‹ Des aberrations du sens génésiqueChapitre 2 sur 25 · ASSELIN ET G", LIBRAIRES DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

ASSELIN ET G", LIBRAIRES DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE

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En présence des nombreux cas de viol, d'attentats à ]a pudeur de toute nature relevés journellement avec une déplorable exactitude par les feuilles publiques, en présence de la tendance toujours croissante de certains auteurs modernes à mettre en scène, à glorifier même des faits monstrueux que réprouvent la morale et les mœurs, il est permis de se demander oii s'arrêtera cette terrible calamité qui n'épargne ni le sexe, ni l'âge, qui prend ses acteurs dans tous les rangs de la société.

D'après le compte rendu de l'administration de la Justice criminelle en France, sur 1,849 crimes contre l'ordre public, nous relevons le chiffre effrayant de 873 viols et attentats à la pudeur sur des enfants seulement. (Les attentats sur les adultes ne figurent pas dans ce chiffre.)

Cherchons-nous quelle est l'espèce ou la classe

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d'hommes qui se livrent à ces immondes profanations, nous ne trouvons dans la statistique que ces mots : célibataires^ mariés.

Quoi ! on a flétri de la sorte en 1872, 682 enfants; en 1873, 703; en 1874, 825; en 1875, 813; en 1876, 875 ; et la statistique n'a pas un mot pour indiquer l'origine de la cause de cette dépravation toujours croissante ! Près de 4,000 enfants souillés en cinq ans, et cela n'est révélé que par un chifi're !

Depuis plusieurs années déjà notre attention avait été attirée sur ce point. Nous nous proposons dans ce travail de rechercher la cause première de ces désordres, de ces aberrations, de les étudier, de passer en revue les différentes formes qu'elles revêtent.

N'est-ce pas de notre part une grande hardiesse que d'entreprendre de traiter un sujet aussi important, aussi vaste, que des liens plus étroits, plus nombreux qu'on ne l'a pensé jusqu'ici, rattachent à la psychologie morbide et même dans une foule de cas à la pathologie générale ?

Disons-le de suite, nous n'avons pas l'intention de nous livrer dans cette étude à des discussions philosophiques qui assurément présentent un haut intérêt : notre donnée est plus restreinte, le point de vue auquel nous nous plaçons étant exclusivement médical.

L'ensemble des faits, objets de ce travail nous a conduit à accepter comme absolument démontrée l'existence psychique d'un 'sixième sens, le sens génital.

Nous le verrons plus tard, ce sens généralement admis, du moins en principe par les psychologues, est encore de la part des histologistes et des physiologistes l'objet de nombreuses controverses, quant à sa localisation exacte , à son existence (histologique) même.

Nous appuyant sur de nombreux exemples, nous espérons démontrer que ce sens a des fonctions spéciales, distinctes des autres appareils, que, comme il arrive aux autres sens, il peut être lésé psychiquement sans que la rectitude des fonctions mentales, tant affectives qu'intellectuelles, ait à en souffrir.

A côté de faits probants, bien nets, dont on ne saurait révoquer un seul instant la nature morbide, il en est d'autres qui n'appartiennent pas tous, à.proprement parler, à l'aliénation mentale, si toutefois sous ce titre on ne veut admettre que des désordres intellectuels bien caractérisés, bien tranchés^ palpables en un mot; mais leur analogie avec cette affection est si grande, si saisissante, tant de motifs au point de vue de leur origine, de leur cause déterminante le confondent avec elle, que c'est sans la moindre hésitation que nous leur avons donné une place importante dans ce travail.

Ces faits, discutés et discutables, sont de ceux que d'habitude, lorsqu'on vient à les apprendre, on caractérise en s'écriant : « Mais c'est un acte de folie..., il fallait être fou pour commettre une pareille action . . . , etc. » On est bien disposé à croire que cela est réel-

lement, mais on reste dans le doute faute de preuves suffisantes.

Dans ces cas, souvent les troubles intellectuels sont masqués par toutes les apparences de la plus saine raison, et Ton voit alors l'intelligence de certains individus participer, dans des conditions variables, de la raison la plus entière et tout à la fois de la déraison la plus complète : de là pour les gens peu versés dans l'étude spéciale des maladies de l'intelligence et souvent même, pourquoi ne l'avouerions-nous pas ? pour ceux qui ont vieilli sous le harnais, qui ont passé leur vie au milieu des aliénés, qui ont fait de leurs mœurs, de leurs habitudes une étude spéciale et approfondie, une incertitude désespérante. Mais cette incertitude même ne fait-elle pas pressentir l'existence d'une cause déterminante inconnue, à peine soupçonnée, inaperçue, la seule cependant à laquelle il faille attribuer tout le mal et toujours en dehors de laquelle on s'obstine à vouloir trouver la cause de ces actes odieux ? Nommons par anticipation les troubles cérébraux de diverse nature.

Les maladies qui mettent si souvent obstacle au plein exercice du libre arbitre, sont aussi variées que celles qui frappent l'organisme physique. Les unes viennent d'un défaut de régularité dans la conformation des organes ou de leur dérangement accidentel, occasionné par la maladie, des coups, des chutes, des traumatismes, des commotions ou autres accidents; les autres sont le triste effet et la suite inévitable des passions déréglées auxquelles succom-

bent inconsciemment, fatalement, les malheureux prédisposés ou héréditaires.

Les passions ont des effets proportionnés à l'empire qu'elles exercent sur notre esprit : elles nous séduisent, nous attirent insensiblement et pour mieux nous tromper, souvent elles se déguisent et se métamorphosent. Les passions violentes, impétueuses, troublent et subjuguent la raison : elles nous dominent, nous tyrannisent et finissent par engendrer un état de démence réel (1).

Les passions les plus honteuses et les plus violentes n'entrent pas d'abord dans le cœur de l'homme avec toute leur difformité : c'est d'abord un sentiment imperceptible qui peu à peu se développe, s'accroît et se multiplie, c'est pour prendre un terme de comparaison, l'histoire de la boule de neige ; puis, à un moment donné, sous l'influence de la cause la plus minime, la plus insignifiante, une explosion terrible se produit, entraînant à sa suite les effets les plus funestes.

On ne se livre jamais impunément à des jouissances immodérées et plus les plaisirs sont actifs, plus ils sont dangereux. Les passions sensuelles principalement tiennent le moral dans une fermentation telle que chez certains individus les prétendus plaisirs qu'elles leur font goûter tiennent véritablement de la fureur et de la rage.

Un grand nombre après s'être laissé entraîner irré-

H) Nous entendons ici le mot démence dans le sens général que lui ont assigné les rédacteurs du Gode civil.

sistiblement, fatalement par le penchant naturel qui porte un sexe vers l'autre, ne peuvent plus s'arrêter sur une pente d'autant plus dangereuse qu'elle se dissimule sous les fleurs. Bien vite rassasiés, lassés, ils ne peuvent plus être réveillés que par les plaisirs les plus grossiers, faisant appel à tous leurs sens pour satisfaire leur passion dominante.

Après avoir usé de tout ce qui pouvait surexciter leurs organes engourdis, ils tombent infailliblement dans l'hébétude, la stupeur,, ne tiennent plus à une vie dont ils ont épuisé tous les principes, et s'ils n'ont pas assez de courage pour mettre un terme à une existence si malheureusement remplie, la démence incurable s'en empare et les conduit rapidement au tombeau.

Et ceux-là sont les plus favorisés de la fortune qui finissent leurs jours dans les asiles d'aliénés ! Combien ne voyons-nous pas de ces malheureux qui sous l'influence d'une impulsion subite, irrésistible, ont violé, assassiné même pour parvenir à leur but, et qui expient sur l'échafaud le crime d'avoir succombé fatalement, à leur insu, à une force maîtresse, à un moment de folie ?

Ceux-là sont fous comme les autres : personne n'en doute ; mais le public, la loi, ne se contentent pas de preuves morales, et tout en reconnaissant in petto qu'en effet il leur manque un sens, on demande des preuves matérielles, palpables, pour excuser ce malheureux et le considérer comme un être incomplet, digne de commisération et de sollicitude.

Loin de nous l'idée de vouloir innocenter ces misérables. Tout autant et plus que personne nous croyons utile, nécessaire de les tenir écartés de la société qu'ils terrifient par leurs actes sauvages, de la famille qu'ils flétrissent d'une honte imméritée et pourtant ineffaçable. Mais ce ne sont pas des malfaiteurs dans l'acception propre du mot : ce sont des malades qu'il faut prendre en pitié et dont on doit se défier et se préserver : car avec eux la vie privée, comme la vie publique, est absolument impossible.

Cette afl'ection qui frappe le sens génital, n'est pas née d'hier. Dès la plus haute antiquité, malgré le silence d'Hippocrate, de Galien, de Celse... etc., nous la voyons apparaître avec tout son cortège. Parfois même, brisant tout lien, toutes bornes, toute mesure, on la vit régner épidémiquement. Qu'on se rappelle les orgies, les débauches sans nom dont Rome fut témoin sous le règne des douze Césars !

De tous les désordres propres aux facultés affectives, les aberrations de l'amour physique sont les plus fréquentes et les plus variées; et cela se conçoit puisque c'est un des plus impérieux besoins qui stimulent l'homme et les animaux. Ces aberrations étaient du reste bien autrement fréquentes chez les anciens dont les idées en matière de morale étaient différentes des nôtres. C'est ainsi que les premiers législateurs se sentant impuissants à modérer cette fureur, ont du moins compris la nécessité de la contenir, de lui donner des bornes et n'ont pas craint,

pour arriver plus sûrement à leur but, de faire de l'acte générateur l'objet d'un culte spécial.

Ces traditions se sont conservées dans toute leur pureté chez les descendants des peuples anciens. L'Inde, l'Océanie, l'Afrique, observent religieusement les lois de la trinité, Brahma-Siva-Wichnou, de Roha....^ etc., et à des époques déterminées, hommes et femmes se rassemblent dans des endroits consacrés pour se livrer à tous les genres de plaisirs, à tous les excès de la débauche la plus effrénée.

En réhabilitant la femme (1), le christianisme opéra une immense révolution dans les mœurs. Il fit de l'amour physique un moyen et non pas un but : il lui assigna pour fin exclusive la propagation de l'espèce. Tout acte vénérien accompli en dehors de cette prévision devient à ses yeux un attentat qui du domaine de la morale chrétienne passait souvent dans celui du droit civil et criminel afin d'y recevoir parfois un châtiment atroce et capital. Le paganisme était moins sévère. Les Grecs et les Romains pensaient que la sagesse divine avait aussi donné à riiomme l'amour en vue du simple plaisir; ils croyaient que la volupté était tantôt une fin, tantôt un moyen. Selon Zénon, l'amour est un dieu libre, qui n'a d'autres fonctions à remplir que l'union et la concorde (2). Certains philosophes modernes, de Lamettrie entre autres, pensaient de même.

(1) Michea, Union médicale, 17 juillet 1849.

(2) Athénée, Banquet des Savants, traduction de L. de Villebrun, 1789, t. II, p. 22.

« Chaque homme, dit l'élève de Boerhaave et l'ami du grand Frédéric, porte le germe de son bonheur avec celui de la volupté... Pour être aussi heureux qu'il est possible de le devenir, il n'y a qu'à s'appliquer à connaître son tempérament, ses goûts, ses passions, à agir toujours en conséquence de ce qu'on aime, à satisfaire tous ses désirs, c'est-à-dire, tous les

caprices de l'imagination Tout est femme dans ce

qu'on aime; l'empire de l'amour ne connaît d'autres bornes que celles du plaisir (1)... »

Dans les pages suivantes, nous donnerons un aperçu historique de cette question pleine d'intérêt : Nous n'inventons rien, nous ne forçons point les ombres du tableau pour les besoins de notre cause, l'histoire est là.

Sans nous laisser arrêter par une fausse pudeur, dans la crainte d'ajffaiblir ou de traduire imparfaitement la pensée des auteurs, nous appellerons à notre secours cette langue qui dans ses mots brave l'honnêteté et nous oserons dire avec Saint- Augustin : « Si ce que j'ai écrit scandalise quelque personne impudique, qu'elle accuse plutôt sa turpitude que les paroles dont j'ai été olDligé de me servir pour expliquer ma pensée. J'espère que le lecteur pudique et sage me pardonnera aisément les expressions que j'ai été obligé d'employer, m

(1) De Lamettrie, Œuvres philosophiques, 1774, t. II et III, p. 323 et 279.

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