OBSERVATION VII
Epilepsie tardive. Automatisme coordonné post paroxys- - tique. Automatisme avec actes quotidiens et professionnels. k Tentative de suicide inconsciente. Pensées incoercibles. 3 è | Mil..., Emma, 47 ans, veuve, femme de ménage, vient consulter le 17 janvier 1927 au dispensaire de Prophylaxie : mentale pour crises épileptiques dont la première est survenue au début de la guerre alors qu'elle avait 34 ans.
Père alcoolique mort de gangrène du bras ; mère bien portante, 79 ans. De six sœurs et frères, une sœur est décédée à 18 ans de tumeur cérébrale ; un frère de 38 ans présente des crises comitiales et a été interné un an à l'asile de Quatremares. Le mari de la malade est mort à 45 ans de tétanos. Pas d'enfants vivants : un petit garçon est mort à 3 mois de diarrhée verte. |
Enfance normale. Naissance à terme. Pas de retard de la . marche et de la parole ; pas de convulsions infantiles, ni de peurs nocturnes, ni d'énurèse tardive. Ultérieurement pas de somnambulisme. Pas de maladies infectieuses de l'enfance.
À appris assez difficilement à l'école et n'a pas eu son certificat parce que placée dès onze ans comme domestique. Réglée à seize ans et depuis lors de façon régulière. Pas
de fausse couche.
La première crise comitiale est survenue au début de la guerre sans cause apparente. Au sortir de son travail, elle est tombée brusquement rue Montorgueil à 11 heures et de-
mie du matin. Elle perdit connaissance, présenta quelques mouvements convulsifs. Des passants la firent asseoir sur un banc mais malgré leurs objurgations, elle s’obstina à con-
tinuer sa route. Sur son chemin, sans avoir repris conscience, elle est rentrée dans la boutique d’une épicier, in-
- connu d'elle. Là, parmi l’ahurissement général, elle s’entêie
à servir des clients pendant un quart d'heure. Elle pèse correctement et met en sac des légumes secs, en indique le prix à la caisse, puis rentre chez elle où seulement elle revient à elle. Ces faits lui furent rapportés par des voisins, témoins de la scène. Elle retourna le lendemain sur les lieux pour s’excuser de son aberration. Les crises convulsives par la suite furent assez espacées et rares mais caractéristiques : toujours diurnes, elles surviennent à n’importe quelle heure. La malade ne pousse pas de cri, elle ne les sent point venir. Elle tombe quelquefois très violemment : c’est ainsi qu’il lui est arrivé une fois de se brûler gravement (elle en porte les cicatrices aux poignets) une autre fois de se luxer l'épaule et de se fracturer l’acromion, ce pourquoi elle fut traitée à la Charité.
Elle ne se mord habituellement pas la langue et n'’urine pas sous elle. Les convulsions sont faibles mais généralisées. La phase stertoreuse avec salivation survient ensuite. Au réveil, M... éprouve une extrême lassitude et ne garde aucun souvenir de son attaque qui dure au plus dix minutes. En sus des crises, elle présente d'assez rares vertiges et plus fréquemment des éblouissements. Elle se plaint en outre de migraines caractéristiques, est sujette à des absences brus-
‘ques, accuse depuis quelque temps une perte considérable de
la mémoire. Elle a remarqué elle-même que Son caractère est devenu plus emporté qu'autrefois.
Les actes automatiques de la malade sont accomplis en.
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exécuter les actes de son travail : après une crise, un jour, ne au lavoir elle abandonne son linge et s’obstine à laver QE cs d’une compagne. Un dimanche, elle descend au 2° étage de sa maison, prend place à la table de voisins ahuris, puis ï 4 frotte les meubles de leur bureau, tout machinalement, avec a < le premier chiffon trouvé. Il y a quelques mois, elle quitte à a brusquement ses PEMONE à onze heures et demie du matinet revient à elle, chez elle, à midi vingt (sa demeure était à un, 2. quart d'heure de marche). Elle avait traversé des rues sans M? accident, retrouvé son domicile, fait son propre ménage et. | même « fait ses oiseaux », c'est-à-dire nettoyé leur cage etre Eee changé leur eau, sans les laisser s'envoler. Le lendemain, ses. Ca patrons lui ont dit qu’elle s’en était allée tranquillement sans donner l'impression d’une personne malade. Il lui Re d’ailleurs de trouver ainsi assez souvent son ménage déjà dy fait, et bien fait sans qu'elle puisse savoir comment. à
Emma, fort préoccupée de son état, est triste. Elle nous affirme pourtant tenir à l'existence et appelle sa guérison de tous ses vœux. Jamais l'idée d'en finir par un suicide ne lui Ÿ: serait venue : cependant en état automatique, ces tendances apparaissent : une fois, au lavoir, lors d’une absence prolongée, elle a commencé d'exécuter une tentative de noyade que des voisines ont empêché avec peine. Revenue sitôt à elle, elle n’en avait nulle souvenance. | 11480
Nous noterons enfin que, chez Emma aussi, surgissent 4 souvent à l’état de veille des idées incoercibles et inssaisissables qui se déroulent avec rapidité sans qu'elle puisse les contrôler.
La malade est sobre ; l'examen somatique ne révèle rien de spécial ; la tête est assez petite, le front étroit ; on ne peut soupçonner aucune spécificité : pas d’anisocrie ; réflexes * photomoteurs et tendineux normaux ; les réactions de Was sermann et de Meinicke sont négatives dans le sang.