CINQUIEME SECTION
OBSERVATIONS d'ÉPILESIES A DÉBUTS ENCÉPHALIQDES.
Quinzième observation.
Jeune personne de 21 ans, d'une intelligence très-déve* loppée, aucune cause héréditaire connue; à quatre ans et denîi, état convulsif prolongé pendant plusieurs heures,
qui fut combattu par des saignées générales et des sangsues» et entraîna un séjour au lit de plusieurs jours. Une semaine environ après, première apparition des vertiges qui revin-. rent pendant quelque temps une ou deux fois par semaine. Dès tors , leur fréquence diminua graduellemi^nt jusqu'à râ<i:e de douze ans et demi, époque de la première mensf' truation ; de neuf à douze ans ils avaient été très-rares ; ils continuèrent à l'être jusqu'aux approches: de la première attaque où ils se montrèrent à des. intervalles assezcourts. Depuis cette époque, ils se sont encore rapprochés et sdrvietinent maintenant vingi^cinq à trente fois en>moyenn6 par mois ; les préludes simples sont plus rares.
La première attaque est arrivée» à l'âge de dix-huit ans; la seconde se montra à quelques mois de distance, la troisième deiix ans après la seconde. Dès lors elles sont revenues à peu près tous les mois«
Les attaques arrivent le plus souvent au \\\ et dans le sommeil, mais la malade est réveillée par le prélude. Les< vertiges et les préludes> au contraire, surviennent surtout de jour ou dans la nuit, la patiente étant éveillée.
L'attaque commence toujours* par une sensation subite de froid qui monte, en s'accompagnant de frissons, jusqu'à la tète. Alors la jeune fille, éprouve une hallucination ,r0ij^ plutôt elle est en proie à une sorte de rêve dont le sujet est variable et qu'elle se rappelle ensuite. De jour la malade a eu quelquefois le temps de prendre des précautions, ^^ gagner, par exemple, une chambre voisine ; bientdf perte de connaissance, yeux ouverts et fixes; rotation de la téietà gauche, cri rauque, quelquefois réitéré : chute (de jour), rigidité de tout le corps ; convulsions cloniques générales.
184 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
La respiration, suspendue d'abord , est ensuite difficile et bruyante; lividité de la figure, écume, morsures de la langue, jamais d'urines involontaires. Coma non stertoreux, retour complet de la connaissance après un quart d'heure, puis sommeil (de jour) d'une durée qui varie d*une demiheure à deux heures. Peu de céphalalgie et de courbature à la suite.
La malade est sujette à trois sortes d'accès incomplets, préludes, vertiges légers, vertiges intenses.
Dans le degré le plus léger, qu'elle appelle malaise ou frisson avorté , au moment où le frisson atteint la tète , elle éprouve un léger trouble intellectuel, et les objets lui semblent tourner autour d'elle, elle se dit i Voilà un frisson qui arrivel mais à l'instant même tout se dissipe : la malade éprouve seulement un très-fort battement de cœur pendant quelques instants. Il n'y a pas perte de connaissance pendant le prélude, la malade se rend très-bien compte de tout ce qu'elle éprouve.
Les accidents du second degré, qu'elle appelle frissons^ diffèrent de ceux du premier en ce qu'au léger trouble intellectuel succède une hallucination ou un état de rêve pendant lequel la patiente reste étrangère à tout ce qui se passe autour d'elle et ne voit pas ; sa figure est immobile, sauf des mouvements de mastication. Elle ne répond pas, mais continue à marcher. Les mains sont froides et humides ; après une minute au plus, ces symptômes se dissipent, mais il y a parfois pendant quelques instants de la divagation.
Dans le troisième degré (frissons intenses), aux symptômes du second degré s'ajoutent la déviation des yeux, convulsi-
yement dirigés à gauche^ celle des traits de la face entraînéa du même côté, de la tête tournant dans le même sens, la lividité de la figure, la respiration difficile.
Les quatre degrés d'accidents comitiaux sont identique» dans leur début et leur marche, ils n'ont jamais difieré que par Tavortement de Tattaque.
Une soirée au théâtre a plus d'une fois provoqué une attaque dans la nuit suivante, surtout si le spectacle a été émouvant.
Seizième Observation.
Jeune fille de 19 ans; très-bien douée avant sa maladie quant aux facultés de Tesprit, mais bien déchue dès lors, surtout au point de vue de la mémoire. Aïeule maternelle atteinte d'épilepsie de 70 ans à 81 ans, c'est-à-dire jusqu'à sa niort. La jeune malade a eu à diverses reprises , entre rage de 2 ans et demi et celui de 9 ans, des accès de convulsion éclamptiques.
Les premiers vertiges comitiaux ont paru à 7 ans, ils revinrent d'abord, une fois par semaine environ, puis ils s'éloignèrent graduellement et furent très-rares de 10 à 12 ans. La première menstruation se montra à 12 ans. Les premières attaques survinrent à 13 ans. Elles se groupent le plus souvent par paroxysmes ou séries qui se composent de 2 à 12 attaques en un à huit jours; ces paroxysmes arrivent en général deux fois par mois. Il y a en outre quelques attaques isolées. Les attaques sont presque toujours nocturnes. Les vertiges sont assez rares , et l'on ne nous en a signalé que de diurnes.
L'attaque (de jour) débute par la sensation d'une odeur
iSe DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
très-forte, ressemblant à un^parfum agréable, l'impression n'en est pas moins pénible^ en tant que le prélude d*aitaque. La patiente ne saurait comparer cette odeur à aucune autre. Elle a ensuite l'impression de quelque chose qui. descend de la gorge dans l'estomac oiie\ïere^$eni àe Y inquiétude y de& tortillements; puis elle perd connaissance. Elle ne conserve pas de souvenir des attaques nocturnes; on la voit se redresser brusquement sur son séant et se roidir : ello pousse un cri guttural qui ressemble à un bêlement, les yeu^ et la tâle sont renversés^ la bouche distordue^ les bras allongés; bientôt ils se fléchissent ainsi que les jambes; alors surviennent les convulsions cloniques. La face est rougd, violette, ou bleue, plus tard d'une effrayante pâlepr. Fréquemment la langue ou les joues sont mordues ; il est arrivé que les dents cmt élé brisées sans chute^ L'écume^se montre sur les lèvjne&, au coma succède le plus souvent un sommeil calme sans retour intermédiaire de la connaissance. Au réveil la patienté éprouve de Tardeur au visage, de la céphalalgie. et un endo-r lorisseiTient des membres qui^ après les paroxysmes, persiste quelquefois pendant plusieurs jours.
La jeune personne n'a qu'un seul degré d'accès incomplets, ci3 sont des vertiges : le début et la marche des «yinptôme^ jusqu'aux malaises gastriques sont les. mêmes que pour Taitaque, alors la malade s'assied, quoiqu'elle ne soit jamais tombée dans un vertige. Il lui semble qu'elle va mourir, il lui revient des souvenirs pénibles, et elle perd oonaaissance. La figure est rouge, en général les sens revienne t très-vite : la jeune fille entend et comprend avant de pouvoir répondre. Cependant le vertige est quelquefois, suivi d'un singulier élat de stupeur. Un jour la mère entra dans la
chambre de sa fille qui venait d'avoir l'un de ces légers accidents ; elle l'engagea à venir se mettre à table, la patiente suivit sa mère à la salle à manger, s'assit, étala sa serviette et se mit à manger comme à l'ordinaire, ce ne fut pourtant qu'après le potage qu'elle reprit connaissance. Son dernier souvenir la reportait dans sa chambre, sur sa chaise; elle fut très-étonnée de se trouver à table, ayant déjà commencé son repas.
On ne nous a signalé aucune variété de début ou de marche dans chacun des dtux degrés d'accès, ni indiqué non plus de causes aceidt'ntelles ou d'essais de moyens abortifs. • *
Dix-septiéme Observation.
Jeune homme de 18 ans, d'une intelligence ordinaire; sa bisaïeule maternelle, un oncle et ùiie tante de la mâme branche, se sont suicidés à 70 ans, 42 et 30 ans^ Scrofule dans l'enfance ; à 4 ans, violents accès convulsifs, probablement de nature éclamptique et qui ne se sont pas renouvelés.- A 14 ans^ au milieu d'une cure de bains à Bagnèresde Luchon^ pr<?mière apparition des vertiges; il les avait toujours en revenant du bain. Us ont continué à revenir, en général, deux fois par mois, au nombre d'un, deux et même trois en un jour. A 14 ans etdemiy un paroxysrne de trois attaques d'épilepsie en moins d*une heure. Les séries d'attaques se sont renouvelées depuis cette époque deux, trois et jusqu'à quatre fois par an; par intervalles cependant, il n'y en a eu qu'une seule; les attaques et vertiges ne se sont jamais montrés que de jour, c'est-à-dire le patient étant levé.
L'attaque commence toujours par un bourdonnement de
188 BËBUTS ENCÉPHALIQUES.
l'oreille gauche, qUi trouble l'auditioD. Cette sensation est suivie de fourmillement, d'engourdissement, de bouillonne^ ment et de la chaleur dans la main gauche; le pied droit est bientôt pris de la même manière, le malade ne peut imprimer aucun mouvement à ces parties, il dit alors : Ah I voilà mon bourdonnement et, s'il est chez lui, il se hâte de gagner son lit. Le membre thoracique gauche est saisi pa^ la convulsion tonique; la main se ferme sur le pouce fléchi ; Tavant-bras se plie, la rigidité est extrême, des mouvements cloniques suivent de près la contracture. L'extrémité inférieure est envahie de bas en haut. Arrêtez mon brasy s'écrie le patient, je n'entends plus, je ne vous vois plus ! La tête tourne à gauche, le malade perd connaissance et tombe, s'il est encore debout. Aucun cri, seulement une sorte de gémissement étouffé. Les convulsions toniques, puis cloniques, ont envahi tout le corps, le tronc est fléchi en avant. La figure rouge d'abord devient violette, le cou se tuméfie, la langue de couleur noirâtre dépasse les lèvres; une salive mousseuse s*échappe de la bouche. Il n'y a ni morsure ni urines involontaires. La rigidité persiste pendant quelques instants après la cessation de secousses, le coma n'est pas stertoreùx ; après un quart d'heure, le patient commence à donner des signes d'intelligence obscure, et, après quelque temps de stupeur, il s'endort. La durée du sommeil consécutif est proportionnelle à la violence de l'attaque ; de jour elle peut se prolonger depuis 3 jusqu'à 8 heures de temps. Au réveil, il y a céphalalgie frontale et brisement des membres.
Les préludes ou les vertiges, que le patient appelle ses bourdonnements, commencent de la même manière que l'attaque.
OBSERVATIONS. d89
Tout peut se borner au bourdonnement et au trouble de l'ouïe.
Le prélude peut s'étendre à rengourdissement et au bouillonnement de la main gauche sans aller au delà.
Il s'y joint parfois la rigidité, avec secousses,' du membre thoracique gauche et même la rotation de la tète.
Dans un degré plus élevé et qui touche au vertige, la perte de la vue et le trouble de l'intelligence s'ajoutent aux précédents symptômes.
Enfin, et c'est ici un véritable vertige, il peut y avoir, en outre, perte de connaissance et chute sans que l'attaque se complète, dans ces cas le patient souffre de la tête le reste du jour.
A la suite de divers traitements, les attaques à plusieurs reprises se sont beaucoup éloignées ; nous avons pu obtenir une fois un intervalle de près de 3 ans, mais pendant cette période les préludes ou vertiges légers avaient conservé leur fréquence. Après diverses péripéties au milieu desquelles les attaques n'avaient jamais repris, loin de là, leur marche antérieure, le patient a fini par se lasser.
La récidive, après 34 mois sans attaque, est arrivée quelques heures après un repas où le jeune homme n'avait fait aucun excès, mais où il avait bu du Champagne, ce qui ne lui arrivait jamais. Nous avons observé souvent chez des épileptiques les fâcheux effets de ce vin. Une autre attaque est survenue évidemment sous l'influence d'une grande fatigue produite par une promenade où le malade avait excédé ses forces. '
190 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
Dix-huitième Observation,
Jeune personne de quatorze ans, très*belle et très-bien clouée au point de "i^ue de Tintelligence, Taïeul maternel est mort en démence ; une tante paternelle a été aliénée, la mère est devenue épileptique peu d'années après sa fille. Début à treize ans et demi, par 2 attaques le même jbur, il en est revenu à six mois et demi, à six semaines d^intervalle. Puis, sous l'influence de traitements que nous avons dirigés, elles ont cessé de reparaître pendant quinze mois, pour revenir d'abord à un mois seulement d'intervalle ; enfin ( toujours sous l'influence de nos conseils, à chaque récidive) elles ne se montrent, depuis un grand nombre d'années, qu'à une ou deux aonées d'intervalle. Lcâ vertiges ont commencé neuf jours apfès la première attaque, ils son! plus rares encore que les accès complets. Les altaques reviennent à peu près également de jour et de nuit, les vertiges plutôt de jour.
Les attaques commencent toujours par des apparences lumineuses ou de la diplopio : tantôt c'est une lueur fixe, comme une étoile, parfois multicolore^ qu'elle voit aussi bien les yei^x fermés que les yeux ouvierts, mais qui est plus vive dans l'obscurité;. tantôt, le ' point. lumineux tourne circulairement avec u^e très-grande rapidité ; les lueurs peuvent étre.multiples et former des tourbillons. En vain la patiente comprime sies panpijères, elle qe peut échapper à ces visions qui'sont pour elle un véritable supplice. D'autres fois ses yeux semblent se dédoubler et il lui semble qu'elle ne recouvrera jamais la vue simple. Une fois l'attaque a commencé par la vue de divers objets qu'elle n'a su indiquer et qui se transformaient en tournant en cercle. Ces phénomènes se
OBSERVATIONS. i91
prolongent assez longtemps pour que la patiente ait pu monter une fois un étage entier et entrer dans une chambre. Elle n'est délivrée de sa vision que par la perte de connaissance. Le cri qui manque quelquefois est horrible, déchirant, dit la mère; de jour il y a chute, la rigidité est générale avec opistbotonos, la respiration est suspetidue, les convulsions cloniques sont intenses. 11 y a émission d'écume, morsure de la langue. Une fois on a constaté une selle involontaire ; mais la jeune personne avait fait la veille un énorme abus de fruits. Après le coma, stupeur, puis délire, vomissements, sommeil consécutif. A la suite céphalalgie et forte courbature.
Les vertiges ciônsisteclt dans les* perturbations visuelles que nous avons décrites plushaut, suivies de perte de connaissance et ensuite d'un peu de divagation, mais sans convulsions apparentes et sans chute. Il y a après ces légers accidents de la lourdeur de tête et même un peu de somnolence.
Dix-neuvième Observation.
Agriculteur célibataire, âge de vingt-six ans, aïeul maternel apnt été épileptique, mais s*étant guéri, mère hystérique. Pas de convulsions éclamptiques dans Tenfance. Première manifestation de Tépilepsie, à vingt ans, par un vertige; d'abord rares et isolés, les vertiges sont revenus de plus en plus fréquemment et par séries ; il y a maintenant trois ou quatre paroxysmes par mois ; ils durent de trois à cinq jours et comptaient naguère encore 1 à 3 vertiges par jour; depuis quelque temps ils sont devenus moins fréquents ; de un vertige en moyenne par jour, leur nombre est réduit à 15
\92 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
par moiâ ; mais, en diminuant de fréquence, ils ont augmenté d'intensité. Le premier vertige de la série a lieu ordinairement au lever, les autres se montrent dans la journée ; ceux de nuit, qui sont rares, surviennent presque toujours quand le patient sort du lit, réveillé par le besoin d'uriner.
Pendant quatre ans environ les vertiges n*ont pas présenté de phénomènes convulsifs apparents. Ils commançaient, comme ils débutent encore, par un brouillard sur les yeux, accompagné d'étourdissement ; la vue se perdait bientôt , ainsi que la connaissance. La figure ne présentait d'autres altérations que sa couleur rouge et son immobilité; elle avait la même apparence que dans son sommeil. Le patient ne répondait pas, mais il pouvait continuer de marcher, il ne tombait jamais; on entendait des borborygmes. Revenu
à lui, il dirigeait les yeux de tous côtés pour retrouver sa route .
Plus tard de nouveaux symptômes se sont joints à ceux que nous venons d'indiquer. Pendant la perte de la connaissance le malade pinçait les lèvres, ou faisait la moue, et Ton entendait des bruits de déglutition et parfois des craquements de dents; les paupières étaient baissées, la figure était rouge, la tète se penchait en avant, les avant-bras se roidissaient en flexion, les mains étaient fermées ou les doigts allongés. Dans cette dernière attitude les mains semblaient émietter quelque chose ; si Ton cherchait à redresser les doigts fléchis ou à étendre l'avant-bras, on éprouvait une forte résistance. Si le patient était pris debout, il restait dans cette même station; il pouvait continuer à marcher. Après 1 minute, il pâlissait et se détendait, puis ils s'agita^it à droite et à gauche et avait Tair égaré, bientôt il répondait, mais à rebours. 5 minutes
après il était complètement remis et savait qu'il avait eu une absence. Il n'y avait pas d'émission salivaire, mais les vertiges qui survenaient sur la fin de la nuit étaient quelquefois accompagnés d'urines involontaires.
Dans la dernière année les vertiges toniques se sont encore aggravés ; ils se sont accompagnés de cbutes en avant, d'abord lentes^ plus tard brusques, avec contusions de la face ; la suspension de la respiration a amené des symptômes d'asphyxie, ily a eu morsure et émission salivaire. Les convulsions cloniques, d'abord bornées à la face et aux bras se sont graduellement généralisées. Ces accès, à mesure qu'ils se sont rapprochés de l'attaque complète, ont été suivis d'une pé« riode de retour plus prolongée avec somnambulisme ; une nuit, à 2 heures, il s'est trouvé tout habillé sur son lit, où il s'était mis le soir en chemise comme à l'ordinaire; il s'était certainement vêtu à la suite d'un vertige nocturne. Le premier accès incomplet au lever était fréquemment suivi d'un sommeil plus ou moins prolongé soit sur son lit, soit sur le parquet. Le reste du jour le patient se plaignait de mal de tête et de fatigue musculaire. Six ans après le début les attaques étaient complètes ; on observait rarement des vertiges dans leurs intervalles.
Une partie de plaisir provoquait presque à coup sûr un vertige le lendemain matin.
Vingiiémd Obsei^vailoiié
Mademoiselle...* est âgée de vingt-deux ans, elle estdouée aupointde vue intellectuel, quoique son esprit ait été peu cul-^ tivé. Son père a succombé à une maladie chronique du cer-^
Hbbpin. — Accès. i3
194 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
veau qui s'est accompagnée d'une déformation du crâne, d'amaurose et de graves accidents de paralysie et de convulsions.
L'épilepsie chez mademoiselle. . .a commencé par un vertige à rage de treize ans^ quelques mois après la première menstruation. Dès lors les vertiges sont revenus fréquemment; quand je vis pour la première fois la patiente, elle en avait tous les jours et souvent plusieurs par jour. La première attaque est survenue dix-sept mois après le début de la maladie.
Pendant plusieurs années, il y a eu de 10 à 20 attaques par an. Â dix-neuf ans, un traitement d'oxyde de zinc amena un amendement notable ; 4 attaques seulement en une année. On renonça au zinc qui avait procuré des symptômes sérieux de cbloro-anémie ; les attaques redevinrent peu à peu plus fréquentes et arrivèrent à 34 en un an, puis à 4 par mois; il y en avait parfois 2 en un jour. Les attaques arrivaient presque toujours dans la journée. La maladie en était là quand nous commençâmes à donner nos conseils à la patiente. Questionnée sur les premiers symptômes de ses attaques, mademoiselle. . . se borne à dire qu'elle perd à la fois et subitement la vue, rouïe,et la conscience; subite immobilité, yeux fixes, pupilles démesurément dilatées, quelque chose semble l'étrangler et elle porte la main à sa bouche, rotation des yeux, les bras en avant, le tronc s'incline dans le même sens; un cri aigu, plus ou moins prolongé, s'échappe avec eflbrt au moment de la chute, sur le parquet le corps se rejette brusquement en arrière^ les bras et les jambes s'allongent, les mains et les pieds se renversent en dedans; le cou se gonfle, la figure devient successivement pourpre, puis li-
vide, bientôt ont commencé les convulsions cloniques : les mâchoires se choquent Tune contre l'autre, la tête et les membres sont aussi en proie à des mouvements saccadés. La respiration est bruyante et difficile. L'écume s'échappe de la bouche, il y a fréquemment des urines involontaires et la langue est souvent mordue. Le coma, la période de retour et le sommeil consécutif durent en général une heure. Une attaque fut suivie un jour d'un délire somnambulique qui dura un quart d'heure; expression de profonde stupidité; yeux fixes et grands ouverts, lèvres allongées, bientôt elle prend le devant de sa jupe et elle y forme des plis qu'elle pa^ rait coudre avec beaucoup d'attention, elle ne tenait ni aiguille ni fil. — Est-ce un bonnet qt^e tu fais? lui demande sa mère. — Non, c'est une robCy puis elle se remet à coudre. Elle fait le geste d'enfiler une aiguille. — Veux-tu que je te renfile. — Je veux bien, elle se remet encore à coudre, puis cesse bientôt. Il est inutile d'ajouter ici que la patiente ne conserva aucun souvenir de cette scène.
Les vertiges les plus forts sont identiques au début des attaques ; perte des sens et de la connaissance, immobilité, fixité des yeux, dilatation des pupilles, expression d'angoisse comme par strangulation; elle porte la main à ss^ bouche, elle reste debout: on peut la conduire jusqu'à un siège, son expression est d'abord celle de la stupidité, puis bientôt l'égarement ; elle parle d'une manière confuse et incohérente, elle semble avoir peur et voir des figures étranges, puis elle répète huit ou dix fois de suite : Est-ce que je suis foUefeU" fin elle se remet peu à peu.
Mademoiselle... ades vertiges d^un degré beaucoup moindre; ils n'ont que quelques secondes de durée; courte immobilité
<96 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
pendant laquelle elle est privée de ses sens et laisse tomber ce qu'elle tient à la main, elle secoue la tête, et tout est passé.
Les attaques et vertiges reviennent bien plus souvent pendant les époques menstruelles et à leur approche que pendant les intervalles. On a remarqué plus d'une fois que les bains tièdes amenaient un surcroît d'accidents comitiaux.
A vingt-deux ans, sous Tinfluence d'un traitement de jusquiame que nous dirigions^ les attaques et vertiges cessèrent de se montrer pendant sept mois, les vertiges cédèrent quinze jours après les attaques. Puis, la maladie étant revenue à peu près à son cours antérieur, la reprise de la jusquiame procura encore une suspension d'accidents pendant quatre mois. Mais les accès reprirent encore leur marche, quoiqu'on n'eût pas suspendu la médication. La racine d'armoise, en moins de deux mois, fit disparaître attaques et vertiges ; par précaution elle fut prise pendant dix mois et demi.
Depuis sept ans mademoiselle. . . n^a pas éprouvé la moindre atteinte de son ancienne maladie.
Vingt- unième Observation.
Médecin âgé de soixante ans, marié, sans enfants; une sœur morte à cinquante ans, en démence sans paralysie. A quarante-sept ans premiers vertiges, revenant dès lors 2 ou 3 fois par mois. Première attaque à cinquante-cinq ans ; aucune la seconde année, 6 la troisième, 4 la quatrième, 5 dans les cinq premiers mois de la cinquième année. Plus des deux tiers des attaques de jour, entre midi et sept heures du soir. Vertiges un peu plus fréquents le jour que la nuit.
Le patient ne conserve aucun souvenir du début, de l'atta-
0B5BRYATIONS. i97
^ue; il s'arrête Pair élonaé, les yeax fixes, il fait des mou« yements de la bouche et des lèvres comme pour recueillir et avaler sa salive; la figure rougit et se contracte, la tête tourne sur elle-même à droite ou à gauche ; il pousse un cri un peu aigu, strident, et tombe si on ne le retient pas, le front et les membres sont en proie à une forte rigidité, la face devient violacée, sans goiïflement bien sensible, en même temps que surviennent les secousses générales; bientêt la sa^ live s'échappe, presque toujours mousseuse/ une fois cependant simplement filante ; il y a eu bien rarement morsure de la langue, puis survient le coliapsus, et un court coma sansster- U>r. Après quelques minutes, le malade commence à reprendre ses sens, mais il est, pendant un certain temps, tout étourdi et ne peut pas parler ; quand 3 ou 4 minutes se sont encore écoulées, tout est rentré dans l'ordre. U n'y aurait à la suite qu'un peu de pesanteur de tête sans courbature; après la première attaque, le patient s'est plaint d'une constriction au cou, comme hystérique, il a eu une fois un sommeil consécutif de 2 à 3 heures.
Le commencement du vertige est semblable à celui de l'attaque : air étonné, yeux fixes, mouvements salivaires ayant quelques rapports avec ceux que fait une personne qui sa . rince la bouche, rougeur de la face, suspension de la respiration ; aucune réponse, le patient semble regarder ses avant*bras spasmodiquement fléchis. Alors, si on lui projette de l'eau à la figurcj il témoigne d'une impression désagréable, retire ses bras et est plus vite remis ; cepepdant si, une minute ou deux après le vertige, il veut pmrler, il a de la peine à coordonner des idées et surtout à les exprimer.
Dans certains vertiges plus forts, à la contracture du bras
498 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
se joignent quelques légères conyulsions cloniques; la face rougit, les lèyres deviennent violettes et les yeux sont Tarmoyants.
Sous l'influence des divers traitements auxquels nous avons soumis notre confrère, nous avons d*emblée obtenu tin intervalle de près de trois ans et demi sans attaque, mais de neuf mois seulement sans vertige. Il y a deux ans, le mal a récidivé par une attaque; une seule s'est montrée depuis lors. Il a deux* vertiges en moyenne par mois; le malade continue à suivre nos conseils.
Les circonstances qu'on nous a signalées comme causes excitantes des vertiges ont été surtout des causes morales, une fois cependant un vertige a semblé s'être montré sous l'influence d'un verre de punch, dont le malade ne faisait jamais usage.
Vingt-deuxième Observation.
Homme de 30 ans non marié, d^une intelligence trèscultivée ; père ayant succombé à une dernière attaque d'apoplexie suivie d'hémiplégie, après plusieurs atteintes de ce mal dans le cours de quelques années. La première attaque comitiale du fils est survenue à la fin d'une cure de baios de mer. Les premiers intervalles ont été de deux mois, puis de six semaines à un mois, il y a eu même de plus courtes distances. Le premier vertige certain a eu lieu vingt mois après la première attaque, il ne s'en est montré dès lors que rarement. Les accès complets ne sont presque jamais survenus que dans la journée, et à l'ordinaire de 3 à 6 heures du soir ; les vertiges n'ont été signalés que de jour.
Le patient ne conserve pas le moindre souvenir du début
de ses attaques, il perd connaissance comme par sidération élani debout, il tourne lentement la tête, ou la renverse un peu en arrière, comme s'il suivait le vol d'une mouche ; il pousse un léger cri et tombe lourdement de toute sa hauteur^ les bras étendus horizontalement ; il est résulté plus d'une fois de ces chutes des contusions plus ou moins fortes et même des plaies ; la contracture est générale et se complique très-vite des convulsions cloniques ; la figure est de couleur violacée, l'écume s'échappe de la bouche, rougie quelquefois par les morsures de la langue ; du tftle trachéal se fait entendre, le coma, le sommeil consécutif et la période de retour durent une heure environ ; encore le malade est-il hébété et conserve-t-il une expression de stupeur ; de sa mémoire est toute la journée très-affaiblie, il a montré de la céphalalgie et une courbature semblable à celle qui suit une marche forcée.
Les vertiges commencent comme les attaques : sans aucun avertissement, en riant, au milieu d'une phrase, en marchant, la conscience est subitement abolie. Il n'y a ni chute ni arrêt; le patient continue à cheminer, la période de retour est surtout remarquable; il en sort sans f aligne, comme d'un accès complet. Voici en quels termes il nous rendit compte de l'une de ces singulières absences. « Je me rendais à. la chapelle du château pour y entendre la messe ; au moment d'entrer dans la chapelle, j'ai été pris de ce singulier vertige : sans m'en apercevoir, j'ai rétrogradé et parcouru un couloir d'une quinzaine de mètres, redescendu un étage assez élevé, traversé une cour, et suivi une première rue ; c'est en tournant dans la seconde que cet étourdissement a commencé à se dissiper, et que je me
200 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES,
suis retrouvé à trois cents pas environ de l'endroit où j'avais dû perdre connaissance,. Pendant quatre ou cinq minutes j'ai marché comme un automate sans avoir aucunement la conscience de ce que je faisais et de la direction dans laquelle je marchais..... ; l'absence en général dure au moins cinq minutes ; mais il s'écoule encore quelques instants avant que mes idées soient revenues tout à fait lucides. if> Une autre fois le malade caractérisait cet état ainsi : interruption de la vie intellectuelle, la vie animale continuant.
Les circonstances qui ont paru le plus souvent amener des attaques ont été la fatigue d'une longue marche, ou un voyage prolongé en diligence ou eu chemin de fer.
Nous avions réussi par un traitement de racine d'armoise à faire cesser les attaques pendant trois ans et trois mois, mais la maladie a récidivé et Tarmoise reprise s'est montrée sans efficacité, ainsi que deux autres médications ; le patient s'est lassé.
Toutefois les accidents comitiaux sont loin d'avoir repris leur fréquence primitive.
Lors de la cessation des attaques, un vertige s'était eQcore montré deux mois après le dernier accès complet; mais il n'en était pas reparu d'autres pendant plus de trois ans.
Tingt-jtroisiôme Observation.
Jeune fille de 7 ans, intelligence fort incomplète, nulle cause connue, premières commotions à l'âge de denx ans et demi, bornée d'abord à des secousses partielles. A trois ans et demi, cris, plus tard propulsions, chutes et vertiges, à cinq ans attaques complètes, entremêlées des
OBSBHVATIONS* . 201
accidents iiicoin|^ts que oous venons d'énumérer ; la ma* lade a deux attaques en moyenne par mois,, presque toujours au lit : plusieures secousses, cris ou chutes par jour, le plus souvent dans la journée.
Le degré le plus léger des accidents comitiauz éprouvés par l'enfant est une secousse brusque, unique, qui peut n'entraîner d'autre mouvement que de soulever les bras; la jeune , patiente laisse échapper alors ce qu'elle tient à la main ; elle s'apperçoit de la secousse, la signale même et l'évite« La mère appelle ces préludes des secousses pour les dis-p tinguer des autres degrés.
Le second degré est le m, comme les parents je désignent^ il y a commotion plus étendue, soulèvement des bras, et émission d'un cri guttural, fort court, ressemblant à un effort de vomissement ; parfois, immédiatement, elle porte la main à sa bouche comme pour réprimer une envie de vomir. La patiente en a quelquefois la conscience et demande si on l'a entendue crier.
Les propulsions ne se montrent plus, elles ont été remplacée par les chutes ; au moment de la commotion et du cri, l'enfant se précipitait en avant, faisait quelques pas sans but apparent, et ne tombait pas.
Les chutes sont des commotions dans lesquelles il y a, outre le cri et la chute, un court moment de perte de la vue et de la connaissance. L'enfant tombe, par périodes, habituellement en avant ou habituellement en arrière; la chute a été telle qu'il en est résulté des sortes de trombus des fesses très-douloureux. Nous avons été témoin plusieurs fois de ces commotions; après la chute, la petite malade se relève iiusfiîtèt ; si la commotion arrive au lit ou sur le parquet,
202 * DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
elle s^assied où se redresse ; il y a, pendant les commotions, un court moment d'absence, pendant lequel elle ne répond pas ; prise un jour en écrivant^ elle a dit qu*elle avait. cessé un instant de voir. Elle accuse quelquefois après la commetion un resserrement douloureux dans l'estomac ; à Tordinaire elle est immédiatement remise et répond sur-le-champ. Dans les vertiges toniques, aux phénomènes delà commotion avec chute que nous venons de décrire succèdent quelques secondes d'immobilité avec contracture de la partie supé** rieure du corps et des bras qui se croisent sur la poitrine, les poings fermés, ou s'allongent le long du corps, les mains ouvertes. La respiration est un moment suspendue; une couleur violette paraît sur le visage qui pâlit plus tard. Une salive filante non mousseuse s'échappe des lèvres. Il s'y joint quelquefois des mouvements convulsifs des yeux, l'abolition des sens est complète; dans les degrés plus forts, la convulsion tonique est générale et très-courte, parfois avec convulsions cloniques limitées.
V attaque commence par la commotion avec cri et chute, suivie des symptômes suivants : renversement de la tête en arrière ou flexion en avant, contracture qui se généralise, convulsions saccadées de tout le corps, signes d'asphyxie plus prolongés que dans le vertige tonique ; écume, assez frétjuemment morsure de la langue, ou des joues ; quelquefois urines involontaires. Très-rarement les attaques ont laissé à leur suite du piqueté ecchymotique sur les paupières.
Les causes excitantes des accès qui nous ont été le plus souvent signalées, ont été des frayeurs, le plus souvent insignifiantes, de légères émotions.
Nous avons donné pendant de longues années des soins à
cette enfant, derenue une jeune fille ; rien n'a pu entraver Taggravalion graduelle des accidents oomitiaux et de la déchéance intellectuelle.
Yingt-quatrième Observation.
Jeune garçon de 14 ans, fils d'un médecin; très-intelligent; aïeule paternelle devenue épileplique dans un ftge avancé. Dans le mois même où l'épilepsie a commencé chez le petit-fils par des commotions; il a éprouvé une vive frayeur par une chute de voiture. Il avait 13 ans, quand ce degré léger d'accident^ comitiaux a paru. D'abord rares, ces commotions sont devenues de plus en plus fréquentes, jusqu'à l'apparition des attaques ; depuis cette époque elles ont été moins fortes et moins rapprochées, il y en a pourtant, en moyenne six à sept par jour. Les attaques ont commencé trois mois après les commotions; il ne s'en est montré d'abord qu'une par mois^ plus tard deux à trois dans le même temps. Les attaques et les commotions étaient d'abord presque toujours diurnes : les attaques maintenant ont lieu Je plus souvent au lit.
A l'origine du mal, la commotion ou secousse était bornée à la partie supérieure du corps; bientôt elle est devenue générale ; si l'enfant est debout ou marche, il peut tomber, mais cela est rare, s'il y a chute ; il se relève à l'instant même. Il lâche ou lance ce qu'il tient à la main, surtout à la main droite.
Le patient dit qu*il perd la vue au moment de la commotion, mais il la recouvre immédiatement après ; la mère donne à ces accidents le nom de tremblement^ le père les appelle secousses.
Sl04 DI^BUJB ENGÉPIfALIQUEg.
Les commotioDs vertigineuses se prolongent pliis que les commotions simples ; après une première secousse gêné* raie, il en survient, à court intervalley une seconde et même une troisième qui s'accompagnent d'une sorte de cri et qui amenaient la ôhute^ si Ton ne la prévenait pas. Moins d^une minute après, si lé malade est tombé, il se relève même et dit qu'il éprouvait une constriction de l'iestomac qui arrêtait sa respiration.
L'attaque est précédée de deux ou plusieurs commotions (on en a observé jusqu'à neuf consécutives) dont la dernière, au moins, avec cri. Les mains se projettent en avant et la chute aurait toujours lieu si on ne retenait pas le patient ; yeux renversés en haut, rotation de la tète, rigidité générale, promptement accompagnée de convulsions cloniques ^ signes d^asphyxie, lèvres violettes, plus tard pâleur^ éniis^ioasalivaire, râle guttural. Il n'y a presque jamais de moi^ure, on n'a pas observé d'urines involontaires. Après quelques ins* tants d'affaissement, l'enfant prend un air égaré et., si on l'interroge, il divague. Mis au lit, il dort une heure, rarement plus ;. au réveil il se plaint d'avoir mal à l'estomac, le plus souvent il y a peu ou point de courbature.
Un réveil brusque et forcé a parfois occasionné une attaque dans la nuit.