INTRODUCTION
Résultats physiologiques. — Nous savons depuis Claude Bernard que sans distinction de règnes, les anesthésiques agissent sur le protoplasma cellulaire. Leur action peut être d'ordre multiple, action chimique, physique, physiologique. Nous aurons à ies étudier longuement plus tard.
Il est intéressant pour ce début de montrer comment une cellule type de notre organisme, le leucocyte, est influencé par la narcose. Nous en tenant ici à l’action purement physiologique portée sur la cellule par lanesthésique, nous allons voir comment se trouve modifiée une des fonctions les plus importantes de notre organisme, la phagocytose.
Achard, Ramond, Bénard, P.-François, ont démontré que le polynucléaire sans granulation est modifié dans sa fonclion phagocytaire lorsque l’élérnent à phagocyter et lui, setrouvent en présence d’un agent anesthésique. Le principe de la méthode est le suivant. On
met en présence, du sérum humain normal (1), une
1. Le sérum humain possède en effet la propriété de conserver aux leucocytes leur activité phogocytaire qu’ils perdraient normalement en tout autre milieu.
Besançon 2
PAS UE solution saline citratée (1), des levures de muguet (2) qui seront l'élément à phagocyter, du sang pris à l'individu dont on veut mesurer l’activité leucocytaire. Ces divers éléments distribués en proportion convenable (3) sont soumis à l’étuve pendant trente minutes.
Après centrifugation, une parcelle du culot estétalée sur une lame, et examinée. On est arrivé à trouver pour les quatre éléments qui entrent dans la réaction, des proportions telles, qu’à l’état normal un polynucléaire normal phapocyte une levure ; l’indice de l’eucoactivité étant voisin de 1 il sera facile d'apprécier l’activité leucocytaire par les chiffres que nous rapporterons plus loin.
Les expériences ‘conduites, {x vitro, ayant donné entière satisfaction à leurs auteurs au point de vue de la concordance des résultats, des expériences in vivo ont été faites. Voici le résultat :
Chloroforme. — Tentative d’extraction de corps étranger de l’æœsophage par M. Guisez ; l’anesthésie a durée une heure vingt.
Activité leucocytaire
AVAL RE NE VAT EN ET SEA TOUR 0,90 Pendant (au tout 1 h. 20). . . 0,09 ADrès: (0; Ra SEM AREA AE 0,58
1. Pour empêcher la coagulation du sang au cours de l’expérience.
2, Ces levures sont formolisées pour les rendre inertes au cours de la réaction.
3. 10 de solution saline citrate, 10 gouttes de sérum, 1 goutte d’émulsion de levure et 1 goutte de sang.
Hernie crurale déjà chloroformisé plusieurs années
auparavant, pour une saphénectomie:
TETE ET ANON PP M SANT 0,90 Pendant (15 mi): 45 0. 1 0,32
RO nr. date ya 0,30 Apres (D AMAR EE er ut à 0,25 DE RSR EI Eat PRO ARS PERTE 0,58
Hystérectomie abdominale :
NA EN SES ASP RENE 0,92 Apres (eh 60) RME er Le 0,47 STE TA A PA A ONE 0,82
D’autres résultats analogues sont consignés dans la thèse de P. François, et la conclusion que l’on peut en rer, à propos du chloroforme, est la suivante : très vite l’activité leucocytaire est entravée et elle ne réapparaît que très lentement. Avec l’éther nous avons les résultats suivants :
Ether. — Cathétérisme des uretères, anesthésie de
vingt minutes mais poussée très loin (Soc. médic.) :
AV AMEUE a ns et At (OT PERRIER EE RU M EN ae 0,06 PT CUS) POS A RENTE 0,60 NME LA TA PIRE 0,87
Cette observation et d’autres prouvent qu’avec l’éther la chute est très brusque mais le relèvement rapide. Quant au chlorure d’éthyle il reste sans action sur l’activité leucocytaire. Plusieurs expériences faites à ce
sujet sont demeurées sans résultat.
Résultats Physico-Chimiques. — Grâce aux travaux de Nicloux, nous pouvons suivre pas à pas les anesthésiques durant leur passage à travers l'organisme. Les intéressants résultats, que nous lui empruntons, ont été obtenus en expérimentant sur des chiens et en employant des méthodes de dosages imaginées par lui. Dans les tableaux qui vont suivre, les nombres représentent les quantités d’anesthésique renfermé dans 100 grammes de sang pris à l'animal en expérience ; on trouve :
Au seuil de l’anesthésie :
Chloroforme Éther Chi. d'éthyle Protoxyde d'az. mer mgr mer mgr 30 à 40 105 à 115 25 à 30 40 à 45
Pendant anesthésie confirmée :
variations 40 à 50 130 à 140 ! énormes 45 à 50 30 à 150
Pendant l’anesthésie l’éther qui est le plus soluble de tous, se trouvé de ce fait en grande quantité dans le sang. Quant au chlorure d’éthyle, on peut en trouver des quantités énormes, ce qui est sans importance grâce à la facilité très grande de son élimination.
Les doses mortelles sont les suivantes :
Chloroforme Éther Chlor, d’éthyle Protoxyde d'az,
mger mer mer mer
60 à 70° 160 à 175 dE 60 à 65 gr.
PTE ee
Ce que nous avons dit pour le chlorure d'éthyle est encore vrai ici. L'on ne peutindiquer de dose mortelle. Des quantités considérables de cet anesthésique peuvent être introduites ddns le sang soit 200 milligrammes pour 100 grammes de sang, et l’organisme se débarrassera en peu de temps de cette dose toxique, si toutefois on assure une ventilation suffisante.
Au contraire, la dose mortelle du chloroforme et de l'éther est assez fixe. Leur faible volatilité, par rapport à celle du chlorure d’éthyle, enest la cause. La volati-. lité ou plus exactement le point d’ébullition permet de les ranger dans l’ordre suivant: protoxyde d’azote ; chlorure d’éthyle ; éther ;. chloroforme. En étudiant leur vitesse d’élimination nous verrons qu'ils restent classés dans cet ordre.
Elimination. — On fait des prises de sang chez l’animal dès le moment où l’on cesse l’anesthésie ; on répète ces prises de sang un. certain nombre de fois ; immédiatement après, l’anesthésique est dosé ; en ce qui concerne le protoxyde d’azoteet lechlorure d’éthyle, on peut dire que leur élimination est presque instantanée.
Pour l’éther etle chloroforme, l'élimination est beaucoup plus lente. Au bout de cinq minutes la quantité de ces anesthésiques dans le sang, a baissé de moitié. L'éther va continuer à s’éliminer progressivement ; le chloroforme, lui, s’éliminera beaucoup plus lentement, si bien qu’au bout d’une heure, la quantité d’éther dans le sang est le 1/8 de celle trouvée au moment où l’anes-
thésie était cessée ; la quantité de chloroforme est de
"8 29 — 1/4, c'est à dire deux fois plus. D’après les tableaux précédants l’on a vu que les doses anesthésiques d’éther : étaient beaucoup plusimportantes que celles du chloroforme.
Or, quand on poursuit l’étude de l’élimination de ces anesthésiques, deux heures après cessation de l’anesthésie on trouvera dans le sang et pour l’éther une quantité absolue, inférieure à celle du chloroforme. Ce dernier existera encore dans la proportion de 10 milligrammes pour 100 grammes de sang, l’éther dans celle de 5 milligrammes pour 100 grammes.
Les chiffres que nous avons donnés se rapportent aux quantités d’anesthésiques décelés dans le sang. Or ces anesthésiques se fixent dans toutes les cellules de l’organisme, et il est intéressant de rapporter dans quelle proportion on les trouve dans chaque organe au moment de la mort.
Les nombres de ce tableau sont exprimés en milli-
grammes,se rapportant à 100 grammes de tissu.
Chloroforme Ether
mer mgr.
Cerveanies SE N RORRRLE . 458,5 Bulbe te USENET ST) 156 Hoi: cb ANT Rae SEE LOS 124 Rein: ON TE ON VESTES UE CES 134 Rate A QUIMPER TRES ERA ERNST 121 CHŒUR ENS SN EN RASE Er ER) 138
Muscle". M0 Re PRES 20,5 110
Graisse sous la peau. . 30,5 108 — épiploon. . : . 68,5 263 — adhérente au rein. 110 352 (1)
: ( Dans ce tableau ne figurent pas de nombres relatifs
au chlorure d’éthyle, car ces nombres sont très variables : ce que nous avons déjà dit, suffit à l’expliquer.
De ce tableau il ressort trois choses :
1° Le bulbe renferme 1,5 fois plus de chloroforme que le cerveau ; quant à l’éther, bulble et cerveau en renferment une quantité égale; 2° Ilest intéressant de remarquer l’affinité des matières grasses ou substances analogues (lipoïde, c’est-àdire lécithine, chlolestérine), pour l’éther et le chloroforme en particulier ;
3° ILest enfin un rapport intéressant à noter, c’est le rapport de la quantité d’anesthésique fixée par les globules sauguins d’une part, et par le plasma d’autre part.
Sur 100 parties de chloroforme contenues dans le sang, 88 sont fixées par les globules.
Pour le chlorure d’éthyle, 73 ‘/. sont fixées par les globules.
Pour l’éther il y a une répartition à peu près égale : 52 °/ pour les globules, 48 °/, pour le plasma.
On peut expliquer cette différence de fixation par la
solubilité plus ou moins grande de ces corps dans l’eau.
1. La présence d'une dose anesthésique importante au niveau de la graisse adhérente au rein s’explique par la riche vascula-
risation de la la région.
RAC VRL ES
Anesthésique Solubililé dans l’eau °J
CRIOro formes cr: ERA 0,887
Chlorure d'éthyle ner. 2 Htber.:,s este ANA ATRE 10
A propos des chiffres que nous fournissent les tableaux précédents, l’on peut faire quelques remarques importantes :
1° Le pouvoir anesthésique du chloroforme par rapport à celui de l’éther est considérable : quand, dans la suite, nous aurons essayé d'expliquer le mécanisme de l’anesthésie, cette remarque prendra une certaine valeur;
2° L’élimination du chloroforme est très lente par rapport à l’éther et au chlorure d’éihyle en particulier, ce qui revient à dire que son action sur les cellules se prolongera beaucoup plus longtemps ;
3° L’éther se fixe sur les globules sanguins et sur le plasma en proportion sensiblement égale. Le chloroforme au contraire se fixe sur les globules dans la proportion de 88°/,;
4e Il existe une affinité très particulière du chloroforme et de l’éther pour les matières grasses et les li-
poïdes en particulier.