LÉSIONS FONCTIONNELLES
Les lésions fonctionnelles simples que nous n’avons observées que rarement seraient relativement plus fréquentes d’après Galezowski. Elles consisteraient en photophobie, photopsies, phénomènes d’irisation pouvant aller jusqu’à la diplopie, phénomènes asthénopiques, mouches volantes, etc.
Quelques-unes de ces affections peuvent être directement rapportées à la stagnation lacrymale et mécaniquement expliquées : ce sont les phénomènes d’irisation, de diplopie, les diminutions de l’acuité. 3
Elles sont expliquées par la présence d’une couche du liquide lacrymal devant la cornée. A l’état normal, les larmes lubréfient la cornée et s’écoulent, sans qu'il y ait devant l’œil, sur le bord palpébral, une couche de liquide apparente. Entre le bord palpébral et la cornée, il n'y a pas d’espace appréciable.
Mais à l’état pathologique, quand les conduits lacrymaux sont obstrués, les tissus sont toujours un peu relâchés, le bord palépbral est éversé, et entre celui-ci et la cornée se trouve alors un espace où s’amassent les larmes. Cet espace étant très restreint, il se produit des phénomènes de capillarité, qui font que le liquide lacrymal s'élève davantage vers la cornée. Cette ascension par capillarité s’ajoutant à la sta-
DR ee gnation, il se trouve souvent devant la pupille un prismet liquide ayant son arête en haut.
Dès lors s'expliquent les phénomènes d’irisation; ils son dus à la décomposition de la lumière par le prisme.
L’interposition de cette couche lacrymale explique aussi les diplopies et les diminutions d'acuité qu’accusent certains rétrécis.
Et ces phénomènes sont plus manifestes quand le malade se livre à un travail minutieux ou qu’il s'approche d’une lumière vive; c’est qu’en effet alors, par la fatigue ou l’éblouissement, les yeux se ferment à demi, l'ouverture palpébrale se trouve diminuée, et le prisme lacrymal est ainsi placé plus directement en face de la pupille.
Les mouches volantes sont causées par la présence dans les larmes de débris épithéliaux, de goutteleites de mucus ou autres corpuscules microscopiques qui glissent sur la sur-
face de la cornée, et y séjournent même en suspension dans le liquide lacrymal.
L’explication des autres troubles fonctionnels, tels que photophobie, blépharospasme, nous paraît être plus complexe.
Dans un petit nombre de cas, ces troubles seront causés directement par la stagnation lacrymale ; les larmes très alcalines irriteront les rameaux de la cinquième paire et produiront une hyperesthésie de l'œil qui se traduira par la photophobie et le blépharospasme.
Mais ces cas pour nous sont rares et se rencontreront surtout chez les femmes ou des sujets nerveux.
Généralement nous voyons ces affections se montrer chez des individus atteints d’autres complications, légères il est vrai, mais suffisantes pour être reconnues comme la cause de ces phénomènes. Souvent, dans ces cas, on trouvera un peu de blépharite, de la conjonctive, une desquamation légère de l’épithélium cornéen, un peu de paresse irienne qui explique-
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ront suffisamment le blépharospasme, la photophobie et les douleurs orbitaires.
Et l'étude des faits que cite Galezowski à l'appui de son explication nous confirme dans l’opinion que nous venons d’émettre. En effet, dans les cinq observations que rapporte son élève Ferrand, nous voyons qu’il s’agit de malades, femmes plus ou moins nerveuses; les troubles fonctionnels se produisaient chez elles après des soirées passées au théâtre, à la lumière éblouissante de l'arc voltaique, circonstance suffisante à elle seule pour produire et entretenir une irritation capable d’engendrer ces troubles.
C’est d’ailleurs l’avis de Trousseau, et dans ses leçons dophtalmologie (Travaux d'oph., 1891) il s'exprime ainsi: «Je n'ai guère constaté ces phénomènes (troubles fonctionnels asthénopiques et autres) que chez des femmes un peu nerveuses; il faut peut-être, dans l’étiologie, faire la part du nervosisme et de la sensibilité féminine. »
Que ces phénomènes soient directement ou indirectement causés par la stagnation lacrymale, il sera bon de les avoir présents à la mémoire ; il feront songer à la possibilité d’un rétrécissement lacrymal en face d’un malade présentant ces symptômes : el généralement cet état, qui n’est pas encore le larmoiement et que M. Truc appelle: « œil mouillé, watered eye des Anglais », aura déjà mis sur la voie du diagnostic.
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