‹ Des aberrations du sens génésiqueChapitre 19 sur 25 · PERVERSION GÉNITALE ABSOLUE · texte numérisé non relu

PERVERSION GÉNITALE ABSOLUE

l" Bestialité (1).

La bestialité est Tunion avec une bête vivante douée de sentiments et de mouvements qui lui sont propres.

Cette déviation de l'appétit génésique était connue de l'antiquité qui, ne pouvant expliquer une si épouvantable anomalie, en fit comme toujours remonter l'origine à la vengeance de Vénus. L'histoire la plus connue est celle de Pasiphaë qui conçut une passion désordonnée pour un taureau d'une blancheur éblouissante, et de ce commerce infâme naquit le minotaure, monstre moitié homme, moitié taureau.

Les annales de la Grèce, de l'Asie, de Rome, renferment de nombreux récits de faits de ce genre. De nos jours, dans certaines contrées de l'Orient, en

(1) Nous n'entendons parler ici que des faits de bestialité bien et dûment constatés, et nullement de ces démonomaniaques dont les hallucinations enfantaient le commerce avec le démon sous la forme de bouc ou de lycantropes qui, au milieu même des plus violentes tortures, avouèrent s'être accouplés avec des louves, et avoir éprouvé pendant ces accouplements autant de plaisir que s'ils eussent été unis à des femmes.

Syrie, en Égypte, en Afrique principalement, la bestialité est encore très commune et n'est pas considérée avec toute l'horreur qu'elle inspire en Europe. Tout est affaire de mœurs, de tempérament, de coutumes.

Ces actes commis le plus ordinairement par des idiots, des imbéciles, des gens blasés sur les plaisirs des sens, par ces êtres à intelligence anomale que nous avons déjà signalés, portent généralement avec eux le cachet de la plus franche monomanie. D'autres fois cependant, elle est commise par des gens parfaitement sains d'esprit, mais sans éducation et imbus de préjugés populaires suivant lesquels on peut se guérir d'une affection vénérienne en la communiquant à un animal qui joue au point de vue du physique le rôle que le bouc émissaire jouait au moyen âge, en prenant à son compte les péchés des hommes.

La perversion génitale (nous avons déjà eu occasion de le dire), poussée à son summum, enchaîne, annihile la liberté morale aussi bien que la manie la plus aiguë, par exemple. Il y a désharmonie, anarchie véritable entre les diverses puissances intellectuelles, l'impulsion devient irrésistible.

Il n'est pas rare de voir traduire en justice, pour outrage à la pudeur, des gens surpris à polluer des chiens, des brebis, des vaches : d'autres vont plus loin et consomment avec les animaux l'acte vénérien.

■ Ces crimes, autrefois punis avec la plus extrême rigueur, ainsi qu'en font foi les procès-verbaux des

jugements (1), ont été depuis et sont encore traités beaucoup moins sévèrement.

On connaît la réponse du grand Frédéric à qui on avait donné à signer la peine de mort d'un de ses sujets convaincu de ce crime avec son ânesse. Le roi ne confirma pas la senfence et écrivit au bas (( qu'il donnait dans ses États liberté de conscience et de V... (2). »

La bestialité se rencontre dans les deux sexes : plus fréquente chez l'homme, la science n'a pas moins enregistré de nombreux exemples de ces monstruosités chez des femmes de mauvaise vie, se faisant... saillir ou couvrir par des animaux.

On comprendra que l'on n'ait point à tracer des symptômes de cette dépravation. Les faits suffiront à faire connaître ces perversions génésiques, et nous laissons au lecteur le soin d'en tirer les déductions psychologiques qu'il jugera convenables.

— Le sieur E..., trente-cinq ans, homme de peine, est condamné le 1 7 janvier 1 867 par la huitième chambre du tribunal correctionnel de la Seine, à trois mois de prison pour outrage public à la pudeur.

11 a reconnu s'être livré à des actes de bestialité sur des poules. Les faits se sont passés chez un logeur

(1) Pierre Grondeau, gagne-denier à Loudun, pour bestialité avec une ânesse, est condamné par le parlement de Paris à estre étranglé et bruslé avec l'ànesse, et ses biens confisqués. 9 novembre 1542. — J. Gion, laboureur à Chamarolles, est condamné par le parlement de Paris pour bestialité avec une vache à estre étranglé et bruslé avec ladite vache. 24 avril 1530. (Bibl. nat., Manuscrits Suppl. franc., n° 10969.)

(2) Voltaire, Mémoires, p. 100.

de la rue des Gravilliers. Ce logeur avait trouvé une de ses poules morte. Il a observé E.,., un de ses locataires, et l'a surpris au moment où l'acte venait d'être consommé. La poule était blessée et E... portait sur ses vêtements des plumes et des traces de sang.

— N... fut condamné par la cour de Paris à trois mois de prison pour le fait suivant :

Le sieur N..., cantonnier chef, fut aperçu parle journalier L..., ayant mis son pantalon bas et ses parties sexuelles à nu, son corps courbé en avant, la face contre terre.

Alors L... vit N... avec un chien, adossés l'un contre l'autre. N..., dans cette position, avait sa main droite contre les parties sexuelles de l'animal. L... resta spectateur pendant plusieurs minutes, puis, l'acte consommé, aperçut le membre viril du chien sortir du fondement de N.

L... ajoute que depuis ce jour le chien ne peut plus quitter N...

« Ce fait de bestialité, dit le professeur Tardieu (1), a été l'occasion d'une expertise médicolégale très neuve dans son objet de la part d'un médecin vétérinaire, dont la conclusion est la suivante :

« Le fait de pédérastie du chien avec l'homme est impossible, d'après la conformation anatomique de l'anus de l'un et du pénis de l'autre. »

(1) Tardieu, Elude médico-légale sur les attentats aux mœurs. Voir p. 13 et suiv., la consultation médico-légale, de M. Janet, vétérinaire à Rambouillet.

« Je n'aurais pas osé, avoue M. Tardieu, me prononcer aussi formellement pour la négative... »

Mon père a eu l'occasion, à trois reprises difïerentes, de constater de visu des faits de ce genre. I) surprit à la campagne un enfant de quinze ans avec une chèvre, un soldat avec une chienne, enfin un sapeur cohabitant avec une jument, pour se guérir, disait-il, d'un mal vénérien.

Certes les faits que nous venons de passer en revue sont monstrueux, mais ne sont pourtant pas comparables à ceux qu'il nous reste à citer. Jusqu'ici, nous avons assisté à la dépravation morbide qui entraînait l'homme à chercher des jouissances avec des êtres animés autres que ses semblables. Dans les pages suivantes, rompant tout le lien qui le rattache à l'humanité, c'est à la matière inerte, à la putréfaction, pour tout dire, que nous le verrons s'adresser.

2° Profanation des cadavres,

Les faits que nous relatons dans ce chapitre constituent le degré le plus extrême et le plus rare des déviations de l'appétit vénérien, et dénotent chez leurs auteurs la plus étrange aberration mentale coïncidant, parfois en apparence, avec la plus saine raison.

Connus dans Tantiquité et au moyen âge sous le nom de lycantropes, démoniaques.., etc., ces malheureux furent la terreur des populations et l'objet des plus cruelles mesures.

Des exemples se sont produits où des faits de ce genre ont pu être imputés à des individus parfaitement responsables (au premier abord) de leurs actes et qui pour toute excuse alléguaient l'influence exercée sur leur libre arbitre par des besoins vénériens excessifs, par la violence de certaines passions et la dépravation extrême de l'imagination, une cause inconnue, mais impulsive, irrésistible, instantanée, à laquelle ils succombaient malgré eux, fatalement. Recherchant avec soin les antécédents de ces individus, on retrouvait bien vite dans leur histoire une hérédité implacable qui pesait sur eux, donnant la clef de ces impulsions morbides.

On se rappelle qu'il n'y a pas plus de trente ans l'attention du monde entier fut attiré par un homme, le sergent Bertrand, accusé et auteur de profanations et de viols de cadavres. Cette perversion monstrueuse mit en lumière un fait de pathologie mentale dont la matière fut la cause de nombreuses discussions scientifiques sur lesquelles nous n'avons pas à revenir.

Tout l'intérêt qui se rapporte à ces dépravations étant du domaine de la médecine légale, nous serons brefs et nous ne citerons que les observations les plus remarquables qui toutes confirment ce que nous venons de dire.

«En 1787, près de Dijon, à Citeaux, un mien aïeul, dit Michéa, qui était médecin de cette célèbre abbaye, sortait un jour du couvent pour aller voir dans une cabane, située au milieu des bois, la femme d'un bûcheron que, la veille, il avait trouvée mourante. Le

mari, occupé à de rudes travaux, loin de sa cabane, se trouvait forcé d'abandonner sa femme, qui n'avait ni enfants, ni parents, ni voisins autour d'elle. En ouvrant la porte du logis, mon grand-père fut frappé d'un spectacle monstrueux. Un moine quêteur accomplissait l'acte du coït sur le corps de la femme qui n'était plus qu'un cadavre (1). »

— Peu d'années avant la révolution de 1789, un prêtre fut convaincu d'avoir assouvi une passion brutale sur le cadavre encore chaud d'une femme auprès de laquelle il avait été placé pour réciter des prières (2).

— Un homme fut arrêté dans une petite ville de province, pour un crime auquel personne ne voulait croire, et qui cependant fut prouvé aux débats.

11 venait de mourir une jeune personne de seize ans, qui appartenait à une des premières familles de la ville. Une partie de la nuit s'était écoulée, lorsqu'on entendit dans la chambre de la morte le bruit d'un meuble qui tombait. La mère, dont l'appartement était voisin, s'empressa d'accourir. En entrant, elle aperçut un homme qui s'échappait en chemise du lit de sa fille. Son efProi lui fît pousser de grands cris, qui réunirent autour d'elle toutes les personnes de la maison. On saisit l'inconnu qui paraissait presque insensible à ce qui se passait autour de lui, et qui ne répondait que confusément aux questions qu'on lui adressait. La première pensée avait été que c'était un voleur; mais son habillement, certains signes,

(1) Micliéa, Union médicale, \~ juillet 1849.

(2) Legrand-du-SauUe, la Folie devant les tribunaux.

dirigèrent les recherches d'un autre côté, et l'on reconnut bientôt que la jeune fille avait été déflorée et polluée plusieurs ibis. L'instruction apprit que la garde avait été gagnée à prix d'argent; et bientôt d'autres révélations prouvèrent que ce malheureux, qui avait reçu une éducation distinguée, jouissait d'une grande aisance, et était lui-même d'une bonne famille, n'en était pas à son premier coup d'essai. Les débats démontrèrent qu'il s'était glissé un assez grand nombre de fois dans le lit de jeunes femmes mortes, et s'y était livré à sa détestable passion.

Il fut condamné à une détention perpétuelle (1).

— Le sieur X . . . , âgé de vingt-sept ans, d'un tempérament lymphatique, mais doué néanmoins d'une très grande force musculaire, a présenté, dès ses premières années, des signes non douteux d'idiotie. A mesure qu'il avançait en âge, l'absence d'intelligence devenait de plus en plus manifeste.

X... ne put jamais apprendre à lire; il était d'ailleurs violent, indocile, plein de bizarreries. Élevé par les soins de l'administration de l'hospice de Troyes, il fut successivement placé chez plusieurs paysans, mais aucun d'eux ne put le garder. On le ramenait à l'hospice, déclarant ne rien pouvoir obtenir de lui.

Plus tard X... devient sujet à des accès de manie périodique. Presque tous les mois il était, pendant plusieurs jours, d'une violence extrême, injuriant les personnes qui l'entouraient, proférant des menaces

(1) Brierre de Boismont, Gazette médicale, 21 juillet 1849.

de mort et d'incendie. Il fallait alors quelquefois le renfermer dans une cellule et même, dans quelques cas, le maintenir fixé par la camisole de force.

De temps en temps, il quittait furtivement l'hospice, et après avoir erré plusieurs jours dans la campagne, il revenait exténué de fatigue, les vêtements en lambeaux et couverts de boue. Cependant, dans les intervalles de ses accès, X... pouvait se livrer aux plus rudes travaux ; il était infatigable et faisait à lui seul l'ouvrage de plusieurs hommes. Aussi, malgré son état d'imbécillité, trouvait-on de temps en temps des cultivateurs qui consentaient à le prendre.

Cependant, un fait d'une extrême gravité vint mettre fin à ces essais de liberté. X... se trouvait alors chez un cultivateur du bourg d'Eslissae, lorsque, en présence de cinq ou six personnes, il commit une tentative de viol sur une paysanne. On fut forcé de le réintégrer à l'hospice de Troyes, où bientôt se passèrent les actes monstrueux qu'il me reste à raconter :

X..., trompant la surveillance, s'introduisait dans la salle des morts, quand il savait que le corps d'une femme venait d'y être déposé, et il se livrait aux plus indignes profanations.

Il se vanta publiquement de ces faits, dont il ne paraissait point comprendre la gravité. D'abord on ne put y croire; mais, appelé devant le directeur, X... raconta ce qui se passait de manière à lever tous les doutes.

On prit, dès ce moment, des mesures pour mettre cet homme dans l'impossibilité de renouveler les profanations qu'on venait de découvrir : mais cet idiot, si privé d'intelligence pour toutes choses, déploya dans ce cas un instinct de ruse qui le fit triompher de tous les obstacles. Il avait dérobé une clef qui ouvrait la salle des morts, et les profanations de cadavres purent ainsi continuer pendant longtemps.

Il fallut enfin reconnaître l'inutilité des mesures employées jusque là pour prévenir le retour d'actes si odieux, et X... fut envoyé à l'asile des aliénés de Saint-Dizier (1).

— François Bertrand, âgé de vingt-cinq ans, avait fait ses études, jusqu'à la philosophie exclusivement, au séminaire de Langres, qu'il quitta pour embrasser la carrière militaire.

Sans nous étendre longuement sur ce procès qui fit tant de bruit, nous donnerons les éléments principaux du corps du délit, tels qu'ils résultent de l'acte d'accusation et de l'audition des témoins, actes monstrueux dont l'accusé n'hésite pas à se déclarer l'auteur, sauf quelques circonstances qu'il nie avec obstination.

Le 6 février 1847, dans le cimetière de Bléré, (Indre-et-Loire), Bertrand déterre le cadavre d'une femme et, s'il faut l'en croire, le frappe avec fureur. Le 26 août 1848, dans le cimetière d'Ivry- sur-Seine,

(1) Bédor de Troyes, Rapport à l'Académie de médecine, par M. Baillarger, 1857.

il viole la sépulture d'une jeune fille de sept ans, inhumée la veille, puis lui ouvre le ventre et l'estomac. Quelques jours après dans le môme lieu, il profane le cadavre d'une femme morte à la suite de couches, et mise en terre treizejours auparavant. Dans la nuit du 5 au 6 novembre, au cimetière du sud, à Paris, il exhume le cadavre d'un homme âgé de quarante- deux ans nommé Desroches. Le 16 novembre, il déterre le corps d'une femme de cinquante à soixante ans. Il lui fend la commissure droite de la bouche ; il pratique des incisions au cou, aux parois thoraciques et abdominales. Il désarticule de même la cuisse et la jambe gauche. Le 12 décembre, toujours dans le même cimetière, il mutile encore le cadavre d'une femme. Mais il y a plus : il éprouve de l'ardeur vénérienne à la vue de ces cadavres de femmes, il cherche la volupté dans la putréfaction. On remarqua qu'un des cadavres exhumés avait les jambes écartées, comme si on eût voulu s'assurer de son sexe. Enfin, ce qui enlève toute espèce de doutes à cet égard, Bertrand avoue, par la bouche de M. Marchai de Calvi, chirurgien major au Val de Grâce, l'existence de l'aberration dans l'appétit vénérien.

Voici maintenant les judicieuses réflexions de M. Michéa sur ce cas si extraordinaire, réflexions auxquelles nous nous associons pleinement :

« Bertrand est un ahéné ; cela est évident pour tous les médecins. Un homme jeune, un mihlaire intelligent, de figure et de tournure agréables, qui sans motif de cupidité, sans désir de vengeance, se livre

à des actes si horribles, ne peut être considéré autrement à moins de calomnier et de dégrader la raison humaine.

« D'ailleurs les antécédents de l'accusé et certains caractères physiques, la tristesse, l'amour de la solitude dans le jeune âge, la périodicité des désirs, l'état convulsif et presque l'anesthésie durant les accès, sont autant de preuves irréfutables. La combinaison de deux manies affectives ne peut être contestée. Seulement il s'agit de savoir si la monomanie erotique s'est jointe ultérieurement à la manie destructive, ou si cette dernière a été précédée par l'autre. M. Marchai de Calvi penche pour la première opinion. Quant à moi j'incline à admettre la seconde. Me fondant sur les lumières fournies par la connaissance des cas plus ou moins analogues, invoquant surtout certaines circonstances du corps du délit qui n'ont point été suffisamment explorées par M. Marchai de Calvi, je pense que la monomanie érotique était le fond de cette folie monstrueuse ; qu'elle était antérieure à la monomanie destructive et qu'elle dominait l'autre.

A l'appui de son opinion, Michéa donne les raisons suivantes :

« D'abord presque tous les cas de combinaison des deux monomanies érotique destructive^ que l'histoire rapporte viennent appuyer ma manière de voir : Gilles de Rays (1), maréchal de France, qui ensanglantait ses débauches, et qui fut brûlé à Nantes en 1440,

(I) Voir p. m.

ne séparait jamais l'homicide de la lubricité. Dans le livre insensé du marquis de Sade (1) la monomanie érotique se dégage souvent de la monomanie destructive, tandis que le contraire n'a jamais lieu.

Bertrand déclara avoir exhumé dans le cimetière du Montparnasse plus de cadavres d'hommes que de cadavres de femmes ; mais, pour être en droit d'ajouter foi à ces paroles, son seul témoignage ne suffît pas. Or, les faits donnent un démenti formel à ce qu'il avance. Sauf une seule fois, les procès-verbaux ne constatent aucune violation de sépulture chez les hommes. D'ailleurs s'il a déterré le cadavrede M. Desroches, il ne l'a point mutilé. En l'exhumant, il pensait peut-être rencontrer le cadavre d'une femme; ce qui prouve qu'avant de mutiler, il s'assurait du sexe, c'est que dans un cadavre de femme, on a, comme je l'ai dit, constaté l'écartement des cuisses. Enfin, Bertrand avoue lui-même qu'il ne peut jamais mutiler un cadavre d'homme ; qu'il n'y touche presque pas, tandis qu'il coupe en morceaux un cadavre de femme avec plaisir. Si la monomanie destructive eût précédé la monomanie érotique en la dominant, cet insensé aurait pris plaisir à mutiler tous les cadavres sans aucune distinction. Or, il convient lui-même qu'il ne touchait ni aux cadavres d'hommes ni à ceux des animaux (2). »

Pour terminer la lugubre énumération de ces aberrations, nous citerons textuellement le récit suivant

(1) Voir p. 58.

(2) Michéa, Union médicale, 1849.

que nous avons recueilli dans le journal l'Événement du 26 avril 1875. Les rapides appréciations données par l'auteur de l'article, parfaitement justes et sensées, traduisent exactement l'impression pénible que l'on éprouve à la lecture de faits aussi monstrueux :

«Depuis deux jours nous retardons le récit de cette cynique histoire, qui ferait certainement crier à l'invraisemblance, si nous n'en garantissions la parfaite et horrible authenticité.

« L'imagination humaine s'est arrêtée à ces bornes ; la loi n'a pas franchi ces limites, si bien qu'il n'y a pas un mot pour dire cette honteuse action pas plus qu'il n'y a un châtiment à appliquer au coupable.

« La femme de P..., apprêteur de faux cols, rue Chaudron, était morte. On devait l'enterrer mardi matin. Un ami du mari, nommé L..., demeurant dans la même rue, lui proposa de veiller près de la morte, pendant une des absences qu'il était obligé de faire pour les dernières formalités. Le mari accepta et L... s'installa au chevet de la morte, avec son fils, un jeune homme de 17 ans.

« Il était dix heures du soir : L. . . renvoya son fils et resta seul avec la morte. Le mari étant retenu chez l'imprimeur des lettres de faire part ne revenait pas.

«Alors une idée incompréhensible, hors nature, épouvantable, passa par l'esprit du veilleur de la morte. Il souffla les bougies allumées près du lit ; et ce cadavre glacé, raidi, déjà en décomposition, fut la la proie de ce vampire sans nom.

« Pendant ce temps le mari revenait. Étonné de ne

plus voir de lumière chez lui, il appelle son ami L... La voix brisée de celui-ci lui répond au bout de quelques instants. Il se trouble, il est pâle, il est horriblement défait : tel il paraît à la lueur d'une lumière qu'on a rallumée, et son premier mouvement est la fuite.

« Mais le mari a vu le cadavre dérangé, le lit en désordre. Fou de douleur, n'osant deviner cette profanation, il saute à la gorge du coupable, il appelle, il prend même un couteau et, sans l'intervention d'un voisin, justice serait bientôt faite.

«Dans ce désordre, L... parvint à se sauver. M. le D"" Pousson, appelé, constata scientifiquement le sacrilège ; sur son attestation et la plainte du mari, M. le procureur général de la République fît remettre l'inhumation au lendemain et l'enquête fut faite.

«Le sieur L... fut arrêté dans son atelier, rue Quincampoix.

«Cet homme est marié, il a six enfants ! A quel délire a-t-il obéi ? »

Enfin que dire du fait suivant ?

« Le nommé P. . . âgé de 23 ans, avait prémédité un acte odieux sur la fille de la propriétaire chez laquelle il était employé comme domestique.

« Le jour où il s'était promis de mettre à exécution son projet criminel, sa victime désignée était à la fête du pays.

« P. . . tourna alors sa brutalité sur la mère, âgée de 33 ans : furieux de sa résistance, il l'assomme à coups de bêche, et sur le cadavre se livre aux derniers outrages ; puis, jetant le corps à l'eau, il le repêcha bien-

tôt après pour renouveler ses actes de bestialilé.

« P..., condamné à mort, fat exécuté à Beauvais le 13 novembre 1879.

Après l'exécution, le D' Évrard a fait l'autopsie du cerveau devant plusieurs de ses confrères. 11 a trouvé des lésions cérébrales très prononcées et entre autres un épaississement et des adhérences des méninges^ au niveau des circonvolutions frontales. Ces lésions, dont on connaît la signification pathologique, ont inspiré à MM. Cornil et Galippe qui rendaient compte du fait (1 ) , cette réflexion que nous reproduisons sans commentaire : « Si la guillotine doit être comprise dans le traitement de l'aliénation mentale, qu'on le dise. »

Avant de terminer cette longue énumération de la perversion du sens génital, il est encore un crime qui de nos jours infecte toutes les classes de la société et dont il est utile de dire quelques mots :

Nous avons nommé le viol,

3" Viol (2).

Nous n'avons pas ici à étudier le viol au point de vue matériel, au point de vue physique, mais simplement au point de vue moral de celui qui s'en rend coupable. Aussi renvoyons-nous pour la première partie aux auteurs spéciaux qui ont traité de cette importante question et en particulier à l'ouvrage du

(1) Journal des Connaissances médicales, novembre 1879.

(2) Le viol est un attentat à la pudeur commis avec violence sur une personne du sexe féminin, vierge ou non.

professeur Tardieu sur les atLentats aux mœurs.

L'histoire du viol, de cet attentat monstrueux, se lie à la psychologie de l'homme qui ne relève que de son instinct, qui n'obéit qu'au sentiment d'une intelligence pervertie, qui le plus souvent subit la loi fatale do l'hérédité, ainsi que le prouve l'exemple suivant :

— Un malheureux père, A. de M... a eu la douleur de voir son fils aîné, à peine âgé de 16 ans, violer sa cousine et la tuer après lui avoir fait subir des traitements atroces. Dernièrement son second fils tentait aussi de violer une petite fille, et la pauvre enfant ne dut son salut qu'à l'arrivée subite de plusieurs personnes accourues à ses cris. Ces deux jeunes gens ont rendu compte à la justice de leur conduite ; mais la peine prononcée dans les deux cas a été atténuée^ parce que l'instruction a prouvé que ces enfants subissaient l'influence d'une folie héréditaire (1).

Après une étude attentive des faits , on peut dans ces criminels qui attentent à la pudeur établir trois classes principales parfaitement distinctes :

r Les uns commettent un viol comme certains impulsifs assassinent sans préméditation, ex abrupto: la circonstance qui les a ravis à leur libre arbitre a été impérieuse et subite.

2° D'autres ont calculé leur crime, ont soudoyé des séides et ont volontairement accompli leur forfait, sans l'excuse d'une propension irrésistible et indomptée.

3° Enfin d'autres attentats sont commis par des alié-

(1) Le Droit. Bull, des Trib., 10" année, n» 99, p. 399.

nés ou par de véritables brutes, par des êtres qui n'ont d'hommes que le nom.

Nous allons rapidement passer en revue ces différentes classes :

Les faits qui ont donné lieu à des constatations médico-légales, ont presque toujours révélé chez leurs auteurs un trouble dans le fonctionnement normal de l'intelligence. Ce sont des imbéciles, des idiots, des déments, des individus à la période prodromique d'une affection mentale non encore caractérisée (J).

La salacité est, on le sait, l'apanage de ces disgraciés de la nature. Très portés à se livrer à des penchants solitaires et repoussés le plus souvent des personnes du même âge qu'eux, ils choisissent par faiblesse et par timidité des jeunes enfants ou des vieillards incapables de comprendre la portée de l'acte dont ils sont victimes ou de résister à la brutalité de leur agresseur.

Chez eux, le viol se commet généralement à l'âge 011 les organes génitaux sont dans toute leur puissance. La nature demande à être satisfaite : sans calculer le résultat, sans chercher le plus souvent à se cacher, un enfant, une femme se présentent à leurs regards, ils assouvissent bestialement leur appétit.

— Le jeune T..., âgé de 15 ans, doué de mauvais instincts, sans asile, sans ressources, fut recueilli par

f{) Annales médico-psychologiques, a.nnée d849, p. 51p. — — 1863, — 57.

— 1866, — 253, etc.

un sieur G..., chiffonnier, père d'une petite fille âgée de 8 ans. Hier, après s'être absenté une partie de la journée, G... rentra chez lui et trouva sa fille tout en larmes. Celle-ci avoua à son père qui l'interrogeait qu'elle avait été victime de la bestialité du jeune T...

T..., qui s'était enfui, a été arrêté et livré à la justice (1).

— J. B..., 21 ans, terrassier, d'une intelligence audessous de la moyenne, a commis un attentat inouï à Saint-Georges sur Eure, sur la personne d'une enfant de 4 ans. Le misérable, qui avait entraîné la pauvre petite dans une grange de l'auberge oii il logeait, a pris la fuite aussitôt.

B... n'échappa pas longtemps aux recherches et tomba bientôt entre les mains de la justice (2).

— Le parquet a ouvert, à Thélus, une enquête sur un crime inouï.

Il s'agit d'un viol consommé par un homme de 30 ans sur la personne d'une femme de 82 ans, sa grande tante.

Pour accomplir ce crime aussi odieux qu'invraisemblable, le coupable a dû s'introduire dans la maison de sa victime à l'aide d'effraction et d'escalade (3).

Mais à côté de ces viols commis par des êtres dont l'état mental morbide ne fait un doute pour personne,

(1) Le Globe, 13 juin 1879.

(2) Tous les faits qui suivent ont été -pris dans les faits divers des journaux, ce qui explique le manque de renseignements sur les antécédents des coupables, Chartres, 12 juin 1876.

(3) Arras, 2 mars 1877.

il est d'autres individus, qui jusque-là n'avaient donné aucun signe d'aliénation, pris d'une rage subite, se ruent, comme en proie à une véritable manie instinctive, sur une malheureuse enfant, puis, l'acte commis, une détente se produit, et l'infamie de leur action leur apparaît dans toute son horreur. Quel est le phénomène psychologique qui se passe alors chez eux? quelle en est la nature ? on n'en sait rien : on le constate, voilà tout.

— Un horrible crime.

Le crime dont il s'agit a été commis par un photographe assez connu.

Il recevait avant-hier la visite d'une petite fille d'une douzaine d'années.

Une sorte de soudaine fureur bestiale le saisit, et, s'élançant sur la pauvre enfant, il la bâillonna et l'attacha.

Puis, abusant lâchement de sa force, il lui fit subir les derniers outrages. Son crime commis, il laissa la pauvre petite s'échapper.

Deux heures après, sur la plainte des parents, il était arrêté et écroué au dépôt (1).

— R..., condamné pour viol, est sans portée intellectuelle. La manie solitaire a flétri sa jeunesse et retardé son développement d'homme robuste.

A 15 ans, il épuisait sa vie avec une de ses parentes.

Forcé de travailler pour vivre, il se mit en domesticité chez un fermier aisé. C'est là que, travaillant

(1) Événement, 24 décembre 1876.

aux champs, il vit venir à lui la fille du maître lui apportant son dîner. Cette vue alluma soudain ses désirs. Il se sentit, dit-il, l'enfer dans la tète, impoids de cent livres de plomb fondu à la nuque. Il courut vers la jeune fille et assouvit sans peine sa brutalité.

La cour d'assises a admis des circonstances atténuantes, et ne l'a condamné qu'à cinq ans de fers(l).

Ce qui est plus triste encore, c'est de voir que les liens du sang, loin d'opposer une barrière à ces coupables, à ces maladifs entraînements, ne servent que trop souvent à les favoriser.

Des pères abusent de leurs filles, des frères de leurs sœurs, des fils de leurs mères !

— Il est des crimes si épouvantables , si hideusement infâmes, qu'on ne sait vraiment comment en présenter le récit. Tel est celui qui a été commis hier au passag-e d'Isly.

B..., employé dans une filature, avait une fille de 9 ans, fort jolie et très intelligente. Il l'a livrée à deux de ses compagnons d'atelier et tous trois se sont portés sur elle aux derniers outrages.

L'instruction a démontré que ce crime a été répété pendant huit mois^ jusqu'à ce que la pauvre petite fille tombât malade et mourût (2).

Dans le courant du mois de janvier dernier, le parquet de Sables fut informé que le sieur Berthaud, âgé de 51 ans, journalier à la Bertholemère, com-

(1) Lauvergne, ap. cit., p. 400.

(2) JÉvdnemenf, 12 décembre 1876.

mune des Poireux, entretenait depuis longtemps des relations incestueuses avec trois de ses filles. Cette monstrueuse situation était connue de sa femme : mais, pas plus que ses filles, elle n'osait dénoncer son mari, dont elle redoutait les violences.

Ce ne fut qu'au commencement de janvier que les deux filles aînées se décidèrent à porter plainte au maire de leur commune afin de mettre un terme aux indignes traitements dont elles étaient victimes.

Une information fut ouverte et le scélérat mis en état d'arrestation. Après avoir essayé de nier ses odieux attentats, il se vit bientôt contraint par l'évidence de faire des aveux partiels. 11 reconnut avoir satisfait sa lubricité sur ses trois filles, mais il soutint qu'aucune d'elles n'avait opposé de résistance à ses coupables désirs.

Les trois jeunes filles ont au contraire déclaré toutes avec la dernièrej énergie que leur père n'a triomphé d'elles qu'à l'aide de menaces et de violences.

L'une de ces malheureuses a eu un enfant à la suite de ces honteuses relations, et une autre est encore aujourd'hui enceinte des œuvres de son père.

B... a été condamné aux travaux forcés à perpétuité (1).

— Un garçon boucher de la commune de Bégard, âgé de 20 ans seulement, a été arrêté en flagrant délit de tentative de viol sur la personne de sa jeune sœur âgée de 8 ans !

Ce n'était pas du reste la première fois qu'il as-

{{) Événement, 4 mai 1877.

souvissait sur elle sa passion bestiale : il a fait aussi à plusieurs reprises des propositions odieuses à uce autre de ses sœurs âgée de 10 ans. Sur leur refus obstiné, il chercha à les obtenir par la force. Une surveillance sévère, l'éloig-nement de ces pauvres petits êtres, empêchèrent le renouvellement de pareils actes, et on pouvait croire le satyre dompté, quand, le T"" janvier dernier, il se livra au crime le plus abominable : il s'introduisit dans le lit de sa mère et, comme celle-ci faisait des efforts pour repousser ses attaques, lui serrant la gorge, comprimant sa bouche, lui brisant les dents, l'étreignant de toute l'énergie de la force herculéenne dont il est doué, il la viola !

La malheureuse veuve^ âgée de 46 ans, a pendant toute une nuit subi ses cruautés et ses incestueux outrages.

Le lendemain, des voisins lui ayant fait reproche de sa vilenie, il entra dans une colère furieuse et les frappa. Alors on voulut en finir avec ce forcené et la gendarmerie fut appelée.

Elle n'était pas encore arrivée que déjà cet insensé avait commis une nouvelle atrocité.

Il avait enlevé sa plus jeune sœur âgée de 8 anS;, s'était enfui avec elle dans une étable à porcs, et, l'ayant couchée dans l'auge, il cherchait à la soumettre à ses féroces convoitises.

C'est au milieu de cette tentative odieuse que les gendarmes le surprirent ; mais il ne se rendit point, et menaçant, frappant, mordant ceux qui l'arrêtaient,

il fit des efforts désespérés pour achever son œuvre.

Condamné dès l'âge de 1-ians, pour des faits semblables sur une de ses sœurs, à être détenu dans la maison de correction de Langonet, il en était sorti en mars 1875.

Cejeune homme, d'une force peu commune, était redouté de tout le monde, et proférait des menaces de mort contre toutes les personnes qu'il rencontrait.

Il a été condamné , sans circonstances atténuantes à vingt années de travaux forcés et vingt années de surveillance (1).

Le mariage lui-même, la paternité, qui imposent à l'homme de si sacrés devoirs, ne sont pas un obstacle à l'appétit génésique de certains individus.

D'après les statistiques, les hommes mariés figurent presque en nombre égal à celui des célibataires dans les tables de la justice.

— C'est une épidémie :

Encore un de ces abominables forfaits vient d'être accompli dans une commune voisine de celle oh a été assassinée la jeune Gouzui.

Une petite fille de 6 ans et demi, Marie P..., se rendait, il y a quelques jours, du village de Bralle, cil habitent ses parents, à l'école communale de Bois-

(1) Cour d'assises des Côtes-du-Nord, 20 avril 1877. — Il eût été intéressant de connaître la famille et les antécédents héréditaires de cet individu. Malheureusement, dans tous les faits de celte nature qui ne motivent pas une intervention médico-légale, les enquêtes sont muettes sur ce point, d'une importance cependant capitale.

le-Roi, lorsqu'elle fît la 'rencontre d'un habitant du pays, nommé B..., qui l'attira par diverses promesses dans un champ.

Une fois là, le misérable se précipita sur l'enfant, la renversa et se livra sur elle à un odieux attentat.

L'enfant pleurant, appelant au secours, B... lui comprimait la bouche avec sa main.

Déjà la malheureuse victime, brisée, étouffant, ne paraissait plus donner signe de vie, lorsque le bruit d'une voiture se fit entendre sur la route. Le misérable prit peur et il s'enfuit : la petite Marie se releva aussitôt et toute tremblante, en désordre, tout en larmes, elle courut de son côté jusqu'à l'école. Là elle raconta ce qui venait de lui arriver.

B... fut mis le soir même en état d'arrestation et conduit à Fontainebleau. L'auteur de cet horrible forfait est âgé de 54 ans, propriétaire, père de deux enfants dont l'un est marié (1).

On a vu également le viol commis sous l'empire de l'ivresse. Souvent alors ce n'est plus un homme seul, mais une bande d'hommes véritablement en délire qui se ruent sur leur victime pour assouvir une passion brutale née dans les fumées du vin.

— Un crime qui ferait croire au recul de la civilisation s'est passé dans le canton de Tournon, au village d'Eclassan.

Dans la nuit du 1" au 2 mai, cinq jeunes gens de 19 à 25 ans, tous appartenant à des familles de (1) Événement, Il juin 1876.

cultivât eurs riches et aisés, au sortir d'un dîner, pénétrèrent^ au moyen de l'effraction de la porte d'entrée, dans le domicile d'un habitant de la localité, avec le projet arrêté d'avance de violer la domestique âgée de 18 ans. L'un d'eux, le plus familiarisé avec les êtres de la maison, se dirigea vers la chambre de la jeune fille, laquelle entendant du bruit et pressentant sans doute un danger quelconque, s'était réfugiée au grenier.

Poursuivie dans ce lieu et bientôt atteinte, puis réduite à l'impossibilité de pouvoir se défendre, la malheureuse enfant fut descendue, les membres liés, à l'étage inférieur. Là, les cinq jeunes gens tirèrent au sort et la jeune fille dut subir successivement les derniers outrages (I).

— La femme G... était allée à Valauris pour effectuer un paiement. Le soir elle repartait à pied pour Cannes, accompagnée de deux femmes et d'une petite fille de 12 ans.

A la chapelle Saint-Sébastien^ elles furent assaillies par une bande de jeunes gens, en état d'ivresse, qui se mirent à leur lancer des pierres en criant : (( Nous voulons la femme ! » Puis la moitié de la bande va barrer le chemin aux promeneuses. « Enlevons-la, enlevons-la ! » crient-ils encore, et, joignant l'action aux paroles, ils saisissent la femme C... et la traînent sur le chemin.

Là commence une série d'outrages que nous ne voulons pas énumérer et que l'on est surpris d'avoir à constater dans un pays civilisé.

(1) Annonay (Ardèche), 30maH876.

La malheureuse femme criait « Au secours » de toutes ses forces. Un des jeunes gens, craignant que ses cris n'attirassent quelqu'un, met sa main sur la bouche de la victime. Mais la lutte avait épuisé C... qui s'évanouit ; elle-même ne peut plus se souvenir de ce qui se passa alors. Elle reprit ses sens le lendemain matin dans une ferme oij elle avait été transportée.

(( Nos renseignements particuliers, dit la Gazette des tribunaux, nous autorisent à affirmer que la bande qui s'est rendue coupable de ce monstrueux attentat, se composait d'environ cinquante individus, dont sept d'entre eux ont pu être complètement reconnus jusqu'à présent (1). »

«D'autres fois le viol, dit le professeur Tardieu, n'est que le prélude de l'assassinat, et, soit que le coupable espère se dérober au châtiment en faisant disparaître le seul témoin qui puisse l'accuser, soit que dans la lutte il ne puisse vaincre la résistance ou étouffer les cris qu'en donnant la mort, il peut se faire que l'on ait à constater à la fois le meurtre et le viol. Dans les cas oii jai été appelé à assister la justice pour des affaires de cette nature, c'est le plus souvent par strangulation que le crime avait été commis. Une fois le cadavre avait été précipité dans l'eau ; tout récemment enfin, une petite fille de 7 ans et demi avait été tuée à coups de couteau, et avait en même temps les parties sexuelles horriblement déchirées. » (1) Courrier de Cannes, 16 juin 1876.

— Des meuniers du Bas-Coudray , dans la commune de Saint-Isie, avaient pris à leur service un garçon de 20 ans qu'on appelait Blanchard.

Blanchard était depuis une semaine au moulin, lorsque, le 2 février dernier, M. et M""= Houssin, les maîtres, s'absentèrent pour la journée, laissant leur domestique seul avec Henriette, leur fille, une enfant de 11 ans et demi.

Vers midi, un homme de peine, envoyé de grand matin au dehors, eut la surprise, à son retour, de trouver la maison fermée. Il se hissa jusqu'à la fenêtre, aperçut, épars sur le sol, le contenu d'une armoire à linge, et vit au pied d'un escalier les sabots d'Henriette Houssin.

H appela : le silence seul répondit. Il se mit en quête de Blanchard, le gars avait disparu.

Que faire ? avertir les voisins, attirer du monde dans le logis désert. Une fermière accourut ; un exprès fut expédié aux parents de l'enfant ; un autre se dirigea vers la gendarmerie.

On pénétra au premier étage. Sur un lit gisait le corps inanimé d'Henriette, une plaie transversale ensanglantait le cou. Autour de la blessure, une pression violente avaitlaissé des empreintes d'ongles. La fillette assassinée avait été l'objet du plus odieux attentat. . Blanchard avait attiré sa victime en la priant de l'aider à remplir son sac de son.

Il s'était rué sur elle. Prévoyant des efTorts désespérés, la brute tenait à portée de sa main un couteau ouvert.

Blanchard, dont le vrai nom était Bouché, était recherché par le parquet de Bambouillet comme coupable de deux crimes.

En octobre dernier, il se rendait à Dourdan. Une fillette, sa cousine, était à l'école à Brénillet. Il obtint que la directrice lui remît Eugénie A.., l'entraîna dans le bois de Brétigny et souilla ignoblement l'enfant qui lui était confiée.

En novembre, B. recontrant en forêt, une femme de 80 ans, Marguerite G..., se précipitait sur la pauvre vieille pour se livrer à de nouvelles et odieuses violences...

Bouché, cynique jusqu'à la fin, écoute d'un air railleur l'arrêt qui le condamme à la peine de mort (1).

— Un jeune homme de vingt-quatre ans, transporté par une ignoble passion, se livrait sur des enfants de neuf ans à des actes monstrueux et assassina sa dernière victime parce qu'il ne pouvait la posséder vivante.

C'est dans un marais qu'il a commis ce dernier crime ; il a bâillonné l'enfant, et enfoncé une branche de Tamaris dans l'abdomen, il a arraché ses boucles d'oreilles, et c'est sur ce cadavre mutilé qu'il a assouvi sa bestialité.

Cet individu a été condamné à mort (2).

— Dans un des faubourgs, un homme entraîna à l'écart une toute jeune fille qui jouait dans la rue, sa-

(1) Cour d'assises delà Mayenne, 10 avril 1877.

(2) Cour d'assises de la Cl{,arente-Inférieure, 24 novembre 1876.

MORBÀU. 17

tisfit sur elle ses appétits bestiaux et lui ouvrit le ventre jusqu'au nombril (1).

Le viol paraît à l'ordre du jour de l'Europe entière. La cour d'assises du Brabant vient d'en juger un qui s'est accompli dans des conditions de sauvagerie et brutalité telles, qu'on se demande si le coupable appartient vraiment à une nation civilisée.

— Le 15 mars 1876, des laboureurs se rendant à leurs travaux, trouvèrent un cadavre de femme baignant dans une mare de sang et portant les traces d'une lutte horrible.

Puis de distance en distance, des mares de sang témoignant que la victime avait cherché son salut dans la fuite et avait eu à soutenir une lutte des plus vives avec son agresseur.

Les médecins légistes établirent que la femme E. avait été victime d'attentats à la pudeur sans nombre, commis avec le plus cruel acharnement.

Sneessens, âgé de dix-neuf ans, reconnu coupable fut condamné à dix années de réclusion, à l'interdiction perpétuelle de tous ses droits.

Enfin, bien que ceci ne rentre pas précisément dans notre travail, nous devons rappeler que le viol a été de tout temps signalé comme cause d'ahénation. Le fait est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'y insister.

Il est des individus qui mettent fin à leur exis-

(\) Liiçon, 5 juillet 1879.

tence parce qu'on les a surpris commettant des actes sans nom.

Tel est le fait cité par Brierre de Boismont : Un homme qui avait toujours donné des signes d'une grande dévotion, est saisi, en flagrant délit, avec une petite fille de six ans. Désespéré, il s'écrie qu'il ne peut survivre à une pareille faute, et il se donne la mort.

— Parfois c'est une malheureuse femme outragée, qui perdant subitement la tête, sous l'empire de la honte de n'avoir pu échappera l'infamie dont elle a été bien malgré elle la victime, est entraînée irrésistiblement à mettre fin à ses jours.

Tardieu en a vu plusieurs exemples :

Dans l'un, une femme se jeta par la fenêtre au moment oii elle était délivrée de l'étreinte de celui qui avait abusé d'elle. Dans un autre, une jeune fille déflorée, se fît périr par asphyxie dans la nuit même qui suivit le crime.

Un père usant de tout son ascendant sur sa-fille, ayant même recours aux mauvais traitements, finit par la faire condescendre à ses désirs. Une grossesse est le résultat de ce commerce. Des idées religieuses longtemps comprimées, se réveillent alors dans l'esprit de cette infortunée ; elle fait les représentations les plus vives à son père, lui déclare qu''elle ne peut rester aveclui. Des querelles s'élèvent : chaque jour des scènes de violence ont lieu; la fille hors d'état de résister, et ne voulant pas, d'un autre côté, appeler sur l'auteur de ses jours la vindicte des lois, profite

d'un moment où il l'avait laissée quelques instants libre, s'enferme dans sa chambre et s'asphyxie (1).

Il est inutile d'insister plus longuement sur ces faits à qui la presse ne craint de donner une publicité aussi blâmable que malsaine.

A la lecture de ces forfaits sans nom l'esprit humain recule épouvanté et se demande si, dans ces cas, il y a véritablement une distinction entre l'homme et la brute.

Certes, l'état mental de ces individus, souvent lésé, ne peut être indiqué que par une enquête médicale qui trop souvent, hélas ! fait défaut. Mais, disons-le par anticipation, ces êtres dénaturés ne méritent aucune commisération. Ils devraient à tout jamais disparaître de la société qu'ils épouvantent par leurs odieux attentats.

(1) U'' Salone, in Brierre de Boismonl, du Suicide.

Page 1