‹ Des accidents toxiques post-anesthésiquesChapitre 16 sur 28 · The medical annual, 1909 ; Revue générale · texte numérisé non relu

The medical annual, 1909 ; Revue générale

Pour qu’il y ait intoxication chloroformique nous

voulors bien admettre eneffet que le foie soit anormal, au moment de l’anesthésie.

Quant à la théorie de l’intoxication acide, elle cherche à nous expliquer le mécanisme de la mort et non le mécanisme de la lésion. En un mot elle substitue lintoxication acide à l’intoxication chloroformique, c’està-dire quelle élude la difficulté.

Tout en effet tend à prouver que le chloroforme n’agit pas seulement comme un anesthésique quelconque mais qu’il doit avoir et qu'il a par ses affinités spéciales une action directe sur le foie. Nous connaissons son affinité pour les lipoïdes, voyons comment ce fait bien établi peutservir à éclairer notre pathogénie.

Actuellement il est admis que le foie est le défenseur de l’économie entre les intoxications et les infections, mais, quels sont parmi les nombreux produits sécrétés par le foie ceux qui possèdent ce rôle antitoxique ?

Phisalix a démontré, que la cholestérine considérée jusqu'alors comme un produit excrémentitiel, neutralisait l’action toxique du venin de cobra. Après lui Vincent du Val-de-Grâce arriva à neutraliser par la cholestérine la toxine du tétanos. Depuis eux, Bérard et Lemoine ont montré que le pouvoir de la cholestérine est beaucoup moins considérable que celui d’autres substances associées à elle dans la bile et dans le foie. Ces substances sont l’oxy-cholestérine, l’éther-oxyde de la cholestérine, les lipoïdes biliaires.

Toutes ces substances antitoxiques sont solubles

dans les corps gras. Elles entrent dans la constitution

des substances lipoides. Ces lipoides se trouvent ainsi formées d’une partie grasse, qui sert de véhicule, et d’une partie complexe, les antitoxines. Les lipoïdes ont la propriété de se dissoudre dans l’éther, la benzine, le chloroforme. |

Des expériences nombreuses ont montré le rôle antitoxique des lipoïdes (1) (Fermi, Raubitschek, Russ) les lipoïdes se diffusent dans l’organisme et vont se déposer là où ils sont nécessaires. Bérard et Lemoine ont dosé dans tous les organes la quantité de lipoïdes qu'ils renferment. Ils sont arrivés à cette conclusion que ce sont les organes les plus exposés aux atteintes des agents infectieux ou toxiques qui contiennent la plus grande quantité de lipoïdes, le foie naturellement, les centres nerveux, les globules sanguins les poumons, la prostate. Par contre les os et la moelle osseuse, profondément situés et à l’abri, n’en contiennent guère. A son tour Hugo Pribram a observé que les globules rouges possèdent dans leur couche périphérique des substances lipoïdes qui assurent leur résistance contre l’action destructive de divers produits tels que la saponine. De mème le rôle phagocytaire des globu-

les blancs est singulièrement favorisé par la présence

1. C’est ainsi que la pyocyanose (filtration de culture du ba. cille pyocyanique) mise en coutact avec des cultures microbiennes, en arrête le développement. La pyocyanose renferme eneffet des lipoïdes : si on l'en débarrasse, elle n’a plus d’action sur les cultures. Inversement si on fait agir les lipoïdes seuls, les

cultures sont arrêtées dans leur évolution.

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dans leur protoplasme de lipoïdes antitoxiques, grâce à eux ils arrivent sans doute à détruire les agents pathogènes.

Or l’on sait que les organes touchés par une infection ou uneintoxication, sont fréquemment lesiège d’une

accumulation de graisse. On a considéré jusqu’à présent ce phénomène comme le résultat de la dégénérescence cellulaire. |

D’après ce que nous avons dit on peut admettre que cette accumulation de graisse est un apport de substances lipoïdes destinées à la défense de l’organe malade. Ce véritable transfert de graisses a été décelé dans le sang au cours de travaux récents (Lebedeff, Rosenfeld, Leick, Winkler). C’est ainsi que le foie se charge de graisse au cours des intoxications, pour Lemoine et tous ces auteurs, il faut considérer cette accumulation de matières grasses comme destinée à former des lipoïdes,et à servir de vecteur aux substances anti-toxiques, le foie étant, d’ailleurs, le centre de la défense, puisque c’est lui qui élabore les anti-toxines, dont cette défense a besoin.

Dès lors, connaissant la fonction élaboratrice du foie, pour les lipoïdes anti-toxiques, ne pouvons-nous pas expliquer l’action élective du chloroforme sur le foie, prouvée par tant de faits expérimentaux et cliniques ? Cette action élective sur le foie s’expliquerait par ce fait, que le chloroforme présente une aflinité toute spéciale pour les lipoïdes ; nous l'avons mise en évidence.

C’est ainsi que le chloroforme, dans certains cas dif-

que ficiles à préciser, ne se comporterait plus à l'égard de la cellule hépatique comme un toxique quelconque; il agirait spécialement sur les cellules hépatiques chargées dé secréter ces lipoïdes. Que cette action soit simplement physique ou bien mème chimique, il est possible d'admettre qu’elle soit suffisante à provoquer les altérations histologiques que nous avons décrites. La fonction antitoxique du foie entre autres fonctions sémblérait, à coup sûr, des plus compromises ; dès lors l’on peut sans peine s’imaginer l’organisme tout entier sans défense, la source des antitoxiques étant tarie (1).

‘ Il existe cependant un point très obscur dans cette pathogénie on peut admettre qu’à l’état normal le chloroforme se fixe sur les lipoïdes sans provoquer d’accidents; d'où vient que dans certains cas il puisse dans le foie jeter un désarroi complet ? Faut-il admettre que dans certains cas sa fixation sur les lipoïdes ne reste pas d'ordre purement physique,mais qu’une véritable combinaison chimique se produit et que dès lors l'équilibre protoplasmique de la cellule hépatique étant rompu, on assiste à la ruine organique et fonctionnelle de la glande ? Cette hypothèse est admissible, mais à supposer que les choses se passent ainsi, il resterait encore à établir

les conditions qui favorisent la production de ces phé-

1, Dans une certaine mesure cette pathogénie pourrait nous expliquer la plus grande fréquence des intoxications hépatiques par le chloroforme que par l’éther;ce dernier produit de par sa plus grande solubilité dans l’eau présente une action anesthésique moins considérable, c’est-à-dire une moins grande affinité pour les lipoïdes, d’après les théories ci-dessus énoncées,

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