CHAPITRE VI
De l'acide bromhydrique gazeux sur le bioxyde de baryum.
Nous avons répété avec l’acide bromhydrique gazeux la série des expériences que nous avons décrites à propos de l’acide chlorhydrique. Le bioxyde était encore contenu dans un tube en U et mélangé de sable. L’acide bromhydrique était préparé soit avec le phosphore, soit avec la naphtaline, et il était desséché par son passage dans un tube rempli de couches successives d’anhydrique phosphorique et d’amiante. Le produit de la réaction vient se rendre dans un récipient vide de 500 cc environ et de là dans un vase contenant de l’eau.
Opère-t-on sans avoir desséché ni le gaz ni l’appareil; la présence de l’acide bromhydrique donne immédiatement du brome. La substance prend un aspect déliquescent, et de l’eau chargée de brome vient bientôt former une goutte à l’extrémité du tube qui s’ouvre dans le flacon vide. Si au contraire l’on se
met à l’abri de l’humidité, si l’on a desséché l’appareil par un courant d’air sec pendant que le tube qui contient le bioxyde est maintenu à 100°, l’aspect de la réaction est absolument différent : la coloration de l’atmosphère du tube indique la présence du brome libre ; mais la substance reste pulvérulente et le bioxyde de baryum prend, en certains endroits, une coloration rouge-brun très intense. Cette coloration disparaît très vite au contact de l’air, mais elle se conserve si l’on scelle immédiatement le tube après l’expérience.
Un semblable phénomène a été déjà constaté avec l’hydrate de chaux et attribué à la formation d’hypobromite de calcium : « L’hydrate de chaux solide absorbe le brome en se changeant en une po'udre rouge-brun, à odeur de chlorure de chaux, décolorante et devenant incolore par l’eau; la solution filtrée dégage du brome sous l’influence des acides minéraux étendus et de l’acide carbonique. En faisant passer lentement un courant de gaz carbonique dans la solution et en distillant dans le vide, on obtient un liquide contenant du brome et de l’acide hypobromeux. » (Dictionnaire de chimie de Wurtz, t. I, p. 668). Ce phénomène doit-il être attribué à la combinaison de la baryte avec ùn composé oxygéné du brome, ou bien n’est-il. que le résultat de la condensation d’une
atmosphère de brome environnant chaque parcelle de la substance? Nous ne nous prononcerons pas à ce sujet pour le moment; mais nous espérons que la continuation de nos recherches nous permettra d’élucider ce point intéressant.
Quoi qu’il en soit, le gaz acide bromhydrique sec paraît, au premier abord, se comporter d’une façon bien différente de l’acide chlorhydrique’ vis-à-vis du bioxyde de baryum. En effet, dès que le gaz bromhydrique se trouve en contact avec le bioxyde, la coloration manifeste immédiatement, la présence du brome libre.
Mais nous avons déjà émis cette opinion : Qu’au contact de l’acide chlorhydrique sec, l’oxygène qui prenait naissance dans la réaction
HCl + BaO 2 = BaCl + HO + O
devait être partiellement ozoné. Ce fait fut constaté par Weltzien à l’aide de l’acide chlorhydrique gazeux, et il nous a été quelquefois possible également de sentir l’ozone, quand nous attaquions le bioxyde de baryum avec l’acide chlorhydrique dissous très concentré. Cette odeur d’ozone se manifeste encore, quand on emploie l’acidc bromhydrique, après que le brome, qui a pris naissance, s’est combiné avec la baryte en excès.
Or l’action de l’ozone sur l’acide bromhydrique gazeux et dissous donne immédiatement du brome et de l’eau; tandis que cette action est tellement lente même avec le gaz acide chlorhydrique, qu’après une heure de contact, on constate à peine la mise en liberté du chlore.
Ce fait vient rendre compte de l’inconstance des résultats obtenus par Weltzien ; car dans ces expériences, l’ozone devait être tout ou partiellement détruit, selon le temps pendant lequel les substances restaient en présence.
Quoique lente, cette action s’opère non seulement avec l’acide chlorhydrique gazeux, mais encore avec l’acide dissous. Gela du reste ne doit pas nous surprendre puisque l’ozone est, comme l’eau oxygénée, un corps de formation endothermique et qu’il se décompose en donnant 14 cal -, 8; et même pouvant fournir 3 oal -, 6 de plus que l’eau oxygénée, il agit encore sur les hydracides du chlore et du brome quand celle-ci n’a plus d’action.
Tout comme l’eau oxygénée, l’ozone est capable de fournir, par sa destruction, des réactions inverses : ainsi une solution très étendue de brome est décolorée par l’ozone avec formation d’acide bromhydrique; le chlore donne dans les mêmes circonstances de
l’acide chlorhydrique; « tandis que l’iode est successivement transformé en composés de plus en plus oxygénés » (Berthelot). Ces transformations de l’iode sont assez nettes pour pouvoir être observées sur ce corps contenu dans un tube traversé par un courant d’ozone sec. Au bout d’un temps suffisant, des cristaux d’acide iodique et périodique viennent se former sur les parois du tube. D’ailleurs, il nous semble probable, qu’en l’absence absolue de l’eau, le brome et le chlore puissent également être oxydés par ce moyen.