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HISTORIQUE

En l'année 1844, demeurait dans la ville de Hartford, (Connecticut) un citoyen nommé Horace Wells. Établi depuis de longues années dans cette ville, il y exerçait la profession de dentiste, Le 10 décembre de cette annéelà, Horace Wells assistait à un cours de chimie fait par le D" Colton. Ce dernier avait à parler du protoxyde d'azote, et pour illustrer son cours, il administra le gaz à plusieurs assistants. L’un d'eux, M. Cooley, placé sous ‘ l'influence du gaz, fut extraordinairement excité: il roula sur le plancher, s'y débattit en tous sens, et se meur- trit assez cruellement. Lorsque Cooley fut revenu à lui, Wells lui demanda si les blessures qu'il s'était faites avaient été douloureuses. Devant la réponse négative de Cooley, le D' Wells conçut aussitôt l’idée d'appliquer les propriétés du protoxyde d’azote, à la chirurgie den-

taire, et, le lendemain, il se fit enlever lui-même une

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grosse molaire, après administration du fameux gaz. Revenu à lui il s’écria: « Cela ne m’a pas fait plus de mal qu’une piqûre d’épingle ! » L’anesthésie générale était découverte. ;

Dès 1845 Wells étudia les propriétés de l’éther sulfurique ;s’iln’en adopta pas l’usage, c’est qu'il le trouva inférieur au protoxyde d’azote. Cependant Morton et Jackson prirent ensemble un brevet en 1846, pour s’assurer le bénéfice de l’anesthésie par l’éther. Ils obtinrent d’excellents résultats, que Malgaigue fit connaître à l’Académie de Paris, le 12 janvier 4847. Flourens, et d’autres physiologistes, étudièrent l’éther et le chloroforme; ce dernier, d’action plus rapide, plus énergique, n’entra dans la pratique que quelques mois plus tard: un étudiant en médecine découvrit accidentellement les propriétés anesthésiques du chloroforme, les expérimenta sur l’homme ; enfin un chirurgien d’Édimbourg, Simpson, en répandit l’usage. |

En 1894 seulement, le chlorure d’éthyle, dont Flourens en 1847 avait déjà signalé les propriétés anesthésiques, entra par hasard dans la pratique: le dentiste Carlson de Gothenburg, en pulvérisant ce liquide sur les gencives de ces malades pour obtenir l’anesthésie par le froid, remarqua qu’il arrivait à provoquer fréquemment l’anesthésie générale. Depuis cette époque, le chlorure d’éthyle occupe le premier rang des anesthésiques généraux pour opérations de courte durée.

L'histoire de l’anesthésie locale bien que remontant à des temps très anciens ne présente que peu d'intérêt.

L'application de la cocaïne marque, à proprement par-

er ps ler, le début de cette anesthésie. Cependant en 1849 James Arnott saisit déjà l'importance de ce mode d’anesthésie, et appliqua le premier un mélange de glace et de sel marin sur la peau. Velpeau adopte ce procédé dans son service à Paris.

Cette réfrigération se perfectionne, grâce au pulvérisateur de Richardson, qui permet en 1881 d'employer le bromure d’éthyle, en-1884 le chlorure de méthyle, en 1890 le chlorure d'éthyle.

La méthode desinjections interstitielles date de Burney Yeoet Griffith qui en 1868 utilisèrent l’eau simple et obtinrent de bons résultats, contrôlés par le professeur Potain, 1869. En 1884, au Congrès d’Heïidelberg, le D° Karl Koller démontra que les instillations de cocaïne . sur la muqueusé oculaire, déterminaient une anesthésie complète de la conjonctive et de la cornée.

À partir de ce moment, les études sur ce nouveau médicament se multiplièrent (Laborde, François Franck, Arloins, Masson, Ch. Richet, Dastre). Mais il a fallu les observations multiples et la persévérance du professeur Reclus, pour en vulgariser l’usage et en réglementer les doses. * |

De nombreux dérivés ou succédanés furent proposés ensuite la tropacocaïne, l’eucaïne, l’acoïne, l’holocaïne : mais c’est à des produits de chimie synthétique comme la stovoïne et la movocaïne, que revint le droit de détrôner la cocaïne. Ces derniers produits du reste ont permis d'obtenir une anesthésie localisée par leur injection dans le sac médullaire. Dès 1885 déjà, Corning obtint une anesthésie prolongée des membres inférieurs

par rachicocaïnisation ; Bier, puis en France Tuffier, Chaput et leurs élèves, perfectionnèrent la méthode.

Ainsi, depuis soixante ans environ, la chirurgie a comme précieuse collaboratrice l’anesthésie générale, l’anesthésie locale étant plus récente. A partle protoxyde d’azote, nous voyons que le chloroforme et l’éther, entrés dès le début dans la pratique, sont encore aujourd'hui les seuls anesthésiques généraux couramment employés. Cependant, les accidents, qu’ils provoquent au cours de leur administration, ont de bonne heure attiré l’attention des chirurgiens ; ces accidents immédiats sont différents, selon que l’on emploie l’éther ou le chloroforme; du fait même qu’ils ont trouvé l’un et l’autre des partisans absolus et résolus, il ressort assez que ni l’un ni l’autre ne sont exempts de dangers. |

La syncope blanche ou bleue due au chloroforme, les congestions pulmonaires dues à l’éther sont classiques.

Ces accidents se produisent au cours de l’anesthésie, ou immédiatement après.Ce sont des accidents brutaux que l’on peut facilement rattacher à leur cause. Dans la littérature médicale on relève d'autre part des observations de paralysies ou de psychoses, après anesthésie générale. (Truelle 1898. Th. Paris. Étude critique sur les psychoses dites post-opératoires). Ces observations sont très rares et il est actuellement difficile de faire la part de l’action toxique ou congestive de l’anesthésique, et celle du shock opératoire sur un sujet prédisposé. Les paralysies périphériques d’après Blumfeld (Clin. Journ., août 1901) proviennent d’un trauma

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tisme au cours de l’anesthésie, tiraillements ou compressions d’un filet nerveux ; les paralysies centrales sont de véritables attaques d’apoplexie sous l’influence de la congestion cérébrale.

Les psychoses d’après Briant et Picqué (Arch. neurol., mars 1903) sont de deux ordres : les unes, véritables délires d'hôpital, sont transitoires et imputables à la septicémie ; les autres sont des délires d'asile, constituant les vraies psychoses post-opératoires. Ces auteurs ne peuvent incriminer une cause univoque ; l’action toxique du chloroforme ne paraît pas devoir être accuséé davantage que le simple ébranlement moral ou la prédisposition héréditaire du malade.

A côté de ces accidents nerveux, pulmonaires, psychiques, qui on fait l’objet de recherches nombreuses, ilexiste des accidentsinsidieux entraînant très fréquemment la mort dans des conditions presque toujours identiques, et qui, ces dernières années, ont particulièrement intéressé les chirurgiens ; il s’agit d’accidents tardifs, débutant quelque temps après l'opération, lorsque rien ne peu: faire prévoir une complication d'ordre chirurgical. Ces accidents, tant par leur aspect clinique, leur évolution, que par les lésions découvertes à l’autop-

-sie,semblent ressortir à une intoxication profonde du foie

et des reins par l’agent anesthésique. Depuis longtemps chez les opérés les auteurs ont noté la présence de l’albumine dans l’urine. Ce fait d'observation courante est consigné par Patein et Terrier dans leur Manuel d'anesthésie chirurgicale (1894) et par Vidal, dans sa thèse de 1897.

Cette constatation du reste demeure sans grande importance pour les auteurs. Ils déclarent que cette albuminurie est transitoire et sans gravité. | |

Cependant dès 1850, c'est-à-dire quelques années à peine après la vulgarisation de l’anesthésie chloroformique, Casper rapporte. quelques cas de mort. Il les imputa nettement au chloroforme. La même année, von Langenbeck publia lobservation d’une résection de l’omoplate. É

. L'opération semblait devoir donner un excellent résultat, lorsque huit heures après, le malade se mit à vomir, pâlit, avec un pouls petit, et une respiration cependant parfaitement libre. A l’autopsie l’on trouva un foie atteint de dégénérescence graisseuse.

Nothnagel en 1866, Ungar et Junkers en 1883, Paul Bert en 1885, Bonn et Strassmann en 1889, étudièrent chez les animaux l’action du chloroforme, et arrivèrent tous à constater après inhalations ou injections répétées, des dégénérescences graisseuses du foie et des altérations des reins. |

Thiem et Fischer en 1890, Bastianelli en 18941, Fraenkel en 1892, Ambrosius en 1895, Steinthal en 1896, Brackett, Stones, Low en 1904, rapportent des observations de mort après administration de chloroforme ou d’éther ; ces observations sont comparables entre elles tant au point de vue clinique qu’anatomo-pathologique.

Jusqu’en 1906, la littérature médicale française est vide de ces observations. À cette date Auburtin dans sa thèse publie deux cas qu’il a personnellement obser-

= 15 —= vés, et en rapporte un grand nombre d’autres, publiés eti Angleterre, en Allemagne, en Italie. Depuis cette époque, l'attention des chirurgiens s’est fixée sur cette question, et quelques nouvelles observations ont été faites et publiées à ce sujet.

Ces diverses études cliniques ont suscité d’autre part ces dernières années des études expérimentales sur les animaux et des travaux précis de dosage des anesthétiques dans les différents organes, au cours de la nar- Ccose.

C’est en nous aidant d’une part de la clinique, d’autre part de ces travaux, que nous étudierous les accidents

toxiques et tardifs que peuvent provoquer les anesthésiques.

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