‹ Des aberrations du sens génésiqueChapitre 13 sur 25 · ISI · texte numérisé non relu

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prennent pas la portée de leurs actes, ou du moins, s'ils la comprennent, ne sont pas en état de résister à l'impulsion véritablement morbide qui les entraîne. Ils aiment la société crapuleuse, pervertissent ceux qui les approchent, portent le désordre partout oil ils habitent, jettent la consternation et la honte dans leurs familles, sans se soucier du nom qu'ils portent, de la société à laquelle ils appartiennent, du rang qu'ils occupent. Qu'on se reporte à la première partie de ce travail et on y trouvera dans les temps anciens, comme dans les temps modernes, de nombreux exemples à l'appui de ce que nous avançons, exemples dont le plus remarquable est celui du maréchal Oilles de Rays.

Ce vaillant homme de guerre, contemporain et compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, prit une part active à l'expédition de cette héroïne pour la délivrance d'Orléans. Morel rapporte que les forfaits qu'il commit au château de Machecoul,.en Bretagne, au plus de huit cents enfants furent sacrifiés par lui à ses appétits immondes, et avec des circonstances atroces qui dépassent tout ce que nous savons de la dépravation de certains empereurs romains (1), ne le firent pas considérer comme un fou par la haute cour de Bretagne, présidée par le très sage et très noble messire Pierre de l'Hospital, juge universel en toute

(1) « Crimes tellement étranges et tellement inouis, dit H. Martin, ■dans son Histoire de France, que cet âge de fer qui semblait ne pouvoir s'étonner de rien en fait de mal avait été frappé de stupeur... >>

la duché de Bretagne, ainsi qu'il est qualifié dans le réquisitoire du lieutenant du procureur de Nantes. Le très haut et très puissant seigneur, Gilles de Laval, sire de Rays et autres lieux, conseiller du roi notre sire et maréchal de France, ne put éviter l'expiation de ses crimes. Il subit la peine de mort ù Nantes et ce fut justice.

Cependant il est peu de personnes qui, en lisant le procès du Maréchal, ne soient tentées de le considérer comme un aliéné. Il écrit au roi de France Charles VII : « Souvente fois je me lamente et reproche d'avoir laissé votre service, mon très vénéré sire, il y a six ans, car en y persévérant je n'eusse point tant forfait; mais je dois néanmoins confesser que je fus induit à me retirer en mes terres de Rays, par certaine furieuse passion et convoitise que je sentais envers votre propre dauphin, tellement que je faillis un jour l'occire comme j'ai depuis occis nombre de petits enfants j;ar secrète tentation du diable. Donc, je vous conjure, très redouté sire, de ne pas abandonner en ce péril votre très humble chambellan et maréchal de France, lequel ne veut avoir la vie sauve que pour faire une belle expiation de ses méfaits sous la règle des Carmes. »

Cette étrange lettre, d'après Morel (1), ne prouve pas, ainsi que le dit P. L. Jacob (2), que le sire de Rays avait iwrdu V usage de la raison. Les fous ne

(1) Morel, De la folie hérédiluire, Gazette hehdomadaive, 1861 .

(2) Jacob, Curiosités de l'Histoire de France; Causes célèbres. Paris, 18S9.

croient pas avoir commis de méfait. D'ailleurs, l'étude de cet intéressant procès révèle clairement que, depuis son arrestation, le maréchal employait la plus grande sagacité à conduire son affaire à bonne fin. On le voit communiquer à ses complices, cités comme témoins en cette horrible cause, ce qu'ils auraient à déposer, leur enjoignant de tout nier, et surtout les crimes de sodomie avec homicide dont il s'était rendu coupable. Le maréchal n'avoua d'abord que les manœuvres et maléfices auxquels il se livrait pour évoquer le diable en société et avec l'aide des astrologues qu'il faisait venir à grands frais d'Italie. Or ce ne sont pas là des actes d'aliénés. Ces derniers ne sont pas ordinairement capables de combiner les éléments d'une défense. Ils cachent souvent, il est vrai, les motifs qui les ont fait agir, mais ils n'en inventent pas de mensongers pour excuser un crime dont ils se croient innocents. Et quand même ils avouent être dignes de la mort, ils se glorifient du résultat de leurs actes, puisque ceux-ci n'ont été commis par eux que pour avoir une occasion de se placer sur un piédestal d'où ils feront connaître au monde entier qu'ils sont des victimes injustement persécutées. C'est ainsi qu'agissent beaucoup d'hypochondriaques qui en arrivent par degrés au délire des persécutions et à la perpétration d'homicides prémédités et accomplis souvent avec des circonstances atroces.

Pour revenir au maréchal de Rays, ce n'est que lorsque les aveux complets des deux principaux

inculpés et complices, Henriet et Pontou, ne lui laissèrent plus aucun moyen de se sauver, que le fier et puissant seigneur resta foudroyé devant ses juges. Il fit alors l'aveu de ses crimes dans leurs détails les plus révoltants. Ce grand coupable ne demanda qu'une grâce, c'est qu'on lui permît de se retraire dans un couvent pour y amender ses vilains faits et Y\ avancer le salut de sa pauvre âme. Un des témoins inculpés voulut sauver son maître en disant que son bon sire de Rays ne peut être accusé et puni, attendu qu'il n'était pas libre de ses intentions et de ses faits, car il se trouvait soumis à la possession du diable, quoi qu'il fît pour s'en délivrer par messes, oraisons, jeûnes, aumônes et toutes sortes de bonnes œuvres. Pierre de l'Hospital luimême, qui a cependant montré dans la conduite de ce procès une haute et impartiale justice, une raison supérieure, semble céder pour un moment aux préjugés de son époque. Il fournit même à l'avocat le thème de sa défense, quand, effrayé de la franchise des terribles aveux de l'accusé, il l'interpelle en ces termes : « Qui vous a induit à ce faire? C'est assurément l'esprit du mal, le tentateur? »

Mais c'est précisément dans la réponse du maréchal à cette question qu'il faut admirer com-ment les plus grands coupables rendent parfois hommage à la vérité en cédant au cri de leur conscience. Leurs réponses acquièrent alors une netteté qui donne le moyen d'apprécier en quoi ils ont encouru la responsabilité de leurs actes. Si, dans l'exemple qui

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nous occupe le prévenu parle de l'instigation du diable, il ne fait qu'employer un langage en rapport avec les idées superstitieuses de son temps, sans que cette croyance à l'intervention de l'esprit infernal soit de nature à faire croire qu'il ait agi d'une manière irrésistible, à l'instar des aliénés.

Écoutons plutôt ses propres paroles :

« Je ne sais, dit le seigneur Gilles de Rays, mais fai de moi-même et de ma ijropre tête^ sans conseil d' autrui^ pris ces imaginations d'agir ainsi seulement par plaisance et déclaration de luxure; de fait, j'y trouvais incomparable jouissance, sans doute par l'instigation du diable. Il y a huit ans que celte idée diabolique me vint ; ce fut l'année même oii mon aïeul, le sire de la Suze, alla de vie à trépas. Or, étant d'aventure en la librairie dudict château, je trouvais un livre latin de la vie et des mœurs des Césars de Rome, par un savant historien qui a nom Suetonius ; ledit livre était orné d'images fort bien peintes, auxquelles se voyaient les déportements de ces empereurs païens, et je lus en cette belle histoire comment Tibérius, Caracalla et autres Césars s'ébattaient avec des enfants, et prenaient plaisir à les martyriser. Sur quoi je voulus imiter lesdits Césars, et, le même soir, je commençais à le faire en suivant les images de la leçon et du livre... Pour un temps je ne confiai mon cas à personne, mais depuis je dis le mystère à plusieurs personnes, entre autres à Henriet et à Pontou, que j'avais dressés à ce jeu. Ce furent les susdits qui aidaient au mystère, et qui avi-

saient à trouver des enfants pour mes besoins. Les enfants tués à Chantocé étaient jetés en bas d'une tour en un pourrissoir, d'où je les fis tirer une certaine nuit, et mettre dans un coffre pour être transportés à Mâchecoul et brûlés, ce qui fut fait. Quant à ceux occis à Mâchecoul et à Nantes, en l'hotol de Suze, on les brûlait en ma chambre^ hormis quelques belles têtes que je gardais comme reliques. Or je ne saurais dire au juste combien furent ainsi tués et ars, sinon qu'ils furent bien au nombre de six-vingt par an . . . »

De nos jours, la curiosité publique n'a-t-elle pas été défrayée par des procès qui ont jeté le désespoir et la honte dans d'honorables familles?

Ces individus sont de véritables fléaux pour tout ce qui les entoure. Dans les classes élevées ce sont eux qu'on envoie au delà des mers à bord de bâtiments comme mousses ou comme matelots^, ou dans les régiments des colonies, et qui reviennent sans la moindre amélioration morale, sans avoir su profiter des leçons qui leur ont été infligées, souvent même, pires qu'ils n'étaient partis.

Dans les classes pauvres, abandonnés à euxmêmes, ils deviennent les habitués des Cours d'assises et des prisons dont ils sont la terreur et la plaie.

Un exemple suffira à peindre ces caractères si bizarres et si déplorables :

« Adèle B... est une jeune fille de 14 ans, d'une jolie figure, mais de ce genre de beauté qui n'a que la durée de l'extrême jeunesse. Cette enfant est très

corrompue. Toutes les fois que des ouvriers travaillent dans l'asile, on est obligé de la surveiller avec une très grande attention. Elle cherche à les attirer, à les provoquer, leur fait signe de la suivre, leur envoie des baisers et va jusqu'à faire en leur présence des gestes indécents : on est alors quelquefois réduit à l'enfermer.

A 10 ans, elle a fait le malheur de sa famille en racontant à son père, que sa mère s'était roulée sur le lit avec son cousin. Fort menteuse et instruite de bonne heure de tout ce qu'elle devrait ignorer encore aujourd'hui, elle est très capable d'avoir inventé cette triste histoire.

A 11 ans, elle aborda dans la rue un jeune garçon •de 15 ans que ses parents avaient envoyé à Paris pour y apprendre l'état de tanneur. Ce jeune homme avait sa chambre, s'était bien conduit jusque-là, travaillait avec assiduité. Elle lui demanda de monter dans sa demeure, elle l'y pervertit et lui propose de rester avec lui. Ces deux enfants font pendant deux mois ménage ensemble. On parvient enfin, après de longues recherches, à la découvrir et on l'amène dans notre service. Elle parle sans la plus légère émotion, sans le plus léger embarras, de son aventure : u c'était, dit-elle, bien amusant et bien agréable, et il est malheureux que cela ait fini si tôt. »

Cette jeune fille, quand elle a été déflorée, était loin d'être réglée. Elle ne l'a été qu'après plus d'un an de séjour chez nous, à 12 ans et demi. Nous l'avons gardée plusieurs années et nous eussions dû la

conserver toujours. Pourtant elle répondait exactement à toutes les questions qu'on lui faisait, et aux yeux du monde, elle n'était pas aliénée. Ces personnes, ces bacchantes^ qui sont complètement dépourvues de la retenue et de la pudeur sans lesquelles la femme n'est point femme, sont des êtres trop imparfaits pour pouvoir user de leur liberté. Privés d'attributs importants, ils doivent être considérés comme des imbéciles, comme incapables et classés comme tels. C'est une nécessité qu'on finira par reconnaître, mais qui n'est pas encore assez hautement admise aujourd'hui, pour que les médecins euxmêmes ne fléchissent point quelquefois dans la sévérité de leurs devoirs.

La mère d'Adèle B... demanda instamment à la repreudre : nous résistâmes longtemps, nous la prévînmes de tout ce qui arriverait. Elle persista, et la jeune fille elle-même dans l'espoir d'obtenir sa sortie eut une meilleure tenue, et promit tout ce qu'on voulut : nous la laissâmes nartir.

Peu de temps après, on la rencontrait avec des soldats, puis en état d'ivresse, puis enceinte, et enfin nous apprîmes qu'elle était morte en couches.

Dans sa famille on trouve une tante idiote (1).

Exhibitionnistes. — A cette catégorie appartiennent ces individus bizarres dont M. le professeur Lasègue (2) a fait une étude si curieuse sous le nom à.' Exhibitionnistes.

(1) Trélat, ¥olie lucide, p. 36.

(2) Lasègue, Union médicale, l"mai J877.

Ces gens, presque toujours, sinon toujours des hommes (M. Lasègue n'a vu qu'une seule femme ainsi entraînée), ont la singulière habitude de montrer leurs organes génitaux, non pas au hasard devant les passants quels qu'ils soient, mais aux mêmes endroits, en regard des mêmes personnes.

L'impulsion est invincible, se reproduit périodiquement aux mêmes heures, précédée souvent d'une anxiété que les malades attribuent à une sorte de résistance intérieure, mais finalement ils succombent et obéissent aveuglément à l'incitation instinctive. Les caractères spécifiques de cet état bizarre peuvent se résumer ainsi :

Exhibition à distance, pas de manœuvres lubriques, pas de tentatives pour entrer en relations plus intimes, retour du même instinct aux mêmes lieux et habituellement aux mêmes heures, pas un acte répréhensible au point de vue génital en dehors de cette manifestation monotone.

Deux exemples suffiront pour faire comprendre cette étrange anomalie de l'intelligence.

« Un jeune homme de trente ans, appartenant à une famille honorable, jouissant lui-même d'une situation enviée, distingué d'esprit et de formes, avait attiré l'attention de l'autorité par suite de plaintes multiples sur un scandale qui se renouvelait dans les églises vers la tombée de la nuit. Un jeune homme, dont on donnait le signalement, se présentait subitement devant une femme en prière dans l'église, alors peu fréquentée : il étalait ses organes

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génitaux sans prononcer une parole et disparaissait dans l'ombre après une courte apparition.

La surveillance était difficile à cause du nombre des endroits oii elle devait s'exercer. Un soir, cependant, cet étrange fantaisiste fut arrêté à Saint-Roch, au moment oii il se livrait à son exercice périodique devant une vieille religieuse qui poussa un cri et éveilla l'attention du gardien. Le délit était si singulier que le parquet demanda un examen médical. M. Lasègue eut avec le prévenu de longs entretiens d'oii il ne sortit que la démonstration d'ime impulsion irrésistible.

« Peu de temps après, continue le professeur Lasègue, j'appris qu'une plainte avait été déposée contre un employé supérieur d'une administration, âgé de soixante ans, veuf et père de famille. On l'accusait de se poster près de sa fenêtre et d'y faire l'exhibition de ses organes génitaux devant une petite fille de huit à dix ans, qui demeurait en face de lui ; elle s'était répétée pendant une quinzaine de jours, puis avait cessé pendant plusieurs mois pour se reproduire dans des conditions identiques. Je connaissais personnellement l'inculpé, j'allai le voir et lui demandai confidentiellement des renseignements qu'il ne refusa pas. Il avouait tout, reconnaissait l'énormité et l'absurdité de sa faute, sans savoir^ disait-il, comment se défendre. L'incitation instinctive était intermittente, mais, dès qu'elle se produisait, il la sentait invincible. Sa conduite, connue non plus par une enquête de police, mais par les relations de ses

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amis, échappait à tout soupçon. Averti ù temps, il se décida à partir pour la Belgique avant l'instruction judiciaire. J'ai appris qu'il était mort un an après à la suite d'accidents cérébraux. »

Dans tous les cas de cette nature et ainsi qu'on peut s'en rendre compte par les observations que nous venons de citer, nous attirerons principalement l'attention sur le caractère franchement névropathique de ces faits bizarres : nous avons nommé l'instantanéité, l'impulsion irrésistible, la conscience de l'insanité de l'acte, la périodicité ou l'intermittence du délire..., etc.

Il faut encore ranger dans cette classe la plupart des pédérastes (1), dessodomistes, des saphistes... etc. L'amour grec, qui s'appelle encore philopodie dans le sexe masculin et tribadisme dans le sexe féminin, était, nous l'avons vu, toléré et accepté par le paganisme. Les personnages les plus célèbres de l'antiquité •étaient soumis à son empire. Cet amour, d'après Hiéronyme, était fort à la mode parmi les jeunes guerriers qui se liguaient pour renverser les tyrans de leur trône, et il cite en preuve Armodius et Aristogiton à Athènes, Careton et Ménalippe à Agrigentc, le bataillon sacré à Thèbes.

Nous avons vu, dans des siècles rapprochés de nous, Henri III, le philosophe Vanini, le duc de Vendôme, Monsieur, frère de Louis XIV, la tragédienne Rau-

(1) Le lecteur comprendra qu'ici nous n'ayons en vue que les mœurs de nos pays, et nullement celles d'autres contrées où la pédérastie est, au contraire, chose reçue et admise.

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cour y sacrifier en raison du goût inné d'une

passion instinctive.

Chaque année la police est saisie de plaintes pour outrages aux mœurs, commis par des gens que leur position sociale, leur éducation, devaient mettre à l'abri de semblables poursuites. Les plus g-rands noms ont fig-uré dans ces procès et ont été ignominieusement frappés de peines infamantes.

Parfois, ce vice contre nature est exploité par de véritables sociétés en commandite, associations hideuses, dont les jeunes garçons destinés à assouvir les caprices des sociétaires affectent des attitudes féminines, ont les bras ornés de bracelets, le cou découvert, les mollets emprisonnés dans des bas de femme ! Qui ne se rappelle les scandaleuses affaires d'Auch, de Bordeaux, de Béziers..., etc.. qui ont défrayé la curiosité publique dans l'année 1878 ?

Que dire des inventions véritablement diaboliques de certains individus pour arriver à assouvir leur passion? N'a-t-on pas vu, en 1877, un homme qui, se trouvant dans un cabaret, proposa à deux consommateurs de les attacher dos à dos, en leur assurant qu''il se faisait fort de les soulever ensemble avec les dents. Quand les deux individus furent liés l'un à l'autre, Tauteur delà proposition se livra sur eux à des actes d'obscénité qu'on ne peut indiquer (1) !

Comment expliquer ces habitudes infâmes chez des gens instruits, bien élevés, haut placés, chez des hommes mariés, pères de famille même, si ce n'est

(I) Courrier de Laon, avril 1877.

par une anomalie du sens génital amenant sympathiquement une véritableperversion morale ? Qu'on lise la correspondance des pédérastes, et on y trouvera sous les formes de langag-e les plus passionnées des épithètes et des images empruntées aux plus ardents transports de l'amour, une confirmation des faits que nous avançons.

« Il est difficile, dit le professeur Tardieu (1), de ne pas admettre chez les pédérastes une véritable perversion maladive des facultés morales. A voir la dégradation profonde, la révoltante saleté des individus que recherchent et qu'admettent près d'eux des hommes en apparence distingués par l'éducation et par la fortune, on se voit le plus souvent tenté de croire que leurs sens et leurraison sont altérés ; mais on n'en peut guère douter lorsqu'on recueille des faits tels que ceux que je tiens d'un magistrat .qui a apporté autant d'habileté que d'énergie dans la poursuite des pédérastes, monsieur le conseiller C. Busserolles, et que je ne peux taire. Un de ces hommes descendu d'une position élevée au dernier degré de la dépravation, attirait chez lui de sordides enfants des rues devant lesquels il s'agenouillait, dont il baisait les pieds avec une soumission passionnée avant de leur demander de plus infâmes jouissances. Un autre trouvait une volupté singulière à se faire donner par derrière de violents coups de pieds par un être de la plus vile espèce. Quelle idée se faire de

(1) Tardieu, Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs Paris, 1873.

pareilles horreurs, sinon les imputer à la plus triste et à la plus honteuse des folies ? »

Nous aurions voulu ne pas nous étendre plus longuement sur ces aberrations odieuses, mais il nous est impossible de ne pas dire un mot du vice honteux que l'antique Lesbos a légué aux sociétés modernes, de ces cohabitations de femmes entre femmes, de ces amours insensées que des auteurs modernes du plus grand renom n'ont pas craint de décrire, de glorilier môme avec tout le talent qui leur est connu. Tristes et fatales leçons jetées en pâture à des imaginations ardentes qui ne tardent pas à les mettre en pratique !

Ces passions, comme toutes les autres peuvent revêtir un caractère maladif, donner lieu à un véritable délire partiel, limité au sens génital, respectant l'iulégrité des autres facultés.

Deux exemples donneront mieux que toute description une idée de ce genre de vésanie :

J..., 22 ans, est dépourvue de tout sens moral; au regard lascif, douée de ce tempérament qu'on peut appeler génital. Elle entre à la Salpêtrière dans le

service du D''M Bientôt, pour des motifs que la

lettre suivante fera comprendre, on dut la faire passer dans une autre section : peu de jours après son arrivée, elle écrivait à une fille de service, dont l'honoïabilité était au-dessus de tout soupçon, la lettre suivante:

« Ma bonne chérie, tu crois probablement que je t'oublie. Oh ! je le voudrais que je ne le pourrais pas.

Ton gracieux visage est bien trop gravé dans mon cœur. Je ne sais pas si ton amitié est réciproque à la mienne, j'ose l'espérer pourtant. Oui, bonne Célina, je veux te forcer à m'aimer; car depuis bien longtemps mon cœur ne battait plus pour personne, et tu l'as fait palpiter; tu es heureuse, bien heureuse! Quel beau style, le plus gracieux des amoureux ne ferait pas mieux. Situ savais, l'autre jour^ j'ai failli me trouver mal en apprenant que tu étais malade ; mais, oh! bonheur sans pareil! on s'était trompé. On avait pris une autre pour toi. Je ne veux pas te donner le droit de te plaindre que je ne te donne pas de doux noms. Mon bijou, imagine-toi que voici deux heures que je me creuse la cervelle pour en trouver de plus doux les uns que les autres. Ils ne pourront jamais te dire assez combien je t'aime »

Le second fait est beaucoup plus grave et constitue un exemple de la plus épouvantable perversion des sens et du plus incroyable attentat commis par une mère sur sa fille.

« Une femme, jeune encore, avait, sous l'influence d'un dérèglement de l'imagination impossible à comprendre, défloré sa petite fille actuellement âgée de 12 ans, en lui introduisant les doigts très profondément, et à plusieurs reprises chaque jour, pendant plusieurs années dans les parties sexuelles et dans l'anus.

Cette femme prétendait qu'elle n'avait en vue, dans ces monstrueuses pratiques, que l'intérêt de la santé de son enfant, et les soins d'une propreté sin-

giilièrement raffinée. Mais la passion coupable se trahissait dans la nature même des attouchements et dans les circonstances du fait. L'enfant racontait, avec un accent de vérité saisissant, qu'il n'était pas rare que sa mère la réveillât, au milieu de la nuit, et se livrât sur elle à ces actes effrénés qui se prolongeaient pendant une heure entière ; et durant cette scène devant laquelle l'esprit recule, la mère était haletante, son teint, son regard s'animaient, son sein s'agitait; elle s'arrêtait baignée de sueur (1) »

Bornons-nous à ces citations : nous en avons assez dit pour faire comprendre tout l'intérêt qui se rattache à un examen approfondi de l'intelligence de ces individus. Tout en blâmant et en flétrissant avec raison ces crimes, l'esprit terrifié cherche une explication et une excuse morale ( rien de plus ) à ces actes odieux : il veut savoir ce qui a pu déterminer un homme honorablement connu de nous, jouissant (en apparence du moins) de la plénitude de ses facultés intellectuelles, à ces honteuses turpitudes. A ceci nous répondrons : «Ces hommes sont pour la plupart des intelligences anomales, de véritables candidats à la folie, ce sont de plus des héréditaires. »

Mais jetons un voile sur un sujet aussi triste pour l'honneur de l'humanité !

(1) Tardieu, ouvr. cit.

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