SECTION QUATRIEME
OBSERVATIONS D'EPILEPSIES A DfiBUT PERIPHKRIQUE.
Premiere Observation.
Jeune personne de vingt et un ans, tres-intelligente ; une cousine germaine morte epileptique. Scrofules dans l'enfance; sans cause occasionnelle connue, aquatorzeans, courts
acces cTengourdissements de la main droite qui ont ele plus tard le premier symptome des attaques. Ces lexers acces se sont reproduits, par intervalles, pendant deux ans environ avant la premiere crise des convulsions generates. Les attaques, d'abord isolees, sont revenues bientot par series de 2 a 7 en un ou deux jours ; tous les mois environ, la serie commengait, et finissait toujours par des preludes, qui n'aboutissaient pas.
Les descriptions qui vont suivre sont le resultat des narrations concordantes de la maladie de la part de son pere et de sa femme de chambre :
L'attaque debute toujours par une sensation d'engourdissement et de fourmillement de la main droite. II survient bientot de la raideur des doigts accompagnee de douleur, et quelquefois des mouvements convulsifs de ces appendices ou de la main. La nuit, ces sensations reveillent la malade, en sorte qu'elle n'est jamais prise d'une attaque sans s'en apercevoir. On a toujours le temps de comprimer l'avant-bras et le bras. Quand le mal s'etend a Tavant-bras, il consiste en une veritable crampe, tres-penible, tres-douloureuse, qui arrache des cris de souffrance, en meme temps qu'elle jette la malade dans un trouble extreme par la crainte de l'attaque. Elle s'ecrie avec effroi : Serrez mon bras, serrez mon bras. Quand on comprime le membre avec la main, on sent que les muscles sont tendus et raides comme des barres. La crampe gagne le bras, Tepaule, le cou, le cote droit de la face, le pourtour droit des levres. Alors la patiente eprouve encore une constriction qui arrete la respiration ; la vue, l'ouie se perdent, et bientot la connaissance. Avant d'etre instruite par 1'experience, la malade croyait mourir suflbquee au mo-
+0 DEBUTS PERIPIIERIQUES.
ment ou elle perdait ses sens. A cet instant, la tension convulsive s'est generalised, il y a rotation de la tete a droite et ie plus souvent cmprostholonos ; la respiration est suspendue; la face noircit, la mort par aspbyxie parait immitiente, ses extremiles contractures sontagitees de vives secousses, qu'un tremblement a preeedees; la face est en proie a d'horribles convulsions, sa respiration reparait, mais ralante. Enfiu, de l'ecume souvent sanguinolente, s'echappe de la bouche. Dans la premiere altaque, il y a eu une sulle involontaire, cela n'est jamais arrive des lors; mais, quand les crises surviennent vers la fin de la nuit, l'urine est rendue pendant les convulsions. La langue est le plus souvent mordue. Avec le collapsus, arrive un coma sans stertor.qui se prolonge un quart d'heure, plus ou moins ; sa duree est en rapport direct avec la violence de l'attaque. Au reveil il y a stupeur d'abord, puis leger delire. La patienle regarde sa femme decliambre (qui est son ancienne bonne) avec surprise et effroi el lui dit : Tu me fais pew ; mais reprend ensuite toute sa connaissance et s'endort tranquillement. Le lendemain (les attaques arrivent presque toujours de nuit), il y a cephalalgie et courbature. Pendant deux ou trois jours, les paupieres etleur pourtour offrent le plus souvent un piquete eccbymotique. Nous venons de decrire le debut le plus ordinaire, celui de la main droite; ilest arrive tres-rarement que la crampe ait commence par le membre abdominal droit pour remonter au bras, et de la suivre sa marcbe ordinaire.
Dans l'intervalle de ces paroxysmes la malade n'eprouve aucun malaise qu'on puisse altribuera sa maladie : ni elourdissements, ni vertiges, ni absence, nispasmes quelconques. Mais, pendant la duree du paroxysme, avant les attaques,
OBSERVATIONS. Ai
dans leurs intervalles, ou dans les heures qui suivent la derniere, elle a toujours des preludes d'attaques qui n'aboutissent pasetqu'elle appelle des menaces.
Ces menaces consistent, dans leur degre le plus leger, en une sensation de fidlementsur l'index ou la pauine de la main. Dans un degre un peu plus fort, il y a engourdissement et fourmillement, quelquefoisavec de legcrsbattements ; le prelude s'arrete frequemment la; mais il va souvent aussi jusqu'a la crampe de cette partie, et du mouvement convulsif des doigts la crampe peut atteindre Tavant-bras, plus rarement le bras, l'epaule, le cou et meme la face, sans que l'attaque se complete. Cependant il est bien rare que les convulsions ne se generalised pas, quand le coude est depasse. Si la ligature a quelquefois reussi a arreter la marche de la crampe, c'est, a ce que croit le pere, quand on a pu Fappliquer a temps a la partie superieure de l'avant-bras; meme alors elle a echoue souvent; les preludes, d'ailleurs, n'ont pas toujours ele suivis d'attaques, lors meme qu'on n'a pas comprime.
II est arrive parfois, mais rarement, que le fourmillement et l'engourdissement aient occupe le pourtour des levres a droite; jamais, dansce cas, il n'y a eu d'attaque immediatement consecutive. Une fois l'aura a paru a la main gauche; il n'y a pas eu de suite.
On a vu qu'a l'epoque ou nous fumes appele pour la premiere fois a donner des conseils a cette jeune personne (c'etaiten 1852), la maladie datait de sept annees, et il y avait cliaque mois un paroxysme de deux a sept allaques ; soit une cinquantaine d'attaques par an. Divers traitements avaient amene une amelioration toujours croissante jus-
42 DEBUTS PfiRIPIIERIQUES.
qu'en 1862. Descette annee-la le nombre annuel des grands acces ne fut que de un a trois par an; et aux dernieres nouvelles (en juillet 1862), ,le dernier intervalle avait ete de quinze mois. Malheureusement cette dame avait renonce trop tot a l'emploi des moyens qu'une plus longue perseverance aurait tres-probablemeni rendu completement efficaces.
Deuxieme Observation.
Jeune homme de vingt et un ans et demi, ouvrier graveur en bijouterie; a'ieule maternelle morte en demence a cinquante-sept ans; mere hypocondriaque a un haut degre, unfrere etune sceurmortsphthisiques ; phthisiquelui-meme.
Sans cause connue, a vingt et un ans, courts acces des crampes de deux doigts de la main gauche, suivis, Je troisieme ou le quatrieme jour, d'une attaque complete d'epilepsie qui s'est repetee ensuite toutes les semaines environ. Les crampes reviennent plusieurs fois chaque jour, les attaques commencent toujours par un engourdissement qui, pendant une minute, occupe seulement le medius et Tannulaire gauches : survient une crampe de la main, alors ces doigts sont contractures et legerement flechis ; puis ils sont bientot le siege de mouvements saccades. La crampe, qui est fort douloureuse, gagne l'avant-bras, et sa main est entrainee en pronation exageree. Quand la convulsion arrive au bras, l'avant-bras est porte en arriere, la crampe atteint ensuite l'epaule, et a ce moment le malade perd connaissance, ou du moins ses souvenirs s'arretent la. D'apres le rapport des parents, il pousse alors un cri; la convulsion tonique se generalise; les yeux sont fixes, la bouche tiree vers
l'oreille gauche, la tSte tournee du meme cdte. Les secousses se manifestent et predominent a gauche, la face est d'un violet fonce, il y a menace d'asphyxie; le rale arrive, et bientot Fecume, le collapsus et le coma succedent. Apres quelques minutes surviennent des vomissements abondants et plus ou moins re petes. L'intelligence revient lentement; le patient est effraye et ne veut pas qu'on le quitte; il est baigne de sueur. Un ou plusieurs courts sommeils ramenent le calme. II y a eu quelquefois morsure de la langue. La cephalalgie et la courbature peuvent persister encore le lendemain.
Les crampes non suivies d'attaques offrent des degres divers, elles occupent exclusivement le medius et l'annulaire gauches ; apres quelques secoussesdans ces doigts, la crampe s'arrete brusquement. Nous avons vu l'un de ces petits acces ; le malade tenait la main appuyee et etendue en pronation sur l'autre. On voyait le tendon de l'extenseur auxiliaire du medius se soulever brusquement, de temps en temps, sans mouvementdu doigt; puis; de loin en loin, le medius s'ecartant de l'indicateur etait brusquement porte vers l'annulaire; les petites crises durent une minute environ.
La contraction peut envahir toute la main et s'arreter la, surtout a l'aide d'un double bracelet lace qu'on serre fortemen t sur l'avant-bras et le bras au moment de la crampe. Cependant, ce moyen ne reussit pas toujours a prevenir l'attaque, et la crampe, avant que j'eusse conseille le bracelet, s'arretait le plus souvent la.
II est arrive deux fois, vers la fin dela vie du patient, qu'il y ait eu des acces intermediaires entre la crampe de la main et les attaques completes. La convulsion tonique, apres avoir
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occupe primitivement les doigts et y avoir ete accompagnee de quelques secousses, a gagne la main, l'avant-bras, repaule, le cou, le cote de la lace et entraine la rolation de la tele, sans que la convulsion se soit propagee au dela, et sans que la periode clonique ait suivi. II n'y a eu de contracture ni dans le cote oppose ni dans les membres abdominaux ; point d'arret de la respiration ; point d'ecume. Le malade a conserve la pleine integrite de ses sens et de son intelligence, il a marche pendant tout l'acces, et n'a pas cesse de parler. II nous raconte les moindres details de la crise ; et ces details sont confirmes par la mere, qui a ete temoin de tout. Sous 1'influence d'un traitement scrupuleusement suivi pendant pies de sept mois, notre malade est reste huit mois et demi sans atlaque, et sept mois sans crampe. Lors de la rechute qui a commence par le retour des crampes, la convulsion a occupe la main droite au lieu de la gauche, l'annulaire et l'auriculaire au lieu du medius et de l'annulaire. Des lors, les crampes, soit comme preludes isoles, soit comme debuts d'altaques, ont conserve le meme siege.
Un nouveau traitement a supprime les attaques pendant plus de six mois encore, et les crampes pendantsix semaines ; mais les progres rapides de la phlhisie n'ont plus permis de s'occuper que de cette derniere affection. Deux acces incomplets sont arrives en un mois, puis 2 attaques, a deux jours d'intervalle. Le malade, parvenu du reste au dernier degre d'epuisement, a succombe dans la seconde attaque, ainsi qu'il l'avait predit apres la premiere.
II n'y a jamais eu de vertiges ni de manifestations epileptiformes quelconques, en dehors de celles que nous avions decrites, si ce n'est qu'aux diverses epoques ou le mal a cede
ou repris, les preludes se sont quelquefois bornes a l'engourdissement eta de legeres secousses des doigts indiques.
Troisieme Observation.
Homme de Irente-six ans et demi, fabricant de tabacs, une soeur maternelle epileptique ; deux moiset demiavant le premier acces, chute sur l'epaule, suivie d'une paralysie incomplete du bras pendant un mois.
A trenle-six ans, debut par un acces incomplet d'epilepsie, qui s'est renouvele plusieurs fois dans chacune des semaines suivantes, puis, deux mois apres l'invasion, veritables attaques revenant toutes les cinq a six semaines avec des acces dans l'intervalle. La plus legere des manifestations comitiales chez le malade consiste en un engourdissement passager des deux derniers doigts de la main gauche.
Les acces les plus ordinaires offrent les symptomes sui vants : debut par un engourdissement des deux doigls, qui s'etend aux autres, et s'accompagne bienlot d'une crampe de la main gauche, celle-ci se propage a l'avant-bras qui se flechit ; elle est suivie de mouvements saccades de ces parlies. Mais la convuMon s'anete bien rarement la; elle gagne le bras, l'epaule, le cou et le cote gauche de la face, il n'y a pas rotation de la lete. Les convulsions cloniques suivent toujours la contraction tonique. La connaissance reste entiere ; les convulsions de la face ne permetlent pas au patient de juger de la vision a gauche, l'ceil etant ferme, mais la vue de Tocil droit est intacte ; rouie est nelte, la deglutition est arretee et la respiration genee ; le malade, quoique comprenant tres-bien, ne peut pas parler* Ces acces ne durent qu'une minute environ.
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Quelques crises ne sont pas limitfes a la partie superieure gauche du corps. Dans ces cas, le membre abdominal gauche est envahi apres le thoracique ou apres la face; la crampe y suit egalement une marche ascendante. Alors tout le cote gauche est pris de convulsions. Le malade ne tombe pas; il s'assied ou gagne son lit, il n'y a pas de sommeil consecutif.
Dans les attaques completes, le patient perd connaissance apres que le cote gauche a ete envahi. II y a quelquefois chute (parce que le malade ne croit qu'a un acces leger), toujours convulsions generates, figure bleue, rale, ecume, sommeil, puis grande fatigue et cephalalgie, surtout a la tempe gauche.
Les acces sont a l'ordinaire provoques par Taction de serrer quelque chose avec force ou continuity ; le premier est survenu pendant que le malade faisait effort des doigts de la main gauche pour boutonner un vetement. 11 lui en est arrive un autre en tenant de la main gauche la rampe d'un escalier qu'il montait.
Instinctivement, depuis le premier acces, il se frictionne ou se fait frictionnerles parties qui sont le siege de la crampe; deux fois, par hasard ou non, la crampe s'est arretee au moment ou la main passait sur le nerf cubital pres du coude.
Cet epileptique, comme les precedents, n'a jamais eu d'autres accidents de petit mal que ceux que nous avons decrit; cependant deux fois la convulsion tonique a ete precedee pendant une minute ou deux de vertige; trouble de la vue, legeres nausees, crainte de tomber, avec integrite de l'intelligence et de l'ouie. Dans l'un de ces cas, l'attaque a ete complete, dans l'autre la crise s'est arretee a la main.
Quatrieme Observation.
Juiine fille de quinze ans, sans profession ; aucune cause hereditaire connue. Phthisique depuis l'age de dix ans, alitee tous les hivers pendant quelques semaines, et se retablissant en apparence dans la belle saison.
A dix ans, elle est prise de courts et frequents acces de crampes du mombre thoracique gauche, sans autre symptome nerveux. J'affirme alorsa son medecin,le docteurRilliet, qui me parte du cas, que ce sont des'acces incomplets d'epilepsie, etqu'elle aura un jour des attaques completes si on ne reussit pas a guerir ces premiers accidents. Pen a peu en effet, et malgre l'incredulite de mon confrere, la convulsion tonique s'etend a tout le cote gauche du corps, et, s'accompagne de mouvements saccades. Plus tard, les convulsions se generalisent parfois sans perte de connaissance ; et enfin il survient, mais tres-rarement, des attaques completes.
La crampe initiale du membre thoracique qui continue ase montrer, de temps en temps, seule dans les intervalles des acces plus etendus, commence toujours par un engourdissement des doigts gauches, suivi d'une contracture douloureuse de la main, qui gagne l'avant-bras et le bras. Les doigts et l'avant-bras sont flechis ; la douleur est quelquefois si vive qu'elle arrache des cris. La face rougit, les sens sont intacts. Apres une a trois minutes, la contracture cesse et la malade est bien. Dans les premiers temps la crise etait quelquefois suivie de coliques, et d'une evacuation alvine. Les crampes qui surviennent presque constamment de jour se sont montrees quelquefois la nuit ; alors la douleur reveille la malade; telles sont les crises du premier degre.
48 DEUUTS PERIPIIKRIQL'ES.
Les acces du degre immediatciiient superieur debutent de la meme maniere ; mais la convulsion lonique gagne l'epaule, le c6le gauche du tronc, le membre inferieur, ie cou et la face; la bouche est tiree a gauche ; les yeux sont diriges du meme cote. Les convulsions cloniques s'ajoulent aux loniques, mais toujours a gauche exclusivement, lasalivespumeuse ou non, arrive sur les levres. II y a, pendant l'acces, un trouble plus ou moins grand dela respiration, de la rougt?ur a la face, et sur la fin unc sueur abondante. 11 n'y a jamais eu de chute, ni de morsure de la langue, le sens et la connaissance restent intacts; la jeunefille, qui est tres-inlelligente, raconte avec neltete el lucidite tousles details de l'acces ; elle parle meme pendant la duree des convulsions, mais en balbuliant et quelquefois d'une maniere inintelligible.
Dans les plus forts acces, sans parler encore des atlaques completes, meme debut, meme marche, seulement les convulsions se generalised a la face comme aux membres, et la vue se perd, quoique les paupieres ne se soient pas fermees ; mais l'ou'ie el la conscience subsistent. Plus d'une fois elle nous a repele des phrases qu'elle avail entendues pendant le fort de l'acces, phrases dont on ne lui avait point parle plus tard, et qui avaient ele reellement prononcees. Au lit, elle tient quelquefois sa mere par le cou et l'embrasse avec effusion, au milieu des convulsions generales, et les atlaques completes different des plus forts acces que nous venous de decrire par l'abolilion complete des sens et de la connaissance.
Aux dernieres nouvelles que nous avons eues de la jeune malade, elle avait dix-neuf ans ; elle etait de petite stature; elle n'etait point encore reglee et offrait toujours les sym-
ptumes de phthisie. A la suite de plusieurs traitements que nous lui avions fait subir, les acces etaient devenus beaucoup plus rares.
Cinquieme Observation.
Religieuse agee de 30 ans, fille d'un medecin mort depuis quelques annees; mere eminemment hysterique. Scrofules dans l'enfance ; elle porte encore au cou, du cote gauche, une enorme tumeur glandulaire ; il n'y a jamais eu d'adenite suppuree. Phlhisique depuis plusieurs annees, et debut a 7 ans par une attaque d'epilepsie suivie d'une seconde dans la meme annee. Des la premiere, elle a ete sujette a peu pres chaque mois, et pendant plusieurs jours consecutifs, a des preludes d'attaques que nous decrirons plus loin, mais il s'est ecoule environ vingt ans entre la seconde attaque et la troisieme. Celle-ci n'a pas ete isolee, il y en a eu 3 dans la meme nuit, a la suite d'une serie de preludes. Trois mois apres, un nouveau paroxysme est survenu, et fut compose de 5 attaques en moins de vingt-quatre heures. La jeune personne etait alors tres-gravement malade de la poitrine et alitee depuis deux mois, quoiqu'on fut en juin. Une nouvelle serie d'attaques se montra a six mois d'intervalle et fut suivie, a meme distance, d'nn paroxysme de 13 attaques en unjour et une nuit. Enfin neuf mois apres, nous etions appele aupres de celte malade pour une serie qui se composa de 60 attaques en qualre jours. La paliente ne cominenca a parler quele quatrieme jour.
L'atlnque debute toujours par un engourdissemcnl ou
HhKPl.N. — Acc^s. 4
SO . DEBUTS PERIPHERIQUES.
fourraillementdesorteils gauches, surlout des premiers ; quelquefois, niais rarernent, ces sensations commencentau milieu des pieds ou au talon. Tres-promptement, le fourmillement est suivi de crampe ; celle-ci remonte a la jambe et a la cuisse et s'accompagne de palpitations musculaires visibles a i'oeil, de la elle gagne la bouche. La contracture est plus ou moins douloureuse, parfois elle arrache des cris; le cote gauche de la poitrine est ensuite envahi, puis le membre thoracique de bas en haut. Les convulsions cloniques suivent la marche de la contraction tonique, et deja la jambe est en proie a des secousses, quand la patiente s' eerie : La voild, ma sceur, la crise me prendre le sens; la malade sent sa bouche s'ouvrir involontairement et quelquefois se refermer, la vue s'obscurcit el s'eclaircit alternativement ; puis il lui semble qu'elle lombe d'une hauteur et perd connaissance. II lui est arrive parfois de s'apercevoir que sa tete se renversait en arriere.
Le reste de la narration appartient a la soeur de la patiente qui est religieuse dans la meme maison : Les yeux se renversent en haut et la tete en arriere ; la bouche s'ouvre, plus tard les yeux se ferment et les machoires se serrent ; la rigidite devient generale, puis arrivent de vives secousses de tout le corps ; un rale humide se fait entendre et une salive mousseuse parait sur les levres. La langue est frequemment mordue, il n'y a jamais eu d'urines involontaires.
Nous avons parle de longues series de preludes revenant tous les mois environ ; elles durent en general une dizaine de jours, les accidents sont frequents chaque jour, et plus souvent diurnes que nocturnes, ils sontde deux ordres : les
engourdissements et les crampes; c'est ainsi que la patiente les nomine.
L'engourdissement commence, comme au debut de l'attaque, par les orteils et remonte plus ou moins haut dans le cote gauche du tronc et dans le membre thoracique jusqu'a la face ; il ne s'accompagne pas de crampe. La sensation peut se limiter a un point quelconque du trajet indique ; le plus souvent elle s'arrete a l'hypocondre gauche.
La crampe suit exactement la meme marche que dans l'attaque ; comme l'engourdissement, elle peut s'arreter a une hauteur quelconque de la route que nous avons retracee ; seulement elle arrive rarement au sein, et quand elle le depasse, l'attaque arrive fatalement. Lorsque l'acces ne doit pas se completer, la crampe diminue de force en s'elevant. Quelquefois la contracture a debute par le mollet, le genou ou la cuisse, et de la s'est etendue a la fois aux pieds et a la bouche.
Le lecteur desirera peut-etre savoir ce qu'est devenue cette interessante malade, que le denument sans doute avait mise dans un cloitre, ainsi que sa sceur, apres la mort de leur pere.
Nous avons ete appele au milieu d'un paroxysme de 60 attaques en quatre jours, qui avait paru mettre la vie de la patiente en danger. Sous l'influence de longs traitements diriges simultanement contre la nevrose'et la tuberculisation, la sante de cette religieuse fut amelioree de la maniere la plus remarquable. D'abord, deux ans s'etant ecoules sans attaques, nous suspendions pendant un mois toute medication, comme nous l'avions fait deja deux fois ; maisil survint un paroxysme de 4 acces incomplets a vingt-cinq mois
S2 DEBUTS PERIPIIERIQUES.
d'intervalle des dernieres attaques ; reprise des traitements, nouvel intervaile de trente-cinq :mois, puis une seulc attaque qui a eu lieu en decembre 1862. Quant a la sante genurale, elle est aussi satisfaisante qu'il est permisde l'esperer dans le cas donne. Notre religieusc montre toujours les signes physiques de lesions tuberculeuses dans le sommet des poumons, surtout h gauche ; mais elle a de l'embonpoint, de la fraicheur, et vit comme toute autre personne. Elle s'enrhume avec facilite, mais elle ne tousse pas habituellement ; les fonctions digestives sont normales, la menstruation reguliere. L'engorgement ganglionnaire du cou n'est apparent que pour quelqu'un qui en sait l'existence. En un mot, si ce n'est pas encore, apres sept ans, un succes complet, ce n'en est pas moins un tres-remarquable resultat.
Sixieme Observation.
Jeune garcon de 15 ans, ecolier. Une tante maternelle de son pere est morte epileptique. Fluxions strumeuses du nez , debut a 18 ans et demi , par une altaque apres s'etre expose a un soleil ardent. Trois mois plus tard, il survient un paroxysme de 6 attaques en un jour, nous sommes alors appele pour la premiere fois. Onze jours apres arrive un nouveau paroxysme de 4 attaques, un acces et unesecousse. Sous l'influence d'un traitement de zinc prolonge, nul accident epileptique n'est survenu depuis cette epoque (janvier 1855).
Les attaques sauf 2 sont survenues dans le sommeil, qu'il fut naturel ou consecutif a d'autres attaques; des dou\ quionteu lieu de jour, l'une a commence pendant un bail-
lement, avec pandiculations, qui s'est accompagne d'un tiraillenient (contracture) des muscles de la muchoire inferieure du cute droit ; la secondc a debute par un engourdisscment dans la meme region suivi de la contraction des muscles sous-maxillaires. Dans l'un et l'autre cas, la bouche etait ouverte ; le patient tie pouvait pas la termer. La contracture a gagne le cote droit de la face, la tete s'est tournee involontairement dans le meme sens, le tiraillement s'est propage aux membres du cote droit et s'y est accompagne de tremblement, puis de secousses, alors le patient a perdu connaissance. Les assistants ont signale ensuite lessymptomes suh vants comme accompagnanttoutesles altaques : Cri guttural, sorte de hurlement, tension convulsive generate, tremblement, secousses plus ou moins vives, figure livide, levres bleues, ecume ou salive filante, quelquefois urines involontaires, perte absolue des sens, collapsus, sommeil, de plus stupeur, retour graduel de Intelligence.
L'acces incomplet s'est passe ainsi : Le malade venait de dejeuner, ii a ete pris d'engourdissement, puis de contracture de la machoire a droite, la bouche etait ouverte, il s'est leve et dirige vers son lit accompagne de sa mere ; d'abord il n'a pas pu parler ; sa bouche, ainsi qu'il l'a dit plus tard, n'obeissait pas a sa volonte, il s'exprimait par signes, le cote droit de la face etait en proie a des mouvements convulsifs. Le patient avaittoute sa connaissance. A la fin, il a pu dire brievement et avec effort : Tuodserves, tuobserves? il desirait que sa mere put nous rendre un compte exact de ce qui se passait. L'acces fut arrete la, il a dure deux minutes au plus. Au moment le plus fort, la respiration etait courte et il y avait un peu de tremblement g6neral, effet probable de l'emotion.
34 DEBUTS PERIPIIER1QUES.
Le malade n'a eprouve qu'un seui prelude isole plus leger encore ; dans une nuit de paroxysme, entre 2 altaques, il a ete reveille par une secousse de la machoire a droite.
Nous avons dit en commencant que ce jeune homme etait gueri depuis neuf ans.
Septieme Observation.
M. X., 39 ans, capitaine dans un regiment de ligne, fils d'un medecin, doue d'un esprit observateur, reserve, eminemmentmethodique, aucune cause hereditaire.
Sans cause connue, a 31 ans, debut par une attaque suivie bienlot d'acces incomplets et de simples preludes; pendant une periode de dix mois il y a eu en moyenne 3 attaques par mois et 1 acces ou prelude par semaine ; sous l'influence d'un traitement de belladone et de stramoine, suppression des attaques pendant neuf mois et des acces ou preludes pendant cinq mois. Recbute ; pendant plus de vingt mois, 1 attaque et demie et 12 acces et preludes en moyenne par mois. Le remede oui avait reussi ayant ete employe inutilement cette fois, on eut recours a l'iodure de potassium qui amena un bien-etred'une duree de vingt mois. Seconde rechute; pendant presdequatre ans, 1 attaque en moyenne tous les deux mois et 1 acces ou prelude par semaine. Le malade alors se confie a nos soins ; des le debut d'un traitement de cuivre, toute manifestation epileplique sans un seul prelude cesse pendant dix-sept mois. Troisieme rechute, 1 attaque en moyenne tous les trois mois et 2 acces par inois.
Dans les trois periodes ou les attaques ont ete suspendues, les acces ou preludes ont persiste pendant un certain temps apres la cessation des attaques.
Les descriptions que nous allons donner des attaques, acces et preludes ofTrent d'autant plus d'interet qu'elles ont ete fournies par un malade doue de toutes les qualites qui peuvent garantir la verite du tableau de ses souffrances, et qu'elles ont ete completers par son pere, temoin oculaire de quelques-unes de ses attaques. II divisait lui-meme ses crises en trois genres, chaque genre etait subdivise en quatre ou cinq especes, nous serons moins minutieux tout en etant complet. Nous commencerons par le degre le plus intense.
Le patient eprouve d'abord au cote gauche du cou, vers la base de la langue, une sensation qui lui donne une sueur froide (due sans doute a l'emotion), bientot arrive un tremblement a la partie posterieure de la langue, toujours a gauche, suivi de la retraction des muscles de cet organe ; il ne peut plus avaler sa salive, ensuite se succedent les symptomes suivants : legers frissonnements aux levres, bouche distordue a gauche, convulsions cloniques de tout le cote gauche de la face, perte de la parole, sensation de gonflement de la langue, legers gargouillements au cou, vives secousses de la tete, convulsions envahissant par la main le membre thoracique gauche, secousses du poignet tellement douloureuses qu'il lui semble que ses doigts sont broyes par des rouages defer, cri sourd, perte de connaissance... Chute ; les convulsions se generalised et une ecume rougie par suite des morsures de la langue s'echappe des levres. Survient ensuite le collapsus, le coma avec stertor, et enlin le retour graduel des sens et de l'intelligence. L'attaque est
36 DEBUTS PERIPIIERIQUES.
parlbis suivie de vomissements et toujours de cephalalgie. Le lendemain il y a contracture surtout a gauche, et I'on observe un piquete ecchymotique sur les paupieres.
Les preludes se bornent a de petits mouvements a peine sensibles, a la base de la langue, a gauche ; ils ne durent que quelques secondes. II s'y ajoute un tremblement convulsif du cole gauche de la face. Alois, dit lu patient, il setablit entre ma volonte et le mal une espcce de lutte qui tourne le plus souvent d mon avantage, etfeprouve le contenlement d'etre delivre de mes craintes pour vingt-quatre heures. Dans un degre plus fort ou acces, il y a, apres le debut, a la base de la langue, des secousses du cote gauche de la face, plus vives que dans les preludes ; les muscles dn cou y participent ; latete est entrairiee a gauche et en proie a des convulsions cloniques ; la langue semble gonflee ; la parole est impossible ; mais quelquefois le patient pousse des cris gutturaux ; il percoit le gargouillement qui se produit dans sa gorge. La crise s'arretela, le malade ayant conserve tous ses sens.
Dans un degre encore plus avance, le bras gauche participe aux convulsions toniques, puis cloniques ; tout le cote peut meme etre envahi sans que le malade tombe ni perde un instant connaissance. Apres une ou deux minutes, rarement trois, l'acces se termine par l'eeoulement d'une salive ecumeuse ou filante, puis par une espece de rale. II y a quelquefois des vomissements consecutifs comme apres les attaques.
La cause accidentelle qui provoque le plus souvent les acces, rarement les attaques, est un effort de mastication; aussi ces accidents survienncnt-ils assez souvent au commen-
cement des repas, quelquefois e'est on so brossant les dents. 11 est arrive an patient, qui a observe quo les acces remplacaient quelquefois les attaques , de provoquer les premiers poureviter les secondos, en brisant un noyau ou en machant une croute dure, du cote gauche.
.Mais s'il a un moyen presque sur de les provoquer, il ne peut leur opposer que cette espece d'effort de volonte dont nous avons parle plus haut.
Le malade n'a jamais eu entre ses attaques d'autres manifestations nerveuses quecelles que nous avons decrites, il n'a jamais eu de vertiges.
Ge brave capitaine, qui avait conquis tous ses grades et sa croix sur les champs de bataille, est aujourd'hui gueri. Un traitement de jusquiame, suivi pendant pres d'une annee, a supprime les attaques depuis le mois de mars 1857 et les acces depuis septembre suivant.
Huitieme Observation.
Fermier, age de 36 ans ; instruit et plein d'intelligence. Mereet tante maternelletres-nerveuses.
Debut par une attaque d'epilepsie a 34 ans, huit a dix jours apres une vive emotion causee par l'explosion d'un fusil parti involontairement tout pres de sa tele. Seconde attaque un mois apres ; puis, bientot apres, une troisieme, Des lors, acces incomplets, de plus en plus frequents, mais de plus en plus legers, qui finissent par disparaitre apres s'etre ainsi graduellement attenues. Aucune manifestation epileptique pendant quinze mois. Rechute sans cause connue, par une attaque, suivie de 3 autresdans lemememois; puis
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frequents acces, le plus souvent avec convulsions d'un seul cote, de temps en temps avec convulsions generates, mais toujours avec la conservation des sens.
Les attaques de la premiere periode et la premiere de la rechute ont offert un debut different de celui des attaques et acces posterieurs. Nous decrirons d'abord les plus anciennes crises.
La premiere sensation qui avertissait le malade de l'arrivee d'une attaque, etait une sortede frisson dans le pouce gauche envahissant le reste de la main, Tavant-bras, l'epaule, la joue, la bouche, exclusivement du cote gauche. Ses organes etaientpris successivement de contracture ; to bouche etait tiree a gauche, le resserrement du cou arretait la deglutition de la salive ; la bouche se remplissait d'eau. Alors, le patient, qui avait eu le temps de trouver ua abri et de s'y coucher, perdait connaissance. D'apres les temoins que nous avons entendus, la rigidite devenait alors generate et il survenait des convulsions cloniques plus intenses a gauche qu'a droite dans les membres thoraciques que dans les abdominaux. La figure et la main gauche devenaient violettes ; une mousse ensanglantee s'echappait des levres au moment du collapsus, le malade ralait, plus tard il etait pris de vomissements. Apres quelques minutes il reprenait ses sens, mais ne repondait que par monosyllabes ; il se plaignait de l'estomac ; l'accesune fois entierement fini, il ne se rappelait pas ces dernieres circonstances. La langue etait presque toujours mordue ; il y avait parfois des urines involontaires.
Depuis la seconde attaque, a dater de la rechute, le debut n'a plus ete le meme. Les attaques commencent par un engourdissement suivi de constrictions dans les muscles elevateurs
de la machoire, du cote gauche, avec resserrement des maxillaires, puis du gosier; deglutition difficile, contracture des traits de la face a gauche ; rotation de la tete du meme cute\ convulsions cloniques de ces parties, puis envahissement du membre Ihoracique de la main a l'epaule, et ensuite du membre abdominal; gene de la respiration, etc., etc.
Les acces incomplets offrent des degres divers ; nouscommencerons par les plus legers.
lis peuvent etre reduits a l'engourdissement, avec ou sans frissons et contracture des muscles maxillaires. Ces phenomenes peuvent gagner le cote gauche de la face sans aller au dela, ou bien envahir le bras et quelquefois la jambe.
La convulsion tonique peut occuper tout le cote gauche du corps et les mouvements cloniques etre limites a ce cote de la face et a la tete.
Le plus souvent les convulsions toniques, etendues a tout le cote gauche, s'accompagnent de mouvements cloniques avec la plupart des symptomes d'une attaque complete; dyspnee, rale, ecume abondante, etc.; mais les convulsions sont limitees au cote gauche et il n'y a pas perte de connaissance. La vue est nette, ainsi que 1'ouie ; le malade comprend; s'il ne repond pas, c'est qu'il lui est impossible d'articuler une parole; il fait des signes de la main droite et il est convaincu, dit-il, qu'il pourrait ecrire pendant la crise. Du reste, en racontant ces details devant un temoin de ces acces, il imite tres-bien les secousses saccadees de la te"te et du cote gauche de la face. L'ami qui l'accompagne confirme entierement toutes ses assertions.
Mais les accidents que nous venons de decrire ne sont pas encore le degre le plus eleve des acces incomplets ; il y
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en a eu plusieurs dans lesquels les convulsions toniques et cloniques se sont generalises, sans que la connaissance ait ete perdue, Ce fait nous a ete prouve, a plusieurs reprises, par la narration que nous a faile le patient des differentes circonstances qui s'etaient passees pendant ces acces, qu'on ne lui avait point raconteeset qui nous ont ete confirmees par des temoins oculaires.
Nous avons donne la marche habituelle des preludes et acces; ces manifestations incompletes ont presente parfois, mais rarement, quelques varietes. Ainsi les preludes ont pu se borner a un engourdissement de la gencive superieure gauche s'etendant, avec ou sans frisson, a la langue et a la gorge, sans aller au dela. Quelquefois, apres avoir longtemps parle, en particulier avec nous, il a eprouve un spasme larynge, genant la respiration et ne lui permettant de ne se faire entendre qu'avec de grands efforts et d'une voix voilee ; il y avait en meme temps coloration en rouge de la face.
Cg malade n'a jamais eprouve de vertiges.
Les attaques, acces et preludes ont toujours ete beaucoup plus frequents le jour que la nuit.
La mastication provoquaitfrequemment les preludes maxillaires.
Ce malade s'est lasse au bout de huit mois de traitoment infructueux. Nous n'avons pas eu de ses nouvelles des lors.
Nous ne savons pas resister a la tentation d'ajouter aux observations qui precedent une description d'attaques a debut peripherique, piquante par le fait qu'elle est due a la plume
de Tun des litterateurs les plus distingues de la Restauration, evidemment epileptique sans le savoir.
Les scenes que nous allons transcrire se passaient en prison, ou le narrateur etait detenu pour cause politique.
« La rarele du jour et de l'air, le defautabsolud'activite et
« presque du mouvement, l'austerite du regime, l'inten-
« site du froid, quifut tres-rigoureux cette annee-la (1803 « a 1804), quelques-unes de ces causes prises a part, ou « toutes ces causes reunies, me firent contracter une infir- « mite nerveuse de la nature la plus bizarre. C'etait une « espece de crampe ou plutot c'etait un engourdissement des « extremites dont l'invasion n'avait rien de penible, ma is « qui devenait horriblement douloureuse quand elle etait par- « venue au torse. Enfin le cerveau lui-meme etait envahi, « et c'etait le temps heureux du paroxysme. Alors je perdais « connaissance pendant quelques minutes, et lorsque je re- « venais a moi, mes membres etaient affranchis des liens de « fer qui les brisaient un moment auparavant; j'etendais « sans effort mes bras assoupis, mes poumons jouaient libre- « ment dans ma poitrine. 11 ne me restait de cette crise « qu'un long et morne abattement sans douleur ; mais elle « se renouvelait souvent, et quelquefois dans la meme beure. « Un guichetier de service me surprit dans un de ces acces, « et je dus sans doute a sa bienveillance de voir finir la triste
c epreuve du secret » Plus loin « Cette crampe ter-
« rible dont j'ai deja parle me saisit tout a coup. Je n'eus ^< que le temps de me lever (il etait a table), etde tomber dans « les bras de mon guichetier. Je revins a moi au n° 6 dans « ceux de Renon, que j'avais blesse en me debattant contre « ses secours; son sang inonrlait ma poitrine » (On con-
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duisit le patient au greffe)... Pour abreger, nous ne reproduirons pas une scene de persecutions, probablement imaginaire, qu'il raconte en hallucine : il continue ainsi : « II « s'agissait purement et simplement de s'assurer que les « gardiens avaient fait un faux rapport, en racontant, sur la « foi des apparences qu'offrait mon infirmite, que j'avais ete « empoisonne a Sainte-Pelagie. Je ne fus pas long a signer « cette declaration. La visite du medecin survint, et comrnc « il n'y avaitpas de raison pour que mon irritation nerveuse « fut calmee, ce respectable M. Baquet me trouva, en depit « de moi, tres-bon pour l'infirmerie. »
J'ignore si cet homme celebre a gueri de son epilepsie ; mais il a survecu tres-longtemps aux faits que nous venons de reproduire. Trente ans apres sa captivite, u publiait encore des ceuvres, ou rien ne montre une decheance de son esprit. Un biographe caracterise cependant ses travaux de la maniere suivante. « On trouve dans ses ecrits une sensibilite « vive, mais exaltee ; une imagination riche, mais bizarre ; « son style toujours elegant sent trop le travail. »