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n'admettait ni hésitation ni réflexion; il fallait changer sur-le-champ de genre et de nationalité. M. Halévy com« posa pour cette grande artiste un opéra italien en trois actes^ intitulé Clari; mais là se bornèrent, pour le moment^ ses excursions dans le répertoire étranger; il resta Français, et il fit bien.
Je passe rapidement sur une pièce de circonstance, le Roi et le Batelier, de la môme année^ et je m'arrête au Dilettante d'Avignon, le premier opéra-comique d'Halévy qui ait eu un vrai et franc succès. L'œuvre demeura longtemps au répertoire ; elle était pleine d'esprit , de gaieté, de verve; il y avait des morceaux d'un comique excellent; ce qui m'a toujours fait penser que, si Halévy avait. écrit plus souvent de la musique bouffe, il n'y aurait pas moins réussi que dans le genre dramatique et élevé.
En 1829, il fut nommé chef de chant à l'Opéra, et il remplit cette place avec un zèle, une conscience, un succès qui lui valurent les remerciments de tous les grands compositeurs dont il faisait interpréter les ouvrages. En i830, on donna de lui un ballet en trois actes, intitulé Manon Les* eaut. Le programme était de Scribe et Aumpr. La Ten» tation, opéra-ballet en cinq actes, fut représentée le 20 juin 1832. C'était un enfant de plusieurs pères : M. Gavé pour les paroles, M. Goralli pour la danse, MM. Halévy et Gide pour la musique. 11 y a de fort beaux chœurs dans la Tentation; mais, par son origine même et par le trop grand nombre de collaborateurs qui y avaient mis la main, l'ouvrage n'était pas destiné à un succès durable.
L'année précédente, Halévy était tombé sur un mauvais livret, la Langue musicale, et les auteurs des paroles l'avaient entraîné dans leur chute. Il fut plus heureux avec M. Carmouche. Les Souvenirs de Lafieur, écrits pour la rentrée de Martin à FOpéra-.Comlque, renfermaient de charmants morceaux, et seraient encore au répertoire; mais quelle est aujourd'hui la basse qui pourrait chanter un rôle de Martin 7
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Le Shérif, opéra-comique en trois actes, est de la même époque et de la môme manière. Sur ces entrefaites, l'auteur de Marie, de Zampa, du Pré aux Clercs, mourut, fort jeune encore, d'une maladie de poitrine, et des fatigues extrêmes qui ravalent accablé pendant les répétitions de son dernier ouvrage. Il laissait une partition en deux actes, intitulée Ludon)%c, dont il n'avait écrit que quelques morceaux; Halévy l'acheva pour rendre un pieux hommage à la mémoire d'un confrère et d'un ami. Lvdon)ic] fut joué avec succès en 1834, un an après la mort d'Hérold.
Nous voici arrivés à la Juive, le chef-d'œuvre du maître. A partir de ce moment, Halévy se place au premier rang des compositeurs dramatiques ; son œuvre capitale, représentée pour la première fois le 23 février 1835, a fait le tour du monde ; elle a eu autant de représentations que Quillaume Tell, Robert le Diable, les Huguenots ; car, à l'exemple de Rossini et de Meyerbeer, Halévy possédait au plus haut degré le sentiment du drame et l'entente scénique, qualités indispensables pour qu'un opéra réussisse et se maintienne au théâtre. Il ne se laissait point séduire par le côté extérieur d'un sujet, par la couleur locale^ par l'effet des masses; il cherchait le côté humain, la passion, la vie. 11 savait que les œuvres d'art qui ne frappent que l'imagi- /nation sans aller au cœur sont des œuvres mort-nées. Là était sa force, et c'est par là qu'il survivra à bien des musiciens qui se croient peut-être ses égaux et qui ne lui viennent pas à la cheville. Halévy rend toujours la situation dramatique avec une rare énergie, et si tous les ouvrages sérieux et les ouvrages de genre qu'il a livrés successivement au public n'ont pas la môme valeur et n'ont pas eu le môme succès, ils n'en contiennent pas moins des beautés de premier ordre> et cette qualité essentielle d'intéresser constamment le spectateur.
Maintenant, je n'ai plus qu'à citer les titres et les dates des compositions nombreuses qu'il a fait représenter depuis 1835 (année où il a été décoré en môme temps que
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Bellini) jusqu'à la dernière reprise de Joguanïa au Théâtre- Lyrique. La plupart de ses opéras se jouent encore, et se joueront longtemps, je l'espère; les autres seront bientôt repris, car, pour Halévy comnïo pour tous les hommes supérieurs, il n'y a de justice complète que lorsque la pos« térité commence.
Voici, dans leur ordre chronologique, les différents ouvrages de ce grand compositeur :
Opéra : Guido et Ginevra, ou la Teste de Florence, opéra en cinq actes, de Scribe, 5 mars 1838; le Drapier, opéra en trois actes, de Scribe, 6 janvier 1840; la Reine de Chypre, opéra en cinq actes^ de M. de Saint- Georges, 22 décembre 1841 ; Charles VI, opéra en cinq actes, de Casimir et Germain Delavigne, 15 mars 1843; le Lazzarone, opéra de genre en deux actes, de M. de Saint-Georges, 1846; le Juif errant, opéra en cinq actes, de Scribe et de M. de Saint-Georges, 23 avril 1852; la Magicienne, opéra en cinq actes, de M. de Saint-Georges, 1858. Œuvres posthumes : Valentine d*Or* nano, opéra en trois actes, poème de M. Léon Haléyy ; Noé, ou le Déluge, opéra en trois actes^ poème de M. de Saint- Georges.
Opéra-Comique : VÉclair, trois actes> paroles de Planard et de M. de Saint-Georges, 1835; les Treize, trois actes, pa* rôles de Scribe, 1839; le Guitarrero, trois actes, paroles de Scribe, 1841 ; les Mousquetaires de la Reine, trois actes, paroles de M. de Saint-Georges, 1846; le Val d'Andorre, trois «ictes, paroles de M. de Saint-Georges, 1848; la Fée aux Roses, trois actes, paroles de Scribe et de M. de Saint- Georges, 1849; la Dame de pique, trois actes, paroles de Scribe, 1850; le Nabab, trois actes, paroles de Scribe et de M. de Saint-Georges, 1853; Valentine d'Aubigny, trois Bides, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré, 1856.
Théâtre -Italien : la Tempesta, trois actes ^ paroles de Scribe, 1851.
Théâtre-Lyrique : Jaguarita, trois actes, paroles de MM. de Saint-Georges et de Leuven, 1855.
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Gomme écrivain, HaléTy nous laisse ses discours, ses soovenirs, de charmants articles dont il enrichissait lesjonrnaux et les revues, et des traités sur la musique, adoptés par le comité des études du Conservatoire; traités qui, entre autres mérites, se recommandent par une clailé de style admirable et par une grande force de persuasion.
Un des bonheurs de ma destinée a été de vivre, depuis mon adolescence, dans l'intimité des plus grands artistes et des plus grands maîtres de ce siècle. J*ai eu, pendant dixhuit ans, avec Halévy, des relations très-dévouées de ma part, trèS'bienveillantes et très-amicales de la sienne, et j'affirme, sans crainte d'être démenti par tous ceux qui l'ont connu, ^ue c'était la bonié môme que ce cœur-là. Je ne l'ai jamais entendu se plaindre de personne. Non-seule* ment il pardonnait les offenses, mais il semblait les ignorer. Et pourtant il a beaucoup souffert ! Je l'ai vu peu de jours avant son départ; le soir môme où il quittait Paris pour se rendre à Nice, il m'a écrit un billet fort touchant, le dernier que j'aie reçu de lui. Il est un point sur lequel je ne voudrais pas insister, mais que je dois indiquer néanmoins avec une extrême réserve. Halévy était calme, résigné, mais un peu triste. Dans ces derniers temps, il s'était vu en butte à des agressions qu'il n'avait ni provoquées ni méritées. Il n'a pas été plus épargné que Scribe.
J'admets, je reconnais les droits de la critique la plus vive et la plus sévère; mais il n'est question ici de critique à aucun degré; je veux parier de ces attaques gratuites, personnelles, sanglantes jusqu'à l'insulte, qui ne sauraient trouver d'excuse ni dans la vivacité des polémiques, ni dans l'ardeur des discussions. Je sais bien qu'on devrait dédaigner ces e^^cès, qui retombent sur leurs auteurs; mais il vient un moment dans la vie où l'on y est plus sensible que l'on ne voudrait se l'avouer, où l'injustice nous est plus amère parce qu'il s'y môle aussi l'ingratitude. Après de longues années de travaux et de succès^ quand on a des
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titres incontestables à l'estime et à la reconnaissance des contemporains,^ et que Ton se croit oublié, méconnu par les générations nouvelles, Tâme la mieux trempée ne peut se défendre d'un sentiment de tristesse. Prenons garde, nous tous qui tenons une plume, de ne toucher qu'avec les plus grands ménagements à ceux qui nous ont précédés dans la carrière où nous entrons et que nous parcourons après eux; même s'ils venaient à faiblir, ils n'en mériteraient pas moins nos égards et nos respects. Gardons-nous surtout des cruautés inutiles et disons-nous : Le trait que j'aiguise et que je lancerai d'une main légère et distraite, ira frapper peut-être un cercueil I