I. Prostatites traumatiques
Contusions de dehors en dedans : chocs, chutes, équitation.
Contusions de dedans en dehors :
injection uréthrale poussée avec violence ; cathétérisme brutal.
Plaies de dehors en dedans : fracture du bassin, chute sur objet pointu, armes à feu; opérations réglées comme la taille.
Plaies de dedans en dehors : cathétérisme, fausse route, stylet échappé des yeux d’une sonde, migration de calculs et, d’une manière générale, les opérations pratiquées au niveau de la région prostatique.
I Continuité Contiguité
Blennoi'rhagie: Cystite.
Uréthrotomie interne.
Opérations diverses pratiquées sur l'urèthre.
Hémorrlioïdes. Rétrécissement rectal. Rectite.
Fistules, etc.
III. Prostatites par irritation directe et prostatites par excès de congestion :
Cautérisation au nitrate d’argent solide. Injections caustiques. Cantharides. Boissons alcooliques. Balsamiques. Calculs vésicaux et prostatiques. Corps étrangers. Bougies et sondes à demeure.
Équitation. Marche. Fatigues. Constipation. Superpur gation. Habitudes sédentaires. État variqueux des veines du rectum. Hypertrophie prostatique. Excès de co'it ou de masturbation. Pollutions nocturnes.
Pour compléter ces indications générales, il est nécessaire d’insister sur le rôle des causes dites prédisposantes. L’inüuonce de ce groupe étiologique est importante. Il est, en effet, un grand nombre de circonstances
Il)
ETIOLOülE.
qui sont incapables de provoquer par elles-mêmes l’inflammation suppurative d’une prostate saine et qui, cependant, peuvent devenir des causes déterminantes efficaces, lorsque l’organe se trouve préalablement irrité ou congestionné, lorsqu’il existe, en un mot, un état subinflammatoire de la glande.
Il y a, comme le dit M. Desprès (1), « un organe ou une portion d’organe chez la femme, qui est l’analogue de la prostate de l’homme : c’est le col de l’utérus. Mêmes glandes, même tissu musculaire et conduit muqueux au centre. La femme présente des engorgements du col qui offrent des poussées aiguës et dont nous suivons l’évolution. Les excès de table, les marches forcées, la rétention volontaire d’urine, les rapports sexuels forcés, le froid causent ces poussées inflammatoires, et il est constant que ces poussées soient suivies d’une hypersécrétion du liquide utérin normal qui devient louche et presque purulent. Cet état est de toute évidence une inflammation des glandes utérines. Les accès de prostatite dans les grosses prostates sont des maladies de même nature et il n’y manque même pas cet écoulement muqueux et purulent que l’on observe dans les métrites du col, trois jours après la poussée inflammatoire. »
Ces considérations permettent de restituer à certaines causes toute la valeur qu’elles possèdent. Ainsi l’exercice du cheval, même poussé à l’excès, est probablement incapable d'enflammer une prostate saine; mais, si l’inflammation chronique de l’urèthre, par exemple, a placé
(1) A. Després, la Chirurgie journalière. Paris, 1877, p. 461.
CAUSES PRÉDISPOSANTES.
la prostate dans un état de réceptivité spécial, on pourra voir, comme chez l’Américain dont parle Demarquay [voy. obs. 46) (1), « une course de 10 lieues à cheval déterminer, à courte échéance, une suppuration prostatique abondante » sans qu’il soit possible de méconnaître les relations qui unissent l’efTet à la cause.
Je pourrais multiplier les faits de ce genre. Tous nous amèneraient à cette conviction que les causes de la prostatite ne sont pour la plupart effectives s’il n’existe, au préalable, un état congestif ou irritatif de l’organe.
On peut donc poser en principe que toute circonstance capable de congestionner ou d’irriter la prostate, telle que les excès de cojt, de masturbation, etc., etc., doit être considérée comme une cause prédisposante de prostatite.
Parmi ces causes prédisposantes locales, il en est, comme les habitudes sédentaires, par exemple, qui ne sauraient, à elles seules, déterminer une suppuration prostatique; mais il en est d’autres, et ce fait est digne d'être noté, qui peuvent, alternativement et suivant les circonstances, acquérir la valeur d’une cause déterminante. La masturbation est de ce nombre. 11 n’est pas niable, en effet, que des habitudes invétérées de masturbation ne créent du côté de la prostate un état congestif dangereux qui, sous la moindre inlluence accidentelle, permettra l’évolution d’une phlcgmasio aiguë; et, par contre, on
(1) Au cours de ce travail, je renverrai souvent aux observations. Les chiffres romains indiqueront les observations publiées avec leurs détails (voir p. 151) et les chiffres arabes désigneront celles qui figurent dans le tableau (voir p. 211),
ÉTIOLOGIE.
pourra voir un excès de masturbation provoquer une suppuration de la prostate sur un sujet déjà prédisposé (yoy. obs. XVI).
Il convient enfin de faire la part des causes prédisposantes générales.
L’influence de l’âge est en réalité indirecte, et les abcès de la prostate s’observent surtout aux âges que la blennorrhagie choisit pour prodiguer ses effets immédiats ou tardifs. Sur 115 malades dont j’ai relevé les observations, l’âge s’est trouvé noté 86 fois seulement. 17 étaient atteints d’hypertrophie prostatique, les 69 autres avaient des écoulements uréthraux plus ou moins anciens. Le plus jeune des 17 prostatiques avait 54 ans, le plus vieux 84 ans, et le calcul m’a donné comme ■ moyenne de leur âge 67 à 68 ans. Le plus jeune des uréthraux (si je puis ainsi dire) avait 19 ans, le plus vieux 57 ans, et la moyenne de leur âge m’a donné 34 à 35 ans. Sans vouloir déduire des conclusions absolues de ces quelques faits, on peut dire que l’influence de l’âge se traduit de la manière suivante : la prostatite suppurée franche est une curiosité pathologique chez les enfants, elle se développe surtout chez les adultes et s’observe rarement chez les vieillards (1). Au surplus, les abcès prostatiques sont en eux-mêmes une maladie rare. Leur origine habituelle, la blennorrhagie, se propage plus rarement qu’on ne le suppose aux régions profondes de l’urèthre. Elle se cantonne généralement au niveau du bulbe; M. Guy on l’a constaté en pratiquant l'examen mé-
(1) On ne salirait souscrire à cette opiiiioh de M. Picard que, « dans la vieillesse, il peut y avoir subinflammntion, mais jamais suppuration dé la glande; » Traité des maladies de la prostate. Paris; 1877; p. 89.
CAUSES PRÉDISPOSANTES.
thodique du canal chez un grand nombre de malades atteints d’écoulements invétérés, et, dès lors, la rareté relative de la prostatite suppurée ne peut surprendre.
Pour beaucoup d’auteurs, le lymphatisme, la scrofule, la diathèse rhumatismale, favorisent la suppuration de la glande. Cette assertion est probablement exacte; en tous cas, il est certain que la blennorrhagie se produit avec une fréquence significative chez les sujets blonds, lymphatiques ou scrofuleux. Chez eux, les écoulements uréthraux s’éternisent, la blennorrhagie la plus bénigne vient souvent, comme le dit M. Guyon, révéler par ses allures l’existence d’un état diathésique dont les manifestations étaient jusque-là demeurées latentes, et toutes les conditions favorables à l’évolution d’une prostatite suppurée se trouvent ainsi réalisées.
Il est possible aussi que certaines affections rhumatismales de la vessie puissent retentir sur la prostate (1), mais le fait paraît peu probable et je n’en connais pas d’exemple.
Je no dirai rien des tubercules ou du cancer, bien que ces deux états diathésiques soient habituellement comptés au nombre des causes de la prostatite, mais, suivant la remarque de Thompson, « de tels procédés entraînent de la confusion et abolissent la signification définie des termes, signification qu’il est extrêmement désirable, dans toutes les études de pathologie, de maintenir distincte autant que possible. »
La syphilis enfin ne saurait nous arrêter. Les manifestations prostatiques de la vérole sont, en effet, pou con-
(1) Picard, Traité des maladies de la prostatei Paris, 1877, p. 84;
ETIOLOGIE.
nues et je ne sache pas que cette diathèse ait jamais favorisé l’évolution d’une prostatite suppurée (1).
Jusqu’ici, nous avons successivement constaté le rôle capital de l’uréthrile dans l’étiologie des abcès de la prostate, la rareté de la prostatite primitive et l'importance dos causes dites prédisposantes. C’était un préambule indispensable à l’étude des faits particuliers, et nous pouvons maintenant aborder la question dans ses détails.