‹ Des adhérences dans l'extirpation des tumeurs abdominales: Résection et entérorrhaphie dans les adhérences intestinalesChapitre 9 sur 10 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

(Due à l’obligeance de M. le Professeur Poncet,)

Fibrome de l'utérus à marche rapide, résection d'une ansë' de l'intestin gréle de 0,15 de longueur, adhérente à la tumeur. — Hystérectomie abdominale.

Il s’agit d’une femme de trente-six ans chez laquelle un fibrome utérin dépassant l’ombilic de quatre travers de doigt provoquait des métrorragies et quelques accidents de compression. La tumeur s'était surtout accrue depuis dix mois. M, Poncet pratiqua la laparatomie pour enlever la tumeur par la voie abdominale. Au moment de luxer la tumeur en avant, il constata l'existence de quelques adhérences épiploïques qui furent sans incident sectionnées entre deux ligatures. Il existait en outre sur une longueur de 15 à 20 centimètres une bride de 2 à 3 centimétres de hauteur d’une vascularité extrême, fixant une anse de l'intestin grêle au sommet de la tumeur. Cette bride était sillonnée par d'énormes vaisseaux sinueux, formant par leur dilatation cirsoïde un bouquet vasculaire ininterrompu, M. Poncet. essaya inutilement de déchirer méthodiquement ces adhérences qui s’étendaient sur l’anse intestinale à la manière d’un éventail, et qui formaient un large ruban unissant sans aucune mobilité l'intestin à la tumeur. On ne pouvait songer à placer sur cette bride étalée des pinces hémostatiques sans éteindre l’anse intestinale. Des tentatives de rupture des adhérences provoquèrent immédiatement une hémorragie abondante, alors que le doigt c6toyait la surface d'adhésion à la tumeur. Ces manœuvres d’autre part, quoiqu’exécutées avec la plus grande douceur, risquaient de provoquer des déchirures de l'intestin. C’est alors que M: Poncet pratiqua, séance tenante, la résection de l’anse adhérente et la suture de ses deux bouts. L’hystérectomie fut faite suivant les règles habituelles et le moignon utérin fut lié, puis suturé et réin-

tee

tégré dans la cavité abdominale. La malade succomba dans la nuit qui suivit l’opération et à l’autopsie on trouva une hémorragie interne due au glissement d’une ligature appliquée sur le ligament large du côté droit.

M. Poncet, assisté dans cette opération par M. Auguste Pollosson n’a eu qu’une fois l’occasion de pratiquer la résection de l’intestin avec entérorraphie pour adhérence de ce dernier dans le cas de fibrome. Plusieurs fois il s’est trouvé en présence de quelques adhérences épiploïques, du reste peu étendues, qu’il a sectionnées entre deux ligatures, alors que cette manœuvre est rendue facile par la disposition même de l’épiploon que l’on peut en quelque sorte, à volonté, pédiculiser.

Cette résection, d’une étendue plus ou moins grande de l'intestin, peut être, comme dans le cas de M. Poncet, nécessitée par des adhérences très étendues d’une grande vascularité, et lorsque, bien entendu, tous les autres moyens, jusqu'ici conseillés, paraissent après quelques tentatives, devoir échouer. La déchirure de l’intestin, l'impossibilité d'assurer l’hémostase, sont autant d’indications de grande valeur ; mais, d’après M. Poncet, on ne devra recourir à cette résection que lorsqu'il sera bien démontré que l’on ne peut, sans danger immédiat, sculpter dans la tumeur la partie adhérente qui reste alors fixée à l'intestin, pour être ensuite, l'hémostase réalisée, aban donnée dans la cavité peritonéale. |

C’est certainement cette dernière manœuvre qui est la manœuvre de choix dans nombre de circonstances, et à laquelle on doit toujours songer en premier lieu. Il faut, en effet, srandement tenir compte de cette observation,

maintes fois contrôlée par M. Poncet, c’est que ces énormes fibromes sont surtout vasculaires par leur périphérie et qu’une fois la coque franchie on peut sans crainte d’hémorragie les entailler profondément.

OBSERVATION (Due à l’obligeance de M. Auguste Pollosson. Mars 1893.)

Fibrome kystique volumineux de l'utérus. Adhérence intime d'une anse intestinale. Résection et entérorraphie. Guérison.

Madame X., âgée de cinquante-cinq ans a eu trois enfants et a été réglée assez régulièrement jusqu’à présent. Son ventre s’est mis à grossir depuis six ans. Elle est gênée surtout par le volume de la tumeur qui détermine des phénomènes de compression, des troubles intestinaux et des troubles urinaires. Depuis quelques mois, l’état général va en déclinant. Il y a deux ans un médecin fit une ponction et retira 16 litres de liquide. À son entrée à l'hôpital, la malade présente un ventre dont les proportions sont considérables, fluctuant par place, et donnant en d’autres points” la sensation de masses solides, La consistance de la tumeur, et la connaissance de la ponction pratiquée il y a deux ans, faisaient songer à un kyste de l'ovaire avec masses solides. M. Auguste Pollosson fit une laparotomie médiane remontant très haut, audessus de l’ombilic. Il tomba sur une tumeur solide sur la ligne médiane. Sur celle-ci était implanté à droite un kyste contenant 3 à A litres ; et une poche énorme s’étendait dans le flanc gauche contenant au moins 10 litres de liquide; on n’a pu éva luer exactemert sa contenance, parce qu’elle se rompit au cours de l'opération. Restait une tumeur fibromateuse, volumineuse, : qui fut attirée hors de la plaie abdominale. Elle présentait sur sa | face antérieure quelques adhérences épiploïques qui furent section-

AT

nées après ligature au fil de soie. Sur la partie antéro-supérieure, on voyait une masse intestinale transversalement dirigée, et adhérente au fibrome sur une longueur d'environ 30 centimètres. Cette anse fut libérée avec beaucoup de peine, et présentait après sa libération une surface cruentée, saignotante, occupant à peu près la moitié de la surface intestinale dans toute sa longueur. Sur toute cette surface cruentée, les parois intestinales étaient amincies par arrachement de la couche péritonéale et d’une partie de la couche musculaire. En un point même, une petite perforation s’était produite. Bien qu’il eût été possible d’oblitérer aisément cette petite perforation, M.A. Pollosson pensa que cette anse constituait, pour l’opérée un immense danger, en raison des difficultés de l’hémostase et de l’amincissement des parois intestinales. Aussi l’anse fut-elle immédiatement réséquée au delà de la zone adhérente, et une suture intestinale, avec vingt-quatre points de fil de soie placés suivant la méthode de Lembert, et sur un seul plan, fut pratiquée.

Il va sans dire qu’une ligature en chaîne fut placée sur la portion de mésentère correspondant à l’intestin réséqué. On put alors enlever le fibrome qui était implanté par un pédicule large de 5 à 6 centimètres sur le fond de l'utérus immédiatement au-dessus de l'insertion des trompes. Ce pédicule fut sectionné, puis fixé à la plaie. La suture intestinale fut abandonnée librement dans l'abdomen, la plaie de la laparotomie fut réunie par une suture à trois plans. L'ensemble de l’opération a duré une heure et quart. Les suites opératoires ont été des plus simples. Au bout de deux jours, la malade allait spontanément à la selle malgré qu’elle prit chaque jour 10 centigrammes d'extrait thébaïque. Il n’y eut pas de complications fébriles ni infectieuses et, au bout d’un mois et demi, la malade quitte l'hôpital, parfaitement guérie.

Page 1