DES
LÉSIONS NON TRAUMATIQUES
DU EOCHER Bï DE L'APPAREIL AUDITIF
CHAinTRE PREMIER
DES RAPPORTS ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES DU ROCHER ET DES CAVITÉS DE l’oREILLE AVEC LE CERVEAU.
I. Sommaire des rapports embryologiques. — IL Rapports du squelette, osseux ou crâne auditif. — III. La caisse du tympan et la cavité crânienne; zones dangereuses et rapports circulatoires. — IV. Rapports nerveux. — Nerf auditif et ses centres. — V. Physiologie expérimentale: Le vertige: Flourens, Cyon, Brown-Séquard, Vulpian. — Des bourdonnements. — Sens de l’équilibre. —VI. Questijns à résoudre.
L appareil auditif fondamental, co.i i épar le vestibule et la coehlée, est contenu tout entier dans la pyramide, portion de l’os temporal qui concourt à former la base du crâne. L’écaille du temporal appartient à la voûte crânienne; l’apophyse mastoide relie secondairement les pétreux, qui renferme l’appareil de l’oiiie, à la portion
tympanale du temporal. Du concours de cette apophyse avec l’écaille temporale, l’os tympanique et la face externe du rocher, résulte la caisse du tympan, traversée elle-même par la chaîne des osselets de l’ouïe. La caisse n’appartient pas, on le sait, au squelette du crâne, mais bien à celui de la face ; elle n’est au début qu’un diverticule des fentes branchiales de l’embryon. Elle affecte cependant avec le système encéphalique des rapports étroits, et qui, pour n’être qu’indirects, n’en ont pas moins une importance très grande en pathologie.
L’appareil auditif, contenu dans l’épaisseur du rocher, n’est tout d’abord représenté que par une fossette de l’ectoderme primitif. Cette fossette s’invagine de plus en plus profondément, se clôt et se transforme en une vésicule qui s’approche du cerveau postérieur et lui devient adjacente sans jamais l’atteindre. En subissant des bourgeonnements et des réduplications multiples, la vésicule auditive donne naissance au vestibule, aux canaux demi-circulaires, au limaçon, représentés d’abord par de simples formations épithéliales, et enfin à l’aqueduc du vestibule. A ce moment, l’oreille interne embryonnaire n’est séparée de l’encéphale que par les méninges. Le canal ou aqueduc du vestibule sera plus tard la seule partie de l’oreille interne qui conservera cette connexion, et qui atteindra la dure-mère pour se perdre dans son épaisseur.
Ce n’est que secondairement que l’encéphale sera mis en rapport avec l’épithélium sensoriel. Pour cet objet, le nerf acoustique, représentant (Stieda) la racine postérieure d’une paire crânienne dont le facial serait le rameau antérieur, et portant comme tel un ganglion qui deviendra le ganglion auditif, végète de l’arrière-cerveau vers l’oreille intenie, la pénètre, et vient se mettre en rapport, par sa terminaison, avec l’épithélium sensoriel du vestibule ou de la cochlée. On voit donc, de prime abord, qu’à l’inverse de l’appareil rétinien,. Vap'pareü auditif est un organe absolument jie’riphérique, uni à l’encéphale par un nerf proprement dit et non point par un connectif.il ne peut donc avoir que des relations a distance avec le ceiveau, dont il n’a jamais fait partie intégrante.
C’est autour de l’oreille interne embryonnaire que se montre le premier rudiment du squelette acoustique, qui devient 1 origine j; ■ pétreux tout entier. Pour protéger l’appareil de l’audition, ce sque- I lette se développe à très peu près sur le type vertébral (Kolliker), et > paraît prendre son origine dans une masse qui ne saurait etre distin- ^ guée d’une protovertèbre. Bientôt, aux dépens de cette masse, on voit ; s’édifier une capsule qui entoure l’oreille interne épithéliale et se moule sur elle. Cette capsule se dédouble ensuite en deux concentriques \ entre lesquelles paraît une masse de tissu muqueux qui peu à peu se ijf résorbe, et se résout à l’espace de la perilymphe, tandis que la cap ';k suie intérieure devient le derme muqueux de l’oreille interne, et que \\ l’extérieure est l’origine de la paroi osseuse du vestibule et du laby- ^ rintbe. On voit ainsi que l’espace de la périlymphe n’est qu une sereuse adventice creusée au sein du tissio conjonctif. D autres consi 'f dérations d’anatomie générale pourraient montrer que cette séreuse se développe exactement à la façon de la séreuse arachnoïdienne. L’épithélium sensoriel auditif a donc avec 1 encéphale ceci de com- I mun, qu’il est enveloppé d’une séreuse analogue à celle qui entoure
Ile cerveau et les centres nerveux.
Nous venons de décrire ce que l’on pourrait appeler le crâne auditif. Mais très rapidement ce squelette primitif est comme englobé dans une autre production osseuse dont l’édification est commandée par la dis- I position de la dure-mère crânienne. Au-dessus de l’oreille interne os- ' seuse et en avant, la dure-mère de la fosse latérale moyenne dessine I la face antéro-supérieure du rocher. En arrière, la dure-mère delà r fosse occipitale se comporte de la même façon. Tout l’espace entre
^ l’oreille interne et ces deux membranes est peu à peu comblé par du
tissu osseux compact, auquel la méninge sert de périoste, et la forme j pyramidale du rocher se trouve de la sorte déterminée (1).
L’os pétreux ainsi constitué supporte le lobe sphénoïdal du cerveau
(1) Un phénomène tout à fait analogue s’effectue entre l’oreille interne et la muqueuse de la caisse du tvmpan.
et limite en avant et sur les côtés les lobes latéraux du cervelet. 11 en est séparé seulement par les méninges. Cette condition d'ac/jacmce doit être soigneusement retenue. Car nous verrons bientôt que l’oreille moyenne, si sujette aux lésions de divers ordres, pousse jusqu’au voisinage de la dure-mère ses diverticules nombreux. De même, du côté de la base du crâne, le rocher affecte des rapports importants avec la circulation sanguine intra-cérébrale. A la pointe de la pyramide se trouve le canal carotidien, entouré du sinus veineux carotidien décrit par Rektowski et sur lequel nous reviendrons. A sa base et en arrière est le trou déchiré postérieur et le golfe de la veine jugulaire qui limitent le bord postérieur du rocher. Le bord supérieur de ce même os est parcouru dans toute sa longueur par le sinus pétreux supérieur; mais, sauf le cas de nécrose ou de carie généi’alisée, ce n’est pas là un point très accessible à la propagation des lésions de l’os pétreux au système veineux intra-crânien ; l’os est en effet d’une compacité extrême, séparé des régions dangereuses de l’oreille par la masse pétreuse tout entière. Les sinus pétreux inférieurs occupent la ligne de suture pétro-occipitale. Enfin les sinus latéraux embrassentde chaque côté l’extrémité postérieure de la pyramide, et sont en rapport immédiat avec la naissance de l’apophyse mastoïde, rapport de toute importance en vertu d’une disposition que nous allons bientôt étudier. Si l’on ajoute que la pointe du rocher est le lieu du confluent anté- rieur (ou pétro-sphénoïdal) des cinq sinus, caverneux, coronaire, occipital transverse pétreux supérieur et inférieur, on reconnaît que la pyramide est entourée d’un véritable lac veineux intra-crânien, et que s’il existe un point faible dans ses parois, ou s’il se produit une propagation de lésions destructives au travers d’elles, le système veineux cérébral doit être envahi presque nécessairement.
Il convient de faire remarquer aussi que les deux faces supérieures du rocher ont "pour périoste une méninge. On sait d’autre part que la face externe ou tympanique de cet os a pour périoste %me mu.qu.euse, siège fréquent d’inflammations diverses. Nous allons voir que, sur quelques points, la lame osseuse qui sépare ces deux périostes singuliers est réduite au minimum ou même est absente. Du reste, on sait qu’un os est traversé, quelle que soit sa compacité, par des émanations connectives de la membrane périostique qui l’entoure \^Ranviei’). On
conçoit donc que la propagation des inflammations de la muqueuse tympanique aux méninges encéphaliques soit possible et fréquemment observée, même au travers de la masse osseuse la plus compacte du corps entier. Cette considération nous amène à nous occuper des rapports de la caisse du tympan avec la cavité crânienne.
La caisse tympanique a pour voûte et pour plancher deux prolongements du rocher. Sa 'paroi interne est formée par la face autéioexterne de la pyramide qui porte les deux fenêtres. Lu côté du conduit auditif externe, l’oreille moyenne est close par le tympan porté par son cercle soudé à l’écaille temporale, et qui répond à la face externe de la caisse à six parois. La face anterieure ^ très étroite, reçoit l’orifice de la trompe d’Eustache et présente une fissure, la fissure de Glaser, par laquelle, chez les enfants surtout, l’inflammation de la cavité tyrapanale peut se propager à l’articulation temporo-maxillaire. Mais le rapport le plus important de ce côié consiste dans ce que la paroi osseuse de la trompe forme en même temps celle du canal carotidien et qu'elle est réduite normalement à une lamelle transpa- . rente, parfois même incomplète, traversée par des artérioles, le long desquelles le pus peut fuser. Si la carie envahit cette lamelle, l’ulcération de la carotide peut suivre sa destruction.
paroi supérieure ou voûte de la caisse est formée par une sorte de repli de l’os pétreux; repli qui va rejoindre l’écaille au niveau de la suture pétro-squameuse. Elle constitue un point de faible résistance, souvent envahi par la carie, et que d’autres dispositions défavorables mettent en communication fréquente avec la cavité crânienne. Cette paroi est mince, formée d’une lamelle de moins d’un millimètre d’épaisseur, fréquemment amincie encore par des sortes de lacunes que Bürckner attribue à une véritable usure, suite de l’action érosive des granulations de Pacchioni nombreuses eu cette région. Ces lacunes se rencontrent dans plus du tiers des cas (44 fois sur 120). Dans 36 de ces cas, la voûte offrait, dit Bürckner, des pertes de substances complètes répondant au manche du marteau. Toynbee a du reste trouvé plusieurs fois cet osselet engagé dans de pareils orifices, et directe-
ment en rapport avec la dure-mère. Ainsi des dispositions spéciales, survenues hors de tout état de maladie, existent et mettent en communication la cavité de la caisse avec les méninges. Une inflammation tympanique peut suivre cette voie quand elle existe et gagner sans obstacle les enveloppes du cerveau. De plus, chez l’enfant, la suture pétro-squameuse est large, la dure-mère s’y engage suivant un repli qui se poursuit jusqu’à la muqueuse, et, quand cette suture s’est resserrée chez l’adulte, elle laisse toujours passer dans la caisse plusieurs artérioles, appartenant primitivement à la méninge invaginée, et qu’une inflammation peut suivre.
La 'paroi inferieure, ou plancher de la caisse du tj’-mpan, est en , rapport direct avec le golfe de la veine jugulaire. Elle est formée > d’une mince lamelle perforée de trous. Mais, après la voûte, c’est la | paroi post(frieure ou mastoïdie'nne de la caisse tympanale qui offre j le plus d’intérêt. Elle présente l’ouverture des cellules mastoïdiennes : ;
le diverticule prdmastoïdien de Baréty et Renaut, antrum des Aile- | mands. Ce diverticule unit la portion postérieure de la voûte au pro- 1 cès mastoïdien, et, sur ce point, la voûte est criblée de lacunes parfois i complètes (Troeltsch), circonstance importante à cause de la grande fréquence des otites purulentes chez les enfants, qui présentent le di- • verticule prémastoïdien déjà développé alors que le reste des cellules mastoïdiennes n’existent pas encore. Ces cellules se creusent peu à peu à mesure que l’enfant grandit et sont garnies par des invaginations de la muqueuse tympanique. Au moment de la puberté, le système i des cellules '^mastoïdiennes, annexe de la caisse comme les sinus i maxillaires et frontaux le sont des fosses nasales, tend de plus en j plus à se compliquer. Vers la partie postérieure de l’apophyse, sur le l point où elle confine au sinus latéral, une série de cellules, formant I un diverticule particulier (Bück), le vestibule, se constitue, boursouffle l’os, pour ainsi dire, et de telle façon, que parfois le sinus n’est ' plus défendu que par une lamelle transparente comme le verre et f dont la carie va directement l’intéresser.
T^a série de points faibles que nous venons de constater dans les pa- i| rois osseuses de la caisse constituent une disposition importante, et conduisent à la notion de diverses zones dangereuses dans les parois , de l’oreille moyenne. En effet, ces lamelles osseuses séparantes si
faibles sont tapissées par une mucj^uBusB construite sur le type de celle des voies aériennes et capable, comme cette dernière, de devenir le siège d’inflammations diverses. C’est dire en d’autres termes que les chances de périostite sont beaucoup plus grandes ici que partout ailleurs. Les conditions circulatoires normales de la cavité tympanique ne sont pas moins favorables à la propagation de ses lésions au système veineux encéphalique. En effet, les veines de la caisse se jettent en partie dans la veine méningée moyenne, en partie dans le plexus veineux qui entoure la carotide dans son canal et qui est le prolongement du sinus caverneux. De Troeltsch admet en outre que les veines de la caisse communiquent avec le sinus pétreux supérieur. Si l’on joint à cela que le sang veineux du labyrinthe est repris par les veines vestibulaires, tributaires elles-mêmes du sinus pétreux supérieur, on reconnaît que le rocher, non seulement affecte avec six des principaux sinus de la dure-mère des rapports de voisinage et de contact, mais encore jette dans le système formé par ces sinus une grande partie de ses veines efférentes. Au point de vue circulatoire donc, les communications de l’oreille interne, delà caisse et du rocher, avec la circulation veineuse encéphalique, sont largement ouvertes, condition capitale de la possibilité des phlébites extensives marchant de l’oreille enflammée vers les méninges et le cerveau.
lY.
L’oreille interne est mise en rapport avec le bulbe rachidien par l’intermédiaire du nerf acoustique dont une branche (1) va rejoindre le vestibule et se terminer dans les taches et les crêtes acoustiques de ce dernier, tandis que l’autre va innerver la cochlée, c’est-à-dire entrer en relations avec les cellules sensorielles de l’organe de Corti. Chaque branche possède son ganglion particulier. Chez les animaux inférieurs, au voisinage de ce ganglion, lesflbres acoustiques présentent sur leur trajet des cellules bipolaires, organes de réduction de l’impression reçue, carie cylindre d’axe se réduit, après les avoir traversées, pour gagner laracine de l’acoustique. Cette racine gagne le plancher du 4® ven-
(1) Nerf de Vet^pace, pour E. Cjon.
tricule, et, au voisinage de l’épendyme, rejoint les noyaux d’origine du nerf sensoriel. D’après Stieda, cos noyaux sont au nombre dedeux; l’un situé sous le plancher du 4® ventricule et formé de petits noyaux disséminés en îlots ; c’est le noyau audilif central ou interne. L’autre est situé dans le pédoncule cérébelleux inférieur : c’est le noyau latéral de Deiters dont l existcnce est importante à noter, parce f|ue la situation de ce ganglion au sein même de fibres cérébelleuses rend compte des rapports singuliers existant entre les phénomènes consécutifs aux lésions vestibulaires et ceux qui succèdent aux lésions du cervelet.
Mais si l’on connaît à peu près entièrement les rapports du cervelet avec le noyau du nerf acoustique, les relations de ce noyau avec Vécorce cérébrale proprement dite sont infiniment plus obscures. D’après les expériences de Ferrier et de Munk, la surdité (ou plutôt quelques signes faisant supposer celte dernière) serait consécutive aux lésions d’une région de l’écorce cérébrale bien délimitée, située en arrière des centres moteurs, à gauche, au niveau des 1''“ et 2® circonvolutions temporo-sphénoïdales, du lobule sphénoïdal inférieur, du lobule du pli courbe et du pli courbe. Mais la clinique a démontré que la destruction de cette région est surtout en rapport avec ce que l’on appelle la surdité et la cécité verbales. L’histoire des localisations cérébrales est, du reste, encore si peu avancée, malgré de nombreux et brillants travaux, qu’il est de beaucoup préférable de garder sur cei’taines questions, telles que celle qui nous occupe, une complète réserve jusqu’à plus ample informé.
Au point de vue physiologique, l’appareil auditif exerce sur le cerveau une série d’actions curieuses de l’ordre des réflexes. La plus intéressante de ces actions est la régulation instinctive et rhythmique des mouvements musculaires généraux, sous l infiuence de sons musicaux et eux-mêmes rhythmés. Mais c’est surtout dans l’état pathologique ([ue l’infiiience des impressions acoustiques perverties, sur 1 encéphale en général et sur le cerveau on particulier, se fait sentir avec Je plus d'intensite. Toute irritation un peu intense et soutenue de
l’oreille interne détermine en effet des troubles cérébraux d un caractère particulier, et que l’on a réunis en clinique pour en former un syndrome r Le vcTtic/o <xb auve lo3sci, dont le type est fourni en pathologie par la maladie de Ménière.
Pour que l’état de vertige se développe, il est nécessaire que l’appareil fondamental de l’oreille interne, celui du vestibule et des canaux demi-circulaires, soit le siège d’une excitation quelconque. Les lésions du noyau bulbaire de l’acoustique entraînent la simple surdité (1). Cyou va plus loin : pour lui, la compression seule du liquide labyrinthique n’aurait pas d’action sur la production du vertige ; il faudrait nécessairement une lésion irritative des canaux demi-circulaires. Mais les expériences sur lesquelles il s’appuie n’ont pas entraîné toutes les convictions. Morisset (2) les discute avec talent et bien des faits pathologiques les démentent. Aussi, continuerons-nous à admettre que toute excitation des canaux demi-circulaires peut causer des phénomènes vertigineux, quelle que soit l’origine de cette excitation, compression de l’endo-lymphe ou lésions irritatives des canaux.
Ces phénomènes peuvent être distingués sous trois chefs : 1“ troubles de l’équilibre; 2'^ sensations vertigineuses ; 3“ mouvements anormaux particuliers dont l’ensemble peut recevoir le nom de phénomènes de Flourens. Il convient d'ajouter que, chez l’homme, qui seul peut rendre compte de ses sensations, les troubles des trois ordres sont accompagnés de sensations auditives spéciales qui forment le quatrième terme du syndrome que nous étudions.
1» Troubles de V équilibre. — Qu’il s’agisse d’un malade frappé d’hémorrhagie du labyrinthe, d’un pigeon dont les canaux demi-circulaires ont été piqués ou coupés, de chiens auxquels on ait fait subir un traumatisme de l’oreille interne à l’aide d’un stylet, ou de lapins soumis à des injections de chloral dans l’oreille (Vulpian), les troubles de l’équilibre se produisent régulièrement.'
Nous verrons plus tard comment ils se manifestent chez l’homme; quant au pigeon, il titube (Cyon), cherche un troisième point d’appui
(l\ Meyer. Virch. Arch., XIV, p. 551.
(2) Morisset. Etude sur la pression iritra-lac-yrinthique. Th Paris
sur sa queue; souvent le membre inférieur du côté lésé cède à la façon de celui d’un ataxique et l’animal tombe sur le flanc. Dans huit expériences faites sur le chien et que M. le professeur Vulpian a bien voulu , me communiquer, on voit, à la suite de lésions faites par le stylet ou d’injections de sunf dans la caisse, se [montrer d’abord de l’incertitude des mouvements, de la titubation, une sorte d’ivresse, des mouvements de manège avec singulières oscillations de la tête, enfin dunystagmus.
M. Brown-Séquard a vu des cobayes être pris de roulement après l’introduction de chloroforme dans l’oreille externe (1). A la suite d'injections de chloral dans l’oreille externe, M. Vulpian observe que :
« au bout de 10 à 12 minutes apparaissent les troubles du mouvement. Le lapin est tremblant et titubant, sa tête oscille , ses mem-
bres se meuvent avec incertitude, et de temps à autre, surtout si on l’excite, l’animal tombe sur l’un ou l’autre de ses flancs, principalement sur le côté de l’opération; il présente en outre des mouvements de manège ou de roulement ; la face est paralysée du côté opéré (2). »
M. le professeur Vulpian m’a fait l’honneur de me transmettre encore les renseignements suivants à la date du 18 janvier : « Les troubles de la motilité persistent presque aussi intenses qu’au lendemain de l’introduction de chloral. Les animaux, d’ailleurs, se portent bien pour la plupart et parviennent à manger dans les moments de repos. Ils ont la tête en demi-rotation sur le cou et ne commencent à tourner, les uns en manège, les autres en rouleau, que lorsqu’ils veulent se déplacer. L’impulsion rotatoire ne paraît acquérir toute sou efficacité qu’au moment des incitations encéphaliques qui provoquent la locomotion. Chez trois lapins, morts par diverses causes à la suite de ces expériences, j’ai trouvé du pus dans l’oreille moyenne, de la rougeur, du gonflement et un début de suppuration des membranes de l’oreille interne, avec altération du nerf facial. Chez aucun de ces animaux, il n’y avait trace de modifications morbides des méninges ou des diverses parties de l’encéphale. ' j
(1) Brown-Séquard. Comptes rendus de la Soc. de bioZ., 1880, p. 383.
(2) Vulpian. Comptes rendus de VAcad. des sc., 8 janvier 1883. Quand l’expérience échoue, l’insuccès est dû à ce que le conduit auditif est bourré 1 de débris épithéliaux et d’acares englués dans du cérumen (Vulpian, communicat. écrite).
Bref, le sens de l’équilibre, ou kinesthésique, est profondément lésé. Le sujet ne sait plus prendre une attitude normale dansl’espace; même quand il ferme les yeux, il reste titubant. Mais cet état d’incertitude est encore exagéré par le vertige oculaire.
2° Ce vertige consiste d’ordinaire en une sorte de tournoiement des objets environnants. La sensation est tout à fait analogue à celle éprouvée dans le cas bien connu du vertige oculaire de Purkinje. D’autres fois, il semble aux malades que le sol s’elfondre sous leurs pas ou que leur lit est précipité dans un abîme. Instinctivement alors ils s’accrochent à tout, s’appuient à un plan dont-4a solidité leur est connue, et ferment les yeux pour diminuer le vertige. Les animaux aussi cherchent l’appui des murs et l’obscurité.
3° Phénomènes de Flourens. — En 1842, Flourens montra que la section de chacun des canaux demi-circulaires produisait des mouvements dont la direction est toujours la même que celle du canal coupé, et analogues à ceux qui se montrent quand on sectionne certaines fibres du cervelet et de l’encéphale. Successivement, ces mouvements de rotation,! de culbute et de manège^ furent étudiés par MM. Vulpian, Brown-Séquard, SchilF. M. Lœwcnberg montra que les troubles de la locomotion s’opèrent par le mécanisme d’un réflexe; il ajoute que la transmission de ce réflexe se fait dans les couches optiques. M. Goltz vint ensuite et déclara que les phénomènes de Flourens étaient le résultat d’une perversion du sens de l’équilibre de la tête. Cette théorie a été depuis élargie et complétée parM. E. Cyon, et a conduit ce physiologiste à localiser dans les canaux demi-circulaires l’existence d’un sens particulier : le sens de l'espace.
M. Cyon a montré, à la suite d’une minutieuse analyse, que les mouvements anormaux des animaux dont le vestibule est lésé s’exécutent constamment dans un plan parallèle à celui du canal irrité.
C est ainsi que la section des deux canaux horizontaux amène des mouvements de la tête et du corps dans le plan horizontal (mouvement de manège), et que celle des deux canaux verticaux postérieurs provoque des mouvements anormaux dans un plan vertical, cest-a-dire détermine le mouvement de culbute. Enfin, lasection des deux paires de canaux produit des mouvements dont la direction est la résultante des deux directions précitées. Au bout de peu de
jours, ces mouvements s’atténuent et disparaissent; l’animal ne sait plus ni marcher ni voler. Il semble qu’il ait perdu la notion de sa situation dans 1 espace , et ce n est qu à la longue et avec peine qu’il se fait une nouvelle éducation.
L étude des phénomènes de Flourens, dans le cadre desquels il con- ‘ vient de faire rentrer la déviation de la face et le nystagmus, a en physiologie une importance de premier ordre. C’est sur cette étude que MM. Cyon, Mach, Cum-Brown, Breuer, ont fondé la théorie du vertige par lésion des canaux demi-circulaires, et celle du sens de 1 espace. M. Cyon est allé jusqu’à admettre que la direction des trois canaux correspond à celle des trois coordonnées de l’espace : hauteur, largeur, épaisseur, et nous en donne la notion (1). Mais cette i théorie, tout intéressante qu’elle soit, ne nous serait d’aucune utilité dans notre travail. Le fait à retenir, c’est que les irritations du vestibule s’accompagnent de mouvements anomaux commandés inconsciemment par les centres moteurs intra-cérébraux, corrélativement à une lésion des canaux demi-circulaires. Chez les animaux, ces mouvements sont certainement exagérés par la déviation de la tête (Yul- j pian, Cyon). Telle est, avec l’erreur de position due aux troubles d'équilibre et au vertige oculaire, la cause probablement principale 1 des mouvements de manège et de culbute. Chez l’homme, la station ) debout s’oppose aux mouvements de manège, mais on observe parfois, surtout quand la tête est légèrement déviée du côté lésé, une ten- ( dance à tourner sur soi-même, une sorte de mouvement gyratoire.
Chez l’homme aussi, des bruits subjectifs, qui précèdent ordinaire- î ment la surdité quand la lésion vestibulaire est profonde, naissent j sous forme d’un toujours musical et rhythmé, imitant t
des bruits de cloches, de chaut d’oiseaux ou même d’orchestre. Par- i fois ces bruits morbides reproduisent des airs, une partition connue i (Ladreit de La Charrière). Ainsi une irritation de l'oreille peut devenir ■ ■ l’origine d’une sorte d’hallucination. Le réflexe passe par les centres ■( cérébraux qui président à la mémoire des sons, et met cette mémoire ’
(1) S’il en était ainsi, les cyclostomes qui n’ont que deux canaux demi- ■ circulaires n’auraient que la notion d’un espace à deux dimensions (notion de surface). Ces animaux savent au contraire se diriger dans tous lésé plans.
en jeu. Ce fait est important, et jette une vive lumière sur les trouhUs psychiques consécutifs à certaines lésions de 1 oreille.
Le sens de ï équilibre réside dans l’encéphale et probablement dans le cerveau ; bien que sa localisation nous reste inconnue, il existe et reste influencé par les lésions du vestibule. Si ce dernier est auomalement excité, soit directement, soit par l’intermédiaire de la caisse, soit enfln par suite d’une irritation du centre vaso-moteur bulbaire (1), le vertige auditif surgit. L’appareil des canaux demi -circulaires est aussi nécessaire que l’appareil cérébelleux à la conservation de 1 équilibration dans l’espace; celui-ci lésé, celle-là disparaît. Cette fonction, quoi qu’on pense d’ailleurs du sens de l’équilibre, domine jusqu à présent toute la physiologie pathologique du labyrinthe et du vestibule acoustiques ; et ce qu’on sait des rapports fonctionnels, entre l’encéphale et l’appareil auditif, se réduit aujourd’hui à la connaissance du vertige de Ménière, sur lequel nous reviendrons nécessairement dans la suite de ce travail (2).
Il résulte des considérations anatomo-physiologiques qui précèdent que le retentissement encéphalique des lésions de l’oreille et du ro-
(1) Laborde et Math. Duval (Th. de Baratoux, 1881, p. 80), ont fait voir que chez le chien, le lapin et la grenouille, la piqûre du centre vasomoteur bulbaire s’accompagne régulièrement d’une hémorrhagie de l’oreille interne.
(2) Koelliker. Embryologie. Traduction française, i882, p. 729-49. — Stieda (L). Studien ueber das Central-Nervensystem der Knochenfisch. Siehold und Kôlliker's Zeiischr, f. loissensch. Zool. Bd XVIII, p. 1, 1868.
— Ranvier. Traité technique d’histologie. Art. Os, ossification. — Bürckner. Kleine Beitragezur norm. und path. Anal, der Gehôrorgans. Arch.f. Okrenkrank, t. XIII, n° 2, 1879. — Buck (Albert), même recueil. — Cyon (E. de). Thèse de Paris, 1878, n“ 114. — Vulpian. Leçons surla physiologie du syst, nerveux. Paris, 1866. — Flourens. Recherches expérimentales sur les propriétés du système nerveux, 1842. — Lœwenberg. Ueber die nach Durschneidung der Bogengànge, etc. Arch. de Knapp et Moos. Bd. III.
— Goltz. Ueber die physiologische Bedeutung, etc, Pflüger's Arch. Bd. III, «— Mach(M). Versuche ueber den Gleichgeivvichtssinn, Wien. Sitzunghe- Tichte, 1874. — Grundlinien der Lehre von den Bewegungsempfindungen, Leipzig, 1875. — Crum-Brown. On thesense of rotation [Journal of anatomy and physiology , vol. VllI). — Brenev.Jahrhücher der Gesellschafft der Aertze. Wien., 1874-1875. — Ladreit de La Charrière, Art. Oreille. [Dict. encyclopédique : vertige de Ménière).
Robin.
cher s’effectuera, soit par l’intermédiaire des rapports de contiguïté existant entre le rocher et la dure-mère, soit par la voie vasculaire, soit par transmission nerveuse : aux deux premiers modes répondent les propagations inflammatoires ; au troisième les retentissements fonctionnels. Ce qui s’impose donc logiquement, c’est de spécifier quelles sont les lésions de l’oreille et du rocher qui sont capables de retentissement encéphalique, puis de caractériser les affections cérébrales engendrées, ainsi que le mécanisme de leur propagation, c’est-à-dire étudier leur anatomie et leur physiologie pathologiques générales. Enfin, quand on aura acquis la notion du rapport qui existe entre les.lésions originelles et les affections qui en procèdent, doit venir l’ëxamen des conditions inhérentes à l’individu et d’ordre accidentel, qui interviennent comme motif des lésions osseuses secondaires à l’otite, et comme raison déterminante de leur transmission cérébrale. Ces diverses questions vont être successivement soulevées.