‹ Derniers souvenirs et portraitsChapitre 3 sur 48 · F. HALÉVY. IX · texte numérisé non relu

F. HALÉVY. IX

bourru, qui ne passait pas pour gftter ses élèves, avait une aifection véritable pour le jeune Halévy. 11 le rudoyait sans doute, il lui faisait des sorties étranges; mais une sorte d'indulgence, de partialité pour cet élève favori, perçait au milieu des reproches les plus durs et de ses plus violentes algarades. Aussi Halévy avait-il gardé un souvenir plein de reconnaissance et de sincère estime pour son terrible professeur. 11 ne tarissait point lorsqu'on le mettait sur le chapitre de Chérubini; il le savait bien par cœur; il en racontait les anecdotes les plus amusantes, les mots les plus curieux, les traits qui peignaient le mieux son caractère, en rendant toutefois justice à son grand talent et à son vaste savoir. On riait des bizarreries et des travers de ce vieillard original et quinteux; mais, au plus fort de l'hilarité générale excitée par le récit de quelque boutade du maître, l'élève ne pouvait cacher un certain air d'attendrissement. Halévy eut son premier prix de composition en 1849. U parait que le sujet du concours était une cantate intitulée Herminie.

Ërminia intanto ia fra le ombrose plante D'antica selva dal cavallo è scorta.

L'heureux lauréat partit pour Rome Tannée suivante, et il passa deux années en Italie; il fit un assez long séjour à Naples, dont il paraissait enchanté ; il s'y était lié avec la jeunesse la plus distinguée du royaume, et, il y a à pçine quelques mois, M. le marquis de Gargallo, dînant à l'Institut, rappelait à M. le secrétaire perpétuel plusieurs circonstances qui se rapportaient à cette époque, et qui.semblaient faire aux deux interlocuteurs le plus sensible plaisir. Halévy parlait fort couramment l'italien; il avait eu un instant l'idée de se fixer à Naples et de n'écrire que pour les théâtres d'Italie; il me semble môme que ce projet eut un commencement d'exécution. Si je ne me trompe, Halévy composa un ouvrage en deux actes pour le Fondo ou le Teatro-Nuovo. Ou j'ai rêvé ce détail^ ou je le tiens d'Halévy

1 F. RALÉVY.

lui-môme, qui me dit quelque chose d'approchant lors de son voyage à Londres, où il se rendit avec Scribe pour y ^ assister aux répétitions de la Tempesta.

Ce qui est certain, c'est qu'en partant pour l'Italie il avait dans sa malle un opéra qui n'a jamais été joué : les B<3hé^ miennes. De retour à Paris en 1822,il commença ces pérégrinations de théfttre en tfaéfttre^ ces stations douloureuses à la porte des directeurs invisibles, qui sont la Via chccts de tous les jeunes compositeurs, surtout des prix de Rome. Ce privilège singulier est consacré par la tradition. Il semble que les directeurs les mieux disposés pour ces lauréats en peine, les évitent comme des créanciers importuns dont la présence est toujours désagréable, même quand on a la ferme intention de payer ses dettes.

Chaque fois que Halévy présentait à TOpéra son ^gvMLlion, et ses Deux Pavillons à l'Opéra-Comique, on le priait de repasser l'année suivante. Et il repassait 1 il ne se rebutait pas, il ne perdait point courage. L'un des traits les plas saillants de son caractère a été la persévérance. Le bonheur ne lui est jamais venu en dormant. Après cinq ans d'épreuves, de sollicitations vaines, de refus persistants, il fit représenter enfin l'Artisan au théâtre Feydeau. La première pièce et le dernier poème que Halévy a mis en musique sont de M. de Saint-Georges. 11 y a peu d'exemples d'une collaboration plus suivie et d'une plus inaltérable fidélité.

L* Artisan n'eut qu'un succès d'estime. Il fallait vivre cependant. Halévy, qui était déjà professeur de solfège, fut nommé, dans cette même année 1827, professeur d'harmonie et d'accompagnement II accepta aussi la place de maître accompagnateur {maestro al cenibalo) au Théâtre-Italien; ce qui lui fit connaître et approcher madame Malibran. Le projet de se vouer exclusivement à la musique italienne lui revint à l'esprit avec plus de force, car il voyait sans cesse grandir les obstacles qui lui fermaient les scènes françaises. Madame Malibran lui conseillait de prendre un parti décisif, avec l'ardeur qu'elle portait en toutes choses. Elle

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