‹ Des Actes Automatiques de Nature ComitialeChapitre 21 sur 56 · SEA LIEU · texte numérisé non relu

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de joie, d’extase, de tristesse sont des manifestations de la conscience. Elles peuvent traduire en d’autres cas un trouble mental mais supposent toujours la connaissance de soi. Or, la pensée automatique, même agissante, peut garder la connaissance partielle du dehors mais elle n’aura jamais pleinement la connaissance d'elle-même. La mimique de lépileptique absent empruntera donc un aspect spasmodique élémentaire mais ne sera jamais expressive. Des accès de rires ou de pleurs ont été signalés, surtout en auras, par Trousseau, Billod, Féré et Frigerio. Voisin a remarqué chez un malade, outre un besoin irrésistible de marcher, des alternatives de mutisme et de rire. D’entre les nôtres, l’un a pré-

senté des accès de rire convulsif ; l’autre, une expression.

d’extase. Des tics sont fréquents ; on peut remarquer encore des sourires stéréotypés qui en imposeraient ‘pour la discordance de déments précoces. Le plus souvent, le visage n'’ex-

prime rien ; la bouche est légèrement crispée ; les traits

tirés donnent à la physionomie un air étrange ; le regard est quelquefois farouche. L'inexpressivité prime habituellement et trahit un trouble méconnu sans elle. Mais ce signe lui-même peut manquer et une expression adéquate accompagner la coordination des actes.

La fuite des idées peut se traduire quelquefois par une hypermimie à vide, comme chez le maniaque ordinaire.

Langage automatique

Deux modalités sont à envisager différemment dans le langage automatique comme dans le langage normal : le langage spontané ; le langage provoqué, L'épiieptique est as'ez souvent silencieux : il agit mais ne parle ; il est tout moteur, En outre de son mutisme, il est parfois anarthrique et la constatation d'une dysphasie jointe à l’automatisme est Ta marque de localisations différentes dans la sidération fonetionnelle des centres moteurs (voir le cas Stevens et Hughes et notre obs, 6).

Nous retrouvons dans les troubles du langage des épileptiques tous les degrés de coordination, du plus simple au

$ Le ) plus complexe, que nous avions déjà constatés ir de l’activité motrice.

Dans un premier stade, nous remarquons des impulsions verbales brèves, du type de l’onomatomanie de 1Gharcot- Magnan. L'accès comitial, lui-même, peut se borner au cri initial classique. Avec notre maître, M. Marchand, nous ob- servons une épileptique qui, n'ayant plus d'accès convulsif depuis le traitement par le gardénal, pousse brusquement plusieurs fois par jour un cri rauque et bref. Au lieu d’un

, des mots parfois se feront entendre ; ug malade d2 Cheadl répétait une douzaine de fois « man of war » ; un autre de Billod « à la garde » ou « de l’eau ! de l’eau ! » ;

un homme observé par Charcot répétait sans cesse, 13, 14 15,

puis se mettait à marcher. En une minute tout était fini. Une femme du monde, connue de Trousseau, lâchait n'importe où une bordée d’injures. Notre malade Ch. (obs. 13) se gratte Ja tête en répétant sans fin « atone, atone, etc. »

Des paroles à peine articulées sont quelquefois débiiies rapidement : le sujet marmotte ou chantonne quelques mots Incompréhensihles, Ce type a été décrit sous les noms de délire phonétique (Blandes), d'éclampsia loqua', d'épilepsie marmottante, de mussering épilepsy (Cheadle).

.Nombre d’épileptiques profèrent des phrases bizarres ct précipitées qui traduisent l'accélération de leur pensée et s’accompagnent parfois d’intonations presque chantées. Cénae, dans sa thèse, cite un cas de semblable « glossolalie » que nous en extrayons et qui lui avait été fourni par M. le D: de Clérambault : Nous avons vu deux fois un même épileptique en état second se livrer à ce que l’on pourrait ap- peler des exercices de virtuosité syllabique, plus spécialement sous forme de volubilité. Il émettait avec une rapidité extrême une sorte de phrase non chantée mais offrant le dessin d’une phrase musicale. Un motif assez long, formé de voyelles et de consonnes combinées d’une façon cocasse, était renouveté avec des modifications qui rendaient soit complémentaires, soit symétriques toutes les portions de la phrase en cours, dont on prévoyait la longueur et dont on sentait venir la fin ; une apparence d'acrobatie résultait de la cétérité, de l'aisance et de l'égalité du débit, et de la lutte contre l'essouffle-

ment Ge HU ds Joires et des syllabes Rnblatt li même un effet d'ingéniosité, ”

D'autre part la diction paraissait quelquefois, en vertu d2 à te:

s . Quelques légères intonations intellectuelles, simuler l'éntises

S: ration. Enfin, assez souvent des intonations affectives res-

É treintes (de celles qui correspondent aux émotions intellec-

4 tuelles) nuançaient très légèrement la phrase ; le sujet

L semblait alors discourir dans une langue inconnue, exposer, ra

b narrer, démontrer, et le faire, par rite ou à plaisir, sur um

4 rythme préétabli. TE

É Une intention comique, (et. de certains passages, semblait fe |

É contenue à la fois dans le jeu des syllabes et dans RS: 02

ÿ nuances d'intonation surajoutées ; en particulier lé jeu des

2 syllables nous à souvent paru empreint de ce caractère sau-

4 grenu qui est fréquent dans l'inspiration comitiale non drd- "1

7 matique. Les nuances d’intonation étaient souvent plus fines

4 que nous ne l’aurions attendu d’un comitial. La phrase gé-

p nérale étant stéréotypée, les nuances étaient stéréotypées également ; cependant, certains retours étaiént accompagnés

de variations légères des nuances dont le sujet semblait

| conscient ; ces variations apparaissaient principalement dans

F ces formules mi-finales qu’en musique on nomme « des ren-

trées ».

Le motif polysyllabique nous à paru avoir été improvisè durant l'accès ; il n'y a aucune apparence de ce que le sujet en temps normal se soit livré à des exercices de volubilité, du moins exactement semblables. Deux données secondaires tendent encore à le faire croire ; ce sont : 1° l'unité du type durant toute la durée d'un même accès ; 2° la nouveaut® totale du type lors du second accès, Cette nouveauté portait sur tous les éléments : silhouette générale du motif, choix | des consonnes, choix des voyelles, expression apparente du

détail et de l’ensemble,

Ces crises d'odre glossolatique sont survenues au cours d'accès du type suivant : mutisme total où mutacisme, immobilité, morosité, tendances hostiles, immuabilité du fa- -ciès : alternance des périodes de volubilité sus-décrites avec “es périodes de chant ; chant stéréotypé dans les mêmes

proportions, et où encore figuraient des jeux syllabiques sté-

réotypés continus, toute parole en étant exclue ; accès observé par nous deux jours avant décroissance graduelle, dysmnésie,. céphalée, Amnésie consécutive non vérifiée jusqu'à maintenant pour les accès de ce type spécial ; autres accès comitiau*x banaux avec amnésie avérée, Plusieurs internements. Sujets alcoolique, intelligent, déclasssé ».

Parfois, une organisation du langage apparaît ; une Coordination s'établit. Entre deux attaques convulsives, un paysan prononce « une véritable oraison funèbre, dans laquelle it mêle des tirades latines’à des phrases. incohérentes et à des. invocations incompréhensibles « (Weygandt). — Dans un automatisme plus coordonné, la fuite des idées se ralentit et l'impulsivité s’estompe, Mais certaines inadaptations soulignent encore la perturbation morbide. Des polyglottes parlent une langue différente de celle qui serait de circonstance. Ainsi, des épileptiques observés par Herpin s'adressent, lors. d'une absence, en quelque dialecte étranger à des personnes incapables de les comprendre. Un de nos malades, d’originopolonaise, parle dans cet état sa langue maternelle (obs. 15). Plus qu'aucune autre chose, cette transposition marque la rupture qui s’est produite dans l'intelligence, le retour en arrière vers une idéation antérieure.

La cohésion du langage peut se montrer si apparemment parfaite qu'elle en impose à un auditoire. David Finlay conte: qu'un épileptique, en une absence, sermonna au temple ses corréligionnaires et que, le lendemain, requis par un ami de lui fournir quelques éclaircissements, il soutint n'avoir pas parlé. De la sorte, un délire faussement systématisé peut apparaître et, ainsi que le faisait remarquer Magnan, provoquer une erreur de diagnostic. |

Ce n’est pas le fait en soi qu’un épileptique parle qui doit surprendre, Il est évident que la parole est le plus souvent

loin de traduire une réflexion. Même à l'état normal, rie :

n'est plus automatique que le langage. Les expressions toutes. faites, les lieux communs, sont la nourriture de nos conversa-tions de chaque jour. Il suffit d'ouïr la moyenne de celles-cË pour en apprécier tout le néant. Nos formules de politesse ox

d'accueil ne sont que des stéréotypies automatiques. L'emploi:

de certains proverbes de même dispense de penser. Le lan

gage, cette forme parfois supérieure de l'effort mental permet d'élargir la marge de la spontanéité pour les gens sans contrôle d'eux-mêmes. Sa trop facile rapidité d’extériorisation ne laisse point toujours le temps de la délibération. La tendance oratoire ne traduit point toujours l’éloquence.

Plus que le langage spontané, le langage provoqué lorsqu'il n'est pas simplement réflexe démontre que l’automatisme est capable d'organisation. On obtient ainsi toute une série de paroles automatiques de plus en plus pertinentes, D'énoncés grotesques l’on parvient aux réponses correctes : Devant nous, un patient, dit Herpin, s’inclinant devant son frère, lui dit x: « Passez madame ». Un autre, par un temps détestable disait aussi en notre présence et d’un air de satisfaction : « Ah ! quel beau temps ! » Notre malade R.. (obs. 10) donne ie bonjour. — Les actes complexes sont souvent accompagnés dé ‘réponses aux questions posées. Même Joffroy était de cet -avis. Les accès d’une cuisinière, internée dans son service, -s’accompagnaient de pâleur et mouvements « volontaires » “du bras droit. A la question : « Que faites-vous ? », elle répondit une fois : « Je plume mon poulet » ; une autre fois : ««J'écaille mon poisson ». — Il faut constater que äans l’automatisme prolongé, les malades ne sont point privés de parvules ; ils expriment même des intentions en rapport avec leurs actions. Notre malade D... (obs. 6) annoncé calmement à sx “lle en se dirigeant vers la Seine, qu'elle va mettre fin à leurs ‘jours. Cet autre (obs, 14) entre dans des débits de taba”, <dépense de l’argent, tient à des personnes connues de lui des conversations sensées qui lui sont rapportées par la suite.

Ecrilure automatique

L'écriture représente à l’état normal une synthèse aufomatique dont, par la force de l'habitude et de l'exercice, les éléments constitutifs sont devenus inconscients. D'acquisition plus pénible que la parole, elle suppose pour la moyenne des individus une préméditation plus grande, Cette nécessité d’une délibération, le besoin de s'exprimer pour soi seul où pour des êtres éloignés crée un ensemble de circonstances qui n’en favorise pas la fréquence chez l’automate coinitial, 11 faut

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