‹ Des acquisitions récentes sur la biologie des ascarisChapitre 16 sur 38 · CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ill

Action toxique

Les médecins, envisageant les divers modes par lesquels les vers intestinaux peuvent agir pour troubler l’organisme de leur hôte, n’en sont venus que tardivement à la notion de l’intoxication vermineuse.

Successivement, ont été incriminés, l’action mécanique (obstruction intestinale), l’action spoliatrice, le traumatisme ou l'excitation s'exerçant sur les parois de l'intestin et leurs terminaisons nerveuses.

Il n'est pas douteux qu’en Ce qui concerne certains petits nématodes, fixés dans les glandes intestinales, comme les oxyures, ou fixés dans la muqueuse, comme les trichocéphales, ces pathogénies traumatiques ou réflexes, plus encore les inoculations septiques qu'il: favorisent, conservent encore toute leur valeur. Mais, pour les Ascaris, il n’en n’est pas de même ; les notions biologiques actuelles nous ont prouvé que le plus souvent la muqueuse intestinale, elle-même, était peu lésée par leur présence et c’est avant tout, par leur toxicité propre qu'ils lèsent l'organisme de leur hôte.

Cette toxicité a été bien étudiée, au cours de ces dernières années, au point de vue expérimental, et c’est sur une base scientifique que nous pourrons nous appuyer pour rechercher l’action toxique parmi les manifestations pathologiques présentées par les sujets atteints d'Ascaridiose. Nous envisagerons donc successivement :

1° La toxicité expérimentale.

2° Les signes cliniques, témoignant de l'intoxication de l'organisme infesté.

A. — Toxicité expérimentale.

C'est au cours de ces vingt dernières années que la toxicité vermineuse, admise déjà par divers auteurs (Von Linstow, Perroncito, Blanchard) mais à peine étudiée, a fait l'objet de nombreux travaux qui en font maintenant une notion scientifiquement établie.

Si c'est grâce à l'étude du liquide du Kyste hydatique que cette toxicité vermineuse a été découverte par les cliniciens (qui ont attribué d’ailleurs à la toxicité ce qui relevait de l’anaphylaxie encore inconnue), c'est surtout aux toxines (Ascaridiennes) que se sont adressés les expérimentateurs, pour démontrer l'existence et la nocivité des poisons vermineux. Aussi, resterons-nous strictement dans les limites que nous nous sommes tracées en faisant, avec quelques détails, une revue de ces faits expérimentaux. |

Nous nous sommes efforcé de dégager parmi les nombreux protocoles d'expériences que nous avons parcourus, Ce qui a trait à l’anaphylaxie et qui, souvent, a été attribué à tort à la toxicité propre, directe, du parasite. Toxicité et pouvoir anaphylactisant sont deux notions bien distinctes, qui semblent cependant avoir souvent été confondues par les expérimentateurs même au cours de travaux récents ; dans certains cas, il est vrai, nous devons reconnaître qu'il est impossible de départager exactement ce qui revient à l’une et à l’autre.

Nous ne voulons pas, dans cette étude sur les acquisi-

PM To tions les plus récentes de la parasitologie, faire une revue historique des travaux faits sur la toxicité ascaridienne avant 1910. Cependant, quelque mérite qu’aient eu les premiers expérimentateurs, ce serait là une revue rapide, car la plupart des travaux datent de ces dernières années. Rappelons simplement que Cafiero semble être le premier auteur qui ait constaté scientifiquement la toxicité ascaridienne, en signalant, en 1898, que l’Ascaris vivant intoxique le bouillon de culture, ce qui ne se produit pas avec l’Ascaride mort. Cattanéo reprenant en 1913 les mêmes expériences confirme ces premières constatations.

D'autre part, Vaullegeard (1901) tuait des cobayes en 30 à 40 minutes avec 2 cent. cubes de liquide obtenu par la compression du parasite et il émettait déjà l'opinion que l’Ascaride renfermait deux toxines ; l’une, soluble dans l’eau et agissant sur le système nerveux, l’autre, soluble dans l’eau et dans l’alcool possèdant des propriétés curarisantes. Stazzi, Piana et Belfanti (1905) affirment qu'on peut tuer un cheval par l'injection sous-cutanée ou intra-veineuse de 5 à 10 centigrammes d'extrait aqueux ou glycériné C'Ascaris.

Mais les premières expériences absolument concluantes furent faites par Leroy (1910). Get auteur tue un chien en une demi-heure par l'injection intra-veineuse de 8 à 10 cent. cubes de liquide périentérique d’Ascaris mégalocéphala par kilog. du poids de l'animal ; il constate que l'injection provoque les phénomènes physiologiques suivants : Ghute de pression, convulsions respiratoires, anesthésie, parésie de l'arrière train, suppression où diminu-

tion de la coagulation du sang et il conclut que la toxicité

observée n’est pas dûe à des substances étrangères mais bien aux toxines ascaridiennes.

Enfin, en 1912, Weïinberg, dans un rapport présenté au 1 Congrès international de physiologie comparée (17 au 23 octobre 1912) et dans une Revue parue dans le Bulletin de l’Institut Pasteur, sur les toxines vermineuses, tout en donnant de multiples preuves de la toxicité d’autres helminthes (Ankylostomes, Tœnias, Sclérostomes, etc...) réserve une place à part à l’Ascaris, ou plutôt aux toxines asCaridiennes. Avec les expériences de ses prédécesseurs ;

-il rappelle ses propres constatations : « Il est très facile, dit-il, d’avoir la conviction absolue que les phénomènes toxiques observés à la suite de l'injection péri-entérique sont dûs aux propriétés mêmes du liquide lorsqu'on recueille ce liquide pur et stérile par la technique que nous avons indiqué. Bien que l’activité de ce liquide diffère d’un parasite à l’autre, on arrive presque toujours à tuer un cobaye de 200 à 300 grammes par l'injection intraveineuse de 2 à 4 cent. cubes de liquide frais. Nous avons même recueilli un liquide exceptionnellement toxique qui, injecté dans les veines à la dose de 0,5 à 0,6 centimètres cubes, tuait un cobaye de 5 à 600 grammes... » Remarquons que la mort qui survint à la suite de l’injection intra-veineuse de liquide ascaridien, n’est pas due à l’incoagulabilité du sang. Nous avons, en effet, très souvent constaté que le sang recueilli immédiatement après la mort de l'animal, coagule normalement et laisse voir un sérum parfaitement clair et non teinté par l’hémoglobine. Il est très probable que cette toxine agit surtout sur le système nerveux. D'ailleurs Messinéo (1905) avait déjà constaté que l'injection sous dure-mérienne de ces poi-

A sons provoque rapidement une chromatolyse des cellules nerveuses.

En 1914, Brinda, de Turin, sous le titre de « Contribution à la Connaissance de la Toxicité des Ascaris lombricoïdes » apporte dans un mémoire très documenté (Archives de Médecine des Enfants, Octobre 1914) les résultats très intéressants de nombreuses expériences personnelles. Il expose d’abord la méthode qu'il a suivie pour obtenir des extraits actifs et comparables ; ïl s'adresse aux Ascaris recueillis vivants et en fait une macération et une légère digestion artificielle, dans un milieu glycériné et acidifié, strictement dosé, soit :

5 grammes d'AsCaris ;

20 grammes de glycérine ;

80 grammes de sérum physiologique ;

5 gouttes d'acide chlorhydrique.

Il pratique un étuvage de 24 heures à 37° ; il expérimente ensuite la solution fraîche sur la grenouille, le cobaye, le lapin et le chien.

1° Expérience sur la grenouille.

Brinda procède soit par instillation sur le cœur découvert, soit par injection sous-cutanée à cœur découvert ou non.

En versant sur le cœur découvert de la grenouille une goutte d'extrait ascaridien, il obtient une excitation qui se prolonge pendant quelques minutes et porte le nombre des pulsations de 38 à 58. 7.

L'injection de quelques gouttes de la même solution par voie sous-cutanée, donne lieu, à ce niveau du cœur, soit à une excitation (si dose faible égale à 1 à 3 gouttes)

1° Larve d’Ascaris dans le sang de la Veine porte d'un cobaye tué 17 heures après l’injestion d'œufs,

2° Coupe de Foie de cobaye. — Larve dans une Veine interlobulaire. 3° Coupe de Foie de cobaye. — Larve dans le Parenchyme lobulaire. 4° Coupe de Foie de souris. — Larve dans une Veine intralobulaire. 5° Coupe de Poumon de souris. — Larve dans un petit vaisseau sanguin (Veine ? ), Ù Coupe de Poumon de cobaye. — Larve dans une alvéole. (Notez son développement considérable).

(Clichés empruntés à Ransom et Cram) Service photographique de l'Université de

Lyon.

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