HISTORIQUE
L'idée que des lésions cérébrales peuvent succéder à un accouchement anormal se trouve nettement exprimée pour la première fois dans le roman philosophique de Tristram Shandy (1759). Sterne attribue le caractère déséquilibré de son héros aux circonstances de sa naissance. Tristram vient au monde avant terme, le travail se prolonge et le docteur Slop est obligé de lui appliquer le forceps sur la tête. Mais l’instrument lui emporte le nez et l’oncle Tobie : croit qu'il a la cervelle fort endommagée.
Cependant Andry (L'Orthopédie, 1741) avait déjà noté que certaines déformations avec roideur des
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membres dataient soit « de l'accouchement, soit de peu après ».
Dans son Manuel d’Obstétrique (3"° éd. p. 356, 1840), Dugès explique par l’apoplexie les convulsions et l’hémiplégie des nouveau-nés. Mais ces symptômes immédiats ne sont pas les seuls. « C’est ainsi, ditil, que l'épanchement dans le crâne qui entretient une hémiplégie amène aussi de temps à autre des accès d’éclampsie qui finissent par dégénérer en épilepsie véritable ». Dugès admet même origine obstétricale pour certaines microcéphalies.
En 1853, John Little publie son mémoire « On nature and treatment of deformities » où, pour là première fois, il démontre que la naissance prématurée, les difficultés du travail, les convulsions provenant de l’asphyxie, la compression de la tête produisent une maladie spéciale, la « congenital
rigidity spastic of limbs » déjà décrite par Heine ; :
et, en 1862, il revient sur ce sujet dans les Transactions de la Société obstétricale de Londres: Avant Little, Dugès (Acad. de Méd. 1833), Cruveiïlhier (Bul. Soc. anat. t. vii p.27), Evory Kennedy (Dublin Journäl, v. x), Hecker (Verhandl. der Gesell. von Geburtskunde, 1853), Weber (Beit. zur Path. Anat. der Neugebornen, 1851-54) avaient étudié à nouveau l’apoplexie des nouveau-nés et sa fréquence dans les accouchements anormaux. Little admet que les traumatismes obstétricaux et les troubles de la cireulation produisent des apoplexies capillaires des méninges et que c'est à cette cause initiale que sont dues les lésions de la maladie qu’il décrit. Dans son
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second mémoire, celui que nous citerons constamment, « On the influence of the abnormal parturition... », il apporte soixante-trois observations que nous analyserons plus loin et dans lesquelles il note spécialement l’état de mort apparente et d’asphyxie à la naissance.
D'un accouchement anormal peuvent résulter bien d’autres affections, mais Little les avait presque passées sous silence. Howe (Causes of Idiocy 1858) et Crichton. Browne (Journ. of ment.-sc. 1860, p. 284) signalent à nouveau Vlidiotie. Ce dernier aliéniste pense d’ailleurs que toutes les maladies cérébrales sont favorisées par le traumatisme initial de l’accouchement et que leur fréquence spéciale chez les races blanches est due à un volume supérieur de la tête fœtale.
Adams (On club-foots, 1866) admet l’origine obstétricale de certains pieds-bots avec contracture.
En 1876 paraît un mémoire de Langdon Down « Obstetrical aspects of Idiocy » (Obstetric Transact). Dans ce travail fondé sur l'observation de 2.000 enfants, l’auteur a trouvé que 20 ‘/, des enfants idiots étaient nés avec des symptômes bien marqués de mort apparente ou d'asphyxie; mais que c'était spécialement chez les idiots, issus de mères primipares, que se rencontraient le plus grand nombre de cas d’asphyxie à la naissance (40 °/,). L'auteur en conclut que l'inextensibilité du canal génital chez les primipares augmente les difficultés de l'accouchement et facilite les lésions cérébrales. La gémellité est aussi un facteur d’idiotie. Sur quatre Jumeaux
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il ÿ à un idiot. Et il y aurait plus de garçons idiots que de filles au moins dans la proportion de deux à un, parce que le volume supérieur de la tête des garçons est une cause de plus de dystocie. Les maladies de la grossesse seraient encore un facteur important; et sur cent idiots on en trouve vingt dont les mères ont eu, étant enceintes, des maladies séricuses ; quatre ont eu des hémorrhagies utérines graves, six un état prolongé de mauvaise santé,- dix des vomissements persistants. L'auteur ne trouve le forceps appliqué que dans 3 ‘*/ des cas. -
A dater de 1880, nombre de neurologistes étudient les relations entre les accouchements anormaux et. les maladies cérébrales infantiles. A citer Secligmüller (ahrb. f. Kind. 1879), Rupprechi (Volkmann’s Sammlung 1881), Naef (Th. Zürich 1885), Ranke (Iahr. f. K. 1886), Feer (id. 1890), Ross (Brain 1882), Sinkler (Med. News 1885),. Mac Nutt (Am. .1J. of Gbstetrics 1885 et Am. J. of medic. sc. 1885), Gowers (Lancet 1888.On birth palsies), Osler (Gereb. pals., Med. News 1889), Langdon Down, Fletcher Beach (Lancet 1889), Jacobi (New-York Acad.
1881), Anton (Angeborn. Erkrank. 4890).
En ‘France, Bourneville (Rech. clin.-sur lEpil., etc., 45 vol.) mentionne surtout l'asphyxie à la naissance, les émotions de la mère durant la grossesse et les circulaires du cordon, dans ses observations d'idiotie, d'épilepsie et d’hydrocéphalie. Audry donne un excellent résumé des travaux étrangers dans son livre de lAthétose double (1892). Néanmoins les. éléments de la question restent