INTRODUCTION
Nulla aiitem est alia ppo cer to noscendi via, nisi C[uam plurimas et œorborum e' dissectionum historias , tum aliorum, tum proprîas collectas habere, et inter se comparave.
MoRGAGNi (De sed. et caus. morb.).
La question qui fait l'objet de cette étude est presque toute française. Par là, nous entendons dire que c'est à notre clinique que l'on doit essentiellement d'avoir posé le problème et d'avoir déjà fourni de nombreux matériaux pour le résoudre. Il nous a paru utile de les réunir, et nous avons pensé qu'il serait actuellement possible de saisir quelques-unes des lois sous la dépendance desquelles se produisent les accidents que nous avons a étudier.
Tel est, en effet, le but que nous nous sommes proposé d'atteindre : Etudier d'une façon spéciale les causes de ces accidents ; les grouper suivant des divisions en rapport avec la pathogénie, que la physiologie pathologique aurait établi ; enfin, tenter une appréciation rationnelle du pronostic. D'où trois, grandes divisions, trois points distincts dont nous n'avons pas voulu sortir.
Ceci n'est donc pas, à proprement parler, un travail de clinique. Lorsque nous conçûmes la pensée de nous arrêter à ce sujet comme travail inaugural, nous pensions lui donner, à ce dernier point de vue, de plus grands développements - Mais, M. le D"' Berthiot, dans une thèse récemment soutenue et préparée en même temps que la nôtre, s'y est arrêté d'une façon spéciale. La plupart des observations ont été communiquées scpai'ément à chacun de nous. Aussi avons-nous cru
pouvoir, de ce côté-là, largement élaguer le sujet, pour éviter des appréciations qui, devant être le plus souvent les mêmes, devenaient inutiles.
Nous avons donc pensé qu'il serait intéressant de mettre, en regard des faits actuellement acquis à la science, en regard des observations publiées, un travail qui les réunît rapidement par grandes catégories, afin de saisir les liens qui les unissent et les lois générales qui en régissent le développement. M. le Pinard attira notre attention sur le rôle de l'accumulation de l'acide carbonique dans le liquide nourricier de l'organisme. Il nous fit entrevoir la poss-ibilité, en face du travail de M. Berthiot, d'en faire un second qui pourrait ne pas être dénué de toute originalité, et ses bienveillants conseils nous conduisirent à donner à la question de pathogénie une large place.
Disons cependant que nous croyons que, sans la clinique, .les déductions rationnelles courent les plus grands risques de n'avoir qu'une existence éphémère. C'est pourquoi, dans la seconde partie de notre travail, à propos de la classification des accidents divers, nous avons donné de nombreuses observations, choisies d'après l'intérêt qu'elles nous ont paru présenter, destinées à faire envisager sous leur jour véritable les principaux caractères de la complication, le cachet spécial que lui imprime l'état particulier de la femme gravide, et les liens par lesquels elle se rattache aux modifications préalablement étudiées. De ces observations, quelques-unes sont personnelles. La plupart nous ont été communiquées par leurs auteurs, en particulier M; le professeur Peter et M. le D' Budin. Qu'ils veuillent bien recevoir ici nos remercîments.
Dans la troisième partie, nous avons essayé d'esquisser les règles qui peuvent diriger le- pronostic. La tâche était délicate. En efTet, après une étude aussi méthodique qu'il nous a été possible de la faire des divers faits publiés, faits que nous avons présentés sous forme de tableaux, qui permettent
d'en saisir l'ensemble, nous sommes arrivé à cette conclusion peu encourageante tout d'abord, qu'il était impossible d'établir des lois pouvant être généralisées avec assez de certitude pour fournir au praticien une ligne de conduite sûre. Mais, à côté de cet aveu, nous avons essayé d'établir les données au moyen desquelles il était possible, nous oserions dire légitime , de donner quelques conseils et de soupçonner l'avenir.
Tel est l'ensemble de ce travail. Nous avons évité, autant que possible, de former notre opinion d'après d'autres données que celles tirées de l'étude personnelle des faits présentés. En agissant ainsi, il nous est arrivé de tomber sur quelques points en désaccord avec certaines idées émises avant les nôtres. Nous avons cru devoir, malgré cela, maintenir nos appréciations.
Le plan de notre ouvrage est celui que nous venons d'exposer. Seulement, nous devons expliquer quelques points.
Nous avons, en effet, réuni deux sujets jusqu'à présent traités séparément; et, à côté de l'étude des accidents produits par la grossesse sur une femme présentant une altération du cœur, nous avons placé, ou plutôt esquissé l'étude de la grossesse comme cause de maladie de cœur chez la femme préalablement saine. Ce rapprochement est-il forcé? Nous ne le croyons pas. Il n'y a pas là, d'après nous, deux points distincts, mais bien le rapport de l'« à « ; rion de plus.
En effet, le point de départ essentiel pour bien comprendre le sujet qui nous occupe, c'est une sérieuse étude des modifications du sang. Le rôle du cœur n'est que secondaire au point de vue pathogénique. 11 est dangereux par lui-même, c'est vrai. A quelques-uns des accidents que nous signalerons, l'altération du sang n'a point de part. Mais la cause du désordre cardiaque est, comme l'a dit M. Peter, l'augmentalion volumétrique du sang , à laquelle il faut ajouter sans doute son action spéciale en tant que liquide vicié L'hyper-
Marty.
trophie physiologique n'est qu'un premier accident. Modalité anormale et passagère dans un organisme puissamment ébranlé, créant une menace permanente dans les derniers mois de la grossesse, quelquefois aboutissant à de tristes réalités, nous ne saurions la considérer autrement. Accident physiologique, soit; accident nécessaire, ne constituant point en lui-même d'état morbide proprement dit, mais laissant chez bien des femmes des traces assez profondes pour qu'il soit permis d'hésiter, et de se demander si c'est à la fin de la physiologie, ou au début de la pathologie qu'il convient d'en placer l'étude.
Telle est, d'ailleurs, la physionomie générale des modifications de l'organisme chez la femme gravide. Elle peut se résumer en ces termes : menaôes du côté du cœur, menaces du côté du sang, menaces du côté des poumons et de l'utérus. De telle sorte que la période où la femme concourt à sa fonction spéciale , celle de la conservation de l'espèce devient pour elle, et par le fait même des conditions de cet acte nécessaire, la source des plus sérieux dangers.
Nous avons donc pensé que, débutant par l'étude des modifications du sang, la première chose à étudier était celle qui en dépend d'une façon immédiate : l'altération du cœur. Par là, il devenait légitime de passer en revue la question de l'endocardite puerpérale, et ce n'est qu'après elle que nous avons décrit les autres accidents qui pouvaient eux-mêmes se diviser en deux classes : ceux qui sont directement sous la dépendance de l'altération du sang, et ceux qui, reconnaissant la même cause, n'apparaissent que consécutivement à l'altération du cœur.
Après l'essai de classification que nous avons tenté, nous avons consacré un chapitre spéciul à l'anatomie pathologique des annexes. Nous avons essayé de voir si elle avait quelque rapport avec nos idées, et si ellé avait sa part dans les phénomènes observés. Dp ce côté, nous avons dû nou« résoudre à
être incomplet, faute de documents. Nous avons essayé simplement de jeter quelques données pour attirer l'attention sur un point peu étudié, et qui, cependant, nous a paru présenter un haut intérêt.
Le sujet, avons-nous dit, est essentiellement français, et cependant en regardant l'index bibliographique que nous avons joint à notre travail, on sera étonné de la quantité des indicatiotis anglaises et allemandes.
Ce fait s'expliquera en faisant remarquer que toute la pre^ mière partie de l'index, la plus longue, comprend des ouvrages à consulter, des mémoires souvent importants, mais dont aucun ne présente d'étude sur les liens qui unissent la grossesse et les maladies du cœur ou sur les accidents qui en résultent.
Ce sont des ouvrages où nous avons puisé des renseignements nécessaires sur chacun des termes de notre travail. D'autres nous ont fourni d'intéressantes observations, mais rien de plus.
Pour l'Angleterre, c'est un Français, M. le professeur Peter qui, au Congrès de Norwich, a signalé, le premier, à l'attention du public médical les accidents qui nous occupent.
Pour l'Allemagne, la recherche n'est guère plus fructueuse, pn sait que nos voisins, retranchés dans leur systématique indifférence pour nos écrits, ont la coutume de négliger souvent tout ce qui vient de France, aussi paraissent-ils légèrement en retard sur le sujet qui nous occupe. On trouve seulement deux observations de Hecker et deux de Fischel. Quelle est leur valeur? Nous ne parlerons point d'après nos sentiments personnels, mais nous sommes heureux de pouvoir enregistrer, àce sujet, l'avis deHeinrich Fritsch : ce dernier auteur, dans un récent article, avoue que l'ouvrage de Hecker se réduit à quelques notes peu claires, où les explications physiologiques font défaut. Nous pourrions en dire autant de E^ischel,
Fritsch est, en réalité, le premier et le seul qui ait produit sur la question un mémoire sérieux. Mais n'oublions pas que ce mémoire ne remonte qu'à l'année dernière. On le trouvera à la bibliographie, et nous aurons occasion de le citer, à propos de la question de l'hypertrophie du cœur. 11 cite nos auteurs, attaque M. Durozier et l'hypertrophie physiologique. Le second chapitre de son mémoire est consacré à l'étude du pouls dans l'état puerpéral. Le troisième aux bruits de souffle, et aux bruits accidentels du cœur.
L'histoire de la question, en France, est plus complexe. Nous n'avons nullement ici l'intention de la développer. Nous nous contenterons d'en signaler simplement les principaux traits. On pourrait considérer comme la première phase de cette étude, la période où Larcher, Regnault, Brown-Séquart publièrent leurs mémoires. Ce sont eux, en effet, qui on^ fourni les points de départ autour desquels se grouperont les travaux plus modernes.
En 1854, Sim.pson, puis Virchow, en 18S6, mentionnèrent les formes aiguës de l'endocardite.
En 1868 et 1869, M. le professeur agrégé Ollivier vint signaler à l'attention du public médical, les formes chroniques, et y consacra un autre article en 1873.
Quant aux accidents gravido- cardiaques proprement dits, leur étude est plus récente encore. On n'a qu'à se reporter à la dernière partie de notre bibliographie pour voir qu'elle est bien française, vu la date plus récente du travail de Fritsch et le peu de documents qu'il apporte en face des œuvres qui nous appartiennent.