SECTION DEUXIEME
Nous avons fait connaître dans le second chapitre de ce travail que, à l'exception d'un seul cas, et qui était douteux, tous nos épileptiques du premier genre ou à débuts périphériques avaient offert entre leurs attaques des manifestations légères, identiques aux débuts de leurs grandes crises. Sur les 67 malades du second genre ou à débuts viscéraux, nous n*avoDS trouvé que trois cas, dont un douteux, où des phénomènes analogues ne soient pas mentionnés ; dans tous les autres faits, des crises de petit mal ont toujours été constatées. L'existence de préludes ou accès semblables au début des attaques est donc un fait général chez les épileptiques à débuts viscéraux comme chez ceux du premier genre.
Nous allons décrire ces accidents en commençant par les plus légers, par ceux qui ne s'étendent pas au delà de la convulsion des. muscles organiques ; nous les appellerons spasmeSy comme nous avons qualifié de crampes les préludes périphériques.
Dans les cas à débuts gastriques, la crise peut se borner à la douleur de l'estomac, sans remonter au pharynx ; elle peut s'étendre jusqu'à la constriction du cou et à la dyspnée, sans aller au delà. Mais, quelque légères et fugitives que soient ces atteintes, dont la durée est d'une à deux minutes en général^ et peut-élre moindre, les malades sont émus et troublés par la crainte d'une attaque et éprouvent souvent en conséquence des palpitations de cœur. Ils ont toute leur intelligence et jouissent de tous leurs sens ; ils répondent ou sa plaignent ; ils restent debout ou marchent.
Les spasmes intestinaux peuvent ne pas remonter jusqu'à Testomac. Une petite fille (Obs. XII) croisait alors ses bras
sur l'abdomen et disait : Ah ! jai mon mal au ventre !
ce n^est rien ; c^ est passé; la durée du spasme n'était que de quelques secondes. Deux patients, dont l'un comparait le prélude à une convulsion intestinale, représentaient parfois dans l'intervalle de leurs attaques, la même sensation qu'au début de celle-ci ; seulement bientôt, au lieu de monter, elle descendait comme pour l'émission d'une flatuosité qu'ils ne rendaient pas toujours. Le spasme douloureux ou angoisse entraîne certains malades au cabinet d'aisance, où ils rendent un vent, de l'urine, quelquefois une selle, et l'attaque ne se manifeste pas.
Le spasme des voies respiratoires, prélude ordinaire de ces attaques, pouvait se montrer chez le sujet de la quator-
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zième observation, sans être suivi des convulsions des muscles volontaires, ni de vertiges ; pendant cette légère manifestation comitiale, le patient regardait sa langue au miroir et s'observait très-bien. D'autres épileptiques offrant le même début voyaient aussi parfois leurs attaques avortées de la même manière.
Enfin, dans le cas de la treizième observation, qui concerne la femme d'un médecin, le spasme utéro-vésico-rectal pouvait être suivi de la constriction de l'estomac et de la dyspnée sans que le vertige ou des convulsions externes en fussent la conséquence.
En décrivant la marche symptomatique des attaques à débuts viscéraux, nous avons montré qu'après Iqs convulsions internes il se manifestait tantôt des manifestations externes et tantôt immédiatement du trouble des sens et de l'intelligence. Les malades des diverses catégories comprises dans ce chapitre ont présenté des accès incomplets offrant ces deux variétés. Nous avons appelé spasmes les crises bornées à la convulsion des muscles organiques, nous donnerons le nom à^ accès aux attaques avortées dans lesquelles les muscles volontaires sont en vahis dans une plus ou moins grande étendue sans trouble caractérisé des sens, de l'intelligence ; ils ne diffèrent, en effet, des accès du premier genre que par le spasme initial, et il est inutile de multiplier sans nécessité les dénominations. Nous appellerons vertiges les crises où le trouble des sens et de l'intelligence précède et domine les convulsions très- partielles, ou encore n'en est pas accompagné ; ces accidents, en effet, ne se distinguent que par leur prélude des accès incomplets du troisième genre auxquels nous conserverons ce nom. C'est-à-dire que, sous peine de
nous répéter, nous n'entrerons pas dans de grands détails sur ces deux degrés d'attaques avortées.
Les épileptiques qui, dans leurs attaques après l'invasion de la bouche, ont les yeux^ la face, les rotateurs de la tête, etc., atteints par la convulsion, et qui décrivent très-bien ces symptômes, ces épileptiques ont plus ou moins souvent des accès qui ne vont pas au delà et où ils n'éprouvenl aucune perturbation mentale ou sensoriale. Chez un patient l'accès s'arrêtait aux secousses de la tète ; un autre malade signalait en outre la contraction de l'un de ses bras ; un troisième racontait que presque toute la moitié supérieure de son corps était envahie quand Taccès s'arrêtait ; il ne tombait pas ; il entendait et pouvait même répondre.
Dans les vertiges à débuts spasmodiques, après l'envahissement de la gorge, la sensation monte au cerveau^ disent les patients ; ils éprouvent une sorte d'absence, s'asseyent, restent debout ou marchent au hasard, sans se heurter ; toutefois quelques-uns sortent de cet état comme d'un rêve et divaguent. L'attaque avorte au moment où, si elle se complétait, le malade serait privé de toute sensation. Dans ces vertiges il y a quelquefois des mouvements involontaires bizarres ; ainsi un adulte, après le spasme du cou, au moment où il allait perdre la tête^ comme il le disait, était forcé de faire un demi-tour sur lui-même ; s'il était debout, il s'en apercevait et ne pouvait résister à cette impulsion ; il parlait d'avance avec un camarade qu'au prochain vertige il ne tournerait pas, mais sa volonté restait impuissante ; et cependant, durant ses vertiges, il ne perdait pas complètement sa liberté d'action, il ne tombait jamais ; il continuait automatiquement à travailler, mais avec des mouvements mal coor-
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donnés ; un jour> ou juché sur un çurbre, à 12 ou 15 mètres de hauteur, il abattait des noix, il fut pris d'une absence complète et cependant ne tomba pas.
Nous nous arrêterons ici sur la question des vertiges ; nous reviendrons plus longuement sur cette variété d'accès incomplets dans le chapitre suivant.
Pour résumer ce qui concerne les crises de petit mal chez les épileptiques à débuts viscéraux, nous dirons que, comme les malades à débuts périphériques, ils offrent dans l'intervalle de leurs attaques des accidents commençant chez le même individu de la même manière, offrant la même succession de symptômes et pouvant se limiter à un stade quelconque de la marche ordinaire de l'attaque. Nous devons ajouter que chez tous les patients de ce genre, la manifestation comitiale incomplète commence toujours par un spasme viscéral, et non par une cranipe des muscles volontaires, ni par un trouble sensitif et mental. Les exceptions à ce fait général sont infiniment rares ; en voici toutefois un exemple : Chez un malade où les crises commençaient habituellement par l'estomac, il est arrivé qu'elles débutaient par une crampe du mollet droit ou la contraction de la face à droite; mais aussi ces symptômes se montraient quelquefois isolés et plus rarement que les spasmes gastriques, prélude ordinaire.