INTRODUCTION
Dans les travaux les plus récents et les plus recommandables, les affections cérébrales consécutives à des lésions non traumatir|ues du rocher et de l’appareil auditif, sont distinguées en complications iiidammatoires et complications dites réflexes, sympathiques ou encore fonctionnelles. Le premier groupe comprend des méningites et des rnéningo-encéphalites, des abcès du cerveau, des thromboses et des phlébites des sinus veineux de la dure-mère. Dans le second, on place tous les vertiges auraux, depuis le vertige simple jusqu’au syndrome et à la maladie de Ménière, les attaques convulsives et épileptiformes, enfin les troubles psychiques. Et ces deux ordres de complications sont décrits isolément et sans qu’aucun trait d’union les rapproche. On ne voit même pas comment, de prime abord, il serait possible de réunir ces deux choses d’ailleurs si différentes : le grand appareil de la méningite et ce vertige aurai qui n'a d’autre conséquence grave que la perte de l’audition.
Passons à la clinique : là on étudie séparément chacune des complications que je viens de citer; encore cette étude est-elle très courte, puisqu’on renvoie soit aux descriptions des Traités de pathologie interne, soit à celles des rnéningo-encéphalites traumatiques. Ce sur quoi tout le monde s'accorde, c’est sur la difficulté du diagnostic des abcès cérébraux et sur l’insidiosité de leur marche.
C’est avec ces données que j'ai d’abord fait mon plan et commencé mes recherches. Mais la lecture des premières observations, entre autres de celle de M. le professeur Lasègue, a découvert un champ tout différent, qui s’est élargi encore quand M. le professeur Fournier m eut mis au courant de ses recherches sur les accidents cérébraux consécutifs aux ostéites naso-crâniennes, accidents qui offrent tant d’analogie avec ceux qui font l’objet de cette thèse. Aussi ai-je cru devoir reprendre la question dans son ensemble et ne pas me borner à
Robin. .
la réédition des articles classiques. Pour ce faire, après avoir cherché dans l’anatomie et la phj'-siologie une solide base d’opération, j’ai réuni deux cents obsci’vations anciennes et récentes, qui ont été classées par tableaux, au triple point de vue de l'étiologie, de l’anatomie pathologique et de la clinique. De l’étude et de la comparaison de ces observations résultent les propositions suivantes ;
1° Au -point de vue anatomo-pathologique :
A) Les lésions d’ordre inflammatoire énumérées plus haut sont le plus souvent associées entre elles dans des proportions variables, dont le lien n’est pas toujours facile à saisir.
B) Cette association des lésions est la caractéristique anatomopathologique des affections qui nous occupent.
2“ Au point de vue de la ph-ysiologie pathologique :
A) Aucune théorie unique ne peut rendre compte du mécanisme à l’aide duquel les lésions du rocher et de l’appareil auditif engendrent des affections cérébrales.
B] Les accidents dits sympathiques ou fonctionnels ne sont pas l’apanage de telle ou telle affection auditive, mais ils exigent pour leur production un certain nombre de conditions qui peuvent se rencontrer aussi bien dans les affections intéressant uniquement l’oreille que dans celles qui sont capables de gagner l’encéphale.
3° Au point de vue clinique :
A) Les lésions cérébrales d’origine auriculaire ou pétreuse ne peuvent être scindées et décrites isolément ; tout au plus peut-on, dans la multiplicité des apparences sous lesquelles elles se manifestent, choisir des types symptomatiques, dont quelques-uns paraissent répondre plus particulièrement à une lésion ou à un groupe des lésions anatomiques.
B) La clinique n’a pas de séparation absolue à établir entre les phénomènes cérébraux d’ordre inflammatoire et ceux que l’on qualifie de fonctionnels . Si les premiers correspondent aux graves états morbides qui précipitent et terminent la maladie , les autres doivent être considérés le plus souvent, comme les premiers indices du retentissement des lésions auditives ou pétreuses sur l’encéphale.
C) La valeur diagnostique et pronostique des vertiges auraux, trou-
blés psychiques, etc., devient donc considérable, quand ces accidents surviennent dans le cours d’une lésion auditive à caractère extensif. Ils prennent alors l’importance accidents prémonitoires ou d’avertisment.
A cette époque ils présentent dans leur marche, leurs modes d’association, dans les circonstances qui les précèdent, les accompagnent ou les suivent, un ensemble de particularités qui permettent quelquefois de les distinguer des troubles purement réflexes liés aux affections indifférentes ou légères de l’oreille.
D) Tantôt ils sont essentiellement d’ordre réflexe, tantôt ils dénotent les premières tentatives de retentissement matériel des lésions auriculaires sur l’encéphale.
E) L’époque à laquelle ils apparaissent précède parfois de très longtemps l’invasion des graves complications cérébrales qui amènent la mort : ces apparitions sont fugaces, paroxystiques, à répétitions, avec des allures symptomatiques se présentant, soit avec le même type, soit avec des successions de types différents.
F) Lorsque ces troubles éveillent l’attention sur un état morbide qu’on aurait pu juger indifférent, c’est à une époque où les lésions vraies sont à la période de préparation, c’est-à-dire où la thérapeutique a encore prise sur elles.
4° Au point de vue éLiologique. La question du terrain ostia plus importante parmi celles qui rendent la lésion de l’appareil auditif ca pable de retentissement encéphalique.
Telles sont les principales propositions qui m’ont paru résulter de 1 étude comparée des observations. A coté et au-de.ssous de ces propositions fondamentales, prennent place un certain nombre de particularités incidentes qui seront exposées au cours de ce travail auquel j’ai cru devoir donner la forme didactique, afin de pouvoir mieux embrasser les faits dans leur généralité.
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