‹ Des accès incomplets d'épilepsieChapitre 15 sur 27 · PREMIERE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIERE SECTION

De nos 300 épileptiques, 67, soit 22 pour 100, appartenaient à notre second genre, c'est-à-dire avaient des attaques ou accès incomplets, débutant par les viscères (les centres nerveux n'étant pas compris sous cette dénomina- ' tion).

Dans la grande majorité des faits, les premiers symptômes se montraient dans les organes digestifs surtout dans l'estomac, ainsi qu'on peut le voir dans la répartition suivante des 67 cas.

Chez 44, la manifestation initiale avait pour siège Testomac ; 11, c'étaient les intestins ; 3, le pharynx ; 1 seule^ les organes inlrapelviens.

Enfin 8 sentaient leurs crises commencer par les organes respiratoires.

Dans les attaques à débuts périphériques, rien n'est plus facile que de reconnaître la nature du phénomène initial» la crampe ou convulsion se produisent sous les yeux du malade et des assistants. Il n'en est pas de même pour les débuts vis-

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céraux ; cependant les sensations décrites par les patients ne permettent pas de se méprendre sur le caractère de ces premières manifestations.

Dans les débuts gastriques, les malades les plus intelligents appellent la sensation initiale un spasme ; quelques-uns une crampe, et un grand nombre se servent des termes de constrictîon, de resserrement ; d'autres parlent de pression, de torsion, de tortillements, de rotation. — Ces impressions sont signalées à Tordinaire comme pénibles, douloureuses et même très-douloureuses. Cependant quelques malades disent que la sensation, en elle-même, est peu désagréable, ils la caractérisent de fourmillements, d'agacement, ou la comparent aux effets d'une émotion. 11 en est qui parlent de palpitations épigastriques, d'une sorte de défaillance de l'estomac. Un seul a signalé une chaleur ardente, et une petite fille de 1 1 ans mentionnait une boule partant de l'estomac pour remonter au cou. Enfin quelques épileptiques, en petit nombre, n'ont pas su rendre compte de ce qu'ils éprouvaient dans ce viscère.

Très-fréquemment les spasmes s'accompagnent de borborygmes (une jeune fille épileplique appelait seâ préludes des bruissements) y d'éructation, de nausées, de régurgitations, d'efforts pour vomir et même de vomisseméuts.

A ces divers caractères il ne parait pas possible de.contester la nature convulsive du phénomène. Empruntant à certains malades le terme qu'ils emploient habituellement, nous nous servirons donc du mot de spasme, crampe.

Comme préludes intestinaux, les patients signalent des spasmes ; d'autres, une constriction douloureuse du ventre qui chez un malade s'étend au dos ; des coliques plus ou moins

vives, des mouvements comme pour aller à la i^elle, mais en sens inverse. Un épileptique se servait de Texpression de convulsions internes. Un autre comparait la sensation à celle que détermine une vive frayeur. De même que le spasme gastrique provoque souvent des éructations, des nausées, des vomissements, ici on observe dans certains cas des bor-^ borygmes, et, après l'attaque ou Taccès avorté, l'émission de vents par Tanus, du ténesme, et même une évacuation alvine. Chez un malade le prélude était précédé ou suivi d'envie d'uriner ; la vessie prenait donc part à la convulsion ; ces cas forment la transition entre les débuts intestinaux et les spasmes intra-pelviens.

La malade chez qui l'attaque débutait par les organes intra-pelviens signalait du ténesme du rectum et de la vessie, des tranchées utérines^ comme prélude constant de ses attaques. On trouvera cette histoire d'autant plus intéressante, qu'elle concerne la femme d'un médecin. (Obs. XIII.)

Dans 2 ou 3 cas où les attaques commençaient par la gorge, les patients mentionnaient un chatouillement ou picotement du pharynx suivi d'un sentiment d'obstruction, sans gène immédiate de la respiration ; puis la bouche se fermait involontairement, etc. Le troisième décrivait ainsi le phénomène : // ne pouvait plus avaler sa salive ; sa bouche se remplissait d!eaUy ses lèvres trem-^ blaienty etc.

Dans les débuts par les organes de la respiration, le caractère spasmodique du phénomène n'est pas moins évident que dans les autres espèces du genre viscéral : les patients les plus instruits signalent nettement un spasme du larynx, entraînant celui des autres organes respiratoires. Les autres

Herpin. — Accès. 6

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parlent de resserrement du cou, d'étranglement, d'étouffement, de suffocation, d'oppression brusque, d'une constrictîon qui remonte du milieu de la poitrine à la gorge. Une épileptique disait éprouver une sorte de tournoiement autour du cœur, qui remontait à la gorge ; alors elle étouffait ; peutêtre s'agissait-il d'un début par le côté gauche de l'estomac. Enfin un patient signalait, comme se manifestant à la fois, l'impossibilité de parler, l'étouffement des palpitations.

Cette énumératiôn des débuts viscéraux nous montre : 1"^ que tous les viscères creux ou pourvus de plans musculaires, à l'exception du cœur très-probablement, peuvent être le point de départ des phénomènes d'une attaque ; 2"^ que toutefois les organes digestifs en sont presque toujours le siège ; S"" que la modification éprouvée est évidemment, d'après les symptômes, une convulsion comme dans les débuts périphériques.

De même aussi que dans les débuts externes, Videntité du phénomène initial chez le même sujet est ici une règle non pas absolue, mais très-générale. Chez les 67 épileptiques de cette catégorie nous n'avons rencontré que sept cas où il y eût de loin en loin une exception à la règle. Ainsi, chez cinq malades à début gastrique, il est arrivé, mais très-rarement, qu'une attaque commençât d'une autre manière ; chez l'un parle mollet droit, chez un autre par le bras ou l'épaule, chez un troisième par les muscles maxillaires, chez un autre par le côté de la face, enfin chez le dernier par les muscles de l'œil droit. Une épileptique à début intestinal perdait quelquefois connaissance sans sentir aucun prélude. Un patient à début pharyngien avait parfois des attaques où l'estomac était

pris ayant le cou. Ces exceptions, en raison de leur petit nombre, confirment donc la règle.

On a vu, dans le chapitre précédent, quelle lumière jetait sur la symptomologie des accès incomplets l'étude de la marche de l'attaque à début périphérique; Tfxamen du même sujet dans les épilepsies à débuts viscéraux n'aura pas une moindre utilité.

Quand le spasme commence par Testomac, il envahit, en montant, l'œsophage, le pharynx, puis le larynx et la bouche. En outre de ce que racontent les malades, certains d'enlre eux montrent ce trajet en se frictionnant successivement l'épigastre, le sternum, le cou. Quelques enfants disent : Mes vers montent. Rien n'est plus rare, on l'a vu, que d'entendre prononcer le mot de boule ascendante. Les patients indiquent la sensation qui s'élève, comme étant la même que celle qu*ils éprouvaient d'abord dans l'estomac. Le spasme du pharynx entraine la rétention de la salive dans la bouche, des efforts bruyants de déglutition ou des mâchonnements. Une jeune malade enfonçait les doigts dans la cavité buccale, comme pour retirer de sa gorge un corps étranger. La respiration est gênée jusqu'à la strangulation, disent plu^ sieurs patients. La parole, d'abord sourde, difficile, avec balbutiement ou bredouillement, devient bientôt impossible. Déjà alors le malade a été pris d'effroi ou d'une émotion plus ou moins vive qui se traduit par des palpitations et Texpression de l'angoisse ; il a averti, appelé, ou bien il s'est assis ou même couché par précaution. Certains enfants, comme dans la coqueluche, se précipitent dans les bras de la personne présente et l'étreignent ; d'autres, au milieu de leur trouble, courent sans direction. Quelques épileptiques poussent des

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cris d*angoisse ou de douleur, diffërents du véritable cri eomitial.

A partir de ce stade, en général très- court, on observe deux marches différentes ; tantôt les muscles volontaires, à partir des maxillaires^ ont pris des convulsions dans une étendue plus ou moins grande avant le trouble et Fabolition des sens ; tantôt des perturbations sensoriales et mentales, suivies de la perte de la conscience, précèdent les convulsions extérieures et suivent immédiatement le spasme des muscles de la vie organique. De ces deux marches; la première est la moins fréquente : sur 35 cas à début gastrique, 10 seulement l'ont offert, tandis que les 25 autres ont montré la seconde.

Dans la première catégorie, les malades signalent après Tenvahissement de la bouche l'engourdissement et la contraction des muscles maxillaires, qui engagent quelques patients à y porter la main ; puis les muscles de la face entrent en convulsion ; les yeux et la tête sont entraînés d'un côté ; les sens se troublent et la connaissance se perd, mais quelques patients sentent, avant l'abolition de l'intelligence, la convulsion envahir l'un des membres supérieurs, quelquefois tous les deux ; chez d'autres ce sont les membres inférieurs; il est même des épileptiques qui s'aperçoivent delà généralisation de la contracture; plusieurs malades décrivent très-bien et peuvent imiter les convulsions des membres.

Dans la seconde catégorie, le trouble, puis l'abolition des sens et de l'intelligence succèdent immédiatement aux spasmes des muscles organiques. Le mal monte à la tête, disent les patients, la vue se trouble et se perd toujours avant l'ouïe.

Un médecin a constaté chez sa femme (Obs. XI), que la dilatation des pupilles précédait l'abolition de la vue. Une jeune épileptique voyait les objets d'une manière confuse et fortement grossis^ avant que la vision fût perdue. Une autre, après le spasme du cou, apercevait à la lumière artificielle la flamme double et des cercles lumineux. Il en est qui ont alors des hallucinations de la vue. Une petite fille disait : Je vois tout noir y je perds connaissance. En ce qui concerne Touîe, des bourdonnements, des sifflements précèdent Tabolition des sens. Un malade signalait un mauvais goût au milieu du trouble des autres sensations. Avant l'abolition de la connaissance^ chez quelques épileptiques, l'intelligence se voile ou se trouble ; il en est qui éprouvent alors une sorte de délire très-court. Un patient disait qu'alors sa tète lui semblait grossir démesurément. Enfin, il est un^ certain nombre de ces malheureux qui perdent immédiatement connaissance pendant le spasme pharyngo-laryngien sans trouble intermédiaire des sens et de l'intelligence ; du moins leurs derniers souvenirs s'arrêtent à la convulsion de la gorge. En même temps que le sentiment général disparait, les muscles de la face et les rotateurs de la tête entrent en convulsions; puis arrive, mais non toujours, le cri caractéristique, et enfin la chute, si le patient dans une fausse sécurité est encore debout. Dans les débuts intestinaux le spasme monte vers l'estomac, en sens inverse de ce qui se passe^ disent quelques malades, avant de rendre une selle : c'est la marche dun vent y d'un gaz qui remonte^ ajoutent-ils. Parvenu à Teslomac, le spasme provoque les phénomènes que nous avons déjà décrits : nausées, éructation, etc., le cou se resserre, etc. La marche ultérieure est aussi de deux genres : dans

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le plus petit nombre des cas, après la convulsion de la gorge le malade perçoit des convulsions de la face, de la tète et du cou et même des membres d'un côté : ainsi deux épileptiques sentaient leurs dents se serrer fortement malgré eux ; leurs paupières se fermaient involontairement, et ils perdaient connaissance. Un autre, pendant le spasme du cou, ne pouvait parler qu'en bégayant, éprouvait du tremblement des mâchoires et y portait la main ; sa tête se renversait en arrière, ou tournait à droite alors qu'il n'avait pas encore perdu ses sens ; mais il les perdait immédiatement après un quatrième, au moment où commençait la suffocation, éprouvait de légers mouvements convulsifs de la bouche pendant 30 secondes environ ; il se mordait même quelquefois la joue ; les convulsions s'étendaient àla face, les membres droits se conti^actaient ; il perdait connaissance et pirouettait sur lui-même avant de tomber.

Quand le trouble des sens et de l'intelligence suit immédiatement le spasme pharyngé, les phénomènes se succèdent, dans les cas à débuts intestinaux, de la même manière que dans les attaques à débuts gastriques. En voici un exemple : alors que le spasme avait atteint le cou, une jeune fille, si elle fixait quelques petits objets, en voyait une centaine; si c'était le visage de sa mère, les yeux de celle-ci lui paraissaient s'agrandir énormément et ses traits devenir monstrueux ; quelquefois elle voyait des figures noires très-multipliées. Tous ces préliminaires de Tattaque proprement dite duraient assez longtemps pour que la patiente ait pu quelquefois descendre deux étages avant la généralisation de la crise.

Dans les attaques à débuts par le pharynx et la bouche, les

patienlSy après avoir signalé l'arrêt dans la déglutition et Taccumulation de la salive^ indiquent toujours la difficulté de respirer ou l'arrêt de la respiration ; le spasme laryngé succède donc immédiatement à celui de la gorge. Les muscles maxillaires et buccaux sont bientôt envahis, puis surviennent^ du moins dans les cas que nous avons recueillis, le trouble et Tabolition des sens et de l'intelligence.

Dans le seul fait que nous ayons observé de débuts intrapelviens (Obs. XIII), on signalait, après les symptômes de cette région, la constriction épigastrique, la dyspnée, la stupeur, la perte de la connaissance, les palpitations des yeux, la rotation de la tête, etc.

Les débuts par spasme des voies respiratoires se distinguent des débuts pharyngiens en ce que les patients mentionnent avant tout la dyspnée. Dans un cas, le malade était pris d'un sentiment de constriction qui remontait du milieu de la poitrine à la gorge et à la langue; déjà il ne pouvait plus du tout parler qu'il avait encore toute sa connaissance. Cette marche était semblable chez une épileptique qui, au moment où la langue était envahie et comme paralysée, éprouvait une sorte d'absence; tout lui paraissait confus autour d'elle, elle ne distinguait plus rien, se sentait toute engourdie, perdait connaissance et tombait. Chez une troisième l'impossibilité de parler, l'étranglement étaient précédés de palpitations. C'est le seul cas où l'on nous ait signalé, comme phénomène initial, un trouble dans les fonctions du cœur; mais déjà peut-être quelque sensation dont la malade ne se rendait pas compte, provoquait-elle la crainte de l'attaque, et en conséquence les battements du cœur par éniotion.

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Ici se termine ce que uous avons à dire de la marche des premiers symptômes dans les épilepsies à débuts yiscéraux. Les phénomènes de cet ordre peuirent se résumer ainsi : Les spasmes des muscles de la vie organique suivent une marche ascendante, comme nous Favons vu daqs le second chapitre pour les convulsions des muscles volontaires ; seulement, quand ils ont atteint la limite supérieure des systèmes digestif et respiratoire, tantôt la convulsion envahit les muscles de la face, du cou et quelquefois des membres avant que les organes des sens soient affectés (c'est le cas le moins fréquent) ; tantôt survient immédiatement la perturbation des fonctions sensitives spéciales et de l'intelligence.

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