‹ Des access incomplets d'epilepsie [electronic resource]Chapitre 20 sur 38 · SECTION TROISIEME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIEME

Pour faciliter l'ettide des acces incomplets, il est indispensable de classer les divers degres de manifestations comitiales qui peuvent aller depuis le symptome initial isole jusqu'a rattaquecomplele. Nous nous proposons, comme nous l'avons deja essaye dans noire ouvrage, de grouper en trois

22 DEBUTS PERIPTIERIQUES.

series ces nombreuses nuances, ^cur le genre qui nous occupe ici.

1° Les attaques, ou tout le systeme musculaire est envahi et ou toutes les sensations sont abolies.

2° Les acces, qui presentent des convulsions, pouvant etre tres-etendues, sans que la connaissance se perde.

3° Lesprehides, ou atteintes se bornant, ou a peu pres, au sympt6me initial de l'attaque.

Quoique ce soit detourner l'expression de son sens classique, a defaut d'une meilleure denomination, nous emploierons le mot de crises, dans son exception vulgaire, pour designer en general les manifestations comitiales, quel que soit le degre auquel elles appartiennent.

Ces qualifications etant convenues, nous allons examiner quels sont les rapports qui existent entre les trois degres de crises chez les epileptiques a debuts peripheriques.

Le plus important de ces rapports est sans contredit celui qui est relatif a leur nature. 11 ne semble pas necessaire d'insisler sur I'identite parfaite qui existe entre le debut ou la premiere periode des attaques et les manifestations spasmodiques qui se montrent dans leurs intervalles : siege, sensations, phenomenes, marche, tout est pareil, et cela sur chaque individu, quel que soit le point de depart qui est variable chez les divers sujets, mais toujours, ou presque toujours semblable chez les memes patients. U n'y a de difference pour chaque epileptique que dans l'etendue des convulsions qui offrent des degres infinis, et dans l'elat des sens, et de l'intelligence qui, conserves dans les acces et preludes, sont abolis dans l'attaque.

Dans les epilepsies a debuts peripheriques les manifesto-

tions comitiales qu'on observe entre les grandes crises, ne sont done (ainsi que nous l'avons enonce d'avance pour tous les genres d'epilepsie) que des attaques qui avortent.

Le complement de preuve se trouve dans ce fait que la categorie d'epileptiques dont nous nous occupons ici n'eprouve pas d'autres accidents de petit mal.

II y a de l'interet a rechercher par lequel des trois degres que nous avons admis debute ordinairement la maladie elle-meme. Pour les cas recents, cette enquete est facile, mais quand l'origine du mal remonte a plusieurs annees, le peu d'importance qu'on ajoute a de simples engourdissements ou a des crampes fugitives fait qu'ils ne laissent guere de trace dans le souvenir des malades, ou de leurs parents. Nous negligerons en consequence dans cette recherche un certain nombre de cas douteux.

Sur 39 epileptiques la maladie a debute 17 fois par des attaques. Les preludes ont commence souvent quelques jours apres ; mais il s'est ecoule quelquefois plusieurs mois, deux ans et meme une foisdix-sept ans, entre la premiere attaque et le premier prelude ou acces. Les preludes se montrent a l'ordinaire avant les acces.

Chez 19 epileptiques. les preludes ou acces (le plus souvent les premiers) ont marque le debut. Dans la moitie de ces cas, la premiere attaque est survenue quelques jours, quelques semaines, ou quelques mois apres. Dans la seconde moitie des faits, il s'est ecoule six mois, deux ans et meme quatre, avant que les crises s'accompagnassent de la perte de la connaissance.

Enfin, dans 3 cas, la maladie a commence le meme jour par des preludes et une attaque.

U DEMITS PERIPHERIQUES.

Dans la moitie des cas au moins, l'epilepsie commence done par des manifestations incompletes. Nous n'insisterons pas ici sur rimportance de ce fait an point de vue d'un diagnostic prompt de cette maladie. Nous rappellerons seulement que nous avons prouve, qu'en general le mal caduc se guerit d'autant plus facilement qu'il est altaque par des moyens convenables, a une epoque plus rapprochee de son origine.

Si l'epilepsie commence dans la majorite des cas par des manifestations incompletes, elle finit bien plus souvent encore de la meme maniere. Toutes les fois, ou a peu pres, qu'ci la suite du traitement nous avons vu une guerison ou une suspension prolongee des accidents, nous avons constate que les preludes avaient persiste apres les attagues pendant un temps plus ou moins long.

La moitie de nos 50 epileptiques (25) a presente les trois degres reunis. Dans un peu moins de la moitie des cas, il y avait des altaques et des preludes sans acces (23) ; nous n'avons pas rencontre de malades, ayant des attaques et des acces sans preludes. 11 ne se trouve pas dans notre serie de patients n'ayant que des acces et des preludes, ou l'un de ces degres seulement. C'est qu'alors l'epilepsie etant presque toujours meconnue, on ne nous adresse pas ces malades. Mais, comme on l'a vu un peu plus haut, l'epilepsie a debuts peripberiques commencant le plus souvent par des manifestations incompletes, bon nombre de ces malades olfrent pendant un certain temps ces deux degres isoles ou reunis. Quant aux cas n'offrant que des attaques, ils sont infiniment rares ; il n'y en a qu'un sur nos 50 faits, et encore le

cas est-il douteux, cette derniere circonstance est d'un haut i riteret. Quand il s'agira de reconnaitre l'epilepsie, Ton n'aura plus seulement comme moyens de diagnostic les symptomes de l'attaque et la marche des crises ; on aura le signe preeieux des accidents intermediaires, preludes et acces, si faciles a reconnailre par leur identite avec le debut des attaques chez le sujet observe.

La brievete des crises incompletes, leur periodicite irreguliere ne permettront pas non plus de meconnaitre le mal caduc chez les epilepliques de ce genre qui n'ont point encore eu d'attaques.

Les preludes ou acces sont a l'ordinaire, chez le meme malade, plus frequents que les attaques ; sur 40 epilepliques, 28 avaient habituellement plus de crises incompletes que d'attaques; 3 seulement en avaient a peu pres le meme nombre ; 9 avaient plus d'attaques que de preludes et d'acces.

— La predominance diurne ou nocturne des attaques ou acces doit appeler notre attention ; mais il est impossible d'obtenir sur ce sujet aucun resultat precis tant qu'on se bornera, comme les auteurs l'ont fait jusqu'a present, a parler de nuit et de jour, sans convenir du sens qu'on attache a ces mots et des limites a tracer enlre ces deux periodes de la journee. Par des motifs que nous ne^epeterons pas ici, nous avons dans notre ouvrage sur l'epilepsie appele attaques diurnes, celles qui survenaient, le malade etant leve; attaques nocturnes, celles qui arrivaient, le malade etant au lit, mais la force des choses, c'est-a-dire la liaison babitoelle des deux circonstances nous a force a ranger dans cette seconde categorie les attaques se manifestant de

26 DtiBUTS PfiRIPHfiRlQUfiS.

jour, le patient dormant sur un siege. La duree comparative des deux periodes est un element indispensable pour apprecier la tendance diurne ou nocturne des attaques ou acces ; si Ton tient compte de la forte proportion d'enfants qui entrent dans notre serie generate, on doit adopter, pour la duree moyenne des heures passees au lits, le minimum de neuf heures ; el pour celles des heures d'activite le maximum de quinze heures. Ce rapport nous servira a mesurer l'influence que Taction diurne ou le repos nocturne ont sur le retour des accidents comitiaux.

Sur 47 de nos malades 22 avaient leurs attaques completes, toujours ou le plus souvent etant leves.

2, a pen pres egalement etant leves ou couches.

23, toujours ou le plus souvent au lit, ou dorman t de jour sur un siege.

L'egalite approximative du nombre des cas a predominance diurne et de ceux a predominance nocturne, indique pour les cas a debuts peripheriques, en raison du partage inegal des heures de ville et de repos, une disposition au retour des attaques pendant le sommeil ou la sieste, double a peu pres de celle des acces pendant le jour.

Sur 47 epileptiques ayant, outre leurs attaques, des acces ou des crampes,

26, avaient leurs accidents de petit mal, toujours ou le plus souvent, pendant la veille.

2, a peu pres egalement de jour et de nuit.

19, le plus souvent ou toujours etant couches ou dormant.

Ces chiffres, toujours en tenant compte du partage inegal des heures de veille et de repos, indiquent encore une le-

gere tendance des accidents incomplets, a revenir la nuit plus que le jour, mais cette tendance est peu marquee et bien moindre que pour les attaques.

Parmi les causes accidentelles, qui ont paru provoquer les attaques, acces ou preludes du genre dont nous nous occupons, il faut mentionner,surtout a cause de la frequence du cas, une action prolongee ou une contraction forte des muscles qui sont le siege habituel de la crampe initiale. On verra que le sujet de la troisieme observation a debut par la main pril sa premiere attaque en boutonnant son pantalon; une autre fois il fut atteint en tenant la rampe d'un escalier qu'il montait. Une autre malade, offrant le meme debut, eut une attaque en reglant du papier. Un graveur prenait si souvent sa crampe en maniant son burin qu'il dut quitter sa profession.

Chez les sujets des septieme et huitieme observations a debuts maxillaires, quelques acces furent provoques par la mastication d'un corps dur; et comme le premier avait remarque que ses acces ou preludes diurnes remplacaient les attaques nocturnes qu'il redoutait beaucoup, il provoquait quelquefois les premiers en machant un corps resistant, afin de prevenir les secondes.

Le malade de la sixieme observation dont les acces commencaient par les muscles abaisseurs de la machoire prit sa premiere attaque dans un fort baillement.

Les moyens abortifs des attaques ont ete, de notre part, l'objet d'une etude attentive, vu l'importance de ce sujet. Les procedes employes dans ce but par les epileptiques leur sont plus souvent suggeres par l'instinct que par des conseils. Us sont tres-varies, quoique le plus habituellement ils se

28 DEBUTS PERIPHERIQUES.

reduisent aux moyens qu'on emnloie contre les crampes ordinaires.

Dans le plus grand nombre des cas, quand il s'agit de crampes d'une extremite, les nialades compriinent euxmemt'S ou se font comprimer circulairement ce membre. Une ligature un peu forte, manoeuvred quelquefois en garrot, et niieux encore, suivant le conseil d'Odier, deux bracelets d'acier pouvant etre serres par un seul cordon et places a des hauteurs differentes, sont les meilleurs moyens a employer dans ce but; mais ces instruments de delegation doivent etre tres-resistants, car il est souvent necessaire d'employer une force assez grande. Chez une jeune fille a debut par l'extremile inl'erieure, une jarretiere porlee toute la nuit a paru avoir une heureuse influence.

Quelques malades, pendant que la crampe est encore bornee a la main demi-flechie, en appliquent la face palmaire sur une surface plane et de I'autre main pressent fortement sur le dos de celle qui est atteinte; c'est en realite un procede d'extension forcee que nous verrons bientot reproduit sous une autre forme. — D'autres , dans les cas des convulsions faciales, compriruenl de la main scule ou avec un mouchoir le siege de la crampe. Nous avons vu praliquer la meme manoeuvre dans un de ces cas.

Instinctivement, la plupart des patients entrainent le membre ou l'appendice contracture, la tete, le tronc, en sens oppose de la convulsion ; tel dont la machoire s'ouvre, la presse pour la fermer ; celui dont le bras s'eleve l'abaisse avec I'autre main. Un malade dont le tronc s'inflechissait a gauche se retenait au bras droit de son fauteuil, un autre demandait qu'on lui tournat la tele en sens inverse de celui

ou l'entrainait la convulsion, etc. Ce procede est, apres la ligature, le moyen qui semble le mieux reussir.

Les frictions sur les muscles convulses sont encore une ressource instinctive assez frequemment employee.

D'autres moyens perturbateurs aboulissent aussi quelquefois, tels qu'une vive agitation du membre, le pincement du petit doigt ou du petit orteil, des coups frappes avec un corps dur ou avec la paume de la main sur le trajet des muscles, la projection d'eau froide a la figure. Un epileptique chez qui la convulsion commencait a la base de la langue assurait pouvoir faire avorter ces acces a leur debut par le deploiemenl d'une energique volonte ; nous supposons que Tacte de volonte dans ce cas consistait a contracter les antagonistes des muscles convulses. Enfin, un malade a debut buccal luttait contre la contraction pharyngienne en faisant fondredes pastilles dans sa bouche, pour avaler plus abondamment sa salive, ou bien il faisait de fortes inspirations pour vaincre le spasme larynge.

Mais de tous les moyens que nous venons de retracer d'apres nos faits, le plus efficace parait etre la combinaison de la compression circulaire avec l'extension forcee des muscles convulses.

Quelque doute plane toujours sur le succes des moyens abortifs. En effet, comme les epileptiques de ce genre eprouvent akernativement} et d'une maniere irreguliere, des attaques, des acces et des preludes, il est fort difficile de savoir si l'arnH de la crise a ele spontane ou s'il a ete le resullat des procedes employes dans ce but. Certains malades pretendent ne s'y pas tromper; ils affirment, et cette remarque est souvent juste, que les premiers symptdmes

30 DEBUTS PERIPIIERIQUES.

d'une attaque. qui doit aboutir, offrent une intensile ct une rapidite de succession qui les distinguent du prelude ou de l'accession par avortement spontane ; et cependant il arrive a ces epileptiques d'etre pris au depourvu et de subir une attaque quand its ne croyaient qu'a un acces, tandis que d'autres fois les symptomes alarmants s'arretent, alors que le patient ne croyaitpas a cette issue.

Cette question du traitement abortif des acces nous entraine raalgre nous a examiner quelle est la cause reelle efficiente de ce genre particulier d'attaques que nousavons appelees a debuts peripheriques. Ce sujet a d'ailleurs un interet pratique important.

Les medecins grecs, en particulier Aretee etGalien, placaient dans ces cas le siege meme de la maladie au point de depart de la convulsion ou de l'aura. L'hurneur morbifique s'elevait de la a la tete et amenait l'attaque, d'ou le conseil, suivi par un grand nombre de praticiens, meme modernes, d'amputer, de bruler l'appendice ou est l'origine du mal. Cette theorie ne merite pas aujourd'hui d'etre refutee.

Mais il en est une plus specieuse qui a encore de nos jours quelques partisans. La perturbation fonctionnelle qui produit l'atlaque a bien son siege dans Pencephale, mais cette perturbation n'est que sympathique d'une affection qui reside loin du cerveau, de meme que, dans I'eclampsie des enfants, les convulsions sont sympathiques de la dentition, des vers intestinaux, etc. Le siege reel du mal,sa cause organique seraient la oil se manifestent les premiers symptomes de l'attaque. A l'appui de cette doctrine pour l'epilepsie sympathique externe on a cite des cas de tu-

meurs, d'ulceres, de cicatrices siegeant au point de depart de l'aura ou de la convulsion ; on a raconte des operations pratiquees sur ces points qui auraient ete su ivies de la guerison de l'epilepsie ; enfin, on s'est appuye sur les eflets utiles des ligatures, de la compression, pour faire avorter les attaques et amener raeme la liberation entiere du malade.

Toutesces donneeset les faits incomplets sur lesquels elles reposent sont loin d'avoir la valeur qu'on leur attribue. La seule observation complete d'epilepsie a debut peripherique, accompagnee d'autopsie, que nousavons rencontree dans les auteurs est due a Odier (1) ; nous la reproduirons en l'abregeant, elle suffirait seule a prouver peremptoirement la faussete de la doctrine des epilepsies sympathiques externes.

Un ancien militaire qui avait recu un coup de sabre sur la tete a la bataille de Rosbach, en 1755, vint consulter Odier en 1775 pour des crampes frequentes du petit doigt de la main droite, qu'il eprouvait depuis quelques mois seulement. Les crampes augmentaient peu a peu de frequence, d'intensite et d'etendue; elles gagnerent successivement le coude, l'epaule et enfin la tele ; alors il y eut de veritables attaques d'epilepsie. Sur le conseil d'Odier, une double ligature portee a demeure sur l'avant-bras, le bras, et serree a propos, reussit a faire avorter constamment les attaques pendant plusieurs annees. Une fois, dans un etat d'ivresse, le malade oublia sa ligature et eut une attaque complete ; des lors la compression echoua, les attaques se multiplierent, partant toujours du petit doigt de la main droite, la paralysie

(1) Odier, Manuel de mHecine pratique, 3e Edition. Geneve, 1821, p. 180.

32 DEBUTS PERIPflERIQUES,

se mamfesta d'abord a droite, puis b gauche ; les faculty s'altererent, et le malade mourui en 1785 dans un elat cacheclique. A l'ouverture du corps on trouva d'abord, sur l'os parietal du cote gauche, la trace du coup de sabre, et puis precisement au point correspondant de l'interieur du crane, on \it sur l'os une protuberance inegale avec une apparence decarie, et immediatement au-dessous de la duremere, dans ce meme endroit, une tumeur sanguine de la grosseur d'une tres-grosse pomme molle el a peu pres de la consistance de la rate recouverte d'une fine membrane a demi tranSparente. Cette tumeur s'etait fait un lit dans le cerveau et y penetrait presque jusqu'a la base du crane, comprimait fortement le ventricule gauche, tandis que le droit, tres-dilate, contenait ainsi que les autres une grande quantite de serosite limpide. Toutes les autres parties du cerveau et tout le reste du corps elaienl sains,

Parmi ceux de nos epilepliques de cette calegorie dont nous avons pu suivre le sort, 3 ont succombe, mais il n'en est qu'un seul dont on ait pu obtenir l'autopsie, et encore a-l-elle du etre limilee a la tete.

Voici le resume de cette histoire, nous insisterons seulement sur la symptomatologie et l'anatomie palhologique, seules parties utiles pour le sujet qui nous occupe.

Jeune homme de 16 ans et demi, commis marchand, pere mort phthisique; un frere cadet, enleve a 6 ans par une meningite granuleuse.

Debut a 16 ans par 2 attaques en 1 jour, des lors une at^ laque isoleeou une serie tous les 8 a 15 jours, simples preludes ou menaces d'attaque dans les intervalles, en meme nombre, ou a peu pres, que les crises convulsives generales.

Les attaques debutent toujours par de l'engourdissement et des.picolements dans les doigts de la main gauche ; le plus souvent les deux derniers doigts, quelquefois le pouce, sont primilivement alleints; cet engourdissement s'etend au poignet et a l'avant-bras, et s'y accompague d'une contraction des muscles tres-douloureuse (bien plus douloureuse qu'une crampe ordinaire). La contraction remonte au bras, a l'epaule et au cou, toujours du cote gauche, l'avant-bras se fleehit, le bras se porte en arriere, la connaissance se perd, il y a chute, convulsions toniques generates, puis secousses, congestion a la face, rale, ecume, le plus souvent morsure de la langue, comme quelquefois vomissements, fatigue et cephalalgie a la suite.

Des la premiere menace ou le premier acces incomplet, les picolements, l'engourdissement, la contraction tonique se sont etendus jusqu'a la face et meme a la langue, mais le cole droit n'a pas ete envahi, les sens et la connaissance n'ont pas ete troubles, il n'y a eu aucune convulsion clonique, la duree a ete d'environ 2 minutes.

Depuis cet acces le malade a porte un double bracelet au poignet et au bras, manoeuvre par un seullacet. Des lors il n'y a plus d'acces semblable a celui que nous venons de decrire; tanlot l'attaque a ete complete, malgre la compression ; tanlot la crampe s'est arretee au premier ou au second bracelet. Dans ce dernier cas, on a vu les tendons se soulever pendant la crampe et les doigts etre agites de secousses.

On nous a signale unc fuis une crampe de la jambe dans le cours d'une menace arretee par le bracelet.

11 y a eu quelquefois de simples engourdissements de la main sans crampe.

Herpi*. — Acces- 3

34 DEBUTS l'EKHMIEHIQl'ES.

Ce jeune hoinme qui, dans lei premiers inois de sa maladie, avait en moyenne 6 attaques par mois, la vit disparailre pendant 9 mois, sous 1'inQuence d'un traitement par ia selin des marais, dirige par nous d'abord, puis par un autre praticien. Ce traitement fut 2 fois interrompu par une meningite qu'on caracterisa de meningite franche. Des symptomes de caehexie tuberculeuse se developperent, et le malade suecomba 20 mois apres le debut de l'epilepsie. Les attaques avaient reparu 12 jours avant la mort, 3 mois et demi apres la cessation du traitement.

A l'autopsie on trouva dans l'hemisphere droit du cerveau, vers sa partie anterieure et superieure, au niveau de la base des circonvolutions, un tubercule grisatre, tres-consistant, du volume d'un pois, offrant deux tuberositas de couleur jaunatre; le tissu cerebral environnant paraissait sain. Visa-vis de ce tubercule 1'arachnoide etait rouge, injectee et adh-erente a la dure-mere. On trouva en outre deux tubercules gelatiniformes sur la face droite de la faux. Dans l'hemisphere gauche, pres de la base des circonvolutions, existaient encore trois tubercules dissemines, mais du volume seulement d'une forte tete d'epingle, il y en avait deux autres semblables, du meme cote, Tun dans la couche optique, l'autre dans le corps strie. Des adherences intimes et tresepaisses reunissaient les deux hemispheres au niveau des nerfs olfaclifs, et une plaque cretacee se rencontra dans 1'arachnoide, a la face antero-superieure de rhemisphere gauche; le cerveau, la pie-mere, les vaisseaux et les sinus de la dure-mere etaient injectes ou gorges de sang noir et fluide, il n'y avaitaucune trace d'epanchement dans les ventricules.

rapports en'Tre les attaques et les acces. 35

Au milieu de ces alterations variees, il faut mettre en premiere ligne le tubercule de l'hemisphere droit, de beaucoup le plus volumineux de tous, et deux autres a droite de la faux. 11 est utile en outre de rappeler que c'est toujours par la main gauche que debutaient l'engourdissement et la contracture.

Voila done 2 cas d'epilepsie a debut peripherique, deux malades qui, sous Taction de la ligature, ont vu avorter leurs attaques un grand nombre de fois, et chez qui la cause orga?iiqne, non-seulement de Vepilepsie, mats encore clu siege de la manifestation initiate, residait incontestablement dans le cerveau. Et ces cas sont les seuls, avec autopsie, dont nous ayons connaissance.

A cette preuve peremptoire ajoutons d'autres faits moins significatifs, il est vrai, mais qui appuient la conclusion qui decoule des 2 cas precedents.

Chez deux de nos 50 epileptiques, la maladie avait debute dans la premiere enfance, a la suite d'une affection aigue fort grave du cerveau, etle membrequi, chez chacun d'eux, etait le point de depart des convulsions, etait atteint de paralysie. Un troisieme avait eu une attaque d'hemiplegie a 13 ans ; a 24 ans, lors du debut de l'epilepsie, il restait encore un peu de faiblesse dans le cote droit, siege primordial des convulsions.

Chez un quatrieme, apres un certain nombre de preludes et 8 mois apres la premiere attaque, il y avait eu une hemiplegie qui durait encore il y a une annee, quoique tresamelioree.

Trois autres etaient phthisiques, et Van d'eux, quelque temps avant sa mort, avait eu une paralysie incomplete de la main d'ou partait l'aura.

36 DEBUTS PERIPHERIQUES.

Des 7 observations completes h uebuts peripheriques que nous avons donnees dans notre ouvrage et qui ne figurent point dans le travail actuel, Tune (i) est celle d'une jeune phthisique morte avecdes symptomesde tuberculisalion cerebrale, une autre (2) malade avait eu une hemiplegie faciale.

Enfin, sur 2 cas d'epilepsie de cette categorie donnes par Cazauvieilh et Boucher (3), l'un concernait une fille devenue phthisique.

Ainsi les fails tendent a demontrer que, dans le cas d'epilepsie pretendue sympathique externe, l'aifection se monlrerait souventliee a une lesion organique du cerveau; d priori, d'ailleurs, la localisation toujours la meme des premiers symptomes et leur apparition isolee sembleraient indiquer une cause locale qui, du moment oil elle ne se trouve pas dans les organes qui sont le siege de ces symp!6mes, doit resider dans un point determine et unilateral des centres nerveux. Les epilepsies a debuts peripheriques devraient done, plus que les autres, reconnaitre pour cause des lesions analomiques de ces centres. Mais il faut se garder de trop generaliser cette origine, quoiqu'elle soit cerlaine dans plusieurs fails. Nous possedons 12 cas, tires de noire pratique, de guerisons appartenant a ce genre d'epilepsie, et 2 de ces guerisons remontent a plus de 14 ans; d'aulres malades sont en voie de guerir; les attaques ayant cesse depuis assez longtemps, on ne peut pas supposer qu'il y eut dans ces cas de lesions organiques du cerveau. Nous devons ajou-

(1) Herpin, Ouvrage cite", obs. xvm, p. 125.

(2) Herpin, Ouvrage cite, obs. xix, p. 1 33.

(3) Gazau'vieilh et 15oucher,rfe I'fipilepsie conside'ree dans ses rapports avec I' alienation mentale (Archives gencrales deme'decine, janvier 1826, t. X, p. 29).

ter que, sur les 50 epileptiques de cette categorie, 45 n'offraient aucune lesion appreciable dans les points de depart des convulsions, mais que, dans 5 cas, une cause locale avail pu decider la localisation des debuts. Un de ces malades chez qui la crampe commen^ait par la main droite, portait sur la seconde phalange du medius de cette main une cicatrice tres-prononcee, resultat d'une morsure de cheval, eprouvee 3 mois avant l'invasion de l'epilepsie. Un epileptique dont les attaques debutaient par le milieu du bras droit monlrait sur la face dorsale du medius, du meme c6!e,une longue cicatrice partant de la premiere articulation phalangienne, passant sur la seconde et contournant la face externe de la derniere phalange, la phalangette etait atrophiee a sa base et ankylosee a angle de 45° avec la phalangine; evidemment l'arliculation avait ete ouverte. Cette cicatrice etait le resultat d'un coup de hache regu 9 a 10 ans avant les premiers preludes epileptiques. Dans un troisieme cas ou les attaques debutaient egalement par le bras gauche, il y avait eu a 14 ans une fracture de rhumerus de ce cole, 2 ou 3 annees avant le debut de l'epilepsie. Un quatrieme qui netait devenu epileptique qu'a 35 ans, et dont la crampe initiale avait pour siege les orteils droits, avait eu a cette jambe, a 14 ou 15 ans, un anthrax et de nombreux furoncles dont il portait les traces. Enfin dans le cinquieme cas, a debut par les derniers doigts de la main gauche, l'epilepsie avait commence 2 mois et demi apres une chute sur lepaule de ce cote, chute a la suite de laquelle le bras etait reste a demi paralyse pendant quelques semaines.

Cos cas, du reste tres-exceptionnel$, rapproches de ccux analogues qu'on rencontre clairtemes dans les annales de la

38 DEBUTS PERIPHEHIQUES.

science, n'ont point la valeur qu'on ieur a attribute. Les lesions indiquees ont pn jouer un role dans la determination du siege du symptome initial; elles peuvent, en provoquant une action reflexe, jouer le role des causes occasionnelles des attaques, mais elles ne sauraient, par elles-memes, avoir produit l'epilepsie, et, en fait de traitement, elles ne peuvent indiquer que des moyens palliatifs.

Enfin un fait general qu'il nous reste a invoquer contre la theorie des epilepsies sympathiques externes, c'est que, chez le meme sujet, le siege de la convulsion peut de loin en loin etre different du lieu habituel. Ainsi la jambe ou la joue peut remplacer parfois le bras; on en verra plusieurs exemples dans les observations que nous allons bientot reproduire. Quoiqu'elle soit rare chez le meme malade, cette intervention s'observe sur un trop grand nombre d'epileptiques de ce genre, pour qu'il soit possible d'adrnettre que le point de depart de l'aura, soit le siege du mal, ou meme de la cause morbide.

Rien ne prouve done qu'il existe des epilepsies sympathiques externes ; tout etablit, au contraire, que ces cas ne constituent qu'une variete symptomatique.

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