‹ Des acquisitions récentes sur la biologie des ascarisChapitre 10 sur 38 · LAON EL · texte numérisé non relu

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phatique, en suivant un chemin rétrograde, contre le courant et le sens des valvules. Ransom et Cram n'admettent pas non plus qu’elles s’y rendent en perforant les tissus, car on en a retrouvé dans les ganglions sous-mentonniers, 24 heures après l’infestation. Par contre, ils s'appuient sur ce que divers observateurs ont retrouvé des larves dans la rate, les reins et d’autres viscères pour admettre la migration des larves à travers la grande circulation artérielle.

Les larves peuvent s’accroitre dans les ganglions péri-

phériques (on en a vu qui atteignaient 4 mill. 4 de long) mais, habituellement, elles y meurent assez rapidement, au bout de 5 jours environ et on les y retrouve mortes, entourées d’une capsule.

Les recherches de Fülleborn (1914) ont montré que les larves d’ Ankylostome et d'Anguillule pouvaient parcourir la petite circulation dans les capillaires pulmonaires, gagner le cœur gauche, et, de là, lagrande circulation : c’est ainsi que les larves d'Anguillule gagnent les artères rénales. Le même auteur a observé tout récemment dans le rein et même le cerveau d'animaux en expérience, des larves d'Ascaris provenant d'œufs ingérés par la bouche ; il a même pu, en inÿectant dans la carotide d'un animal, des larves (prélevées dans les poumons d'un autre animal) retrouver ces larves une heure après dans les poumons de l'animal injecté, démontrant ainsi la réalité de ce trajet des larves d'Ascaris dans les capillaires de la grande circulation.

Malgré l'éloquence de ces constatations et expériences de Fülleborn, Ransom et Cram pensent que le passage des: larves de la circulation veineuse dans la circulation

MERE es

artérielle, se ferait surtout dans le cœur lui-même, à travers le Foramen ovale, persistant chez un certain nombre de sujets, entre les deux oreillettes.

Toutefois, ils reconnaissent ignorer si la persistance du Foramen ovale est fréquente chez les cobayes (sur lesquels ils ont fait la plupart de leurs expériences) le plus souvent ils ont omis de la rechercher et dans un cas de passage rapide des larves dans le sang artériel, ils ont constaté que la cloison interauriculaire était bouchée.

Etant donné la quasi constance de larves dans le domaine périphérique, et le caractère exceptionnel de la persistance du Foramen ovale, l'hypothèse de Ransom et Cram nous paraît de peu de valeur, en face des constatations objectives et des expériences de Fülleborn.

Les larves qui ont atteint la circulatiort périphérique gagnent-elles directement l'intestin par la voie des capillaires ou des lymphatiques intestinaux ? Cela est peu probable, car seules les larves peu développées sont capables d'exécuter de longues migrations à travers les capillaires et — déversées dans la lumière intestinale — elles ne seraient pas aptes à s’y développer.

/ 8° Cavité péritonéale.

Ransom et Cram ont porté leurs examens sur 66 sujets.

Sur les 23 cobayes examinés moins de 48 heures après l'infestation, ils ne trouvèrent aucune larve dans le péritoine (bien qu’il y eût de nombreuses larves dans les organes).

Sur les cobayes examinés plus de 48 heures après leur infestation, ilsn’observèrent des larves que 12 fois sur 43 ;

encore n'y avait-il qu'un irès petit nombre de larves (2 ou 3 — 8, au maximum).

Ransom et Cram font remarquer d’ailleurs que dans leurs expériences, dans ‘la plupart des cas -où des larves furent trouvées dans la cavité péritonéale, les cobayes étaient morts d'infection et n'avaient été examinés que plusieurs heures après leur mort. Les larves avaient donc pu émigrer « jpost-mortem » de la paroi intestinale, ou des ganglions, dans le péritoine.

Ces résultats obtenus par Ransom et Cram concordent avec ceux qu'avaient eu antérieurement Fülleborn (1920) et Stewart (1921) qui, eux non plus, ne retrouvèrent pas de larves dans la cavité péritonéale des animaux en expérience. Ils viennent, au contraire, infirmer les résultats et la doctrine pathologique de Yoshida qui, semble-t-il opérait avec moins de soin ou peut-être trop LRRUURE après la mort de ses animaux infestés.

La

9° Cavités pleurales.

60 examens du contenu pleural furent faits, avec des résultats analogues à ceux de la cavité péritonéale. Pendant les deux premiers jours qui ont suivi l’infestation, Ransom et Cram n'ont trouvé aucune larve dans les plèvres sur les 20 animaux examinés. Du 3° au 6° jour, la présence de larves s’est montrée exceptionnelle ; par contre, du 6° au 10° jour, les auteurs en ont presque toujours rencontré, parfois en assez grand nombre (jusqu'à plus de 35) ; mais il s'agissait d'animaux morts d'infection et non examinés de suite après la mort. Dans trois cas, où les cobayes furent tués par chloroformisation, 6 jours après l’infestation, la recherche des larves dans la cavité

ONE pleurale fut négative. Comme dans les cas où ils trouvaient des larves, les auteurs constataient également dans le sédiment du liquide de lavage des plèvres de nombreux lambeaux de desquamation de la séreuse, il est logique d'admettre que ces larves s'étaient échappées du poumon par effraction du feuillet viscéral.

« Aussi loin qu'aient pu être poussées nos investigations, disent Ransom et Cram, nous n'avons pu trouver de preuve que les larves aient atteint la cavité pleurale par leur pénétration à travers, le diaphragme en venant de la cavité abdominale. »

Ces résultats de Ransom et Gram, concordent avec ceux précédemment obtenus par Stewart qui dans les 3 expériences qu'il fit, ne put trouver de larves dans la cavité pleurale pendant les deux premiers jours qui suivirent l’infestation. Ils s'opposent, comme pour le péritoine, aux observations de Yoshida qui constata la présence d'un petit nombre de larves dans les cavités pleurales de 8 sur 10 cobayes tués de 20 à 75 heures après leur infestation, mais dont la technique était peut-être moins stricte.

Expériences sur la résistance des larves

j au milieu intestinal

Pour essayer de saisir la signification biologique du passage des larves à travers le milieu intérieur de leur hôte, en particulier dans le sang et le poumon, Ransom et Cram ont comparé la résistance offerte par des larves d'Ascaris, de grosseur variée, vis-à-vis des milieux analogues à celui du chyme.

Prélevant ces larves dans les poumons (où l’on trouve des larves de toutes dimensions), ils ont constaté que «i

JR =

on plaçait des larves de grosseurs variées dans un milieu artificiel (à la température de 33° 6) milieu composé de : Pepsine (du Codex U. S. A.), 2 gr. 50 ; Na CI 2 gr. ; H.C.L. 1 gr. 19 pour : eau, 1.000 cent., au bout de 3 heures ,les larves de moins de 800 de long étaient mortes, tandis que les larves de 1 mill. de long et plus continuaient à être actives. Ils en ont conclu que les grosses larves étaient plus résistantes aux sucs digestifs car, mises dans une solution de sérum isotonique, toutes les larves, grandes ou petites, offrent la même vitalité. |

, pie # Conclusions des expériences de Ransom et Cram : le cycle

intra-viscéral des larves d’'Ascaris.

En admettant qu’on puisse en inférer de ce qui se passe chez les animaux en expérience (cobayes, souris, etc...) à ce que l’on observe chez les hôtes normaux des ascaris (homme, cheval, porc, chat), on peut tirer les conclusions suivantes quant à la migration des larves d'Ascaris.

Les œufs ingérés mûrs, éclosent dans l'intestin et donnent issue à des larves qui, immédiatement, s’enfoncent dans la paroi de l'intestin grêle et pénètrent, soit dans les vaisseaux lymphatiques, soit dans les veines.

Une fois dans les canaux lymphatiques, elles sont « charriées » dans les ganglions mésentériques (surtout les ganglions iléo-coliques, chez le cobaye) ; ces larves sont très nombreuses dans ces ganglions, dès quelques heures après l’infestation ; un certain nombre s'y accroissent, s’y fixent et y meurent, mais les autres suivent leur course.

Des ganglions, elles peuvent s'échapper par trois routes :

1° Elles peuvent s’enfoncer à travers la séreuse dans

la cavité péritonéale ;

2° Elles peuvent pénétrer dans les capillaires sanguins du ganglion et, de là, par la circulation porte, atteindre le foie ;

3° Elles peuvent, en suivant les Chylifères, gagner le canal thoracique et, de là, le cœur droit.

De ces trois alternatives, les deux dernières sont probablement celles qui se réalisent d'habitude, comme le font prévoir les constatations expérimentales.

Les expériences de Ransom et Cram ne leur ont pas permis de vérifier l’utilisation possible de la voie lymphatique centrale (ils ne signalent pas d'examens des Chyllifères, ni du canal thoracique, ni de leur contenu).

Par contre, la progression des larves à travers la voie portale et de là le cœur droit, et le poumon, a été de nombreuses fois vérifiée par la présence d’un grand nombre de ces larves dans la Veine Porte, les Veines intralobulaires ‘du foie, le Parenchyme hépatique, les Veines sus-lobulaires, la Veine (Cave, le Cœur droit, les Artères pulmonaires. |

Certaines larves accomplissent ce circuit en quelques heures (leur fréquence dans les capillaires pulmonaires a été constatée 17 heures après l’infestation).

Lorsque les larves sont parvenues au poumon, il y a encore deux alternatives

Les unes s’y développent rapidement, y séjournent pendant 5 à 6 jours en moyenne ef quänd elles ont atteint une longueur de 1 mill. 5 environ, elles rompent la mem-

brane alvéolaire, passent dans les voies aériennes et, de là, retombent par le carrefour pharyngo-laryngé, dans le tube digestif ; les autres, encore de petite taille, ne stationnent pas dans les capillaires pulmonaires mais elles suivent le cours du sang, retournent au cœur et sont distribuées dans les divers territoires, irrigués par la grande circulation artérielle.

La preuve de la réalité de ce mode de diffusion des larves, est donnée par ce fait que l’on peut trouver des larves dans les ganglions lymphatiques périphériques, moins de 24 heures après l’infestation. Or, il n’est pas admissible qu’elles s’y soient rendues par voie lymphatique rétrograde (contre le courant de la lymphe et le sens des valvules) ni directement en traversant les tissus, car leur présence (exceptionnelle plus tard) n’a pas été constatée dans les séreuses, après un délai aussi court.

Signalons que l’on peut admettre que dans certains cas, les larves ont pu passer du cœur droit au cœur gauche par un foramen ovale persistant, mais c’est là une disposition anatomique anormale et un moyen de passage certainement plus exceptionnel que ne semblent l’admettre Ransom et Cram.

Celles des larves qui sont parvenues.dans les ganglions lymphatiques (par un cycle aberrant) peuvent s'y développer mais elles y meurent assez rapidement (au bout de 5 à 6 jours).

On peut admettre, pour les larves d’Ascaris, comme pour celles d'Ankylostome, la possibilité d’un retour au poumon, après un €@ircuit périphérique dans la grande circulation, et de leur élimination secondaire par le pou-

Lot

mon, les larves étant devenues plus grosses et plus aptes à se développer dans le tube digestif.

Voici donc exposé, tel qu’on peut le mettre en évidence chez l'animal, le cycle de la larve d’Ascaris dans l’organisme de son hôte.

Les constatations objectives ne laissent aucun doute sur la réalité de ce cycle ; la seule objection que l’on puisse faire, c'est qu'il a été réalisé justement chez des animaux qui, normalement, ne sont pas infestés par l’Ascaris, ou plutôt chez lesquels cet Helminthe ne peut acquérir son complet développement. En effet, une fois que la larve, ayant accompli son cycle larvaire, revient dans le tube digestif, au lieu de se transformer en Ascaris adulte, elle végète et finalement meurt ou est éliminée ; seuls les intestins de l’homme, du cheval, du porc ou du chat permettent le développement et la vie à l’état adulte des Ascaris propres à chacune de ces espèces animales. On peut, dans ces conditions, objecter qu’il est audacieux d'admettre que ce qui se passe chez la souris ou le cobaye pour les larves d’Ascaris, se passe aussi chez l'hôte normal. Nous savons cependant que Fülleborn a mis en évidence chez l’Ascaris du chien ce, cycle larvaire dans l'organisme de son hôte, et rien ne permet de nier qu’il en soit aussi de même chez l’homme, bien que cela n’ait pû être constaté encore.

Ce qui permet surtout d'admettre qu'il en est ainsi chez les hôtes normaux, c’est que cette migration de la larve dans l'organisme paraît être une nécessité biologique pour le développement de cette larve.

Quelle est, en effet, la signification de cette migration larvaire ?

Nous l'avons vu, cette migration n’est pas spéciale à

Liege

l'Ascaris ; depuis 1901, elle était connue chez l'Ankylostome (Looss) et l’on sait qu’elle se produit aussi chez

l'Anguillule stercoraire (Fülleborn). Bien qu'on ne l'ait

pas encore mise en évidence chez tous les Nématodes, en particulier chez l'Oxyure ou le Trichocéphale, on peut la considérer comme un phénomène commun chez les Nématodes, sinon comme une nécessité pour tous.

Dans ce cycle, nous voyons la larve attirée en quelque sorte par le milieu sanguin et plus encore par le milieu oxygéné du poumon : Comme elle acquiert un développement particulièrement rapide, passant en 5 ou 6 jours d’une longueur de 200 micrones à des dimensions beaucoup plus considérables (4 mill. 5 et même plus) nul doute quelle ne puise dans ce milieu sanguin et riche en oxygène, des éléments indispensables à sa maturation ; et cette hypothèse se trouve confirmée par les expériences de Fülleborn et Chilling-Torgau (1911) et celles de Miyagawa (1916) qui montrent que les larves d’Ankylostome résistent mieux à l’action des sucs digestifs quand elles pénètrent dans l'organisme par la voie transcutanée que quand elles sont introduites par la voie digestive ; dans ce dernier cas, résistent seules les larves qui, de l'œsophage, s’enfoncent dans les tissus etfréalisent ainsi secondairement leur migration comme les larves d’Ascaris. Le suc gastrique tue les larves d'Ankylostome et il en serait sans doute de même pour les larves d’Ascaris, si les œufs éclosaient avant leur arrivée dans l’intestin. Après leur migration dans la circulation des poumons, elles sont à la fois plus grosses et plus résistantes — comme Ransom et Cram l'ont démontré — et peuvent impunément franchir le dangereux passage du milieu gastrique.

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