SECTION PREMIERE
ATTAQDES.
Sur les 300 cas d'epilepsie servant d'element a ce travail, 50, soit 17 pour 100, ont presente des debuts peripheriques, c'est-a-dire des attaques commencant par une crampe ou convulsion tonique d'un ou de quelques muscles soumis a la volonte.
Le siege de ces premiers symptomes etait tres- variable ; cependant les extremites, surtout les mains, en etaient le plus sou vent le siege.
De 50 epileptiques de ce genre, 31 voyaient habituellement leurs attaques debuter par l'un <^Les membres thoraciques; et ce debut se faisait 27 fois par la main, 3 fois par le milieu du membre, et une seule fois par l'epaule.
Chez 7, l'un des muscles abdominaux etait le premier affecte, et parmijces malades, 6 ressentaient le debut dans le pied.
2 etaient atteints par les muscles du tronc (region precordiale pour l'un, hypocondre droit pour l'autre).
Chez 10, c'etait par les muscles de la tete : dans trois cas, par une joue ; dans un, par les abaisseurs de la machoire ; dansun autre, par les elevateurs; dans deux, par les muscles
8 * DEBUTS PERIPHERIQUES.
de la languedu cote gauche, et chez l'un d'eux, probablement paries plerygoidiens du meme cole ; enfin, dans un cas, c'elait par les abducteursde l'oeil gauche.
Dans l'ouvrage que nous avons publie sur Tepilcpsie (1), nous avons consacre une section a des recherches historiques sur Yaiira epikptica; nous y avons reproduit' de tres-nombreux fragments d'histoires d'epilepsies a debuts peripheriques puises dans les auteurs, depuis Gallien jusqu'a nos jours ; dans l'immense majorite des cas, la convulsion debulait par l'un des membres.
Dans les observations originales de notre livre, sur 7 cas d'epilepsiea debuts peripheriques dont nous avons donne les histoires detaillees, il s'en rencontre 2 oil le debut avait lieu par une main, un par un pied, 2 parle cou, 2 par un cole de la face. (L'ensemble des faits justifie les conclusions suivantes.) Toules les regions du corps occupees par des muscles soumis a la volonte peuvent elre le siege des debuts peripheriques ; mais habituellemenl la convulsion commence par rextremite d'un membre et beaueoup plus souvent par la main que par le pied.
Quant au cote du corps par lequel la convulsion a de la tendance a debuter, nos faits donnent les resultats suivanls : en eliminant un malade chez qui le cole fut different dans deux periodes de sa maladie et deux cas ou celte circonstance n'a pas ete notee, nous irouvons, sur 47 epileptiques, 19 debuts a droite, 28 a gauche. Une semblable difference ne pent pas avoir ete accidentelle ; aussi, sans pretendreque la proportion de deux a trois soit une regie, nous croyons que
(i) Herpin, du Pronostic et du traitement curatif de I'epilepsie. In-8, Paris, 18D2, p. 389-419.
la predominance des debuts a gauche peut etre admise comme un fait general. II y aurait a etudier cette circonstance dans d'aulres maladies du cerveau ; elle ne nous parait pas jusqu'ici l'avoir ete suffisamment.
Si, chcz les epileptiques a debuts peripheriqucs, le point de depart est le meme chez le meme sujet, cette regie n'est pas sans subir quelques rares exceptions. Ainsi, chez quelques patients oil la convulsion commencait presque toujours par une main, i) est arrive quelquefois que les deux mains ont die prises en meme temps, ou bien que l'engourdissement et la crampe ont debute par le pied du meme cote, ou encore qu'ils ont pris origine dans un cote de la face ou de la langue. Un epileptique dont les attaques commencaient par le pied le sentait, mais rarement, debuter par la figure. Le malade, dont l'aeees partait du cole gauche de la poitrine, disait que parfois la force qui l'enlrainait a gauche avait son point de depart a la tempe du meme cote. Chose remarquable : dans tous ces cas, les preludes anormaux n'aboutissaient qu'exceplionnellement. Chez le sujet de la huilieme observation, dans une premiere periode de sa maladie suivie d'une guerison ternporaire, les attaques debutaient par le pouce gauche ; lors de la rechule, elles commencerent par la machoire et continuerent a se monlrer ainsi. Enfin, dans le cas de la deuxieme observation, la convulsion initiate changea de cole dans deux periodes differentes de la maladie, mais en occupant toujours les doigts.
Apres le siege du phenomene initial nous devons en examiner la nature. Les sensations eprouvees, a quelques nuances pres,et le genre de convulsions, sont les memesdans tous les cas a debuts peripheriqucs, quel que soit le point de de-
10 DEBUTS PERIPIIEIUyUES.
part. Tousles patients signalent un engourdissement comme paralytique, une insensibilile accompagnee de fourrnillements, de picotements, dc fremissements, ou de bouillonnements auxquels succede tres-vite une crampe plus ou moins douloureuse. Cette crampe ou contracture a amene parfois des plaintes et meme des cris. Un Piemontais disait en souffrir comme si un stylet lui eut traverse la main. La convulsion tonique entraine les parties dans des directions variees ; les doigts ou les orteils, les bras ou les jambes sont les plus souvent flechis, quelquefois etendus ; ils sont rapproches ou eloignes. Ils resistent plus ou moins energiquement aux efforts qu'on fait pour changer leur attitude ; le corps luimeme s'inflechit du cote ou les muscles du tronc sont contractures.
La crampe s'accompagne bientot de palpitations musculeuses, de tremblement, de soubresauts des tendons, de mouvements saccades, c'est-a-dire de secousses ou convulsions cloniques. Dans des cas assez rares, la partie qui est le siege de ces mouvements convulsifs est assez sensible, pour que le moindre contact redouble les secousses ; nous l'avons observe principalement a la face.
II nous reste maintenant a etudier la marche de la convulsion depuis son debut, jusqu'au moment ou l'attaque se complete, c'est-a-dire jusqu'a la perte de connaissance. Lorsque la crampe commence par la main, entrainant les doigts dans des positions variees, elle se propage plusou moins vite a l'avant-bras, au bras, a l'epaule, en produisant la flexion ou l'extension, la pronation ou la supination, I'adduction ou l'abduction de ces parties ; elle gagne les muscles rotateurs de la tete qui entrapment celle-ci du cote convulse ; elle
atteint en meme temps le cote correspondant de la face, etles yeux qui se dirigent du meme cote que la tete. Deja alors le patient eprouve une constriction au cou qui arrete la deglutition et un endnrcissement de la langue, disait un malade. La respiration est genee ou suspendue, la parole difficile ou impossible. La vue, puis Tome et enfin la connaissance se perdent. Presque jamais, excepte aux premieres attaques, il n'y a de chute, parce que le patient averti a le temps de s'asseoir ou de se coucher, tout au moins, sur le parquet ou su,r le sol.
Quelques malades signalent la convulsion tonique com me envahissant le cote correspondant du thorax, ou le membre abdominal de bas en haut pendant que la crampe monte du membre thoracique vers la tete. 11 est des epileptiques qui perdent subitement la connaissance quand arrive la suffocation; chez d'autres, c'est au moment de la rotation de la tete et de l'envahissement de la face. Un malade racontait qu'au moment de perdre ses sens, il lui semblait qu'il tombait d'une hauteur immense, comme du dome du Pantheon, et qu'il s'aplatissait sur le pave.
Telle est la marche de la convulsion montant de la main ou du milieu du membre thoracique.
Dans les debuts par le pied, la crampe gagne la jambe, la cuisse, la hanche, le flanc, le cote de la poitrine ; alors survient la dyspnee et meme quelquefois un leger rale dont le malade a la perception. Apres la poitrine, tres-rarement avant, le membre thoracique est envahi dela main a l'epaule, puis viennent le cou, la face, etc., etc. L'un de ces epileptiques disait qu' avant de perdre connaissance, il se sentait comme eleve dans les airs et retomber d'une grande hauteur.
12 DEBUTS PERIPIIEIUQUES.
Chez le malade dont les attaques ccmmeneriicnt par la region precordial, la convulsion envahissait lu membre Ihoracique correspondant et tout le cole gauche, avant d'atteindre le cote droit et avant l'abolilion de la connaissance. Celui dont les acces dcbutaient par l'hypor.ondre droit scnlaitla convulsion remonter derriere la tele ou il eprouvait une sorte de contraction suivie de la perte des sens.
Les patients dont les muscles de la face, de la machoire ou de la langue sont les premiers atteints, sentenl le plus souvent tout le cote correspondant du corps envalii avant l'abolilion de la conscience.
Dans un cas ou les convulsions debutaient par 1'abduclion de l'oeil gauche, les deux globes etaient entraines dans le metne sens et fortement devies, mais sans oscillations d'abord ; les pupilles etaient dilutees, la tele legerement flechie tournait a gauche ; le menton arrivait presque au-dessus de l'epaule ; le sterno-mastoidien droit elait contracture, non le gauche. Bienlot la tete elait en proie a des mouvemenls saccades ; la convulsion s'elendait a tout le cole gauche et la connaissance se perdait.
Ces faits nous conduisent a insister sur le phenomene de la rotation de la tete vers le cole affecte pendant le cours des convulsions unilaterales. On sait que ce mouvement est produit par la contraction du muscle sterno-mastoi'dien et de la portion superieure du trapeze du cote oppose. 11 peut done paraitre etrange que, tandis que l'ensemble des muscles volonlaires du cote gauche, par exemple, est convube, et que ceux du cote droit restent elrangers a cet etat, le sterno-mastoidien et le trapeze droit prennent part a la convulsion et non ceux du cole gauche. Ainsi Ton a professe
a Paris, dans 1'une cles chaires de la Faculte (1), que dans le cas d'epilepsie avec convulsions predominates d'un cole, la tete tournait du cole oppose; on a ele plus loin : on a donne ce symptotne com me un moyen de dislinguer l'epilepsie simulee. Or, le fait est completement inexact ; et la regie de medecine legale qu'on en a deduite est par consequent tout a fait fausse. Dans les premiers cas de ce genre oil Ton nous signala le phenomene reel, nous crumes qu'on faisait erreur, et, en recueillant l'histoire de ces faits, nous n'osames pas preciser le cole vers lequel la tele tournait. Les cas de cet ordre publies dans notre ouvrage portent la preuve de ce doute. Enfin, l'occasion s'etant presentee d'assister a une serie d'altaques chez un enfant dont les convulsions elaient toujours bornees a un seul cote du Ironc, de la tele et des membres, nous pumes conslater, a plusieurs reprises, non-seulement que la tete tournait toujours du cole convulse, mais que le sterno-mastoidien du cote oppose etait contracture, tandis que celui du cole en proie aux spasmes reslait etrangera la convulsion.
Depuis cette epoque, nous avons pu bien des fois verifier de vue ce phenomene chcz des epiieptiques ; et il nous a constamment ete raconle de la meme maniere par les assistants de nos malades, quand ils etaient observaleurs. Dans un travail que nous voulons rendre aussi limile et aussi positif qu^il nous estpermis de le faire, nous noussommes promis de rester etranger a toute explication pbysiologique et de ne nous appuyer que sur des faits de palliologie. Nous renvoyons done aux pbysiologistes le soin de donner la theorie
(1) Trousseau, C Unique medicale de VIIdtel-Dieu de Paris. Paris, 18G2, t. II, p. 7.
W DEBUTS PEIUPHE1UQUES.
de ce phenomena. lis doivent trouver- ^explication de cette anomalie dans l'origine, la marche et la distribution exceptionnelle du nerf spinal qui fournit des branches aux muscles rotateurs de la tele.
Pour revenir a la marche de la convulsion dans les attat
ques a debuts peripheriques et la resumer, le spasme tend toujours a monter de son point de depart vers les muscles dont les nerfs prennent leur origine le plus pres de la partie anterieure del'encephale. Mais, quel que soitle lieu d'ou part le spasme, dans la generality des cas, tous les muscles volontaires du cote correspondant sont envahis par les convulsions avant la perte de la connaissance ; et les malades intelligents peuvent rendre un compte exact de cette phase de Tattaque qui ne se borne pas a la contracture musculaire. La plupart de ces epileptiques signalent pendant l'ascension de la convulsion tonique des palpitations musculaires, des tremblemenls, puis des secousses qui se joignent successivement a la crampe, en suivant la meme marche. Ainsi les convulsions cloniques etendues a tout un cote du corps peuvent preceder la perte de la connaissance ; il y a plus : un certain nombre de ces malades (parmi lesquels la fille tresintelligente d'un medecin) nous ont signale nettement les convulsions cloniques generates avant l'abolition du sentiment, et le temoignage des assistants dans ces cas (en particulier celui du pere de la jeune personne que nousvenons de citer) a pleinement confirme la realite de ce phenomene. Nous reviendrons, du reste, sur ce point important de symptomalogie dans la seconde section de ce ctmpitre.
Le cri est Tun des signes frequents des attaques. Le veritable cri epileptique est une sorte de hurlement produit par
PRELUDES OU CUAMPES ET ACCES.
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l'explosion convulsive de l'air au travers du larynx spasmodiquement resserre. Dans les cas a debuts peripheriques, on en observe d'autres d'une nature tres-diffe rente, ce sont des cris arraches au patient par la douleur, l'eflroi ou la surprise. Dans notre ouvrage, nous avions confondu ces deux phenomenes opposes ; l'un purement automatique, l'autre qui n'est que l'expression d'une souffrance physique ou morale. Cette derniere espece est commune dans les epilepsies a debuts peripheriques ; elle est excessivement rare, dans les deux autres genres.