives. Et toujours comme fugitivement chagrin dans une insouciance, le petit soulevait furtif un peu du rideau à l'une des deux fenêtres sans volets, l'ombre nocturne lui était — tout en le faisant quasi tressaillir — devenue amie, depuis longtemps il avait pressenti qu'elle n'était pas étrangère à l'habituelle accalmie des habitants du château, le soir.

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