AVANT-PROPOS
Dans la première partie de ce travail qui traite de la pathogénie de la suppuration aiguë, nous nous sommes efforcé de faire un résumé aussi clair et aussi complet que possible des travaux publiés depuis dix ans sur ce sujet. Deux études d'ensemble publiées l’une dans la Gazette hebdomadaire, par G. H. Roger, l’autre dans la Revue des sciences médicales de Lille, par Lemière, nous ont été d’un certain secours.
La seconde partie est consacrée au traitement antiseptique des abcès chauds, et tout ce qui concerne la technique de ce traitement est inspiré de la pratique et de l’enseignement de M. le D' Lucas-Championnière, auprès de qui nous avons travaillé comme interne avec tant de profit pour notre instruction chirurgicale : nous le prions de recevoir ici nos remerciements les plus vifs
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et les plus sincères pour la bienveillance qu’il nous a toujours témoignée. Puissions-nous avoir été le fidèle interprète des idées que nous lui avons empruntées.
Nous avons commencé nos études chirurgicales dans le service du D' Léon Labbé, auprès de qui nous avons toujours trouvé, durant le cours de nos études, le plus cordial accueil et les plus utiles conseils. Que ce maître respecté reçoive ici le témoignage de notre profonde reconnaissance.
Nous prions M. le professeur Duplay et MM. Félizet et Berger, nos maîtres en chirurgie, M. le professeur Proust et MM. Desnos,Gérin-Roze, Roques etChauffard, nos maîtres en médecine, de recevoir ici le témoignage de notre gratitude : nous voudrions pouvoir exprimer notre reconnaissance à chacun d'eux en particulier.
Nous remercions M. le professeur Pinard de la généreuse hospitalité que nous avons trouvée dans son service d'accouchement, où il à bien voulu mettre à notre entière disposition, ses conseils et les moyens d’étude dont il dispose.
En voulant bien accepter la présidence de cette thèse, M. le professeur Guyon nous à fait un honneur que nous apprécions hautement et dont nous lui sommes très reconnaissant.
Lorsqu'on passe en revue les différents travaux auxquels la pathogénie de la suppuration a donné naissance dans ces dix dernières années, on se trouve en présence d'expériences contradictoires aboutissant à deux conclusions opposées.
Pour certains expérimentateurs, il n’y a pas de suppuration sans micro-organismes ; pour d’autres, qui admettent aussi la suppuration microbienne, il existe en outre une suppuration sans microbes, déterminée par certaines substances irritantes aseptiques.
Di l’on suivait l’ordre chronologique pour exposer les faits invoqués à l'appui de chacune de ces deux théories, on verrait que le plus souvent, les expériences d’un auteur sont une réponse à celles d’un autre; il eût été fort intéressant de suivre pas à pas ce débat scientifique, mais nous avons cru préférable d'étudier isolément l’évolution de ces deux courants d'idées, persuadé que notre
exposition y gagnerait en clarté.
Suppuration microbienne.
Dès que les travaux de Pasteur sur les micro-organismee commencèrent à être connus, Lister pensa que la
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suppuration des plaies était probablement due à la putréfaction produite par les germes contenus dans l'atmosphère, et il s’'appuya sur cette hypothèse pour édifier sa méthode. |
D’autres observateurs s’efforcèrent depuis lors, d’entrer plus avant dans la question et d'isoler ces germes.
En 1878, Pasteur lut à l'Académie des sciences une note sur la théorie des germes et ses applications à la médecine et à la chirurgie ; il avait isolé et étudié le vibrion pyogénique et le vibrion septique.
Deux ans plus tard, il complétait ses recherches par l'étude étiologique du furoncle, de l’ostéomyélite et de la fièvre puerpérale, et préconisait la méthode des cultures et des inoculations.
Kocher, Cornil, W. Cheyne, Koch, trouvèrent toujours des microbes dans le pus.
Enfin, Ogston ayant examiné le pus de 74 abcès chauds, avant toute ouverture, y rencontra constamment des microcoques.
Lemière (de Lälle) fait remarquer que le pus des abcès récents donne une culture riche et facile ; que celui d’abcès plus anciens donne une culture plus pauvre, parfois négative, mais que toujours on trouve dans la paroi une quantité notable de micro-organismes.
[y à des microbes dans les abcès : quels sont-ils ?
Parmi les nombreux microcoques que l’on à isolés dans le pus, il en est un certain nombre qui se rencontrent d'une manière plus constante.
Il faut citer en première Ligne le staphylococcus pyogenes aureus, le plus fréquent de tous dans les suppura-
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tions aiguës, et le streptococcus pyogenes qui paraît en relation avec les suppurations phlegmoneuses graves ; il serait pour Rosenbach l'organisme principal de la pyohémie ; On le rencontre seul ou associé au précédent.
Viennent ensuite : le staphylococcus pyogenes albus et le citreus, souvent associés à l’aureus ; le micrococcus pyogenes tenuis, et enfin le bacillus pyogenes fœtidus observé par Passet dans les abcès péri-rectaux.
En dehors des microbes dits pyogènes, l'examen d’abcès survenus dans le cours de maladies infectieuses y à révélé la présence des microbes de ces maladies : il est alors permis de se demander si ces microbes deviennent accidentellement pyogènes, ou s’ils ne font que préparer le terrain aux microbes pyogènes proprement dits. À l’appui de la première hypothèse, M. le professeur Verneuil à rapporté le cas d’un panaris dont le pus renfermait la spirille de la salive (Clado) : ce panaris était consécutif à une blessure par crochet de dentier.
Les micro-organismes du pus étant isolés et différenciés, y a-t-il entre eux et la suppuration une relation certaine ?
Garré s’inocula par piqûre et par frictions des cultures pures de staphylococcus pyogenes aureus : le résultat fut un abcès dans un cas, un anthrax dans l’autre, tous deux renfermant le microbe inoculé.
Zuckermann, Bockhardt et Bumm obtinrent sur euxmêmes des résultats analogues.
Knapp, faisant des plaies de l'œil chez des lapins, opérait de la façon suivante :
Sur un œil, il observait jusqu’à la fin l’asepsie la plus