MÉDECINE LÉGALE
Dans les lignes qui suivent, nous n'avons pas en vue ces faits bien définis, bien nets d'érotomanie, de nymphomanie, d'attentats à la pudeur... commis par des aliénés, par des imbéciles, par des déments, par des êtres, en un mot, dont le fonctionnement morbide des facultés de l'intelligence n'est mis en doute par personne; notre visée se restreint à ces cas dont l'appréciation morale fait naître au fond de l'âme une perplexité cruelle lorsqu'on est appelé à donner son avis sur l'état mental de ceux qui les ont commis. Les faits sont si monstrueux, si entachés d'aberration, et cependant leurs auteurs présentent une telle apparence de saine raison, occupent dans le monde une telle position, sont réputés jouir d'une telle probité, d'une telle honorabilité..., etc., que l'on hésite à se prononcer.
Que dire ? que faire? aucune preuve manifeste, irrécusable de trouble psychique ou organique, rien, rien que Tacte incriminé, les circonstances dans lesquelles il s'est produit, rien que des hypothèses, rien que des prescriptions ! Une explication cependant est
admissible, seule elle peut donner la raison et le pourquoi de ces actes dont l'énormité frappe sans cesse d'étonnement et de stupéfaction les personnes étrangères à l'étude de la psychologie morbide.
Les faits que nous avons énumérés dans le cours de ce travail, établissent que sous l'influence d'un vice, le plus souvent l'hérédité, les facultés morales peuvent subir des altérations qui, si elles ne détruisent, comme il arrive dans les cas de folie déclarée, les relations sociales de l'individu, au moins les modifient singulièrement et doivent, certainement, être prises en considération lorsqu'il s'agit de juger la moralité de ses actes. Pour être peu tranchés, les désordres de l'intelligence ne sont pas moins réels et se réfléchissent dans toutes les actions ou certaines des actions de celui qui en est atteint.
C'est de la folie à un degré encore peu élevé, mais c'est toujours de la folie. Et dès lors, quelque raisonnable que soit un individu, c'est-à-dire, quelque nombreux que soient encore les liens moraux qui l'unissent à ses semblables, le font participer à la vie commune et jouir de l'existence sociale, on ne saurait, pourtant, ne pas tenir compte de ce qu'il y a dans son organisation morale, d'hétérogène, qui l'isole des autres hommes, en fait un être à part, le différencie réellement sous quelques rapports de ses semblables.
En outre, dans l'ignorance oiî nous sommes de la nature des désordres cérébro-intellectuels, quelles limites leur assigner ? quelles bornes poser à leur ac-
tion? Qui, devant se prononcer sur la moralité de tel ou tel acte, pourra dire : « En deçà de ce point est la raison, au delà le délire, » dans les circonstances surtout oh la conduite de l'individu a été dirigée par des causes qui amènent fréquemment l'explosion de la folie générale ou partielle ?
Nous avons prononcé les mots de folie générale, folie partielle ; que faut-il entendre par là ?
D'après les idées reçues touchant la nature des facultés intellectuelles, leur mode d'action..., etc., on entend généralement par folie, un état de l'intelligence en opposition complète avec la raison.
Nous ne prétendons point dire par là qu'on refuse, sinon à tous les aliénés, au moins à quelques-uns d'entre eux, aux monomaniaques et à d'autres dont le délire est plus vague, aux intelligences incomplètes, anomales, aux héréditaires, la faculté de raisonner, de poser des principes et d'en tirer des conséquences très rigoureuses, de se former un plan de conduite dont ils ne se départiront jamais, de viser à un but, de rechercher, de découvrir avec une sagacité souvent remarquable les moyens qui devront les y conduire..., etc.
Un grand nombre de travaux, en première ligne ceux d'Esquirol et de ses élèves, ont dès longtemps fait justice de cette erreur. Nous voulons dire que le mot folie est toujours pris dans un sens parfaitement déterminé, absolu, et essentiellement exclusif de l'état mental appelé sagesse, sens commun.
Mais il est un ordre de faits peu nombreux qui ne
permettant pas absolument do tracer aucune lig'ne de démarcation entre l'état maladif et l'état sain, établissent une sorte de fusion de l'un et de l'autre, un véritable état intermédiaire ou mixte.
Dans les cas dont il s'agit, il serait impossible de dire jusqu'à quel point s'est étendue l'influence du délire relativement à un acte intellectuel quelconque. Cette influence se fait sentir partout, mais d'une manière vague, indéfinie, souvent insaisissable, pourtant bien positive. Elle domine le moral tantôt par une singulière rapidité de conception et de jugement, spécialement par une grande susceptibilité des passions affectives ou sensorielles, toujours prêtes à s'irriter, à imprimer des secousses, des impulsions brusques à la raison qui, prise au dépourvu, ne peut leur opposer aucune résistance ; tantôt par un entraînement instinctif vers une idée particulière, une facilité surprenante à se laisser enchaîner à une combinaison mentale, préférablement à toute autre, à céder aveuglément à Tempire de cette passion fixe ; tantôt enfin par l'affaissement des facultés de l'intellect, de la sensibilité et du sens moral.
Il est remarquable, sans doute, que des individus qui conservent assez de raison pour soumettre leurs actions au contrôle de l'autorité générale, puissent ne pas s'apercevoir qu'ils sont dominés irrésistiblement ^^dx des idées extravagantes.
Cela n'implique-t-il pas contradiction? D'une part en effet, n'y a-t-il pas délire profond, complet, puisqu'il y a absence de conscience de ce délire, et de
l'autre quelle plus grande preuve de raison que de juger les actions auxquelles ce délire môme a donné lieu, d'après les règles les plus saines de la morale? En outre, celui-là seul peut appliquer à ses actions des idées de juste et d'injuste, de bien et de mal, qui a le sentiment de son libre arbitre, et ce sentiment, on en nie l'existence puisque l'on attribue à l'individu des impulsions irrésistibles... !
Ces difficultés s'évanouissent, si l'on prend garde que dans la manière dont ils subissent l'entraînement de leurs impulsions, perce le sentiment confus, tacite, mais réel d'une puissance supérieure à laquelle ils opposeraient, en vain, une plus longue résistance. Le désir, en effet, s'est à peine emparé d'eux, qu'ils semblent convaincus qu'il faudra qu'il soit absolument satisfait, et avec une facile résignation, une sorte de désespoir calme et froid, ils se laissent aller à leurs impulsions dont ils acceptent toutes les conséquences quelles qu'elles doivent être; ils oublient tout pour ne songer qu'à l'exécution de leurs desseins. C'est à leur incertitude, leurs doutes sur la nature réell-e, l'irrésistibilité de leurs impulsions qu'il faut attribuer leurs remords ou du moins ce qui a les apparences du remords, leurs terreurs, leurs craintes, leur respect pour le jugement de leurs semblables.
Nous n'ignorons point quelles graves conséquences peuvent être déduites de ce qui précède, à quel point ces conséquences devraient susciter dans l'esprit de l'hésitation ou des inquiétudes lorsqu'il s'agira d'ap-
précier avec une exactitude sévère certains actes déférés à notre jugement.
Mais ces conséquences découlent de faits bien positifs, bien constatés. Or, l'autorité des faits est absolue, on ne saurait la décliner en vue d'aucune espèce de considération.
Le génésiaque cédant à l'impulsion et agissant sous son influence doit donc être assimilé à tous les autres aliénés. 11 cesse d'être maître de lui-même : il n'est plus que l'instrument passif du pouvoir inconnu auquel il a résisté pendant un temps plus ou moins long, mais qui a fini par le dominer d'une manière absolue.
D'après ce qui précède, nous sommes naturellement amené à résoudre cette question :
Existe-t-il réellement une folie partielle, c'est-àdire un tel désordre des facultés morales chez l'homme, que ces facultés se trouvent en défaut dans un cercle déterminé d'idées, une série particulière d'actes intellectuels et affectifs, leur action s'exerçant de la manière la plus nomale sous tous les autres rapports?
Les faits que nous avons cités précédemment nous autorisent déjà suffisamment à répondre par l'affirmative.
Il est absolument impossible de signaler le moindre désordre, la plus légère anomalie dans les idées, la perception, les jugements d'un génésiaque, véritable monodélirant, dans tous les casoii le sujet sur lequel son attention sera fixée ne présentera aucun rapport
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avec l'objet de son délire, avec sa passion dominante, tyrannique. Ceci rappelle l'histoire de cet aliéné de Bicêtre qui, au rapport de Pinel, ne donna nulle marque de iblie, pendant plus de deux heures qu'il conversa avec des étrangers qui visitaient l'hospice et qui, au moment de se séparer d'eux, invité à mettre son nom au bas d'une déclaration, signa : Jésus-Christ.
Voilà pour ce qui est de simple observation : mais il est vrai de dire que le génésiaque qui raisonne avec justesse sur tel ou tel sujet, peut encore avoir sur ce même sujet des idées fausses, extravagantes, s'il peut trouver quelque point de contact,
quelque liaison, quelqu'analogie, tant éloignée soitelle, avec les idées fixes qui le préoccupent ; et c'est en effet ce qui arrive dans mille circonstances. Qu'il oublie pour quelques instants sa marotte, et il ne dilFère absolument en rien de ce qu'il était avant l'explosion de sa maladie, jurisconsulte éclairé, politique profond, littérateur distingué, médecin habile et dévoué , etc.
Sous l'influence de ses idées fixes, à travers les conséquences d'un entraînement irrésistible, il n'envisage plus rien à la manière des autres hommes, il n'a pas le sens commun.
Le délire partiel se présente donc sous deux aspects différents : il peut être borné rigoureusement à une série d'idées enchaînées logiquement les unes aux autres; en dehors de cette série d'idées, le malade jouit de toute l'intégrité de ses facultés morales ; il est naturel qu'il en soit ainsi ; un individu qui est
dans l'erreur sur tel ou tel sujet doit-il donc inévitablement se tromper sur tous les autres ?
Sous le premier rapport, l'existence des génésiaques, c'est-à-dire d'individus dont le désordre mental est nettement circonscrit, rig-oureusement délimité, est un fait de pathologie mentale qu'on ne saurait révoquer en doute.
En second lieu, le délire peut se réfléchir, et qu'on nous passe l'expression un peu vulgaire, déteindre sur beaucoup de points, en dehors des idées qui le constituaient primitivement, ab ovo : et ce sont là les seuls caractères de généralité qu'on puisse lui trouver.
Ces caractères, il les tient des lois mêmes de l'économie des facultés morales.
C'est en vertu de sa constitution intime, de son énergie native, que l'esprit établit des points de contact entre ses diverses pensées, les associe entre elles d'après l'analogie de leur origine, des causes qui les
ont produites , etc., et conclut des unes aux autres
d'après tel caractère qu'il observe en elles, ou qu'il leur suppose. Ajoutons qu'on ne saurait comprendre autrement la conception monomaniaque, sans refuser à l'esprit ses facultés d'association et de déduction, ce qui serait l'amener à un état pire que celui du désordre maniaque le plus intense, de la démence la plus profonde.
11 nous est déjà arrivé dans le cours de cet ouvrage de signaler quelques-uns des caractères distinctifs des idées dont l'ensemble, l'agglomération que nous
appellerons logique, constitue ce que les auteurs ont appelé délire partiel (monomanie d'Esquirol).
Sous le point de vue de leur origine, de leur développement, nous avons fait observer que ce développement était tantôt brusque, instantané, qu'il n'échappait pas toujoursàla conscience intime. . . ,etc. ; que les idées, les actes vraiment incompréhensibles du génésiaque n'étaient souvent que des idées conçues primitivement dans toute l'intégrité des facultés intellectuelles; qu'elles naissaient dans un complet isolement, sans qu'il fût possible de rattacher leur origine à un acte intellectuel préalable, ou bien étaient le fruit du raisonnement, des conséquences erronées déduites de principes vrais , etc.
Nous ajouterons ici quelques caractères symptomatologiques observés dans le cours et à la terminaison de la maladie.
Plaçons en première ligne l'influence que les idées fixes exercent sur le moral, influence telle que l'attention captivée, enchaînée, semble ne pouvoir plus être dirigée vers d'autre but que celui marqué par le délire.
L'esprit est continuellement assiégé, volens aut nolens ; S\. en fait l'objet de toutes ses méditations, les envisage dans tous les sens, sous toutes leurs faces, en tire des conséquences à perte de vue, découvre entre elles et d'autres idées de nature diverse des rapports, des points d'analogie qui ne pouvaient être saisis que par une perspicacité profonde, et l'autorisent en quelque sorte à exécuter comme parfaitement
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licite l'acte qu'il projette. Onse fait difficilement idée de la patience, de la ténacité avec lesquelles unindivi-' du de cette nature poursuit l'exécution de ses desseins.
Il y a quelque chose d'immuable, de fatal dans l'entraînement d'une idée fixe. Il faut en dire autant de son inflexibilité, de sa force d'inertie. Tout raisonnement, nulle preuve de fait ne saurait l'ébranler, l'évidence même est muette devant elle. Aussi la plupart des monomaniaques ne discutent point à proprement parler : au fond leur dernier mot est toujours celui-ci: «Cela est... j'affirme... je ne puis faire autrement... aucune force humaine ou divine ne m'empêchera d'agir suivant mes idées , etc. »
« Vos raisonnements sont fort beaux, disait un monomaniaque à Esquirol, mais je n'en reste pas moins certain de ce que j'avance. »
Nous l'avons dit, un génésiaque jouit comme tous les autres hommes, comme il jouissait avant de tomber malade, de la faculté de raisonner, de poser des principes, d'en tirer des conséquences..., etc.
En philosophie, en littérature, dans les matières les plus ardues, il découvre, saisit le vrai, en fait une juste application : il juge bien, à quelques égards, ses rapports dans le monde au milieu duquel il vit..., etc. Or, il semble que si les idées qui le dominent étaient de nature à donner prise au raisonnement, dans quelques cas du moins, elles ne Sauraient tenir devant les réflexions propres de l'individu lui-même, non plus que tous les autres actes de son intelligence.
Pourquoi ces idées plutôt que d'autres échappentelles au contrôle du sens intime ?
Nous essaierons plus tard de nous rendre compte de ces anomalies de l'esprit humain.
Lorsque l'intellig-ence reprend ses droits, ce n'est qu'insensiblement qu'elle se débarrasse de toutes les idées fausses qui l'enveloppaient comme d'un nuage épais. Les fondements sur lesquels elles reposaient croulentpeuàpeu, elles sont moins pressantes, moins absolues, ne captivent plus l'esprit d'une manière aussi exclusive; l'incertitude, le doute, la défiance portent chaque jour de nouvelles atteintes à la conviction du mono-délirant, l'ébranlent, la détruisent tout à fait. Dans quelques cas, elles disparaissent brusquement, pour faire place à une raison parfaite. Le voile des illusions se déchire tout à coup, l'esprit est comme frappé d'une lumière soudaine ; il reprend possession de lui-même, il naît à une vie nouvelle
Si ce sont là les cas les plus heureux, ce sont aussi malheureusement les moins fréquents. Le plus ordinairement l'idée fixe prend de plus en plus droit de domicile, elle s'ancre définitivement dans le cerveau du malade, et la lésion pathologique d'où elle tire son origine s'étendant de proche en proche, par voie de simple contiguïté, elle aboutit fatalement à la démence.
D'après ce qui précède, on comprend combien est difficile à établir la ligne de démarcation entre l'état maladif et l'état normal, démarcation qui dans la plupart des cas est tout idéale.
L'«îtat de conscience, de raisonnement (apparent du moins) que présentent certains individus, l'étendue de leurs vues, la rectitude de leur jugement, le développement parfois extraordinaire de leurs facultés, viennent présenter les faits monstrueux dont ils se sont rendus coupables sous un jour tout particulier.
Sous le coup d'une accusation, les uns attendent tranquillement, avec le plus grand calme, le moment de leur comparution devant les magistrats ; les autres provoquent l'action de la justice, d'autres cherchent à s'y dérober.
Que penser de ces gens qui pour tout moyen de
défense se contentent de dire: «J'étais fou , je
prévoyais que je succomberais, je ne pouvais comprimer mes désirs ; une force irrésistible, surnaturelle, me poussait..., etc. » Il faut une fermeté d'âme peu commune pour oser, avec d'aussi faibles moyens de défense, espérer être acquitté, et ne pas chercher par d'autres ressources à éviter les chances d'une condamnation.
On peut réellement admettre que, tout en restant sous l'influence de leurs idées et de leurs affections extravagantes, ces gens jugeaient parfaitement le désordre de leur esprit , conservant la conscience intime, alors même qu'ils accomplissaient les actes qui répugnent le plus à la nature.
. Ceux-là, disons-le tout de suite, peuvent et doivent être, dans une certaine mesure^ rendus responsables de leurs actions. Ce sont des êtres dangereux pour la morale publique qu'il importe au plus haut degré de
protéger contre la contagiosité de l'exemple. 11 faut les mettre hors d'état de commettre de nouveau de pareils méfaits.
Mais ce n'est pas une peine de quelques mois, de quelques années môme de prison, ce n'est paa une peine afflictive et infamante qu'il leur faut, car, redevenus libres, sous l'influence des mêmes idées, sous l'influence des mêmes impulsions morbides, sous l'influence de désirs longtemps comprimés, ils recommenceront.
Ce qu'il leur faut, c'est un internement dans un asile, un isolement quelconque qui les mette dans l'impossibilité de nuire dorénavant, mais en sauvegardant riionneur de leur famille et le leur propre, par une déclaration d'irresponsabilité morale.
Nous n'ignorons pas que ce que nous demandons là est plus théorique que pratique, et par cela même d'une application matérielle impossible, au moins dans la plupart des cas.
La loi ne reconnaît pas à l'homme le droit de priver son semblable de la liberté, de l'arracher à sa famille, à ses affaires, pour avoir le malheur de posséder un caractère anormal, excentrique, qui tout en l'entraînant à des actions blâmables ne l'empêche pas de se conduire convenablement dans le monde, de remplir, souvent même avec éclat, les fonctions qui lui sont confiées.
Ce que nous disons ici est à un point de vue purementpsychologique,etnous sommes convaincus qu'envisagé de la sorte, chacun se rangera à notre avis.
A côte de ces individus à intellig-ence anormale, atteints d'un véritable délire partiel, se range encore toute une classe d'individus qui, sans être à proprement parler ce qu'on appelle des fous, ne subissent pas moins le joug de certains états physiologiques ou pathologiques. L'influence de la puberté, de la menstruation, de la ménopause..., etc., a de tout temps été signalée et a attiré l'attention des hommes de l'art. On sait, par exemple, que les affections utérines ont pour résultat presque constant d'altérer profondément et de pervertir les facultés morales des malades. Ces femmes sont soumises à des impulsions instinctives en vertu desquelles elles commettent involontairement, et tout à fait inconsciemment, les actes les plus répréhensibles et même criminels.
Notre regretté et vénéré maître, le professeur Tardieu, a consacré de grands soins à cette étude, faite d'ailleurs avec la haute intelligence qui caractérise ses œuvres. On trouve dans son travail, discutés avec la plus remarquable sagacité, de nombreux exemples de faits se rapportant à cette étude si intéressante des troubles intellectuels sympathiques des affections utérines (1).
En résumé, les faits qui serviront de fondement à l'appréciation sont saisissables, patents pour tous, objectifs et non plus subjectifs.
Ce sont les modifications apportées dans l'organisme par l'hérédité, par telle ou telle cause physique ou morale, prochaine ou éloignée, par l'état général,
(1) Tardieu, Étude médico-légale sur la Folie. Paris, 1872.
la constitution, les maladies antécédentes, les conditions d'existence, d'alimentation, les excès de toute nature, etc., etc. Ces faits pathologiques donneront la clef d'un bon nombre de phénomènes de psychologie morbide, de déviations intellectuelles et affectives dont on est disposé, tout d'abord, à nier l'existence, tant elles paraissent étranges et en dehors de toutes les idées reçues — (1)
Les considérations dans lesquelles nous sommes entrés dans le courant de ce travail prouvent encore combien nous devons apporter de circonspection et de prudence dans nos jugements.
Appelé par la Justice à donner son avis sur l'état mental d'individus inculpés d'attentats à la pudeur, le médecin légiste ne devra se prononcer sur le degré de responsabilité qui incombe à ces malades qu'après avoir soumis à une observation incessante, méticuleuse, l'état des facultés mentales de ces hommes qui ont déshonoré les plus hautes facultés par les instincts les plus dépravés, par les perversions les plus monstrueuses.
(i) Mor«au de Tours, Folie névropathique.