TRAITEMENT
Des causes physiques, des causes morales et intellectuelles agissent simultanément sur l'organisme, pour produire la folie génésique.
C'est donc à chacune d'elles en particulier, et à toutes à la fois, qu'on devra s'adresser pour employer avec quelques succès les ressources que nous offre la thérapeutique.
Comme dans toutes les affections nerveuses, le traitement est multiple, et la quantité innombrable des recettes prônées comme spécifiques, vient une fois de plus démontrer notre impuissance relative vis-à-vis de ces affections.
Chaque cause entraîne une thérapeutique spéciale : les maladies cutanées, utérines ou ovariennes, par exemple, étant reconnues coupables du délire, c'est à elles que s'adressera le traitement.
Les parties génitales présentent-elles quelque vice de conformation ? Y a-t-il phimosis, épispadias, hypospadias, hypertrophie des grandes lèvres, du clitoris, au chirurgien à juger de l'opportunité* d'une
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opération, à lui de décider la castration, la clitoridectomie, la nymphotomic,....etc.
Cette opération dont on a singulièrement abusé dans un pays voisin, est, au dire des praticiens allemands un excellent moyen pour combattre l'excitation génitale et la masturbation. En combattant ces causes, on guérit les névroses déterminées par ces pernicieux penchants.
Nous trouvons dans un journal allemand (1) ce qui suit, et nous le reproduisons en ajoutant combien nous accordons peu de confiance à ce mode de traitement. D'après ce journal, l'extirpation du clitoris ne saurait être admise que pour les cas qui réuniraient les conditions suivantes :
1° La masturbation, cause évidente et principale de l'hystérie, de l'épilepsie, de l'aliénation mentale : 2° tous les moyens de guérison ayant été employés et étant restés sans succès, les avantages que l'on attend de l'opération dépassant de beaucoup les inconvénients de la mutilation et delà stérilité ultérieure ; 3° enfin lorsque l'opérateur croit être certain d'obtenir une guérison radicale.
Le D' G. Braun, de Vienne, a fait deux opérations de clitoridectomie , toutes deux suivies de succès. Nous reproduisons ces deux exemples :
Une femme de 25 ans, après un avortement s'adonne à la masturbation au plus haut degré ; avec sa surexcitabilité du système nerveux, tout travail lui
(1) Cité par Decorse, Chirurgie des aliénés (thèse de Paris, 1871).
est impossible: hypertrophie du clitoris et des petites lèvres, excitation excessive de cette région au moindre contact, mouvements réflexes très actifs, même pendant l'opération, la malade étant chloroformée .
Après divers traitements infructueux, l'amputation du clitoris est décidée et exécutée à l'aide du couteau galvano- caustique : résultat très favorable ; la malade est débarrassée de sa surexcitabilité nerveuse et de son exaltation générale, sans que les sensations du coït soient compromises.
— Une jeune fille de 24 ans, par suite de masturbation, était tombée dans une décadence physique et morale. L'examen local prouve que le clitoris était normal, mais facilement érectile, les petites lèvres allongées, l'utérus et les annexes sains. L''exaltation sensuelle tourmentait la malade jour et nuit et la poussait à des pratiques d'onanisme sans cesse renouvelées. De l'avis du professeur Pitha, de Cari et Gustave Braun, le clitoris et les petites lèvres furent amputées par ce dernier au moyen du couteau galvano-caustique, et à l'aide du chloroforme. Au bout de trois semaines, cicatrice unie : on retrouvait au centre de la cicatrice le reste du clitoris, mais plus du tout excitable. La malade recouvra ses forces physiques et morales, et deux mois après fut très satisfaite de l'opération.
Le professeur Braun termine en disant : «Dans le cas d'onanisme invétéré chez les femmes, les filles et surtout les veuves, lorsque la répétition
trop fréquente de la masturbation occasionne des troubles physiques eL surtout intellectuels, et que les ressources de la thérapeutique ordinaire sont restées sans succès, je n'hésite pas à amputer le clitoris et les petites lèvres au moyen du couteau galvano-caustique qui empêche l'hémorrhagie. »
Nous avons insisté un peu longuement peut-être sur cette opération dont l'origine est loin d'être récente et qui n'a jamais donné les résultats qu'on en attendait : reprise par les auteurs modernes, on a voulu l'élever à la hauteur d'un spécifique unique, mais le bénéfice ne compensant pas les chances que présente toujours une opération, on l'a définitivement abandonnée, du moins en ce qui concerne la curation du délire génésique, car, il ne faut pas Toublier, jamais cette opération n'a fait et ne fera disparaître l'action prédominante de l'imagination et du système nerveux.
D'après les quelques mots qui précèdent, on comprendra que nous ne puissions entrer même dans une simple énumération des faits, et discuter leur traitement. Outre son manque d'intérêt, cette liste serait fatalement incomplète ; le médecin traitant sera seul juge compétent en pareille matière, et seul, il saura^ s'inspirant des circonstances du moment, instituer tel traitement qu'il jugera convenable.
Cependant il est de notre devoir de rappeler quelques règles qui appartiennent à la thérapeutique autant qu'à l'hygiène, applicables dans presque tous les cas.
L'eau froide sous toutes ses formes (bains de siège , lavements , douches générales ou locales....etc) a été préconisée, et avec raison, dans le traitement de ces affections.
Le bromure de potassium, le camphre, soit en lavement, soit en potion, soit autrement, ont été donnés avec succès dans quelques cas.
Le bromure de camphre, dont l'introduction récente dans la thérapeutique rend de réels et incontestables services dans le traitement des névroses en général, des névroses génitales en particulier, compte ;i juste titre de nombreux partisans.
Le chloroforme a été employé par le D"" Dumont de Monteux (1) dans un cas de satyriasis survenu chez un ecclésiastique après une confession,
La métalloscopie, qui a tant fait; parler d'elle depuis ces dernières années, compte à son avoir des faits de guérison de vaginisme compliqué d'hystérie trop curieux, pour ne pas nous arrêter un instant ; nous citerons entre autres le fait d'une jeune femme, qui eut une syncope la première nuit de ses noces.
Le vaginisme fut médicalement constaté et après un traitement classique régulièrement suivi et resté sans succès, la métallo thérapie fut employée.
Le chlorure d'or et de sodium fut ordonné à l'intérieur, et tous les soirs, la malade s'introduisait dans l'orifice vaginal un petit cylindre d'or, qui fut bientôt remplacé par un cylindre plus volumineux de
(1) Union médicale, 1850, p. 272.
même métal. Cette médication eut un plein succès. Le vaginisme disparut, et M"'" X... put en toute sécurité remplir les devoirs que lui imposait le mariage (1).
Nous citons le fait purement et simplement : au lecteur le soin d'en tirer les conclusions qu'il lui semblera convenables ; au médecin audacieux à conseiller et à expérimenter un semblable traitement ! Quant aux médicaments connus sous le nom à' antiaphrodisiaques , nous n'en parlerons que pour mémoire, leur efficacité étant fort discutable.
Le nénuphar, les quatre semences froides mineures (laitue, pourpier, endive, chicorée sauvage) et même majeures (concombre, melon, citrouille, courge), le café (2) dont certains auteurs modernes et anciens ont signalé l'action sur le sens génital pour en affaiblir l'énergie, peuvent être regardés comme des ressources bien insignifiantes et bien inconstantes. Reconnaissons cependant qu'avec une imagination préoccupée, ils peuvent, bien comme des amulettes, produire l'impuissance, mais ils n'ont rien de plus sérieux en réalité.
[1) Abeille médicale, 401. Observât, communiquée à la Société de biologie, par le D"" Docrand (de Moulins).
(2) Hecquet, Simon Pauli, lui ont attribué de même cet effet. En Orient, il passe généralement pour abattre les désirs vénériens. Murray rapporte à cet égard une singulière anecdote : « Conjux sultani Mahmed, equum castrari cernens, ab horrendà encheiresi jussit abstineri et equo coffœam propinari, cujus efficaciam in marito exploratam haberet. » — Willis a observé cette propriété anaphrodisiaque du café : « Vulgaris observatio passim dictitat in quantum coffœœ potatores nimii veneris impotentiaî obnoxii evadunt. »
C'est une affaire d'imagination et rien de plus. L'acétate d'ammoniaque jouirait des propriétés antiaphrodisiaques les plus prononcées à en juger par le cas cité par Patin de Troyes (1).
Il s'agissait d'une malade affectée de pertes utérines, et habituée en quelque sorte à une espèce de nymphomanie. Après quelques jours d'usage d'acétate d'ammoniaque à la dose de quarante gouttes, trois fois par jour, cette malade remarqua que ses désirs vénériens étaient presque éteints. Elle assura que cet effetj sensible pour elle dès la première prise du médicament, s'était accru à chaque prise nouvelle. « Elle craignit même que la prolongation de ce traitement ne glaçât ses sens pour toujours^ et ne la privât de plaisirs qui lui étaient plus chers que la vie. »
Un régime approprié sera recommandé aux gens d'un tempérament ardent et chaud.
Comme base de la nourriture on conseillera les viandes blanches, les légumes aqueux, les fruits acidulés, les boissons délayantes, évitant en un mot tout ce qui constipe, tout ce qui nourrit fortement^ tout ce qui excite.
On évitera le séjour au lit, surtout sur un lit moëlleux ; les vêtements trop chauds et trop serrés seront rigoureusement interdits : on recommandera l'exercice, la distraction, le travail manuel, le travail des champs.
A ce traitement physique s'ajoute le traitement
(1) Patin, Emploi de Vacétate d'ammoniaque dans les maladie utérines. Archives de médecine, 1828, p. 228.
moral, le traitement des troubles nerveux, dont l'importance n'est pas moindre.
« Le médecin, dit le D' Sandras (1), aura besoin en même temps qu'il se montrera physiologiste dans la recherche de la cause du mal, de faire voir qu'il est philosophe et homme du monde dans l'appréciation du remède ou physique ou moral, que demanderont les âges, les sexes, les tempéraments, les professions, les passions, les habitudes. Il combattra l'état nerveux par tous les moyens qui sont en son pouvoir : il s'emparera, suivant les âges, de la direction des idées, des conversations, des lésions ; il gouvernera les lectures ; il appropriera l'hygiène, les vêtements, le repos, la veille, les aliments, les distractions, les compagnies, la solitude aux nécessités morales de son malade ; il luttera contre le tempérament par le régime, par l'exercice, par tous les agents que la thérapeutique et l'hygiène bien entendue mettent à sa disposition ; il fera naître des préoccupations d'une nature opposée au mal qu'il veut combattre ; il remplacera par d'autres passions, par des diversions plus sages les passions erotiques et surtout il tâchera de porter ailleurs l'imagination quand il trouvera des idées trop exclusives, trop absolues. Dans les natures nobles et élevées, il fera naître des pensées de dévouement, de sacrifices utiles; il abattra par une alimentation insuffisante, par des évacuations sanguines ou alvines^ les natures grossières, dont l'emportement aphrodisiaque est tout à fait matériel. Il
(1) Sandras, op. cit., p. 23b.
encouragera dans leurs luttes, il dirigera dans le combat ceux qui auront conscience de leur état, et lui demanderont avec confiance son aide et son appui. Il dominera les autres à l'aide des affections morales dont ils sont entourés et avec toute l'autorité que son sang-froid, sa prévoyance, sa connaissance de la nature humaine doivent lui assurer. »
Mais ce n'est pas tout : si la thérapeutique joue un grand rôle, il ne faut pas oublier que d'autres considérations d'un ordre non moins élevé s'imposent encore au médecin.
A celui-ci incombe le devoir d'indiquer et de prendre d'urgence les précautions nécessaires pour soustraire le malade à la curiosité malsaine des étrangers ou des gens de la maison, et d'éviter dans l'avenir la déconsidération irréfléchie que les gens du monde ne manquent pas de faire rejaillir sur des malheureux qui ont d'autant plus besoin de consolation et d'encouragement qu'ils ont conscience de la triste position oii ils se trouvent et de leur impuissance à opposer une barrière efficace à leurs dérèglements.
Sandras, qui a fait des maladies nerveuses une étude approfondie et dont le nom est justement et honorablement connu dans la science, a exposé avec une valeur remarquable les précautions à prendre pour l'avenir des personnes qui sont atteintes de nymphomanie.
Étendant ces judicieux conseils à la folie génésique, nous dirons avec cet auteur : « Ici c'est un adulte dont la profession ne demande pas seulement
de la retenue, mais encore une réputation intègre à cet égard ; là c'est un enfant dont l'avenir serait compromis, si on savait de par le monde à quelle maladie il a été livré : c'est une mère de famille dont la nymphomanie ferait un objet de honte ou d'aversion dans son ménage; un homme qu'un salyriasis connu compromettrait dans ses affections ou dégraderait dans l'opinion publique, pour tous ce serait une maladie pleine de honte et de confusion dans l'avenir, après avoir été dans le présent une cause de désordre et d'aversion.
Il importe donc de prendre de sages précautions pour couvrir d'un voile pudique le mal qu'on a reconnu.
Le médecin devra prendre conseil de la position sociale de son malade : éloigner avec soin tout témoin indiscret du mal qui le tourmente; éviter le voisinage du sexe convoité ; séquestrer complètement, s'il le faut, le patient, en laissant autour de lui seulement les rapprochements utiles dans la famille; enlever par des voyages bien ordonnés, et accompagnés avec choix, la victime de la nymphomanie ou du satyriaris à la curiosité des connaissances, aux tentations habituelles, à tous les souvenirs, à la présence des objets qui rappellent l'explosion de la maladie ; l'entourer en quelque sorte d'un milieu impénétrable, oii rien n'entre sans la permission du médecin, d'oià rien ne sorte sans qu'il l'ait voulu.
Au moyen de toutes ces précautions, les malades
seront en même temps retenus dans les meilleures conditions pour guérir; l'honneur et le repos des familles seront sauvegardés, en attendant que l'hygiène et la thérapeutique aient accompli leurs bons résultats (I). »
(1) Sandras, Op. cit., p. 234.