‹ Des Actes Automatiques de Nature ComitialeChapitre 18 sur 56 · PARUS · texte numérisé non relu

PARUS

Ces déambulations, on le voit, supposent des adaptations complexes dont il est parfois possible de reconstituer l’hi3toire. Hammond raconte qu'un employé de commerce, atteint de grand et de petit mal comitial, sorti de son bureau pour faire signer quelque papier, se rend où il se doit, puis perd connaissance : à Brooklyn il achète un journal, revient à New-York, prend l’omnibus à Fulton-Ferry, le quitte au coin de la troisième rue et de la cinquième avenue et, là, reprend ses sens. — Le même auteur put observer un manufacturier qui fit une fugue amnésique de même nature, s'étant prolongée huit jours, et durant laquelle il fut au théâtre, à l'hôtel, fit des achats dans les magasins, prit le train mais fut obligé de descendre au bout de 100 kilomètres ayant été requis de produire son billet qu'il avait égaré.

Les automatismes de l’équilibration et de la marche, dans leurs formés simples, peuvent ne consisier qu’en des persévérations adéquates sans activité vraiment originale. Ils prennent parfois un caractère plus personnel. La déambulation peut apparaître plus ou moins déterminée et n'étre plus la prolongation machinale d’une action commentée. Le départ impulsif qui donne aux fugues leur vrai caractère correspond, dans l'absence, à quelque obscure préoccupation de l'esprit capté. « Il me semble que si j'allais toujours droit devant moi, si je franchissais la ligne qui confond le ciel et la terre, je trouverais au-delà une vie nouvelle : le mot de l'énigme ». {Dostoïewski). Il s’agit parfois d’une sorte d'évasion du quotidien que le malade réfrènerait à l'état de veille, d'une véritable poriomanie, de ce goût des voyages qui paraît être à la base de ce que Tissié intitulait le tourisme pathologique. Au cours de l’automatisme déambulatoire lui-même certaines attirances des plus étranges se manifestent. Nous avons élé frappé, à la lecture des observations publiées et à l'examen des nôtres, de la fréquence avec laquelle ces malades se retrouvent au bord des cours d'eau ou embarqués sur des navires. Peut-être y a-t-il là plus qu'un hasard ? ou bien les fleuves constituent-ils un obstacle naturel à la course vagabonde ? Toujours est-il qu'un malade de Weygandt se réveille tout à coup à bord d’un vaisseau qui entre dans le port de Stettin ; il ne garde aucun souvenir du chemin parcouru

Mn se

pour se rendre à la gare de Berlin, ni de son embarquement. Un épileptique, observé par Schültze, retrouve sa connaissance au bord d'une rivière, près de Graz. Un autre, dont Vobservation a été publiée par MM. ‘loulouse, Marchand et

Jargowla est recueilli par des mariniers à Blaye, dans une . barque sans avirons où il dormait, sur la Gironde. Nous

pourrions en citer nombre d’autres, de tous points sembla -

bles. Ce qui mérite plus d’être souligné, c’est la constance

qui fait que les mêmes malades se retrouvent dans le même état porté aux mêmes attirances et cet attrait mystérieux &>

l'eau joue peut-être un rôle de suggestion dans le suicide

inconscient de quelques épileptiques.

Si la fugue consiste essentiellement en un départ souvent impulsif, l’automatisme peut être néanmoins susceptible d'assez de cohérence pour ne pas abolir toute orientation dans l’espace. Il se voit que des malades, en état second, se dirigent inconsciemment vers l'endroit de leur travail, (obs. 12) ou le but qu'ils s'étaient proposé (obs. 10). D’autres rentrent chez eux. Or, comme l’a fait observer M. Hartenberg, à ce sujet, éviter des passants est bien moins délicat que de re-

. trouver sa maison. (Obs. 7, 14).

Automatisme préfessionnel

L'automatisme professionnel à sa part de quotidien dans ses formes simples ; mais d'un quotidien d’une complexité

. déjà très grande : il ne s’agit plus seulement d’une succession de gestes familiers, mais de la confection d’une œuvre

vers un but donné préalablement. Deux modalités principales de travail doivent se distinguer avec Donaggio, selon qu'il est mécanique et dissocié comme le travail industriel moderne, et, partant, le plus proprement automatique: ou, au contraite intégral et divers dans ses parties tel le travail artisanal, lequel propose à chaque instant des variations d'initiatives. Le premier pourrait ne consister que dans la simple persévération d’un geste, alors que le second réclame un changement constant dans ies adaptations. Il faut, par comparaison légitime, distinguer dans l’automatisme comitial, celui qui n’est que la continuation ou la reproduction

ja :

nr se

4 n ” L LE \ De ‘ da acte journalier de celui qui exige une vigilance continue. Parmi les premiers, nous cueillons les exemples suivants ri "4 É '

R..., 44 ans, (cité par Bourneville) est à l'asile occupé à ta h buanderie. Pendant sôn trayail surviennent des vertiges épi- & leptiques ; il pâlit, se lève, - prend un drap, le plie, répond SES aux questions, va vers le bassin ; prend du linge et une brosse PAUL et, tout automatiquement, se met à frotter durant vingt mi nutes. — Revenu à lui : « Mon Dieu ! que c’est bête d'avoir cette maladie ; où suis-je ? » |

LA faut FHNITENN

r cé

Dans le même état, un malade de Dobrotworsky fait son service habituel d'infirmier : il a l'air de jouir de la plénitude de ses facultés, malgré l'absence ae sa lucidité.

Notre malade M... (obs. 7) lave son linge et celui de ses ; voisines : notre malade R... (obs. 10) se livre à des travaux de couture et son travail est suffisamment bien exécuté pour , n'être pas à refaire. Une autre fois, elle repasse son linge. sans le roussir. — De même notre malade L... (obs. 12). î

Page 1